Les transports ferroviaires dans le 20ème
par Philippe Gluck, président de l’AHAV

La passerelle de l’ancienne gare vue depuis la rue de Ménilmontant – PG
Au 31 août 2019, Paris a fêté sur place l’aménagement de la Petite Ceinture. Dans le 20ème arrondissement, la Petite Ceinture a desservi trois gares de voyageurs et une gare de marchandise. L’occasion de nous rappeler qu’en dehors du métro, la locomotion sur rail a aussi existé ici sous d’autres formes, et d’évoquer « notre Petite Ceinture » et sa gare de Ménilmontant.
L’ancien funiculaire de Belleville
Commençons par le plus original et le moins connu : le funiculaire de Belleville. Il était destiné à résoudre le problème de circulation sur cette forte pente : Paris en décide sa réalisation en 1889, sous la pression des habitants et des élus de Belleville. Le funiculaire va relier la place de la République à l’église de Belleville entre 1891 et 1924.
Cette ligne de tramway avait l’originalité d’être tractée par câble, comme celle du célèbre « cable-car » de San Francisco mis en service 20 ans plus tôt. Par la suite, en avril 1935, la ligne 11 du métro la remplacera sur son trajet de deux km. Entre ces deux dates, une ligne de bus assurera la transition.

Le funiculaire République-Église de Belleville vers 1900
Les autres transports sur rail
Mais revenons à nos tramways classiques. À Paris, ils débutent en 1853 et ont d’abord été tractés par des chevaux. Nous disposions alors du plus grand réseau de tramways du monde, avec celui de New York.
En 1855, les tramways ont appartenu à la Compagnie Générale des Omnibus et par exemple dans le 20ème, leur ligne TAD circulait depuis le Cours de Vincennes jusqu’à Saint Augustin. Elle sera remplacée en 1935 sur ce parcours par notre bus 26. L’argument de ce remplacement dans Paris ? La sécurité et la gêne de la circulation… et l’intervention supposée du lobby automobile.
La Ville est convaincue que l’autobus est un moyen de transport plus souple et plus rapide. La fin des tramways parisiens arrive : dès 1929, le conseil municipal décide sa suppression totale intra-muros dans un délai de cinq ans.
Finalement en 1937, le dernier des trajets en tram sera assuré sur la ligne 123/124, Cours de Vincennes- Porte de Saint Cloud. Dès le lendemain, les autobus livrés par Renault prendront la relève.

Mais en dehors du tramway, le rail nous fait d’abord penser au train et à leurs gares. En décembre 1851, pour faciliter les correspondances de marchandises entre les gares parisiennes, cinq compagnies de chemin de fer se regroupent en un syndicat et créent la Petite Ceinture. Dans le 20ème, trois gares de voyageurs et une gare de marchandises vont desservir l’arrondissement.

