Que s’est-il passé dans le 20il y a 50 ans ?   

La liste des repères nationaux et locaux

À chaque fin d’année, les médias, nous offrent un passage en revue des événements marquants de l’année écoulée. Plus modestement et plus localement, nous revenons ici 50 ans en arrière, autrement dit sur ce qui s’est passé principalement dans le 20e en 1972.

Quelques repères nationaux

En politique

Le 5 juillet, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas en désaccord avec le président Georges Pompidou doit démissionner. Coïncidence, il démissionne 8 jours après un événement historique de l’opposition : la signature du Programme commun de gouvernement entre le PS, le PC et le MRG.

L'année du programme commun de la Gauche

Robert Fabre, François Mitterrand et Georges Marchais lors d’une manifestation en décembre 1972

Le 5 octobre, à l’extrême droite Jean-Marie Le Pen rassemble plusieurs organisations d’ultra droite et crée le Front National. Son premier mandat local se situe dans le 20e arrondissement, lors des municipales de 1983 et il y siègera jusqu’en 1989.

Au plan social

Le droit des femmes

Le 11 octobre, au procès de Bobigny, une jeune fille de 16 ans est défendue par Gisèle HalimiLa loi du 22 décembre fait par ailleurs inscrire dans le Code du Travail l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes .

Un tournant dans les transports

Le 20 mars, la SNCF présente son premier Train à Grande Vitesse (TGV), qui ne sera inauguré qu’en 1981.

Le 28 octobre, Airbus inaugure son premier vol, l’A300 (d’une capacité de 300 passagers) conçu par le nouvel avionneur européen, lui-même créé deux ans plus tôt.

Culture et consommation

Le 5 mai – Le film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » sort en salle. La comédie satirique de Jean Yanne nous dépeint le monde de la radio au quotidien qu’il connaissait particulièrement bien. D’entrée, le film est un succès : il se place en tête du box-office, avec 2 600 000 entrées au bout de 9 semaines.

Le 30 juin, McDonald’s ouvre son premier « fast food » à Créteil.

Et puis lorsqu’elle est créée le 31 décembre, la télévision diffuse sa première émission en couleur sur la troisième chaîne, la dernière du nom.

À propos de calendrier, si nous inversons rapidement les chiffres de 1972 pour passer à 1792, que trouvons-nous ? L’histoire de notre année « civile » et son calendrier grégorien. 

Représentation féminine du calendrier

Les mois du calendrier républicain-Napoléon et Empire

En effet, le 22 septembre 1792 est le jour de la proclamation de la République et dans le tout nouveau calendrier révolutionnaire, il devient le 1er vendémiaire an I. Ce calendrier républicain n’aura vécu très exactement que 12 ans, 2 mois et 27 jours, avant le retour de notre bon vieux calendrier grégorien, appliqué au 1er janvier 1806.

Les événements liés au 20e

La liste de cette année-là

  • La mort de Maurice Chevalier à l’âge de 83 ans, « le gars de Ménilmontant » qui a habité au 15 rue Julien Lacroix, est entré à l’école rue Boyer. Il a popularisé son quartier par sa fameuse chanson, en 1978, son nom a été attribué à une place près de la station Ménilmontant.
Maurice Chevalier à Ménilmontant

Place Maurice Chevalier-Wikipedia

  • La mort de l’acteur Pierre Brasseur, père de Claude Brasseur, tous deux enterrés au Père Lachaise.
  • Le corps d’Henry de Montherlant est brûlé au crématorium du Père-Lachaise. Ses cendres sont placées dans une case provisoire et finalement elles seront dispersées en Italie par son héritier, Jean-Claude Barat, et par Gabriel Matzneff « sur les lieux sacrés de la Rome ancienne ».
  • L’écrivain Jules Romains, membre de l’Académie française et auteur notamment du fameux docteur « Knock » interprété brillamment par Louis Jouvet, est inhumé au Père-Lachaise.

