Tiens ! Gambetta s’est enfin refait une beauté…

 

Les habitués du square Édouard Vaillant, entre la mairie du 20e arrondissement et l’hôpital Tenon, connaissent bien la spectaculaire statue de Léon Gambetta qui y trône depuis 43 ans.

Ces dernières années, ils avaient bien remarqué combien, d’hiver en hiver, notre pauvre Gambetta faisait de plus en plus triste mine, et ils s’en désolaient. Les services municipaux avaient bien essayé d’agrémenter un peu l’endroit en aménageant au pied une petite pièce d’eau… qui tenait plutôt du pédiluve.

 

Le monument à Léon Gambetta, détails des lichens et mousses installés – Cliché CDD

Et, depuis des années, mousses et lichens avaient envahi la statue jusqu’à la rendre presque méconnaissable. 

Le monument sous son habillage de bâches – Cliché CDD

Au printemps 2025, Gambetta disparut sous un échafaudage de bâches blanches sans autre explication. Quelques mois après, sans tambours ni trompettes, il réapparut, éclatant de blancheur, magistral et magnifique.

 

Le monument à Léon Gambetta, square Édouard Vaillant, après restauration – Cliché CDD

 

 

Étrange histoire d’un monument nomade …

Ce monument a connu toute une histoire avant d’arriver dans le 20e arrondissement. Il est le vestige d’un ensemble statuaire monumental aujourd’hui détruit, placé à l’origine dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre.

Fruit d’une souscription internationale lancée en 1884, il fut inauguré le 13 juillet 1888. Gambetta, décédé prématurément en 1882, aurait fêté cette année-là ses 50 ans, et la République au pouvoir souhaitait souligner cet anniversaire en érigeant dans un des lieux les plus prestigieux de Paris un imposant monument à la mémoire du grand homme.

 

Le monument dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre, dans son état d’origine, carte postale

Le monument original était placé en avant de la cour Napoléon du Palais du Louvre, face au Carrousel. Haut de 27 mètres, il était composé d’un pylône pyramidal dont la base portait un ensemble de figures allégoriques et d’ornements de bronze. Sur la face avant, à mi-hauteur, figurait la statue de pierre qui nous est familière, celle qu’on voit maintenant square Edouard Vaillant. Gambetta y est représenté en pied, dans une position de tribun, le bras tendu devant lui, au milieu d’un groupe de soldats. Des épisodes glorieux de sa vie et des extraits de ses discours étaient gravés sur le pylône, au sommet duquel trônait une allégorie en bronze de la Gloire de la Démocratie assise sur un lion ailé.

Les sculptures, dues à l’artiste Jean Paul Aubé, étaient installées sur une architecture de Louis Charles Boileau. Le musée d’Orsay conserve une maquette en plâtre au 1/90e du monument datant du concours de 1884.

Le monument dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre, état d’origine, prise de vue privée (DR)

La cour Napoléon était alors occupée par deux squares arborés. Le monument à Gambetta prit place dans celui qui s’ouvrait sur le passage des guichets du Louvre. L’autre accueillit, en 1908, une statue équestre de La Fayette.

Pendant l’Occupation, en 1941, les éléments de bronze furent démontés dans le cadre de la récupération des métaux non ferreux ordonnée par le gouvernement de Vichy. La statue en pierre fut épargnée.

En 1954, on réaménagea la cour Napoléon. Les squares furent supprimés et, pour dégager la vue des façades du Palais du Louvre, les monuments enlevés. Par la suite, dans les années 1980, cet espace qui ne servait plus que de parking pour les automobilistes parisiens fut complètement remanié avec une nouvelle réflexion sur les accès du musée du Louvre et l’édification des pyramides en verre et métal de l’architecte sino-américain Ieoh Ling Pei, bien connues aujourd’hui des touristes du monde entier.

En 1982, seul subsistait du monument originel le groupe de Gambetta entouré de soldats. A l’occasion du centenaire de la mort de Léon Gambetta, on décida de l’installer dans le square Édouard Vaillant (20e arrondissement), non loin de la place et de l’avenue Gambetta.

 

Plaque accompagnant le monument, square Édouard Vaillant – Cliché CDD

 

Le nom de Léon Gambetta est très étroitement lié à l’histoire républicaine du 20e arrondissement : il fut en particulier le rédacteur du « Programme de Belleville », en 1869, et, plusieurs fois, il fut élu député de l’arrondissement.

Aujourd’hui, nous ne pouvons que nous réjouir que sa statue ait retrouvé sa place dans notre espace public… et toute sa splendeur.



Histoire du cinéma dans le 20e

 

Alfred Hitchcock disait « Un film n’est pas une tranche de vie, c’est une tranche de gâteau ». Pour savourer ce gâteau, nous rappellerons la naissance du cinéma en France et en particulier dans le 20e arrondissement qui a été un haut-lieu des débuts du cinéma.

Nous parlerons de Léon Gaumont et de ses studios, d’Alice Guy, qui fut la première réalisatrice au monde et qui a tourné ses films dans le 20e, et des importantes usines Continsouza qui fabriquaient caméras et projecteurs.
Nous présenterons les dizaines de cinémas de quartier du 20e aujourd’hui disparus, ainsi que les deux seuls cinémas restants.

Le chapitre suivant portera sur les films tournés dans le 20e et sur les lieux de tournage.

Nous terminerons par une visite virtuelle au cimetière du Père-Lachaise où reposent plus de 200 réalisateurs, acteurs, décorateurs, techniciens, etc.

