Les services de renseignement et le 20e

Les services de renseignement et le 20e

par Philippe Dubuc de l’AHAV

 

Les origines

Depuis toujours les États ont cherché à connaître les intentions de leurs ennemis et parfois de leurs alliés. Par exemple en France, on se souvient du « cabinet noir » de Mazarin, au 17e siècle. Son activité consistait principalement à percer les secrets des puissances étrangères et à démasquer les filières clandestines permettant à certains écrits séditieux d’entrer dans le royaume. Sous des appellations variées, cette activité d’espionnage n’a jamais cessé en temps de guerre ou de paix.

Le 1er juillet 1940, le général de Gaulle demande à André Dewavrin de créer le service de renseignement de la France Libre. Son objectif était d’obtenir des renseignements fiables en territoire occupé.

Jeune polytechnicien de 29 ans, André Dewavrin, alias Passy, met au point une structure chargée non seulement de recueillir et d’analyser des renseignements, mais aussi de mener des actions clandestines contre l’occupant. Ce modèle intégré, est aujourd’hui encore celui des services français.

Ce service s’appelle le « Deuxième Bureau », puis le SR (service de renseignements), ensuite, en 1942, il prend le nom de Bureau Central de Renseignement et d’Action (BCRA).
Les agents du BCRA accomplissent de multiples missions en territoire occupé : sabotage, évasion, parachutage de matériel, constitution et développement de réseaux de résistance. Ces actions permettent d’unir la Résistance française derrière le général de Gaulle. Les renseignements obtenus par le BCRA contribuent au succès des opérations militaires menées par les Alliés.

Remise de la fouragère de l'Ordre de la Libération

Remise de la fouragère de l’Ordre de la Libération

Le 28 décembre 1945, une réorganisation des services secrets est faite, est alors créé le Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE). En 1949, il est installé dans la caserne des Tourelles, boulevard Mortier.

En 1982, le SDECE est réorganisé et renommé en DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), toujours implantée boulevard Mortier.

La caserne des Tourelles et la caserne Mortier

La construction de la caserne des Tourelles est décidée par la loi du 18 mai 1878, pour remplacer d‘anciennes casernes délabrées.

La caserne des Tourelles

La caserne des Tourelles

Elle est inaugurée en 1881 pour accueillir trois bataillons du 104e régiment d’infanterie de ligne venant du Mans puis des régiments d’infanterie coloniale.
La caserne Mortier située en face fut construite en 1861 puis agrandie entre 1910 et 1930.
On donne souvent à la DGSE le nom de « la piscine » à cause de la proximité de la piscine des Tourelles, construite comme piscine olympique à l’occasion des Jeux olympiques de Paris de 1924.
Elle s’appelle aujourd’hui piscine Georges Vallerey, en souvenir d’un grand nageur titulaire de sept records d’Europe.

En 1940, au début de l’occupation de la France par les armées allemandes, la caserne des Tourelles sert à interner les « indésirables étrangers » (réfugiés, juifs, apatrides…). Des Français y sont internés à partir de juillet 1941, avec l’ouverture d’une section pour les communistes.
Elle est l’un des principaux lieux de détention parisiens des femmes juives.
L’un des bâtiments sert de lieu d’hébergement à un détachement de la Wehrmacht.
D’autres bâtiments servent de centre d’internement administratif et de séjour surveillé pour les « amis des juifs » et de centre de rassemblement des étrangers comme les républicains espagnols et les réfractaires au STO.

Le camp est libéré le 17 août 1944. Près de 8 000 personnes y ont été enfermées.


La DGSE aujourd’hui

La Direction Générale des Services Extérieurs (DGSE) intervient essentiellement hors des frontières de notre pays. La DGSE y applique des méthodes clandestines de recherche de renseignements et d’action.
Sa mission est de rechercher à l’étranger des informations secrètes, intéressant la défense et la sécurité nationale (terrorisme, guerre en Ukraine, crises en Afrique, prolifération nucléaire). Elle communique aux autorités les éléments ainsi recueillis et analysés, et participe à leur prise de décision. La DGSE est présente dans les zones de crise et quand les intérêts français sont en jeu. La DGSE est un service de renseignement intégré et maîtrise la totalité des modes de recueil de renseignement : sources humaines, capteurs techniques (interceptions électromagnétiques et imagerie satellitaire principalement), moyens opérationnels et exploitation des sources. Elle coopère avec les autres services français, ainsi qu’avec des services de pays alliés. Enfin, la DGSE comprend un service « action ».

Les services de renseignement en action

Les services de renseignement en action

La communauté du renseignement

La DGSE fait partie de la « communauté du renseignement ». Cette notion date du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008. Les services qui composent cette communauté travaillent désormais en étroite collaboration.

Les services spécialisés de renseignement sont :
– la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), chargée de l’espionnage et du contre-espionnage à l’extérieur des frontières ;
– la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste ;
– la direction du renseignement militaire (DRM), chargée du renseignement tactique et stratégique sur les théâtres d’opération de l’armée ; 
– la direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), chargée de la sécurité du personnel, des informations, du matériel et des installations sensibles 
– la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) ;
– le service de traitement du renseignement et d’action contre les circuits financiers clandestins (TRACFIN) ;.
– le commandement de la cyberdéfense (COMCYBER), responsable de la protection des systèmes d’information.

La DGSE déménage

La caserne Mortier

La caserne Mortier

Après 1945, les bâtiments de la caserne des Tourelles ont été transformés et un nouveau bâtiment construit. Puis, en 1997, la DGSE prend possession de la caserne Mortier située de l’autre côté du boulevard. Un tunnel reliant les deux casernes est alors construit sous le boulevard Mortier mais ces transformations et agrandissements sont insuffisants et ne permettent pas à la DGSE de remplir les missions qui lui sont confiées. En outre, sa situation au milieu d’un quartier très construit ne convient pas à la sécurité du site.
Les évolutions technologiques ont conduit à ce que des moyens de surveillance électromagnétique et satellitaires prennent une importance considérable et nécessitent des installations nouvelles.
Enfin le personnel est passé de 3000 agents à plus de 7000.

Un déménagement est donc nécessaire et, le 6 mai 2021, le président de la République annonce que le fort de Vincennes abritera, en 2028, le futur siège de la DGSE. Le montant des travaux est estimé à 1,3 milliards d’euros.

Le fort de Vincennes

Le fort de Vincennes

Le fort de Vincennes

Construit entre 1841 et 1844, le Fort Neuf de Vincennes est l’un des seize forts chargés de la défense de la capitale. En 1931, le Fort Neuf est séparé du Château de Vincennes à la suite du percement du cours des Maréchaux. Actuellement le Fort Neuf de Vincennes, qui appartient au ministère des armées, accueille de nombreux organismes dans le domaine du recrutement, de la santé, de la logistique et, en partie, le 24e régiment d’infanterie ainsi qu’une partie du détachement Sentinelle du plan Vigipirate.

Le nouveau site n’est pas inséré dans une ville dense et la surface disponible passe de 10 à 20 hectares. Des plateaux techniques modulables permettront de développer la coopération entre la DGSE et les autres services de renseignement de l’État. Des moyens informatiques importants seront mis en place et la DGSE pourra ainsi assurer au mieux ses missions.

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