Plan de la Petite Ceinture dans le 20ème
La gare de Ménilmontant
La gare de Ménilmontant, rue de la Mare, sera la première à être construite. Elle date de 1852 en tant que gare de marchandise. Sa passerelle date de 1854. Elle est d’origine et sera prochainement rénovée grâce au financement du budget participatif de Paris.
Aujourd’hui, cet espace ouvert est devenu une promenade aménagée de 200m de long, délimitée par deux tunnels : l’un part vers les Buttes-Chaumont (ancienne gare de Belleville-La Villette), et l’autre débouche à la station Charonne, rue de Bagnolet. Notre gare de Ménilmontant se situait -avec la passerelle qui l’enjambe rue de la Mare- à égale distance entre les rues et les métros de Ménilmontant et Couronnes. Si la gare a disparue, notre passerelle existe toujours. 
Pourtant, sa suppression avait fait à l’origine l’objet d’une pétition. En voici la critique telle qu’on pouvait la lire le 10 avril 1861 dans la Revue municipale et gazette réunies.
En ce qui a rapport à Ménilmontant, la ligne de fer bloque la rue de la Mare, qui n’a pour toute communication qu’une misérable passerelle impossible aux chevaux et aux voitures, et dont la forme est aussi platement vulgaire que sa construction est vicieuse.
À sa création, cette station ne comprenait qu’un baraquement précaire en bois qui servait de gare : Ménilmontant sera ouverte au trafic voyageur en 1862 et pour répondre à la hausse de fréquentation, elle disposera d’un nouveau bâtiment en 1868.
Cette station a aussi été le lieu de plusieurs faits importants :
• En 1863, sous le tunnel de Belleville, un voyageur de l’impériale -à ciel ouvert- tombe sur la voie en voulant retenir son chapeau. La personne meurt peu de semaines après.
• En 1865, dans un compartiment, des agents de service doivent dégager un jeune homme pris violemment à partie par des voyous : le syndicat gestionnaire fera par la suite armer ses agents roulants.
• En 1870-1871, pendant le siège de Paris par les armées allemandes, Ménilmontant voit passer de fréquents convois militaires. Émile Zola l’évoquera dans son roman « la débâcle ».
• Le 10 juin 1883, nouvelle collision sous le tunnel entre un train de bestiaux et un train de voyageurs. Une douzaine de blessés. Une partie des bêtes s’enfuit dont un boeuf qui va frapper d’un coup de corne un agent de la station. Il renverse d’autres personnes sur son passage jusqu’à la porte de Charenton. Là, il sera finalement abattu.
• Le 23 septembre 1888, un voyageur tombe de l’impériale du train. Il est grièvement blessé à la tête.
• 2 août 1893, une erreur de signalisation est à l’origine d’une collision sous le tunnel de Charonne (côté Ménilmontant). Un blessé grave parmi les voyageurs.
En 1894, la gare de Ménilmontant est la plus fréquentée de la PC, avec 1 832 983 voyageurs. Seul le terminus gare Saint-Lazare arrive à faire mieux. Il faut dire que nous sommes situés dans un quartier d’habitation de faubourg, où les ouvriers prenaient le train pour aller travailler principalement vers l’ouest de Paris.
Enfin à la Libération de Paris, le 23 août 1944, les résistants interviennent à la station de Ménilmontant. Les FTP du réseau Nord-Libération et un groupe local de résistants (le groupe Piat, du nom de la rue voisine) font prisonniers les soldats du Reich et s’emparent du train. Dans cet assaut, 5 résistants ont été tués. Trois plaques mémorielles restent visibles : sur la passerelle rue de la Mare, sur la grille rue de Ménilmontant au- dessus de la voie ferrée, et au 26 rue Piat.
Définitivement fermée aux voyageurs depuis 1934, comme toute la ligne parisienne, la gare va servir ensuite d’agence SERNAM jusqu’à sa démolition en 1960. À la place du bâtiment, un immeuble de logements a été édifié en 1984, les quais ont disparu et un espace vert est né.
Définitivement fermée donc, sauf ponctuellement aux associations de quartier, comme la paroisse de Ménilmontant, pour affréter les trains de colonies de vacances destinés aux enfants de famille modeste.
Sur une photo des années 1950, j’ai pu lire sur une large banderole ficelée au milieu de la passerelle : « train spécial, L’ami du 20ème, Départ 9h45 ». Ces trains spéciaux partaient de cette gare et revenaient à cette gare.
Les autres gares du 20ème
Évoquons rapidement les autres gares :
La gare de Charonne (construite en 1862) est située au 102 rue de Bagnolet. Elle a été de nos jours utilisée comme salle de spectacle sous le nom de La Flèche d’Or.
La gare de la rue d’Avron n’a été ouverte aux voyageurs qu’en mai 1895.
La gare de Charonne-marchandises (1855) dont il ne reste rien, était située entre les rues de Lagny et de la Volga.
La gare du Cours de Vincennes (1889) a été aussi entièrement détruite.
La fin de la PC va arriver lentement avec la concurrence du réseau de métros créé en 1900 : toutes ces gares seront fermées au trafic voyageur le 23 juillet 1934. Le service ferroviaire sera remplacé par un service de bus qui héritera du nom de PC. Quatre ans plus tard, Charles Trenet écrira et interprétera avec nostalgie cette fermeture, dans sa célèbre chanson : Ménilmontant.
Il reste que cet endroit sera utilisé plus tard pour le cinéma : au début du film « Jules et Jim » (François Truffaut, 1962), et par les personnages du « Rififi chez les hommes » (Jules Dassin, 1955) et de « La Métamorphose des cloportes » (Pierre Granier-Deferre, 1965).
Plus généralement, aujourd’hui nous avons bien-sûr progressé… en revenant en arrière, grâce à la réintroduction du tramway à Paris, le T3 qui remplace plus efficacement les autobus du PC.
Avril 2020
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