Simone Signoret, Claude Dauphin et Dominique Davray dans Casque d’Or de Jacques Becker, 1952 – ©DR

Cette conférence est présentée par Philippe Dubuc.

La conférence a lieu :

📅 Jeudi 22 janvier 2026
🕡 À 18h précises
🪧 À l’auditorium du Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant (bus 96 et 26)

   Entrée gratuite, nombre de places limité, uniquement sur inscription sur le site du PCB

 

Buste de Georges Méliès sur sa tombe au Père-Lachaise

Tombe de Georges Méliès au Père-Lachaise – PD

 



Des ombres légères … l’histoire des femmes résistantes dans le 20ème

 

Paris 1940-1944. Un quart des résistant·e·s du 20e étaient des femmes, d’origines et d’engagements divers.

Elles ont lutté pour la libération de la France occupée, pour le retour de la démocratie mais aussi pour un monde meilleur. Elles ont été emprisonnées, internées par le régime de Vichy, déportées par les nazis, voire guillotinée en Allemagne pour l’une d’entre elles (Simone Schloss), mais elles ont pu aussi passer à travers les mailles du filet.

 

Simone Schloss

 

Cette conférence, présentée par Françoise Ramaut, nous invite à faire connaissance avec ces « ombres légères ».

La conférence a lieu :

📅 Jeudi 16 octobre 2025
🕡 À 18h précises
🪧 À la mairie du 20e arrondissement, salle des mariages

   Entrée gratuite, nombre de places limité, uniquement sur inscription par mail à ahav.paris20@gmail.com

 

 

J-M Rosenfeld, le nouveau nom du jardin du PCB

Depuis cette année, le jardin du Pavillon Carré de Baudouin porte un nom lié à l’histoire de notre arrondissement : le jardin Jean-Michel Rosenfeld. Son inauguration en tant que tel a eu lieu le 5 mars 2025.

Cette décision fait suite à la proposition d’Éric Pliez maire du 20e arrondissement, présentée le 11 juillet 2024 au Conseil de Paris.

Qui était Jean-Michel Rosenfeld ? Pourquoi avoir choisi ce lieu ?

Lors de son décès, nous avions publié un article retraçant son riche parcours, son lien avec le 20e en tant qu’élu et… son soutien puis son action pour sauvegarder le Pavillon Carré de Baudouin.

À cette occasion, nous publions à nouveau cet article, paru pour la première fois le 7 mars 2023.

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Le 20e arrondissement en deuil de Jean-Michel Rosenfeld (1934-2023)

Jean-Michel Rosenfeld a quitté ce monde le 4 mars 2023, à la veille de son anniversaire. Par sa vie, son histoire personnelle, ses engagements et les valeurs morales et philosophiques auxquelles il croyait et qu’il défendait, il était étroitement lié à notre arrondissement et il restera dans nos mémoires.

Nous garderons de lui le souvenir d’un homme d’action, un homme engagé avant tout, et pourtant si simple, si proche des gens, toujours souriant et courtois, un homme modeste au regard des fonctions politiques qu’il a assumées : chargé de mission auprès du Premier ministre Pierre Mauroy (1981-1984), chef de cabinet adjoint du ministre du Travail Michel Delebarre (1984-1986)…

Pour nous, gens du 20e, il restera aussi le maire adjoint du 20e arrondissement (1984-2008), celui qui avait à cœur de se mobiliser pour soutenir la culture et le patrimoine de nos quartiers, y compris en appuyant notre association dans ses missions.

Soutien dans le 20e de Jean-Michel Rosenfeld présent

Vernissage à l’UDAC vers les années 2000. À gauche de JMR, le photographe Henri Guérard et sa femme. À droite, Florence Desserin, directrice de l’UDAC-FD

Concrètement, et en reprenant le titre de son livre Lumières de l’espoir : l’étoile, le triangle et la rose, paru en 2007, aux éditions La Bruyère :

L’étoile

Fils d’une famille juive originaire d’Europe centrale installée à Paris depuis 1907, il a perdu 38 membres de sa famille dans la Shoah. Né à Paris en 1934, il a connu la guerre, un père prisonnier, l’Occupation, les menaces de rafles, le port de l’étoile jaune, qui l’ont marqués à jamais.

Tout enfant, il a échappé à la rafle du Vel d’Hiv’ (juillet 1942), caché avec sa mère par la patronne de celle-ci. Toujours, il a conservé sur lui l’étoile juive qu’il avait dû porter alors et, lorsqu’il prenait la parole lors de certaines commémorations, il lui arrivait de la sortir de sa poche et son geste par surprise si émouvant augmentait encore l’intensité de son témoignage.

L'étoile juive dont il ne se sépare jamais.

Jean-Miche Rosenfeld lors d’un entretien avec une journaliste de The times of Israel. Il lui confie vouloir être enterré avec son étoile juive.

Cette étoile existe toujours aujourd’hui dans les têtes de l’extrême droite. Jean-Michel Rosenfeld a dû y faire face : au moment des élections régionales de 2004, il a dû porter plainte contre des militants du Front National pour l’avoir publiquement traité de «  youpin ».

Cette étoile, il l’a partagée avec notre association, à la mairie du 20e arrondissement, en 2000, dans une conférence sur La communauté juive dans le 20e arrondissement, de 1860 à nos jours, parue dans notre Bulletin n° 19 (disponible en ligne).

Le triangle

Jean-Michel Rosenfeld a toujours parlé très librement de son riche parcours dans la franc-maçonnerie au sein du Grand Orient de France.

