Histoire de la protection du patrimoine et des restes archéologiques à Paris

Comme chaque année et ce depuis 39 ans, les 17 et 18 septembre 2022 ont eu lieu les Journées Européennes du Patrimoine. Parmi toutes les richesses patrimoniales mises en avant ces jours-là, les vestiges archéologiques restent une option d’entrée moins visible, plus discrète à aborder. D’où notre choix de présenter l’archéologie locale à travers une série d’articles sur le thème « patrimoine et archéologie ».

Dans un premier temps, cet article rapporte l’origine et la protection de nos richesses patrimoniales. Les prochains articles porteront plus précisément sur la connaissance archéologique dans le 20e .

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À l’origine de la préservation du patrimoine

Pendant des siècles on s’intéressait peu aux vestiges archéologiques et aux anciens bâtiments. On détruisait sans vergogne un temple grec pour construire une église romane transformée quelque temps plus tard en église de style gothique.
La découverte des villes ensevelies d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748), en Italie, suscite en France un grand intérêt, mais, pendant la Révolution française, on a voulu effacer les traces de l’Ancien Régime et cela a conduit à la destruction de nombreux édifices et des œuvres qui le symbolisaient.
Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, on veut donner aux Parisiens « de l’eau, de l’air et de l’ombre ». Les préoccupations hygiénistes condamnent les quartiers anciens insalubres, où les épidémies sont meurtrières. Les premiers grands travaux à Paris sont entrepris. Des journalistes, des poètes, des historiens et des écrivains s’émeuvent de voir disparaître une partie du vieux Paris. En 1830 Guizot crée l’inspection générale des monuments historiques, mais les démolitions continuent.

Le pamphlet de Victor Hugo

En mars 1832 Victor Hugo écrit un pamphlet «contre les démolisseurs, pour le patrimoine» dont voici quelques extraits :

À Paris le vandalisme fleurit et prospère sous nos yeux. Le vandalisme est architecte(…) Tous les jours il démolit quelque chose qui nous reste de cet admirable vieux Paris (…) le vandalisme a badigeonné Notre-Dame, le vandalisme a retouché les tours du Palais de Justice, le vandalisme a rasé Saint-Magloire, le vandalisme a détruit le cloître des Jacobins…

S’il faut une loi, répétons-le, qu’on la fasse (…) Une loi pour l’histoire, une loi pour l’irréparable qu’on détruit, une loi pour ce qu’une nation a de plus sacré après l’avenir, une loi pour le passé.

Victor Hugo « contre les démolisseurs pour le patrimoine »

Il n’est pas le seul à lutter pour la préservation du Vieux Paris, d’autres comme Eugène Viollet-le-Duc ou Ernest Renan s’indignent de la disparition du patrimoine parisien sous les coups de pioches.

Les premières actions sur les anciens édifices
Prosper Mérimée est nommé inspecteur général des Monuments historiques en 1834. L’archéologie française bénéficie alors pour la première fois d’une véritable attention des pouvoirs publics. Mérimée recense les grands monuments de la préhistoire, de l’antiquité gallo-romaine et du Moyen Âge, et, pendant 26 ans, il parcourt la France pour sensibiliser les populations, répertorier et sauver des édifices.

Prosper Merimée- Ministère de la Culture

En 1849, 3000 monuments étaient classés, mais la commission a peu de pouvoirs pour faire valoir ses recommandations de préservation ; il faudra attendre 38 ans pour que le statut de « monument classé » acquière une portée juridique garantissant une véritable protection.

En 1861, Napoléon III appuie personnellement le début des fouilles archéologiques à Alésia.

Les premières lois de conservation des monuments

Les importantes démolitions du Vieux Paris causées par les grands travaux du baron Haussmann créent un choc dans l’opinion publique.
La loi du 30 mars 1887, pour la conservation des monuments et objets d’art ayant un intérêt historique et artistique, donne enfin une portée juridique au classement d’un monument alors qu’il n’avait précédemment qu’une valeur indicative. La loi établit une procédure de classement pour les bâtiments et les objets jugés d’intérêt national, et assortit ce statut de droits et devoirs pour le propriétaire. La loi pose comme principes fondateurs qu’un immeuble classé ne peut pas être détruit et que toute intervention sur l’ouvrage doit être soumise à accord ministériel.

 

La Commission du Vieux Paris est créée par arrêté préfectoral le 18 décembre 1897. Selon les termes de cet arrêté : « Cette Commission sera chargée de rechercher les vestiges du Vieux Paris, de constater leur état actuel, de veiller, dans la mesure du possible, à leur conservation, de suivre, au jour le jour, les fouilles qui pourront être entreprises et les transformations jugées indispensables, et d’en conserver des preuves authentiques. »
Elle suit les demandes de démolition et les découvertes archéologiques mais son rôle n’est pas décisionnel mais seulement consultatif.

Arrive ensuite la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État : les édifices religieux seront intégrés aux autres monuments que doit gérer le service créé par Guizot, puis les « objets historiques », les sites naturels, et enfin les abords de ces monuments

De nouvelles lois à partir de 1913
Tirant les conséquences des insuffisances de la loi de 1897, un nouveau projet est préparé dès 1907. Adoptée par la Chambre des députés le 20 novembre, la loi relative aux monuments historiques est promulguée le 31 décembre 1913 par Raymond Poincaré, président de la République.