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Il arrive aussi que certains personnages quittent notre cimetière. Mais à notre connaissance, pas dans les circonstances qui suivent.  Il s’agit du corps du dictateur dominicain Rafaël Trujillo. L’homme est assassiné en 1961 chez lui par un commando et il est tout d’abord enterré sur place. Puis son corps est transféré aux États-Unis… pour aboutir finalement à Paris. Finalement ou presque.

En effet, sa veuve souhaite obtenir 75m2 au Père Lachaise pour lui ériger un monument digne du général-président. Refus de l’administration qui dans le respect du règlement général -pour des raisons démocratiques d’équité- ne peut lui octroyer au plus que 4 m2. Par exception, le préfet lui en propose huit et l’inhumation peut avoir lieu en 1963.

Sauf qu’au même moment, trois personnes qui se connaissent entre elles prennent la suite pour acheter quatre espaces mitoyens… avec un plan qui réunit l’ensemble des concessions, y compris l’espace de la chapelle du dictateur. Le projet est  confié à un seul marbrier, celui de cette même chapelle.

L’affaire se terminera en 1972 au tribunal administratif. Celui-ci va considérer « que cette manœuvre frauduleuse est de nature à entacher de nullité les contrats intervenus, souscrits entièrement à la requête de la Ville. Les concessions sont confisquées, toutes traces de travaux doivent disparaître ».

Conséquence après cette manœuvre ratée, les restes de Rafaël Trujillo seront à nouveau déplacés, pour atterrir cette-fois ci dans sa toute dernière demeure : en Espagne, pays encore sous le régime de la dictature franquiste.

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  • Le jardin de Casque d’or est inauguré au 14 rue Michel-de-Bourge, tout près de la rue des Vignoles. Il sera rénové en 1997.
  • Le bâtiment voyageur de la gare de Ménilmontant (elle-même ouverte en 1862) est démoli pour y construire dès cette année les grands immeubles que nous connaissons aujourd’hui.
Immeubles remplaçant la gare

Immeubles gare de Ménilmontant en cours de construction en 1972-Ministère de la Culture

  • L’ancienne gare de Charonne est rebaptisée “Flèche d’Or”, en souvenir du nom du train qui reliait Paris à Londres de 1926 à 1972.
  • Un décret du ministère de la Santé publique rattache l’hospice Debrousse au bureau d’aide sociale de Paris.
  • Le siège social des imperméables Cyclone qui était installé au 37 rue du Télégraphe, lance en 1972, une campagne publicitaire en vantant leurs produits ainsi :

« Imperméables Cyclone, pour se sentir bien, partout, même s’il ne pleut pas ».

L’exposition du pavillon de l’Ermitage intitulée « Affaires de Familles – Entreprises pionnières de l’Est parisien, 1830-1950 » nous l’a fait savoir en 2016, parmi d’autres informations sur cette entreprise.

entreprise familiale du 20e

Affiche publicitaire « CYCLONE-Imperméables » des années 1960-1970

  • Le théâtre de Guy Rétoré, le Théâtre de l’Est parisien (TEP) est reconnu par le ministre de la Culture, au point de devenir théâtre national. Il avait été créé en 1963, rue Malte-Brun sur les lieux de l’ancien cinéma « Le Zénith ».
  • Au 24 rue de la Réunion, un attentat est commis à la librairie Palestine dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 octobre. Il provoque d’importants dégâts. Il est aussitôt revendiqué par une organisation juive d’extrême droite, Massada, un groupuscule d’après la police. La librairie Palestine est en fait une S.A.R.L. dont les actionnaires sont des Français.
  • L’îlot insalubre n°11 du 20e refait surface, après son existence reconnue en tant que telle depuis 20 ans. Il s’agit des 27 hectares situés entre l’avenue Gambetta, le boulevard et la rue de Ménilmontant, et la rue Sorbier. L’ensemble concerne 16 000 habitants dont près de 60% d’ouvriers.
Ilot insalubre du 20e

Démolition partielle du bas Belleville en 1972-Jean-Louis Plenel

Au Conseil de Paris, monsieur Verdier prend exemple sur une action équivalente réussie dans le 15earrondissement par la Société d’économie mixte d’aménagement du quinzième. Il propose de confier à cette même SEMEA XV la rénovation de l’îlot, dans le cadre de la création d’une zone d’aménagement concerté.