En tant que président du congrès des loges de Paris et d’Île-de-France, c’est suite à son action que les différentes obédiences maçonniques se réunissent chaque année devant le Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise.

La première fois, ce fut à l’occasion du centenaire de la Commune de Paris, le samedi 24 avril 1971, jour anniversaire de la tentative de médiation des francs-maçons auprès du gouvernement de Thiers. En 1871, leur demande de conciliation pour faire cesser les assauts contre les Parisiens a échoué et, devant l’intransigeance d’Adolphe Thiers, bon nombre de francs-maçons se sont ralliés à la Commune. Et depuis 1997, cette commémoration se reproduira chaque année, en hommage notamment à la mémoire de cent d’entre eux victimes de la répression versaillaise.

Et la rose

Dans son livre, Lumières de l’espoir : l’étoile, le triangle et la rose, qui se lit comme un témoignage vivant, Jean-Michel Rosenfeld s’ouvre en toute simplicité, tel qu’en lui-même, à livre ouvert. Inscrit à la SFIO à la fin des années 1960, il entre en 1979 dans l’équipe parisienne de Pierre Mauroy, auprès duquel il travaille longtemps et est notamment chargé des contacts avec la presse et avec diverses associations et communautés (Juifs, Arméniens, Maghrébins, LICRA, MRAP, Amnesty International, ainsi qu’avec des obédiences maçonniques).

Pierre Mauroy premier ministre

Jean-Michel Rosenfeld et Pierre Mauroy en juin 1981-FJJ

Puis, il rejoint le ministère du Travail dans le gouvernement Fabius. Ensuite, il devient membre de la section « Cadre de vie » au Conseil économique et social à deux reprises, et enfin sous-directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (1993-1998). Il restera un homme de confiance de Pierre Mauroy, qui en fera son conseiller spécial quand il créera la Fondation Jean-Jaurès en 1992. Totalement engagé pour la République mais libre dans ses paroles, il n’hésite pas à dire ses vérités sur son parcours des années Mitterrand, à parler de son Parti Socialiste, de sa vie privée depuis sa jeunesse, allant parfois même jusqu’à se critiquer lui-même.

Ouverture du PCB vers la rue de Ménilmontant

Pavillon Carré de Baudoin, dessin 2022 du projet de travaux-MdP

Avec son soutien, le sauvetage du Pavillon Carré de Baudouin

Enfin, cet homme de culture s’est toujours tenu aux côtés de l’AHAV quand il s’agissait de se battre pour sauvegarder le patrimoine de notre arrondissement. Quand, rue de Ménilmontant, le Pavillon Carré de Baudouin a été menacé par une opération immobilière imminente, il a su relayer l’action déjà initiée par l’AHAV et son président de l’époque,Thierry Halay. Notre président avait déjà commencé à alerter l’opinion et à faire les démarches nécessaires pour sauver ce patrimoine architectural rarissime dans le 20e. Jean-Michel Rosenfeld nous soutiendra en reprenant la préservation dans son programme électoral.

Le Pavillon Carré de Baudouin est prévu pour réouvrir ses portes fin mars 2023. Quand nous y retournerons pour voir une exposition ou écouter une conférence ou un concert, nous aurons une pensée affectueuse et reconnaissante pour Jean-Michel Rosenfeld. En tout cas, dans nos pensées, il restera toujours présent parmi nous.

Le Conseil d’administration de l’AHAV tient chaleureusement à s’associer à la peine de ses proches et particulièrement de sa fille et de ses petits-enfants à qui il était tant attaché.



Une pensée pour Fernande Onimus de la rue des Rondeaux

 

 

Nous gardons toujours en mémoire les résistantes de notre arrondissement, parfois moins connues mais qui disposent d’une plaque commémorative en leur nom, fleurie officiellement chaque année par la Ville.

Parmi elles, Fernande Onimus, née Phal le 9 octobre 1899 à Charenton-le-Pont. Elle est la fille d’un employé de chemin de fer et d’une institutrice. Elle habitait 88 rue des Rondeaux (n°84 actuellement) à Paris 20e, avec son mari Robert et leurs deux enfants.

Réseau et ligne Comète

En juillet 1943, elle devient, avec Odile Verhulst son amie du quartier, cheffe-hébergeuse du 20e pour Comète, un réseau de résistance créé par une jeune belge, Andrée de Jong, pour récupérer, héberger, accompagner et exfiltrer les aviateurs alliés tombés en Belgique ou en France, jusqu’en Espagne via la frontière basque, et leur permettre ensuite de rallier Gibraltar alors sous contrôle britannique [1].

Andrée de Jong, dirigeante du réseau Comète – Imperial War Museum London

Comète est financé par le MI9 britannique mais opère de manière indépendante. Environ 800 aviateurs alliés et de nombreux résistants emprunteront la ligne Comète de juillet 1941 à juin 1944.

 

Routes utilisées par le réseau Comète (en rouge), le réseau Pat O'Leary (en bleu), et le réseau Shelburn (en brun) -National museum of the US Air Force

Routes utilisées par le réseau Comète (en rouge), le réseau Pat O’Leary (en bleu), et le réseau Shelburn (en brun) – National museum of the US Air Force

Le réseau comporte des refuges clandestins pour quelques jours ou plusieurs semaines, où les militants logent, nourrissent et habillent en civil les pilotes. Avec d’autres, elles constituent un petit réseau de planques, notamment chez Odile Verhulst, rue du Cher, « la maison à quatre pattes » (il fallait se faufiler par une trappe).