Cette loi, l’une des plus anciennes en ce domaine dans le monde, souvent prise pour modèle, a été peu transformée jusqu’à son intégration dans le code du patrimoine, en février 2004, et à l’ordonnance du 8 septembre 2005 relative aux monuments historiques et aux espaces protégés. Elle maintient un subtil équilibre entre respect du droit de propriété et intérêt général et régit l’ensemble des dispositions relatives à la protection et à la conservation du patrimoine monumental français, qu’il s’agisse d’immeubles ou d’objets mobiliers.

La loi de 1913 sur les monuments historiques est le fondement de la politique de protection du patrimoine d’intérêt national, et permet de classer un monument sans l’approbation de son propriétaire. Depuis 1913 environ 30 lois, ordonnances et décrets complètent la loi de 1913. L’une des plus importante est celle du 7 juillet 2016, loi LCAP, créant la Commission Nationale du Patrimoine et de l’Architecture.

Le XXe siècle a ainsi fait de nouveaux progrès dans la mise en place d’une politique de préservation efficace. Ainsi, différents niveaux de protection ont été créés, l’appellation « secteur sauvegardé » a vu le jour, les catégories de monuments à préserver se sont élargies : on trouve maintenant des jardins, immeubles, du patrimoine industriel, etc.

Il existe aujourd’hui environ 45 000 monuments historiques protégés en France.

Archéologie au 20e siècle

Fouilles archéologiques au musée du Louvre vers 1960- Musée Carnavalet

Vestiges archéologiques
Il a fallu attendre 1941 pour qu’une première loi protégeant les vestiges archéologiques voie le jour. Cette loi subordonne la possibilité d’entreprendre des fouilles à l’autorisation de l’État et rend obligatoire la déclaration des découvertes fortuites.

En 1986, un décret généralise la réalisation des fouilles préventives dans une zone de risques archéologiques.
Le Département d’Histoire de l’Architecture et d’Archéologie de Paris (DHAAP) a été créé en 2004 au sein des services municipaux de la Ville de Paris.

Depuis cette date, il réalise des diagnostics et des fouilles archéologiques préventives sur le territoire parisien ; il a également pour mission la conservation, l’étude et la valorisation des sites et objets découverts à Paris, et assure le secrétariat permanent de la Commission du vieux Paris. 

Prochain article : Les recherches archéologiques dans le 20e

Rafle du Vel d'hiv dans le 20e

La rafle du Vel d’hiv dans le 20e il y a 80 ans

 

Comme chaque année, ce samedi 16 juillet 2022 a eu lieu la cérémonie rappelant à notre mémoire la rafle du Vel d’hiv des 16 et 17 juillet 1942. Il s’agit de trois endroits de nos quartiers où ont été arrêtés et regroupés les juifs par la police française sous l’occupation.

Leurs plaques commémoratives ont été successivement fleuries après la prise de parole des survivants qui se souviennent de ces jours-là.

Une cinquantaine de personnes était rassemblée à la Métairie, puis à la Bellevilloise et enfin devant l’ancien commissariat intégré dans le bâtiment de la Mairie du 20e. Par ailleurs la cérémonie finira square Édouard Vaillant où un large panneau nous rappelle la longue liste des enfants qui n’en sont jamais revenus.

Cérémonie du Cel d'hivernal dans le 20e

La cour de la Métaierie devant la plaque mémorielle de la rafle de 1942. 16 juillet 2022-PG

Lieux de drame, lieux de mémoire

Devant la cour de la Métairie, lieu de mémoire tout près du métro Pyrénées, nous pouvons voir sur la photo ci-dessus le maire du 20e, Éric Pliez avec de dos à sa droite Jean-Michel Rosenfeld notre ancien maire adjoint . Jean-Michel Rosenfeld -lui-même survivant de la Shoah- a toujours gardé sur lui son étoile jaune ; cette étoile, il finira par nous la montrer en la sortant de sa poche -lentement et dignement- au cours de cette matinée, après nous avoir rapporté ce qu’il a vécu. Il a 8 ans lorsqu’il va vivre et survivre à cette rafle, alors que moins de deux mois avant cette date, le port de l’étoile venait de devenir obligatoire dès l’âge de 6 ans.

 

port de l'étoile juive dès 6 ans

Ordonnance du chef suprême des SS sur le port étoile juive dès 6 ans, extrait du 28 mai 1942- PG

Simplement parce qu’ils étaient juifs

Déjà en 1941 à Paris, une grande rafle avait été effectuée du 20 au 24 août, au cours de laquelle 4 232 hommes juifs ont été arrêtés. Simplement parce qu’ils étaient juifs.

Mais en juillet 1942, les autorités allemandes ordonnent plus largement l’arrestation d’hommes et de femmes juifs en âge de travailler, c’est-à-dire âgés de 16 à 60 ans (55 ans pour les femmes). La France de Vichy va plus loin encore dès le 13 juillet : dans la circulaire d’application de la Préfecture de Police n°173-42 -dactylographiée « secret »- elle va prendre l’initiative d’ajouter cette courte phrase dans un nouveau paragraphe :

« les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents ».

Pas un seul soldat allemand n’a pris part à cette rafle, seule la police française était à la manœuvre sous l’autorité du régime de Vichy. Nos témoins survivants seront victimes de cette circulaire, ils avaient alors bien moins de 16 ans.

De la Bellevilloise jusqu’au square Édouard Vaillant

Ainsi, devant la Bellevilloise, Rachel Jedinak -rescapée à l’âge de 8 ans- se souvient devant nous de ce qu’elle a vécu :

« À la Bellevilloise, « nous étions peut-être plusieurs centaines. Nous étions serrés comme des sardines ». Elle souligne ce qui l’a marqué à vie : « ma mère m’a demandé de partir, je voulais rester avec elle, et elle a fini par me gifler… sur le coup je n’ai pas compris mais plus tard j’ai su que par cette gifle, elle m’avait sauvé la vie ».