  • Pierre Overney, militant maoïste et ouvrier chez Renault, est tué par balles devant l’ usine de Boulogne-Billancourt. Son assassin, Jean-Antoine Tramoni, est le chef du service de sécurité de la Régie. À l’exception de la CGT et du PC, toutes les organisations de gauche et d’extrême gauche ont appelé à participer à ses obsèques.

Son cercueil est porté depuis la place Clichy jusqu’au cimetière du Père-Lachaise par ses camarades de Renault et des militants maoïstes. Ce long défilé a été exceptionnellement rendu possible par dérogation à une décision préfectorale de 1961, celle qui interdisait tout cortège funèbre  » à l’allure au pas  » sur la voie publique.

Parmi de nombreux articles qui en rendent compte, le quotidien Le Monde a publié celui daté du 07 mars 1972 et qui commence ainsi :

UN LONG CORTÈGE A TRAVERS PARIS

Cent vingt mille personnes environ – dix-huit mille selon la préfecture de police, et de deux à quatre cent mille selon les organisateurs – ont suivi pendant plus de trois heures, dans l’après-midi du samedi 4 mars, à Paris, le cercueil de René-Pierre Overney, porté par ses camarades des usines Renault…

D’autres manifestations ont eu lieu en France, toutes sans aucun incident.

  •  Pierre Lazareff, l’homme de presse est enterré au Père Lachaise , et suivant sa volonté, sans discours, sans fleurs ni couronnes. Il a dirigé France-Soir, créé le Journal du Dimanche et co-produit Cinq colonnes à la une, le premier magazine télévisé d’information.
Mort de Pierre Lazaret

Lazareff en une de France Soir. Extrait de documenataire INA-PG

Le grand jeu de l’année

À l’occasion de la nouvelle année 2023, nous innovons avec cet article participatif.

Le jeu est tout simple : comme vous avez peut-être pu le remarquer, ces événements du 20e sont volontairement rapportés sans précision de date. De plus, ils ne sont pas non plus placés dans l’ordre chronologique. Certains ont une date précise, d’autres pas.

Le jeu consiste uniquement à retrouver ces dates, nous les faire savoir et nous les insérerons en mentionnant le prénom des « gagnants ». À la fin de ce jeu pour le plaisir, début mars, nous en profiterons pour remettre chacun de ces événements dans le bon ordre.

Alors, à vos plumes virtuelles !

Le Tram dessert enfin le 20e arrondissement et le nord de Paris !

Le 15 décembre 2012, la ligne de tramway T3b était mise en service. Aujourd’hui, dix ans plus tard, elle relie les stations Porte de Vincennes et Porte d’Asnières – Marguerite Long. Et l’aventure continue…

 

Carte de l’extension prévue de la ligne T3 à l’ouest de Paris. Situation en 2018. Photo Wikipedia

 

Le tramway est une forme de transport en commun urbain ou interurbain à roues en acier circulant sur des voies ferrées équipées de rails plats, implanté en site propre ou encastré à l’aide de rails à gorge dans la voirie routière.

Les tramways dans l’histoire parisienne

Historiquement, un grand nombre de tramways ont circulé dans Paris, puis en proche banlieue. Ils ont précédé le métropolitain de plusieurs décennies. Ce réseau a fonctionné entre 1855 et le 14 mars 1937 à Paris et le 14 août 1938 en proche banlieue. D’autres lignes isolées du réseau parisien ont également existé en grande banlieue et ont toutes disparu à la même époque.

Transports parisiens, boulevard des Italiens. Carte postale

Ce réseau, exploité par de nombreuses compagnies comme la Compagnie Générale des Omnibus (CGO), a utilisé diverses techniques de propulsion : d’abord traction hippomobile, puis traction à vapeur et à l’air comprimé. Il a été finalement électrifié, mais aura dû faire appel pour l’alimentation des motrices à diverses techniques, telles que plots et caniveaux, pour éviter l’installation de caténaires dans Paris, rejetées comme inesthétiques.