Pour les faux papiers indispensables aux aviateurs, elles sont en lien avec Marguerite Cécile du bureau militaire de la mairie du 20e, sous-lieutenant dans un groupe résistant lié à Libération-Nord. Pour des raisons de sécurité, Robert et Fernande Onimus envoient alors leur fils à la campagne car à l’école Sorbier, il rêve de devenir pilote…

 

Blason du réseau Comète

Blason du réseau Comète

En 1943, Fernande Onimus est connue dans la clandestinité sous divers pseudonymes : Rosa, ou parfois « Madame Françoise », ou encore décrite comme « The little lady in black« , car « elle mesure 1m40 et s’habille toujours en noir. On la rencontre dans tout le 20e arrondissement, serrant contre elle un grand sac noir ».[2]

À plusieurs reprises, les dirigeants et agents nationaux et parisiens du réseau Comète sont déjà « tombés », dénoncés par des agents infiltrés par l’Abwehr, le contre espionnage allemand. Le 18 janvier 1944, les Allemands arrêtent les membres parisiens du réseau dont Fernande Onimus et Odile Verhulst, mais aussi d’autres responsables parisiens ainsi que George Goldstein, un aviateur américain caché alors rue du Cher.

 

7 rue du Cher, domicile d'Odile Verhulst - PG

7 rue du Cher, domicile d’Odile Verhulst – PG

 

De Romainville à Ravensbrück

Fernande Onimus et ses camarades sont d’abord incarcérées dans les quartiers allemands, puis regroupées au camp de Romainville. Elles partent de la gare du Nord en wagons à bestiaux le 13 mai 1944, elles retrouvent les résistantes communistes des Comités féminins du 20e « libérées » par la Gestapo de la Centrale de Rennes [3].

Toutes sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück, « l’Enfer des femmes », dans le cadre de la procédure NN, Nacht und Nebel (secret, pas de nouvelles ni contact avec l’extérieur).

Fernande Onimus meurt à 45 ans à Ravensbrück le 23 ou le 24 avril 1945. Mais il sera mentionné le 5 avril 1945 comme date fictive collective, comme c’est l’usage, avec mention portée à l’état civil du 20e arrondissement le 11 février 1947. L’état lui reconnaît le statut de militaire des forces combattantes : agent P2 de juin 1943 au 18 janvier 1944, « Morte pour la France » [4].

 

Plaque à la mémoire de Fernande Onimus, du réseau d'évasion Comète, 84 rue des Rondeaux Paris 20

Plaque à la mémoire de Fernande Onimus – 84 rue des Rondeaux – PG

 

Une plaque commémorative honorant sa mémoire est apposée au bas de son immeuble, 84 rue des Rondeaux. Selon l’historienne Corinne Von List, l’aide à l’évasion a été la forme de résistance la plus mortelle : 51,2 % des femmes engagées dans cette forme de résistance ont succombé.

Par ailleurs, Odile Verhulst, 64 ans, est gazée à Ravensbrück le 20 février 1945, avec 18 autres femmes.[5]

Le dénonciateur infiltré belge travaillant pour l’Abwehr, Jean-Jacques Desoubrie, aurait participé à l’arrestation de plus de mille personnes. Arrêté en Allemagne en 1947 par les Américains, il est jugé puis fusillé en 1949 en France, en criant « Heil Hitler ! ».[6]

 

[1] Odile de Vasselot, Tombés du ciel, Histoire d’une ligne d’évasion, Le Félin, 2005, p139.
[2] https://evasioncomete.be/fgoldstgg.html
[3] Liste de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, I-212. : 552 femmes dont 77% rentreront.
[4] GR28 P4 256280 – 16P473803.
[5] www.bddm.org
[6] AN AJ72/45




Alain Decaux raconté
Conférence animée par Thierry Halay

Historien et conteur hors pair, Alain Decaux aura passionné pendant des années des millions d’auditeurs, de téléspectateurs et de lecteurs.

Né à Lille en 1925, il s’oriente très tôt vers le journalisme et l’écriture, influencé par ses premières lectures et un grand-père instituteur. Il sera un pionnier de l’Histoire à la radio avec La Tribune de l’Histoire, puis à la télévision avec des émissions aux titres restés célèbres : La caméra explore le temps ou Alain Decaux raconte.

Cet homme-orchestre de l’Histoire est aussi le prolifique auteur d’une cinquantaine de livres et d’une vingtaine de scénarios de films et de spectacles, notamment pour Robert Hossein. Son talent d’écrivain et ses multiples ouvrages seront consacrés par son élection à l’Académie française en 1979.

Il a enfin été lui-même acteur de l’Histoire en étant ministre de la Francophonie de 1988 à 1991.

Il repose avec une partie de sa famille au cimetière du Père-Lachaise, non loin de personnages historiques qu’il a évoqués au cours de ses nombreux récits.

Couverture du livre Alain Decaux raconté par Thierry Halay aux éditions l'Harmattan

Thierry Halay est l’auteur d’articles et de livres historiques, cofondateur et président d’honneur de l’AHAV. À l’occasion de cette conférence, il signera son livre Alain Decaux raconté.

 

La conférence a lieu :

📅 Jeudi 15 mai 2025
🕡 À 18h30 précises
🪧 À la mairie du 20e arrondissement

   Entrée gratuite, nombre de places limité, uniquement sur inscription par mail à ahav.paris20@gmail.com

 

Affiche de la conférence du 15 mai 2025 de Thierry Halay "Alain Decaux raconté"




Le blason du 20e arrondissement

 

À Paris, la campagne municipale vient d’être lancée. Les élections auront lieu dans un an, normalement en mars 2026. L’occasion de nous rappeler que chaque mairie d’arrondissement dispose de son propre logo, auquel s’ajoute celui de l’Hôtel de Ville. Quant à notre association, elle se distingue par son propre blason, bien différent de celui de la mairie du 20e. En voici l’origine.