Rachel Jedinak témoigne devant la Bellevilloise

Les témoignages de Rachel Jedinak et Ginette Kolinka à sa droite, devant La Bellevilloise le 16 juillet 2022-PG

Puis dans l’ancien commissariat de la Mairie du 20e, Rachel sera enfermée dans la cave et elle nous montrera sur place d’un geste de la main le soupirail où elle se trouvait, cet endroit donnant sur le trottoir fermé par des barreaux.

Ses mots sont simples, sa voix posée appuyant doucement et bien distinctement sur chacun d’entre eux, l’ensemble de ses paroles décrit très précisément les faits, comme le témoignage d’une enfant abordant calmement et intensément ce qu’elle venait de subir. Rachel tient d’ailleurs chaque année à témoigner régulièrement devant les élèves des écoles, tout comme à ses côtés Ginette Kolinka survivante du camp d’Auschwitz-Birkenau et passeuse de mémoire.

Et puis derrière la Mairie, la dernière étape de cette matinée : à l’intérieur du square Édouard Vaillant un grand panneau de novembre 2004 rappelle  la liste des jeunes victimes avec en préambule ce texte en majuscules :

 

Arrêtés par la police du gouvernement de Vichy, complice de l’occupant nazi – Plus de 11 000 enfants furent déportés de France de 1942 à 1944 – Et assassinés à Auschwitz parce qu’ils étaient nés juifs – Plus de 1000 de ses enfants vivaient dans le 20e arrondissement – Parmi eux 133 tout-petits n’ont pas eu le temps de fréquenter une école – Passant, lis leur nom, ta mémoire est leur unique sépulture. Ne les oublions jamais.

suivent les noms de chaque enfant avec leur âge

Stèle des enfants déportés derrière la Mairie du 20e

Square Edouard Vaillant à la mémoire des enfants juifs déportés du 20e – PG

« Ils n’avaient pas de sépulture mais un nom et un âge » rappelle Pascal Joseph chargé de la Mémoire du 20et du Monde Combattant, avant que chaque volontaire lise chacun successivement cinq noms d’enfants, jusqu’à la fin de la liste.

Enfin plus globalement à l’échelle de notre arrondissement, l’historien Michel Dreyfus présente ainsi dans les Cahiers de la mémoire vivante du 20e datée de 2002, le bilan macabre de ce génocide.

« Le 16 juillet 1942 la plaque dans l’entrée de la mairie le rappelle, 3500 habitants du 20e, dont 1000 enfants, ont été « raflés », par la police parisienne. Déportés, la quasi-totalité d’entre eux n’est jamais revenu, n’ayant pas dépassé, à la fin des trois jours d’un terrible voyage en wagons à bestiaux, le quai des sélections de Birkenau, camp de la mort. Au lycée Hélène Boucher a été inauguré, il y a quelques années, une des premières plaques posées dans un établissement scolaire parisien. Elle porte le nom de 14 lycéennes juives déportées. Le souvenir des enfants est commémoré sur les murs de plusieurs écoles. »

  • À écouter également  le témoignage d’Esther SENOT sur le site de la ville de Paris, une jeune fille de 14 ans qui habitait passage Ronce, dans le 20e avec sa famille et sa communauté d’immigrés polonais. Elle a échappé à la Rafle mais a été prise et déportée quelques mois plus tard à Birkenau, dont elle est malgré tout revenue (marches de la mort). 

Elle a écrit un livre de souvenirs, « la Petite fille du passage Ronce » (Editions Grasset). 

 

Témoignage d'Esther Senot

Esther Senot, rescapée de la rafle du Vél d’Hiv, témoigne-Photo Ville de Paris

https://www.paris.fr/pages/80-ans-apres-la-rafle-du-vel-d-hiv-le-temoignage-d-esther-senot-21524

https://memoiresdesdeportations.org/personne/senot-esther

Ménilmontant Bal des Pompiers 2022

 

Ce que vous n’avez jamais osé demander sur le 14 Juillet…

 

Le 14 Juillet et ses festivités approchent… Pavoisements, défilés, feux d’artifice et bals populaires, des rituels annuels, des évidences sur lesquelles nous ne nous interrogeons même plus. Et pourtant…

 

Pavoisement 14 juillet

 

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Pourquoi les militaires défilent-ils le 14 Juillet ?

Pour beaucoup de nos concitoyens.nes, les manifestations du 14 Juillet sont associées à la prise de la Bastille et à l’insurrection populaire de 1789.

Que nenni… ! En choisissant cette date pour célébrer la fête nationale, la IIIe République entendait commémorer la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790.

 

Le 14 Juillet 1880 : le premier…

C’est en 1880 qu’a lieu le premier défilé militaire du 14 Juillet. La France veut montrer le redressement de son armée dix ans après la défaite contre les Prussiens (1870). Il répond à la nécessité d’expliquer le rôle d’une armée dans la démocratie.

Claude Monet, Fête nationale rue Saint-Denis

Claude Monet, Fête Nationale rue Saint-Denis

Le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose une proposition de loi signée par 64 députés : « la République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet ». Le texte est adopté à la majorité de 173 voix contre 64, et promulgué le 6 juillet 1880. Remarquons que le vote intervient au même moment que l’amnistie des communards : il s’agit de ne laisser personne au banc de la Nation.

Et, le 14 juillet suivant, un défilé militaire est organisé sur l’hippodrome de Longchamp devant 300 000 spectateurs, en présence du président de la République, Jules Grévy.