Tramway hippomobile Gare du Nord – Bd de Vaugirard. CGO

Avec la fin des années 1930 est venu le démantèlement du réseau de tramways de la région parisienne, alors jugé, sous la pression des lobbies pétrolier et industriel, comme inadapté et contraignant face au développement de l’automobile et de l’autobus.

Dans l’Est parisien, le cas particulier du tramway-funiculaire de Belleville

Le tramway-funiculaire de Belleville était une ligne de tramway à traction par câble qui, de 1891 à 1924, a relié la place de la République à l’église Saint-Baptiste de Belleville, en haut de la rue de Belleville.

Maquette avec câbles

Le funiculaire de Belleville, coupe

Système hybride entre le tramway et le funiculaire (véhicule circulant sur des rails en pente, dont la traction est assurée par un câble), il était similaire aux célèbres cable cars de San Francisco mis en service en 1873. À Paris, les travaux sont confiés à l’ingénieur Fulgence Bienvenüe, assisté du conducteur de travaux Lefebvre, et menés en six mois. Toutefois, la mise en place du système de traction a été laborieuse, car sans précédent en Europe.

Le tramway-funiculaire de Belleville, rue de Belleville. Carte postale.

Les incidents d’exploitation, relativement rares, ont surtout été liés à l’usure du câble de traction. La rupture de fils provoquait son enroulement autour du grip, empêchant le véhicule de s’arrêter.

La forte déclivité de la rue de Belleville a toutefois provoqué quelques accidents plus spectaculaires. Le plus important a eu lieu le 6 janvier 1906, quand la rupture du grip entraîne l’emballement du véhicule, qui dévale à toute allure la rue de Belleville, traverse la rue des Pyrénées à une vitesse avoisinant les 120 km/h selon la presse, avant de dérailler et de se mettre en travers dans la rue du Faubourg-du-Temple.

Les voyageurs pris de panique sautent en marche, ce qui provoque 17 blessés. En 1907 et 1909, le tramway ne pouvant freiner à temps, deux collisions surviennent entre les voitures et des automotrices Mékarski au carrefour de la rue des Pyrénées. En janvier 1914, le câble se rompt à nouveau, et une des voitures dévale la rue de Belleville jusqu’à la place de la République, heurtant tous les obstacles sur son parcours et provoquant 14 blessés.

Finalement, le tramway-funiculaire de Belleville est remplacé sur son parcours par la ligne 11 du métro, en 1935.

« L’accident du funiculaire de Belleville », Le Figaro, 24 janvier 1914.

Le « nouveau » tramway

Le choc pétrolier de 1973 et les encombrements urbains croissants entraînent, en France, une réorientation des politiques de déplacement vers les transports publics de masse. Tandis que le métro est privilégié à Lyon et à Marseille, qui l’inaugurent en 1978, le renouveau du tramway en France intervient avec le concours lancé par le secrétaire d’État Marcel Cavaillé en 1975, destiné à définir le futur tramway standard français devant équiper huit villes : Bordeaux, Grenoble, Nancy, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse.

À Paris et dans sa banlieue, où les tramways avaient constitué un important réseau avant la Seconde Guerre mondiale, la première ligne rouverte est la ligne 1 reliant Saint-Denis et Bobigny (Seine-Saint-Denis) en 1992.

Les grèves de la RATP de 1995 marquent un tournant. La municipalité de Paris se prononce en faveur du retour du tramway à Paris. Il fait suite à la relance du débat par les membres parisiens de l’ancien parti politique Les Verts, et plus particulièrement à l’acharnement du seul élu Vert du conseil de Paris, Jean-François Ségard, qui, dès 1992, se fait le porte-parole de la réintroduction du tramway dans la capitale.

Ligne T3, connexion entre les branches T3a et T3b, porte de Vincennes, juillet 2012

Fin 2006, la ligne T3, dite ligne des Maréchaux, marque le grand retour du tramway à Paris après 69 années d’absence. La T3 qui relie alors le pont du Garigliano à la porte d’Ivry est inaugurée le 16 décembre 2006 par le maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë.