Robert Louis, artiste héraldiste

À sa fondation en 1991, l’AHAV a pris pour sigle le blason du 20e arrondissement. Dessiné pendant la seconde guerre mondiale par l’artiste héraldiste Robert Louis, ce blason a été homologué par la Commission d’héraldique de la Seine dans sa séance du 26 février 1944 (Archives nationales, Inventaire du fonds Robert et Mireille Louis 748AP/60).

Robert Louis était un spécialiste d’héraldique, dessinateur héraldiste français, né à Douai le 20 février 1902 et mort à Vincennes le 22 septembre 1965. Ingénieur textile de formation, il étudie les documents anciens du Musée des Tissus à Lyon. De 1939 à 1944, il est officier de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, puis il est détaché au service historique des armées.

Tampon commercial Robert Louis artiste heraldiste

Tampon commercial de Robert Louis – Archives Nationales

Son tampon commercial porte les mentions :

Robert LOUIS
ARTISTE HÉRALDISTE
Dessinateur Symboliste des Services Officiels
18, Avenue de Paris, 18
VINCENNES (Seine) – Tél. DAU. 25-30

De 1943 à 1965, Robert Louis dessine la quasi-totalité des timbres des séries de blasons des provinces françaises et des villes de France. En 1966, sa fille Mireille prend sa succession.

Le dossier des Archives nationales contient une carte postale double en couleurs représentant les SYMBOLES HERALDIQUES DES VINGT ARRONDISSEMENTS DE PARIS entourant les Grandes armes de la ville de Paris.

 

Carte postale double en couleurs représentant les symboles héraldiques des 20 arrondissements de Paris

Les blasons des arrondissements, carte postale de Robert Louis – Archives Nationale 748AP

 

Le blason du 20e arrondissement

Voici la description du blason du 20e arrondissement dans le langage héraldique :

De gueules au chevron d’argent chargé de cinq pals ondés d’azur accompagné en chef à dextre d’une branche de lilas d’or fleurie d’argent à senestre d’une grappe de raisin d’or tigée et feuillée d’argent et en pointe d’une tour d’or mouvant de la pointe maçonnée de sable sommée d’un télégraphe optique Chappe d’argent

La signification des symboles a été précisée par le créateur du blason dans une note manuscrite :

Symboles :
– Le chevron indique que le point culminant de Paris se trouve dans le 20e arrondissement rue du Télégraphe
– Les pals ondés chargeant le chevron symbolisent les nombreux ruisseaux qui descendaient jadis des hauteurs de Belleville et qui ont laissé leurs noms à des rues du 20e
– La branche de lilas rappelle les forceries de lilas qui existaient dans l’arrondissement
– Le pampre symbolise les jardins, les guinguettes et les folies qui faisaient autrefois le caractère de Belleville et de Ménilmontant
– La tour et le télégraphe rappellent que c’est dans la partie haute du 20e arrondissement que Chappe avait fait son premier essai de télégraphe optique.

 

Note manuscrite de Robert Louis précisant la signification des symboles utilisés dans le blason du 20e

Note manuscrite de Robert Louis – Archives Nationales

 

Ainsi, pour caractériser le 20e arrondissement, trois éléments appartenant au patrimoine du quartier de Ménilmontant ont été choisis par Robert Louis. Ils respectent en cela le nom officiel d’« Arrondissement de Ménilmontant » attribué en 1860 lors du rattachement à Paris des villages et hameaux de la périphérie et de la création des 20 arrondissements de Paris.
L’article R. 2512-1 du code général des collectivités territoriales précise en effet que le 20e arrondissement porte également le nom d’« arrondissement de Ménilmontant », même si cette appellation est rarement employée dans la vie courante.

Ces éléments sont :

  • la grappe de raisin d’or tigée et feuillée d’argent symbolisant les vignobles qui couvraient les pentes de Ménilmontant et les guinguettes qu’elles abritaient aussi,
  • le télégraphe rappelant les essais de Claude Chappe qui eurent lieu sur l’emprise du château de Ménilmontant,
  • les cinq pals ondés d’azur figurant les cours d’eau ruisselant des hauteurs de Ménilmontant.

 

Du blason au logo

Aujourd’hui, nous ne parlons plus de blason, mais de logo. Il y a deux ans, la mairie du 20e s’est choisi un nouveau logo, le précédent ayant été utilisé pendant 14 ans.

Logo de la mairie du 20e créé en 2023 par l'agence Graphéine

Logo de la mairie du 20e arrondissement

Que reste-t-il de ces blasons ? 

Finalement, de l’utilisation de ces dessins proposés par Robert louis, aucune décision municipale locale ne l’officialisera en tant que blason. Aucune, sauf une : la mairie du 16e arrondissement.

Logo du 16e arrondissement de Paris

Logo de la mairie du 16e arrondissement



Un historien de Belleville s’en est allé : Maxime BRAQUET (1945-2025)

 

Nous apprenons avec grand regret le décès à Paris, le 27 janvier 2025, de notre ami Maxime Braquet, qui fut un historien passionné et prolifique de Belleville et de ses environs.