Alfred Roll, La fête du 14 juillet 1880 et l'inauguration de la statue de la République

Alfred Roll, La fête du 14 juillet 1880 et l’inauguration de la statue de la République

La journée a commencé par l’inauguration d’un monument, œuvre des frères Léopold et Charles Morice, sur la place de la République. Une statue de bronze représentant une femme drapée d’une toge à l’antique et coiffée d’un bonnet phrygien, incarne la République. Sa main droite tend un rameau d’olivier tandis que son bras gauche repose sur les Tables de la Loi sur lesquelles il sera par la suite gravé « Droits de l’homme ». Autour du piédestal, trois grandes statues de pierre représentent la Liberté tenant des fers brisés et brandissant un flambeau, l’Egalité tenant le drapeau tricolore et une équerre à niveau, et la Fraternité entourée d’attributs agricoles et d’enfants.

Cette même année 1880, a lieu la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée : est confirmée la fonction du drapeau tricolore comme emblème national. Le président Grévy remet aux régiments des drapeaux bleu-blanc-rouge frangés d’or et frappés du signe RF.

Vincent Van Gogh Fête du 14 juillet 1886

Vincent Van Gogh, Fête du 14 Juillet 1886

Suivront d’autres 14 Juillet tout aussi symboliques des grandes étapes de notre Histoire…

 

Le 14 Juillet 1919 : le souvenir des morts et des disparus

14 juillet 1919. L'Arc de Triomphe. Le Défilé de la Victoire

14 juillet 1919 – L’Arc de Triomphe, le Défilé de la Victoire

Après les épreuves et la victoire de la Grande Guerre de 1914-1918, le défilé a lieu pour la première fois sur les Champs-Élysées… un hommage aux combattants, morts et survivants, voulu par Clémenceau, qui deviendra l’ordinaire des célébrations du 14 Juillet. Mille « gueules cassées », menées par le nouveau député de la Meuse André Maginot, volontaire de 1914 amputé d’une jambe, précèdent les troupes alliées victorieuses ; les Poilus français ferment la marche. La République rend hommage à ses disparus et remercie ses alliés.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet, pour la veillée d’honneur aux « morts de la Patrie », un cénotaphe géant entouré de canons pris à l’ennemi est dressé sous l’Arc de triomphe.

14 juillet 1919. Trophée constitué de canons allemands entassés place de la Concorde

14 juillet 1919 – Trophée constitué de canons allemands entassés place de la Concorde – ECPAD

 

Le 14 Juillet 1936 : le défilé du Front Populaire

Un mois après les accords de Matignon, trois mois après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, un second défilé, populaire et ouvrier, est organisé l’après-midi, en réponse au défilé militaire du matin. Un million de manifestants parcourent l’Est parisien en célébrant le triomphe du Front encore au sommet de sa popularité. C’est le « bel été 36 » et trois jours de fête sont décrétés par le gouvernement sous la devise « Le pain, l’armée, le peuple ».

 

Le 14 Juillet 1945 : le défilé de la Libération

Après les 14 Juillet de la guerre transformés par le régime de Pétain en cérémonies d’hommage aux morts, le défilé militaire reprend ses droits au milieu de la liesse populaire. Il a lieu de Vincennes à Bastille, après que le général de Gaulle et le général de Lattre eurent passé en revue, sur le cours de Vincennes, les combattants de l’armée Rhin et Danube. « Cette fois, la marche triomphale avait lieu d’est en ouest », remarque de Gaulle dans ses Mémoires. La fibre patriotique et militaire l’emporte de nouveau.

INA  « Le défilé militaire du 14 juillet 1945 à la Bastille » 

 

Le 14 Juillet 1968 : le défilé d’après la « chienlit »

C’est l’occasion pour de Gaulle, qui avait déjà utilisé le défilé du 14 juillet 1958 pour montrer qu’il avait repris les affaires en main, de rappeler que la crise de mai est passée. C’est l’occasion aussi, après l’éviction de Pompidou, de la première sortie publique du Premier ministre, Maurice Couve de Murville, qui suit à ses côtés le défilé des troupes sur les Champs-Élysées, là même où, le 30 mai précédent, près d’un million de manifestants étaient venus clamer leur soutien à de Gaulle. La journée n’en sera pas moins émaillée d’incidents entre la police et des manifestants d’extrême gauche et des étudiants.

14 juillet 1968. Défilé militaire sur les Champs-Elysées

14 juillet 1968 – Défilé militaire sur les Champs-Elysées

 

Le 14 Juillet 1974 : de la Bastille à la République

Avec un défilé de la Bastille à la République, le 14 juillet 1974 est un 14 juillet « new look », selon le vœu du nouveau président, Valéry Giscard d’Estaing. La place de la Bastille est l’épicentre des manifestations, autour de la colonne de Juillet, et les soldats défilent à pied à travers les quartiers de Paris, comme à l’époque de la prise de la Bastille.

Les lieux du défilé varient pendant les cinq années suivantes (cours de Vincennes, Champs-Élysées, École militaire, Champs-Élysées, République-Bastille), mais, depuis 1980, les Champs-Élysées sont redevenus le cadre du défilé.