Cette fois, le tramway n’entre pas dans Paris intra muros. La ville a évolué et il ne pourrait y circuler. Il emprunte, en périphérie de la capitale, les « boulevards des Maréchaux », c’est-à-dire l’ancienne Rue militaire qui desservait les fortifications construites à l’initiative de Thiers en 1844. Cette implantation du tramway est considérée comme un facteur d’intégration urbaine des Portes de la ville, ces « marges » souvent défavorisées.

La ligne T3 existante est prolongée jusqu’à la porte de Vincennes et renommée T3a le jour de l’inauguration de l’extension ; une seconde ligne, la T3b, relie dans sa continuité les portes de Vincennes et de La Chapelle. Son prolongement jusqu’à la porte d’Asnières, dont les travaux ont commencé le 31 mars 2014, est mis en service le 24 novembre 2018.

En 2019, le réseau de tramway, qui compte 10 lignes et couvre 125 km, est en partie saturé, mais d’autres projets d’extension ou de création de nouvelles lignes sont en cours. Prochaine étape : la Porte Maillot !

Pour en savoir plus :

Tramway-funiculaire de Belleville : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_funiculaire_de_Belleville

Tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_d’Île-de-France

Ligne 3a du tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_3a_du_tramway_d’Île-de-France

Ligne 3b du tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_3b_du_tramway_d’Île-de-France

 

Quand les murs racontent l’histoire de la guerre 

 

Conférence le jeudi 19 janvier à 18h30 précises à la mairie du 20e

Le 25 août 1944 marque la fin de l’occupation de Paris par les troupes allemandes commandées par le régime nazi. Depuis l’arrivée de l’occupant le 14 juin 1940, Paris a été le théâtre de nombreux drames dont les murs témoignent.

Cérémonie à l'entrée de la RATP

Ratp, plaque du dépot de Lagny. hommages du 25 août 2022-PG

Riche d’environ 150 plaques commémoratives, le 20e arrondissement continue largement à raconter cette histoire : mémoire de la Résistance, notamment communiste, mémoire de la persécution des populations juives implantées dans cet arrondissement populaire, en particulier des enfants, mais aussi traces de l’insurrection pour la libération de Paris.

Plaques mémorielles du 20e

Plaques à la mémoire d’habitants du 20e, fleuries par la Mairie et l’Hôtel de Ville-PG

C’est à l’histoire de cette période, à travers ce que disent les plaques et à l’histoire de ces dernières qu’est consacrée cette conférence.

Par Céline LARGIER VIÉ, Maître de conférences en linguistique allemande et française à Sorbonne Nouvelle.

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Pour en savoir plus  sur les plaques de rue et les plaques mémorielles à Paris, écoutez l’émission Le Cours de l’histoire diffusée le 16 septembre 2021 sur France Culture , en cliquant sur « Les plaques dans la ville, la mémoire au coin de la rue »

 

Théâtre de la Colline

DAVOUT, un boulevard pour un maréchal

Au pied de la piscine Yvonne Godard, règne comme un air de vacances prolongées… Les chaises longues colorées du Théâtre de la Colline invitent à savourer les derniers rayons du soleil même s’ils sont parfois frisquets… Jusqu’au 16 octobre, dans le cadre de la programmation « hors les murs » du Pavillon Carré de Baudouin (en travaux jusqu’au début 2023), le Théâtre national de la Colline a donné mandat au Collectif OS’O de présenter un spectacle intitulé « Boulevard Davout ».

Horaires des représentations : du mercredi au vendredi à 18h30, samedi à 14h30 et 18h30 et dimanche à 11h et 15h. Durée estimée : 1h50

Ce spectacle original est inspiré par le 20e arrondissement et les légendes urbaines qui se sont imposées comme une matière racontant ce quartier. Ainsi, les spectateurs déambulent au cœur de contes mêlant l’intime au social et le fantastique au réel. À chaque fois, le merveilleux et l’étrange bousculent la vie des protagonistes loin des scénarios attendus.

Rassemblement avant diffférents départs

Colline hors les murs-chaises longues, lieu de départ du spectacle-photo PG.