Né en 1945, Maxime Braquet avait été correcteur puis réviseur pour diverses revues et journaux, dont le magazine gastronomique Le Gault & Millau, Jeune Afrique, Usine Nouvelle, Courrier international, le Chasseur français…

Ainsi, il était un « homme de lettres ». Il entretenait aussi une relation passionnée avec les livres, des livres dont la lecture alimentait une autre de ses passions : la connaissance du passé nos quartiers de l’Est parisien. Maxime Braquet était un curieux infatigable et un bon connaisseur de notre arrondissement. On lui doit un nombre considérable d’articles très bien documentés sur divers aspects de l’histoire de Belleville et de Ménilmontant. Un travail titanesque de recherche et de rédaction qu’il a continué en permanence à enrichir.

S’il n’était pas historien de formation, il maitrisait parfaitement la recherche documentaire et connaissait bien les bibliothèques patrimoniales et les archives parisiennes, dans lesquelles il passa beaucoup d’heures heureuses…

Maxime Braquet aimait à partager sa passion et son savoir. Il a ainsi collaboré avec générosité avec plusieurs groupes d’histoire locale de l’Est parisien, dont l’AHAV, et, dès 1990, avec le magazine Quartiers Libres en version papier. Il a aussi longuement et étroitement coopéré avec le site www.des-gens.net, sur lequel nombre de ses articles sont toujours accessibles. On en trouvera aussi sur le site  habitantsduplateaudesbutteschaumont.blogspot.com

 

Maxime Braquet sur la butte Bergeyre en 2019

Maxime Braquet sur la butte Bergeyre en 2019

 

L’Association d’histoire et d’archéologie du 20arrondissement de Paris a eu, à plusieurs reprises, le plaisir d’accueillir Maxime Braquet dans ses réunions à la Mairie du 20e arrondissement. Ces conférences, toujours suivies avec intérêt par un public curieux de mieux connaître l’histoire de notre arrondissement, ont été publiées dans notre Bulletin :

  • « Jean Dolent, l’amoureux d’art, un Bellevillois remarquable du XIXe siècle », n° 27, 3e trim. 2003.
  • « La gloire de la Courtille. Des cabarets aux cinémas de quartier (1800-1975) », n° 30, 3e trim. 2004.
  • « Le site Carré de Baudouin. 300 ans d’histoire d’un lieu inspiré de Ménilmontant », n° 37, 3e trim. 2006.
  • « Ménilmontant en goguettes. A l’aube du mouvement ouvrier (1815-1850) », n° 38, 4e trim. 2007.
  • « Belleville – Ménilmontant, une grande page du mouvement ouvrier : juin 1848 », n° 41, 4e trim. 2008.
  • « Souvenirs du Théâtre de Belleville », n° 45, 2e trim. 2010.
  • « De Belleville à Romainville dans les romans de Paul de Koch », n° 54, 2e trim. 2013.
  • « Les bals musette de Belleville-Ménilmontant », n° 63, 2e trim. 2016.
  • « Un grand peintre à la rencontre de notre Montagne : Eugène Carrière » (avec Sylvie Legratiet), n° 65, 2e trim. 2017.

Il est possible de se procurer ces bulletins sur cette page.

Nous nous associons à tous ceux qui rendent aujourd’hui hommage à Maxime Braquet et à l’œuvre qu’il nous laisse.

La crémation de Maxime Braquet se déroulera le lundi 24 février 2025, à 11h00, au Crématorium du cimetière du Père-Lachaise, 71 rue des Rondeaux, 75020 Paris. Une occasion de rendre un dernier hommage à l’ami Maxime !

 

Un historien de Belleville s’en est allé : Maxime BRAQUET

Les événements en France, à Paris et dans le 20e il y a 50 ans

Comme chaque année depuis deux ans, nous rappelons ce qui s’est passé il y a tout juste 50 ans. Vous pouvez consulter les années antérieures, en cliquant directement sur celles de 1972 et 1973.

Voyons tout d’abord, les événements au plan national. Sans oublier Yves Coppens (au Père Lachaise) et l’Éthiopie. Le 24 novembre, lui et son équipe découvrent le squelette de Lucy datant de plus de trois millions d’années.

1974, regard rapide sur ce qui s’est passé en France

Georges Pompidou décède et Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République. Dès son élection, la majorité civique passe de 21 à 18 ans et la loi Veil légalisant l’IVG est votée. René Dumont se présente comme premier candidat écologiste, il obtient 1,34% des voix.

Parmi les innovations de la vie courante, Roland Moreno invente la carte à puce, les Post-it apparaissent, et le premier article de consommation avec un code-barres est scanné dans un supermarché.

Et dans la rubrique loisir/culture, au cinéma, nous pouvions voir Stavisky (lui-même au Père Lachaise) réalisé par Alain Resnais, et Lacombe Lucien de Louis Malle qui obtient le Prix Méliès (lui-même au Père Lachaise).

"Lacombe Lucien" film de Louis Malla

Lacombe Lucien en dvd-esc distribution

Enfin, comme chanson populaire, celle de Daniel Guichard avec son succès : « Mon vieux ». Elle figure parmi les meilleures ventes de 45 tours avec 554 500 ex. La chanson « Les Mots bleus » de Christophe aura également sa part de succès dans la durée.

Que s’est- il passé à Paris en 1974 ? 