 

Le 14 Juillet 1989 : le bicentenaire de la Révolution

 

La cantatrice américaine Jessye Norman interprétant la Marseillaise 14 juillet 1989

La cantatrice américaine Jessye Norman interprétant la Marseillaise, 14 juillet 1989

 

Le 14 Juillet 1989 a été un moment fort des manifestations de la célébration du bicentenaire de la Révolution française. De nombreux chefs d’État étrangers assistent au défilé militaire traditionnel et au spectacle monumental de Jean-Paul Goude sur le thème des « tribus planétaires ». Le défilé est retransmis en direct à la télévision dans 102 pays. Cette célébration atypique du 14 Juillet suscita des polémiques mais rencontra un grand succès populaire.

 

1989 Le spectacle du bicentenaire conçu par Jean-Paul Goude

Le spectacle du bicentenaire conçu par Jean-Paul Goude

 

Le 14 Juillet 2007 : sous le signe de l’Europe

Le défilé du 14 juillet 2007 est placé sous le signe de l’Europe, avec la présence inédite de détachements des 27 pays membres de l’Union et des présidents en exercice de l’Union européenne (UE), de la Commission européenne et du Parlement européen. Le Chœur des armées françaises et les petits chanteurs à la Croix de bois entonnent l’Hymne à la joie.

 

Drapeau européen flottant sous l'Arc de Triomphe

Le drapeau européen flottant sous l’Arc de Triomphe

 

 

Et le feu d’artifice ?

Très ancienne, la tradition du feu d’artifice n’a pas toujours eu le sens festif qu’on lui connaît aujourd’hui. C’est, en fait, un des rares symboles de la monarchie que le peuple français a souhaité garder. Sous la Monarchie absolue, lors des fêtes royales et princières – victoires, mariages, baptêmes…, on donnait beaucoup de feux d’artifice.

Délaissé durant plusieurs années, c’est sous la IIIe République qu’il fait sa réapparition, à la fois comme spectacle pour le peuple et vecteur d’enseignement politique. Le feu d’artifice est ainsi devenu un symbole très populaire du 14 juillet

Le feu d'artifice du 14 juillet 2014

A Paris, le feu d’artifice du 14 juillet 2014 rappelait la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale

 

 

Et le bal des pompiers ?

Contre toute attente, la tradition du bal des pompiers débarque assez tardivement, dans les années 1930… A cette époque, le pompier est un personnage très important, qui représente l’armée au service du peuple. C’est donc naturellement qu’il a toujours été associé aux festivités du 14 juillet, que ce soit pour surveiller que tout se passe bien durant les feux d’artifice ou pour défiler dans les petites communes sans militaires.

Alfred Fié Le bal du 14 juillet

Alfred Fié, Le bal du 14 juillet

Et pour finir la parole est à Georges Brassens :

« Le jour du quatorze-Juillet,
Je reste dans mon lit douillet ;
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas le clairon qui sonne ;
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…»

Pour en savoir plus :

Christian Amalvi, « Le 14-Juillet », dans Pierre Nora (dir), Les lieux de mémoire, t. 1 « La République », Paris, Gallimard, 1996.

Remi Dalisson, Célébrer la nation, les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau monde éditions, 2009.

Pavilon Carré de Baudouin

Le 20e, toute une histoire au PCB

 Dans le cadre des Invitations aux Arts et aux Savoirs (IAS), le cycle de conférences Lire la ville : le 20e arrondissement propose une balade savante en cinq étapes autour de l’histoire de notre arrondissement. Nous en reproduisons le programme diffusé par la mairie.

Lire la ville : le 20e arrondissement – Programme 2022

Samedi 15 janvier 2022 à 14h30 : Quand le vin monte à la tête des Parisiens dans les cabarets de la Courtille

Querelles, rixes, assassinats, les archives des prévôtés des seigneuries de Belleville regorgent de faits divers et d’anecdotes cocasses, drolatiques ou tragiques survenus ici entre le milieu du dix-septième siècle et la Révolution.

Samedi 12 février 2022 à 14h30 : L’eau de la Ville, l’eau du Roi

Véritable château d’eau de Paris, les hauteurs de Belleville et de Ménilmontant ont été le théâtre au fil des siècles d’une guerre sans merci livrée par le Roi et les édiles de la ville pour s’assurer le contrôle de cette précieuse ressource.

Regard Saint-Martin

Regard Saint-Martin, 42 rue des Cascades

Samedi 12 mars 2022 à 14h30 : L’enceinte des fermiers généraux

Le mur dit des « fermiers généraux », érigé à la Courtille à partir de l’année 1788 afin d’optimiser la collecte des taxes sur les marchandises entrant dans Paris, a suscité l’émoi puis la colère des Bellevillois. L’incendie volontaire de la barrière de Belleville en juillet de l’année suivante a été, dit-on, l’un des éléments déclencheurs de la Révolution française.

 

Plan du mur des Fermiers généraux

Plan du mur des Fermiers généraux

Samedi 16 avril 2022 à 14h30 : À Ménilmontant et à Charonne sur les pas de Rousseau

De récentes découvertes nous conduisent cette année encore à marcher sur les pas de Jean-Jacques Rousseau et tenter de retracer le plus fidèlement possible la fameuse journée du 24 octobre 1776 qui le vit se trouver, nez à truffe, au lieu-dit « la Haute borne » avec le chien danois du carrosse de Michel Etienne le Peletier de Saint-Fargeau.

 

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Samedi 21 mai 2022 à 14h30 : De la Folie Regnault au Père Lachaise

De la maison de délassement du marchand d’épices Regnault de Wandonne à celle des Jésuites du faubourg Saint-Antoine puis à la création, le 21 mai 1804, du célèbre cimetière, nous retracerons plus de quatre siècles d’histoire d’un lieu qui recèle aujourd’hui encore des vestiges de son riche passé.