Vous me direz : alors, quoi de commun entre cette déambulation théâtrale aux échos très contemporains, un brillant compagnon d’armes de Napoléon Ier et une portion du boulevard des Maréchaux qui s’étire depuis 1860 aux marges de notre arrondissement ? a priori rien… sauf notre imaginaire peut-être.

Un maréchal d’Empire invaincu

La partie des boulevards des Maréchaux comprise entre les portes de Vincennes et de Bagnolet, en bordure du 20e arrondissement, est dédiée au maréchal Louis Nicolas d’Avout puis Davout (1770-1823).

Issu d’une famille de petite noblesse d’épée, Davout fait ses premières armes sous l’Ancien Régime avant d’embrasser les idées révolutionnaires. Dès 1791, il est chef de bataillon des volontaires de l’Yonne et ne tarde pas à prendre du galon : général de brigade en juillet 1793, il participe à la campagne d’Egypte sous les ordres de Bonaparte et est promu général de division en 1800. Il inaugure son nouveau commandement en prenant la tête de la cavalerie de l’armée d’Italie. Devenu empereur, Napoléon élève Davout à la dignité de maréchal d’Empire en 1804.

Portrait du Maréchal Davout

Le maréchal Louis Nicolas Davout, duc d’Auerstaedt et prince d’Eckmühl, de Tito Marzocchi de Bellucci d’après Claude Gautherot, 1852, château de Versailles

Davout joue un rôle majeur sur les champs de bataille napoléoniens, notamment à Austerlitz en 1805 et à Auerstaedt en 1806, où il met en déroute la principale armée prussienne. Ensuite, il se distingue à la bataille d’Eylau (1807), avant d’être gouverneur général du duché de Varsovie. Commandant en chef de l’armée d’Allemagne en l’absence de l’Empereur, il participe brillamment à la campagne d’Allemagne et d’Autriche (1809) à l’issue de laquelle il reçoit le titre de prince d’Eckmühl. Employé en Russie, où il dirige le Ier corps, puis en Allemagne après la retraite des troupes françaises, il s’enferme dans Hambourg et parvient à résister aux attaques des armées alliées jusqu’à la chute du régime impérial. Pendant les Cents-Jours, il se rallie à Napoléon revenu de l’île d’Elbe, qui le nomme ministre de la Guerre. Il supervise les travaux de fortification de Paris avec le général Haxo, dont une rue de notre arrondissement porte aussi le nom, lorsqu’il apprend l’anéantissement de l’armée française à Waterloo. Le maréchal Davout meurt à 53 ans ; il repose au Père-Lachaise, dans le carré des maréchaux, non loin de Masséna, dans une tombe toute simple.

Tombe du maréchal DAVOUT au Père Lachaise-Photo PG

Considéré comme le meilleur tacticien de Napoléon, Davout est le seul maréchal de l’Empire resté invaincu tout au long de sa carrière militaire. D’un caractère difficile et exigeant envers ses officiers, il se montre particulièrement sévère sur l’entraînement et la discipline de ses troupes.

Une longue ceinture de boulevards autour de Paris : de la rue Militaire au Périphérique et au Tramway

Les boulevards des Maréchaux forment un ensemble continu ceinturant la capitale, à la limite de la ville, sur une longueur de 33,7 km. A leur création, la totalité de ces boulevards portaient les noms de maréchaux du Premier Empire, ce qui leur a donné leur nom collectif. Trois boulevards supplémentaires ont été ouverts ensuite, portant, l’un, le nom d’un amiral napoléonien (l’amiral Bruix) et deux, plus récents, les noms de généraux de la France libre (Jean Simon et Martial Valin).