  • Le guide Paris Pas Cher est créé par Anne et Alain Riou
  • L’aéroport de Paris-CDG/Roissy est inauguré le 8 mars. Dénommé aujourd’hui le Terminal 1, le premier avion décollera cinq jours plus tard.
  • Les Halles de Paris ont disparu, les grands travaux démarrent et piétinent, les décisions changent… et les parisiens vont vivre 7 ans avec ce lieu que la presse baptisera comme restant le fameux « trou des Halles »… déjà comparé avec celui de la Sécu qui n’en finit pas
Le trou des halles en place pendant 7 ans

Le trou des Halles en 1973-Archives de Paris

  • La RATP a modernisé son réseau ferré. Elle vient de passer un cap, celui d’avoir renouvelé la moitié de ses 3500 voitures datant d’avant la guerre.
  • Le premier Salon d’art contemporain -dénommée plus tard la FIAC (Foire internationale d’art contemporain)- est créée par des galeristes parisiens à l’ancienne gare de la Bastille. L’artiste Ben, l’auteur d’une peinture murale bien reconnaissable rue de Belleville/place Fréhel, fait partie des premiers exposants. Il vient de décéder en cet été 2024.

Enfin encore plus près du 20e, la prison de la petite Roquette conçue par l’architecte Hippolyte Lebas et inaugurée en 1830, est définitivement fermée. Commence alors sa destruction en mars de cette même année.   

1974 dans le 20e arrondissement

Le journal du conseil du quartier datant de 2012 nous apprend que deux jeunes tunisiens travailleurs sans-papiers entament une grève de la fin pour obtenir la régularisation de leur situation. Ils sont accueillis à l’église Notre-Dame de la Croix. En février, des habitants du quartier forment un comité de soutien, et finalement ils obtiendront satisfaction.

Des immeubles insalubres sur les hauts de Belleville sont détruits en avril.

Toujours dans le 20e, les équipes de chez Bull créent la ligne « GCOS 7 ». Il s’agit de produits d’une nouvelle génération, une avancée industrielle telle que certains éléments matériels ont par la suite intégré le musée des Arts et Métiers. 

Concernant la réforme de l’urbanisme, le conseil de Paris souhaite moins de constructions élevées. Il examine à partir du 12 novembre le plan d’occupation des sols (POS) de la capitale. Ainsi, proposition est faite notamment pour le 20e de ramener le plafonnement de toutes les hauteurs, à l’époque limité à 50 mètres, pour les abaisser à :

  • 37 mètres sur le site de Belleville et Cours de Vincennes.
  • 25 mètres sur le secteur rue des Pyrénées

En ce qui concerne notre théâtre national, le directeur du TEP, Guy Rétoré, ne sera pas remplacé par Marcel Maréchal. Après différentes controverses à l’intérieur du milieu artistique,  Marcel Maréchal, codirecteur du Théâtre du 8e arrondissement de Lyon, ne souhaite finalement plus être candidat,

En août apparaissent des inscriptions antisémites dans les quartiers de Saint-Paul et de Belleville.

L’écrivain Clément Lépidis réalise un reportage « Il était une fois Belleville ». Son documentaire recueille les témoignages d’anciens habitants du quartier.

Le premier gala de l’AMI a lieu en octobre à la Mairie du 20e

Le quartier Saint Blaise métamorphosé

Et puis, il nous reste bien-sûr à nous rappeler la refonte de notre quartier Saint Blaise. Un important projet d’urbanisme avait déjà commencé à être mis en application et les travaux ont été entamés. Mais arrive cette année 1974, avec le changement de président de la République et le changement de décisions qui a suivi.

 

Charonne de 1800 à nos jours

Couverture du bulletin n° 68 « Charonne de 1800 à aujourd’hui »

Avec la mobilisation des habitants du quartier représentés par le CLAD XXe (Comité de Liaison pour l’Animation et le Développement du XXe arrondissement), certaines grandes opérations sont annulées ou revues si elles avaient déjà commencé à être réalisées… annulée, tout comme le projet d’une autoroute pénétrant dans Paris par la rue de Bagnolet.



Les 60 ans du Maitron

 

Qu’y a-t-il de commun entre Madeleine Riffaud, Ambroise Croizat, Missak Manouchian, Joséphine Baker, Jacques Delors ? Ils ont tous un lien avec le 20e arrondissement, nous en avons parlé sur notre site et leur parcours figure dans le Maitron.

Comme le Larousse, le Harrap’s ou le Gaffiot, le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français a pris le nom de son créateur, l’historien Jean Maitron. C’est en 1964 que parait le premier tome d’une série qui comportera plus de 70 volumes dans sa version papier, dictionnaires thématiques et internationaux inclus.

Le Maitron 2e période tomes 4 à 9

Tomes 4 à 9 du Maitron    © Vu du bourbonnais

 

Jean Maitron, un historien militant d’origine populaire

Jean Maitron est né en 1910 dans la Nièvre, son grand-père était cordonnier, ses parents instituteurs. Il est lui-même instituteur jusqu’en 1955 dans la région parisienne, il enseigne ensuite pendant 3 ans dans un collège de Courbevoie, et ce n’est qu’à 48 ans qu’il obtient un détachement au CNRS. Militant communiste depuis 1930, après un aller-retour en 1934 il quitte définitivement le Parti Communiste en 1939 lors du pacte germano-soviétique qui est pour lui un grand choc et une trahison morale. Il décide alors de se consacrer à l’histoire sociale (« Je m’étais accroché à une bouée de sauvetage, l’histoire » écrit-il plus tard). Il entreprend après la guerre une thèse d’État sur l’histoire du mouvement anarchiste, il fonde le Centre d’histoire sociale et crée la revue l’Actualité de l’histoire qui deviendra le Mouvement social. Il est ainsi l’un des premiers introducteurs de l’histoire ouvrière à l’Université.