Père-Lachaise, le Mont-Louis

À l’origine du Père Lachaise, le Mont-Louis; vers 1794. Carnavalet

Lire la ville : le 20e arrondissement. – Infos pratiques

📅 Un samedi par mois à 14h30

📍 Dans l’auditorium du Pavillon Carré de Baudouin, 121 Rue de Ménilmontant

🧍 Conférencier : Passionné d’histoire, Denis Goguet participe en 2012 au colloque « L’accident de Ménilmontant » à l’occasion duquel il retrace le chemin emprunté par Jean-Jacques Rousseau le 24 octobre 1776 à travers les vignes et prairies de Belleville et Charonne. Féru de vieux papiers, il fréquente assidument les archives afin d’exhumer des documents originaux et tenter d’apporter un regard neuf sur l’histoire des villages à l’origine du 20e arrondissement.

Les IAS, ce sont 8 cycles de conférences organisées au Pavillon Carré de Baudouin par l’association Paris Culture 20. 

Vous en retrouverez le programme complet en cliquant ici.

Gambetta au Panthéon

Gambetta et le Soldat Inconnu : destins croisés

Nous sommes en 1920 et la IIIe République a officiellement 50 ans, depuis l’invasion de la France par les prussiens. Comme le pays vient à peine de sortir de la Grande Guerre contre l’Allemagne, les deux évènements se croisent cette année-là pour un même anniversaire voulu par nos parlementaires.

À l’initiative de plusieurs députés, allant du centre-gauche à la droite, une campagne de presse est organisée pour que ce 11 novembre Gambetta et le soldat inconnu puissent entrer ensemble au Panthéon.

L’objectif : rassembler les français sur des valeurs communes 

À la Chambre dès le mois de juillet de cette année-là, un budget de 3,5 millions de francs est proposé pour fêter le cinquantenaire de la République. s’ajoutera un projet de loi pour transférer le cœur de Gambetta au Panthéon. Cette loi sera votée le 1er septembre 1920. 

Non sans mal puisque l’année précédente les passions politiques avaient divisé les personnes publiques sur ce projet : au camp des enthousiastes s’oppose celui du refus partiel ou total.

Gambetta et soldat inconnu ensembles le 11 novembre 1920

Le char de Gambetta derrière celui du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe

Controverse à propos du Panthéon pour le Soldat inconnu

Considérant le Panthéon comme inapproprié pour le soldat inconnu, le cardinal Amette a justifié sa position dès 1919 en écrivant :

Je suis bien désireux de favoriser tout ce qui pourrait être un. légitime hommage à nos chers morts de la guerre, mais il ne m’est pas possible de m’associer à la pensée que vous m’avez communiquée. Le soldat inconnu dont vous voudriez faire porter les restes au Panthéon pourrait être un soldat catholique, et il ne serait pas conforme aux sentiments d’un soldat catholique ni de sa famille que sa dépouille fût portée dans une église désaffectée et dans une cérémonie qui ne pourrait avoir aucun caractère religieux.

Et dans son édition datée du 16 septembre 1919, L’Action française ajoute :

Les catholiques n’ont pas le droit d’oublier dans quelles conditions le Panthéon a été enlevé au culte.

L’opposition à voir entrer Gambetta au Panthéon

Quant à Gambetta, le directeur de L’Intransigeant -journal tiré à 400 000 exemplaires- écrit dans son édition du 25 octobre 1920 :

Personne ne se dissimule que la fête du 11 novembre promet d’être dépourvue à la fois d’éclat et d’émotion. On s’est battu les flancs pour inventer un symbole propre à regrouper les diverses classes de la population dans un sentiment commun. Ce n’est pas le transport du cœur de Gambetta qui saura réaliser ce but ».

Soldat portant le coeur de Gambetta

Le coeur de Gambetta porté au Panthéon par un ancien combattant, Wikipédia

Et dans la continuité, l’Action française va plus loin dans la polémique en traitant Gambetta d’« anticlérical patenté » et même de « métèque ».

L’idée du lieu pour le soldat inconnu et pour Gambetta sont  donc particulièrement controversés : le soldat inconnu sera finalement inhumé le même jour que Gambetta mais là où nous le connaissons aujourd’hui : au pied de l’Arc de Triomphe.

Gambetta au cœur de la République

Pourquoi seulement le cœur de Gambetta au Panthéon ? Gambetta est décédé le 31 décembre 1882 à la suite d’une blessure mystérieuse depuis la fin novembre.  Au cours de son autopsie, son cœur est placé dans un coffret à l’intérieur de sa maison des Jardies à Sèvres (92) acquise quatre ans avant sa mort. Avant lui, Honoré de Balzac avait habité cette même maison et celle-ci est devenue actuellement le musée Gambetta, propriété de l’État.

Une cérémonie commune en deux lieux

Le cœur de Gambetta et le corps du Soldat inconnu se rejoignent  ce 11 novembre pour former un même cortège depuis la place Denfert-Rochereau, sous le Lion de Belfort, symbole de la guerre de 1870. Puis, direction le Panthéon.

Le coeur de Gambetta à Denfert Rocherreau le 11 novembre 1920

Le coeur de Gambetta à Denfert-Rochereau, lieu de départ commun du cortège avec le Soldat Inconnu

Au Panthéon, Alexandre Millerand, président de la République, prononce un discours en l’honneur de Gambetta, du Soldat inconnu et de la République. Une fois le discours et la cérémonie au Panthéon terminés, le cœur de Gambetta n’y reste pas pour autant :  il repart pour accompagner le Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, lieu de la seconde cérémonie… où le Soldat inconnu ne sera par ailleurs réellement enseveli qu’au mois de janvier 1921, alors que le cœur de Gambetta repartira le jour-même au Panthéon.