Photographie de Jean Maitron en 1981

Jean Maitron lors d’un entretien en 1981     © Maitron

 

La folle aventure du Maitron

Jean Maitron commence en 1954 la création des fiches biographiques qui constitueront le dictionnaire. Il lance en 1958 un appel en vue d’une collaboration à la réalisation d’un Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français et réunit ainsi une première équipe d’une centaine d’historiens pour bâtir cette œuvre collective ; pendant 60 ans, plus de 1 500 personnes contribuent ou ont contribué au dictionnaire en rédigeant des notices biographiques.

Le dictionnaire comprend aujourd’hui environ 220 000 notices. Il est découpé en cinq périodes :

  • 1789 – 1864 : De la Révolution française à la fondation de la première Internationale
  • 1864 – 1871 : De la fondation de la première Internationale à la Commune
  • 1871 – 1914 : De la Commune à la Grande Guerre
  • 1914 – 1939 : De la Première à la Seconde Guerre mondiale
  • 1940 – 1968 : De l’Occupation à Mai 68

Déjà couramment appelé le Maitron par ses utilisateurs, le dictionnaire prend officiellement le nom de son fondateur en 1981 à la demande de l’éditeur.

 

Notices de la 1ere période du Maitron représentées sur une carte de France par commune d'activité

Répartition géographique des notices de la 1ère période     © Maitron

 

Parallèlement, l’équipe du Maitron publie des dictionnaires biographiques internationaux (Autriche, Grande-Bretagne, Japon, Chine, Maroc, Komintern, La Sociale en Amérique, Algérie…) et thématiques (gaziers-électriciens, cheminots, anarchistes, enseignants et personnels de l’éducation, militants du Val-de-Marne, ouvriers du livre, du papier et du carton…)

 

Le Maitron après Jean Maitron

Claude Pennetier, son plus proche collaborateur, est associé à la direction de l’ensemble de l’œuvre à partir de 1984. Lorsque Jean Maitron décède en 1987, la 4e période 1914-1939 n’est pas encore achevée et Claude Pennetier reprend le flambeau.

A la fin des années 90, les quelques 70 volumes papier deviennent encombrants sur les étagères des bibliothèques, le Maitron prend alors le virage du numérique en éditant des CDRom, puis en créant un site internet à accès restreint. Depuis décembre 2018, le site du Maitron est ouvert gratuitement à tous, les 220 000 notices sont accessibles à tout public. Chaque mois, 100 000 internautes y naviguent.

Pour la 5e période, de l’Occupation à Mai 68, de nouvelles formes d’engagement militant (mouvements anticolonialistes, féministes, anti-nucléaires, …) sont intégrées et Claude Pennetier change l’intitulé de l’ouvrage qui devient Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social.

Si les femmes ne sont pas oubliées, elles représentent malheureusement une faible partie des notices (à peine 12 000 sur un total de 220 000), les sources les concernant étant très restreintes.

 

Statistiques sur les notices du Maitron en 2020

Répartition par période et dictionnaire thématique des 200 000 notices disponibles en ligne en 2020    © Maitron

 

Une œuvre collective plurielle

Depuis 1964, le Maitron est édité par les Éditions Ouvrières, à l’origine maison d’édition de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), devenues en 1993 les Éditions de l’Atelier. Profondément attaché à l’école laïque, Jean Maitron manifeste du respect pour l’apport du christianisme social au mouvement ouvrier ; dès le début, le directeur des Éditions Ouvrières soutient ce projet un peu fou et ils coopèrent donc sans état d’âme.

Jean Maitron a été un maître d’œuvre tenace dont l’autorité intellectuelle et morale a permis de réunir des historiens aux options politiques et sociales différentes (socialistes, communistes, anarchistes, libertaires, chrétiens, libéraux…) et aux formations diverses.

Dans l’avant-propos de la quatrième période, il écrit :

Certes il leur a été promis par moi, à l’aube de tout engagement, que leur serait effectué, lors de l’édition, le versement d’une quote-part de droits d’auteur, mais je leur suis reconnaissant de n’avoir jamais plus soulevé ce problème par la suite. Je tiendrai parole mais je suis cependant fondé à parler, en ce qui les concerne, de travail gratuit, de travail passionné et militant, ce qui en dit toute la valeur et une telle collaboration confère au Dictionnaire une qualité qu’aucun autre genre d’édition ne peut escompter…

 

« Doute et agis »

La dimension militante de l’ouvrage s’accompagne d’une qualité scientifique de renommée internationale.

La singularité de la démarche de Jean Maitron réside dans le choix historiographique de ne pas se contenter de faire figurer les grands dirigeants des organisations du mouvement ouvrier, les noms les plus connus, mais d’aller chercher les oubliés de l’histoire, « les obscurs, les sans-grade », comme il le disait, dont les notices sont parfois réduites à quelques mots, faute d’information disponible sur ces anonymes.

Pour lui, les « grands » et les « petits » ont autant d’importance et méritent leur place dans le dictionnaire. C’est aussi un choix politique dans la manière d’aborder le mouvement ouvrier que de refuser le culte des dirigeants.

Historien de gauche sans sectarisme, Jean Maitron a pris ses distances par rapport à une histoire hagiographique et a fait sienne la maxime « Doute et agis ».

Depuis 60 ans, la folle entreprise du Maitron est une œuvre collective monumentale toujours en construction.

 

Maitron papier 1984 : page d'Ambroise Croizat

Une page du Maitron en 1984    © Maitron

 

Le site Maitron en ligne - notices de personnalités liées au 20e et d'obscurs

Quelques exemples extraits du Maitron en ligne         © Maitron