 Gambetta et le 11 novembre 1920

Le char du coeur de Gambetta traversant Paris

 

Affiche Halle aux chapeaux rue de Belleville

 

La chapellerie au royaume des casquettes

l’Est parisien dans la seconde moitié du 19ème siècle.

 

Cette conférence a lieu le jeudi 25 novembre à 18h30 à la mairie du 20e.

L’est parisien a vu se développer une chapellerie industrielle dans la seconde moitié du XIXème siècle. Les fabricants ont su s’adapter aux goûts et aux modes de leur clientèle, chapeaux bourgeois et casquettes populaires.

Le titre de la conférence rappelle simplement qu’il s’agit de chapeaux destinés à la bourgeoisie de l’ouest parisien, fabriqués par les ouvriers et ouvrières de l’Est de Paris… ouvriers qui eux portaient des casquettes.

Chapellerie 20e

Conférence AHAV chapellerie

Notre conférencier, Daniel Blouin, est historien et membre de la commission d’histoire de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.

L’entrée est gratuite, ouverte à tout le monde, mais… limitée à 30 personnes et sur inscription préalable à

 

ahav.paris20@gmail.com

Madeleine Riffaud témoigne avec force

 

Les mille vies de Madeleine Riffaud,

l’héroïne du 23 août 1944

 

Résistante à 18 ans, poétesse, reporter de guerre, militante anticolonialiste et pacifiste, amie d’Éluard, d’Aragon, de Picasso, de Vercors et de Hô Chi Minh, Madeleine Riffaud a vécu mille vies et a survécu à toutes.

Résistante à 18 ans

Née le 23 août 1924 dans la Somme, elle est encore mineure quand elle s’engage dans la Résistance à Paris, en 1942, sous le nom de code Rainer, « ce nom d’homme, de poète et d’Allemand », en hommage à Rainer Maria Rilke, et participe à plusieurs coups de main contre l’occupant nazi.

Responsable d’un triangle du Front national des étudiants du Quartier latin, elle entre dans les FTP en mars 1944. Elle obéit au mot d’ordre d’intensifier les actions armées en vue du soulèvement de Paris d’août 1944 : le 23 juillet 1944, en plein jour, elle abat de deux balles dans la tête un officier allemand sur le pont de Solférino.

« Neuf balles dans mon chargeur / Pour venger tous mes frères / Ça fait mal de tuer / C’est la première fois / Sept balles dans mon chargeur / C’était si simple / L’homme qui tirait l’autre nuit / C’était moi. »

Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et emmenée au siège de la Gestapo, où elle est torturée. Elle garde le silence et est condamnée à mort. Promise à la déportation à laquelle elle échappe, sauvée par une femme qui la fait sauter du train, elle est à nouveau arrêtée et bénéficie finalement d’un échange de prisonniers pour être libérée, le 19 août 1944. Elle reprend alors immédiatement son combat dans la Résistance où elle est affectée à la compagnie Saint-Just avec le grade d’aspirant lieutenant.

Sa nouvelle mission, avec seulement trois résistants sous ses ordres, consiste à l’attaque du train arrivant aux Buttes-Chaumont (gare de Ménilmontant) qui aurait pu prendre à revers les résistants, engagés dans les batailles parisiennes.

Lorsqu’ils arrivent sur place, le train est déjà là et ils prennent les caisses d’explosifs qui n’avaient pas encore été utilisées pour les combats de rue. Installés de part et d’autre de la voie, ils envoient l’ensemble d’un coup et lancent des fumigènes et des feux d’artifice dans le tunnel où le train se retranche. La garnison se rend ; elle contribue donc à la capture de 80 soldats allemands et récupère des fusils et des munitions. Nous sommes le 23 août 1944, jour où Madeleine Riffaud fête tout juste ses 20 ans.

 

Madeleine Riffaud toute jeune résistante

Madeleine Riffaud toute jeune résistante

 

Mais pour elle, pas de trêve : le 25 août, toujours à la tête de sa compagnie, elle mène l’assaut du tout dernier bastion allemand, la caserne de la place de la République.

Poétesse, écrivaine, journaliste, correspondante de guerre

Madeleine reçoit de l’État-major des FFI son brevet de lieutenant, mais son engagement s’arrête à la fin des combats pour la Libération de Paris, car l’armée régulière ne l’accepte pas comme femme et mineure. Ses camarades de la compagnie Saint-Just continueront la lutte contre les nazis au sein de la brigade Fabien jusqu’à la victoire finale. Madeleine reçoit alors une citation à l’ordre de l’armée signée De Gaulle.

Devenue majeure en 1945, elle épouse cette année-là Pierre Daix, chef de cabinet du ministre Charles Tillon, dont elle se séparera en 1947 puis divorcera en 1953.

Après 1945, elle travaille pour le quotidien communiste Ce Soir. Elle rencontre Hô Chi Minh, lors de sa visite officielle en France, en 1946, pour la conférence de Paix de Fontainebleau, avant de partir en reportage en Afrique du Sud et à Madagascar.

Madeleine Riffaud journaliste

Madeleine Riffaud avec l’homme d’Etat Vietnamien Hô Chi Minh

Elle reçoit ensuite régulièrement jusqu’en 1949, chez elle, rue Truffaut, Tran Ngoc Danh, membre de la délégation vietnamienne, et rêve d’y partir en reportage, désapprouvée par son mari qui la trouve « gauchiste ». Elle se déclare fermement « ouvriériste », en couvrant les grèves des mineurs, écrit des textes sur l’Indochine en 1948 et milite contre l’emprisonnement de Trân Ngoc Danh, député de la République démocratique du Viêtnam.

Elle passe à La Vie Ouvrière, organe de la CGT, avant les campagnes de l’Appel de Stockholm du 19 mars 1950. Cet hebdomadaire publie ses poèmes dès 1946, tout comme Les Lettres françaises, de 1945 à 1972. Très proche de Hô Chi Minh et du poète Nguyen Dinh Thi, qu’elle a rencontrés à Paris et à Berlin en 1945 puis 1951, elle couvre la guerre d’Indochine, épisode relaté dans Les Trois guerres de Madeleine Riffaud (film de Philippe Rostan, diffusé en 2010). Elle deviendra la compagne de Nguyen Dinh Thi, futur ministre de la Culture.

Grand reporter pour le journal L’Humanité, elle couvre la guerre d’Algérie, au cours de laquelle elle est gravement blessée dans un attentat organisé par l’OAS.

Aussitôt guérie, elle couvre la guerre du Viêt Nam pendant sept ans, dans les maquis du Viêt-Cong sous les bombardements américains. À son retour, elle se fait embaucher comme aide-soignante dans un hôpital parisien, expérience dont elle tire son best-seller, Les Linges de la nuit.

Elle ne fera publiquement part de son engagement dans la Résistance qu’à partir de 1994, pour les 50 ans de la Libération, pour ne pas laisser tomber dans l’oubli ses « copains » morts dans les luttes qu’ils partagèrent.

Elle est titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme (citation à l’ordre de l’armée), décernée pour ses activités de résistance contre l’occupation nazie (6 août 1945), chevalier de la Légion d’honneur (avril 2001) et officier de l’ordre national du Mérite (2008).

Elle laisse une très riche œuvre publiée tant en poésies, contes qu’essais et de très nombreux reportages (Tunisie, Iran, maquis du Viêt-Cong et Nord-Viet Nam).

BD Madeleine résistante

BD Madeleine résistante, sortie le 20 août 2021. © Dominique Bertail Editions Dupuis.

Cette femme de caractère, dont la vie et l’action ont largement dépassé les limites de notre arrondissement, mérite que nos édiles se souviennent par un hommage public que Madeleine Riffaud y fit une des premières démonstrations de son courage et de sa détermination, à la Gare de Ménilmontant, un 23 août 1944, il y a 77 ans…

Pour en savoir plus :

Commémoration de la Libération de Paris dans le 20e

 

Pascal Joseph, Conseiller délégué Mémoire, Monde Combattant/Cabinet du Maire, nous communique le déroulement du rendez-vous commémoratif.

 

Eric Pliez, maire du 20e arrondissement et Pascal Joseph, conseiller délégué à la mémoire et aux anciens combattants, ont souhaité vous inviter à prendre part aux cérémonies du 77e anniversaire de la Libération de Paris dans le 20e arrondissement.

Elles se tiendront le mercredi 25 août 2021, en présence des élues et élus de l’arrondissement, des associations et des témoins de la mémoire, ainsi que du public qui souhaiterait se joindre aux cérémonies.

 

Entre 9h15 et 12h00 – fleurissement des plaques commémoratives de l’arrondissement

 

RDV à 9h15 à la mairie du 20e

Puis 3 itinéraires : Saint-Blaise, Belleville, Les Portes

Fleurissement et temps de recueillement.

12h30 – rassemblement devant la mairie du 20e

Mairie du 20e arrondissement, côté avenue Gambetta

puis au niveau de l’ancien commissariat

puis 7 place Gambetta

puis Monument aux Morts de la mairie

Fleurissement et hommage, temps de recueillement.

13h00 – rassemblement square Edouard Vaillant

Au niveau du kiosque

Allocution d’Eric Pliez, maire du 20e arrondissement.

Rafraîchissements proposés par la mairie du 20e.

 

Vous pouvez retrouver dans l’espace adhérents « l’histoire de la Résistance dans le 20e », et « la libération de Paris et dans le XXème », deux documents des cahiers de la mémoire vivante du XXème , sous la direction de Michel Dreyfus.

 

Depuis la parution de cet article et dans le prolongement de ces évènements, « LE COURS DE L’HISTOIRE » sur France Culture vient de consacrer son émission du 16 septembre 2021 à l’histoire parisienne des plaques des noms de rue et plaques commémoratives.

La une de l’AMI, été 2021

Dans ce numéro de l’AMI nous propose pour les vacances son grand jeu gratuit de l’été. Cette année : partir à la recherche des escaliers de notre arrondissement.

En plus des informations locales habituelles, chaque mois un nouvel article est consacré au “matrimoine” du Père Lachaise. Il s’agit d’une personnalité qui fait partie de ces femmes célèbres oubliées de l’Histoire. Ce mois-ci : Gerda Taro, militante anti-fasciste et photojournaliste de guerre.

"matrimoine” du Père Lachaise

Parmi les autres articles qui nous intéressent plus particulièrement ce mois-ci, la bande des « demi-siphons » vers 1902, et le « massacre des otages » rue Haxo le 26 mai 1871.

Enfin en page Histoire, « 1955, la rue du groupe Manouchian », l’histoire de ces résistants et leur mémoire prolongée après guerre, jusqu’à aujourd’hui.

Voici le lien du site de l’AMI du 20e, vendu dans la plupart des kiosques de nos quartiers : vous pouvez aussi directement vous le procurer ou vous abonner… Cliquez ici