Ces boulevards s’ouvrent à l’emplacement de l’ancienne route militaire ou rue Militaire qui longeait l’enceinte de Thiers, édifiée en 1840-1845, pour protéger Paris. En 1860, l’extension des limites de Paris étend la capitale jusqu’au pied de cette enceinte, qui avec son large glacis (zone non constructible de 250 mètres) marquait une profonde rupture dans le tissu urbain. En 1861, la création d’un boulevard de ceinture large de 40 mètres, à l’emplacement de la rue Militaire, permet de créer un ensemble de boulevards faisant le tour de la capitale qui prend son nom actuel de boulevard « des Maréchaux » en 1864.

titres du maréchal Davout

Plaque du Boulevard Davout

Dans les années 1920, le démantèlement des fortifications permet d’urbaniser les terrains situés à l’extérieur de la ceinture de boulevards. On y construit notamment des logements sociaux (Habitations à bon marché – HBM), des équipements publics comme le parc des expositions de la porte de Versailles, le stade Charléty ou le palais de la Porte Dorée, et des parcs et jardins comme le square Séverine, le parc de la Butte du Chapeau-Rouge ou la Cité internationale universitaire. Mais le projet de « ceinture verte » restera inabouti.

La voiture devient « reine » en ville, avec son cortège d’embouteillages et de pollution. Bientôt, naît l’idée de construire une seconde rocade périphérique, longue de 35 km, doublant extérieurement les boulevards militaires et qui serait traitée en autoroute. Le début des travaux de cet aménagement, qui deviendra le boulevard périphérique, est inscrit dès 1955 au programme 1956-1961.

Les travaux du Périphérique vont s’étaler jusqu’en 1973

A l’Est, la section comprise entre la porte Dorée et la porte de Pantin est la dernière entreprise ; elle comprend la réalisation des passages inférieurs des portes de Vincennes, de Montreuil, de Bagnolet, des Lilas, Chaumont, et du passage supérieur du Pré-Saint-Gervais. Le coût des travaux est estimé à 6 700 millions de francs et sa réalisation est programmée de 1959 à 1961. En décembre 1969, a lieu l’inaugurations de la section de la porte du Pré-Saint-Gervais à la porte de Montreuil.

Depuis 1971, on a pu mesurer les nombreuses nuisances générées par le Périphérique : bruit, rejets de gaz polluants ou de particules… la pollution de l’air est six fois supérieure aux recommandations de OMS (selon une campagne de mesures effectuées en 2020 par Airparif).

555 200 habitants, dont 307 200 Parisiens, habitent dans une bande de 500 m de part et d’autre du boulevard périphérique, soit 8 % de la population de la Métropole du Grand Paris, ou encore un habitant sur cinq de l’ensemble des communes bordant cette autoroute urbaine de 35 km. Pour remédier au bruit, un programme d’écrans antibruit est mis en œuvre de 1985 à 1994, puis, en 2000, est engagée la couverture de certaines sections comme à la porte des Lilas de 2005 à 2007…

Une évolution est donc d’autant plus nécessaire qu’avec l’essor des transports en commun en Île-de-France, l’alternative au transport individuel se développe. De 2020 à 2030, 169 gares et stations RER/métro/Tramway sont créées ou prévues, améliorant notamment les trajets inter-banlieues. À terme, 98 % des habitants de la Métropole du Grand Paris se trouveront à moins de 2 km d’une gare.

De la verdure sur le boulevard

Le tramway, un espace vert sur le boulevard Davout. photo CDD

Enfin, dernier acteur en date, le tramway… Depuis 2012, la ligne T3a du tramway d’Île-de-France emprunte les boulevards des Maréchaux, au sud et au sud-est (du pont du Garigliano à la porte de Vincennes) ; puis, elle est poursuivie, à l’est et au nord-est, par la ligne T3b (de la porte de Vincennes à la porte d’Asnières). Le Tramway a fait disparaître l’ancienne ligne de bus PC (Petite Ceinture), mise en service sur les boulevards des Maréchaux en 1934, suite à la fermeture de la ligne ferroviaire de Petite ceinture.

Histoire de la protection du patrimoine et des restes archéologiques à Paris

Comme chaque année et ce depuis 39 ans, les 17 et 18 septembre 2022 ont eu lieu les Journées Européennes du Patrimoine. Parmi toutes les richesses patrimoniales mises en avant ces jours-là, les vestiges archéologiques restent une option d’entrée moins visible, plus discrète à aborder. D’où notre choix de présenter l’archéologie locale à travers une série d’articles sur le thème « patrimoine et archéologie ».

Dans un premier temps, cet article rapporte l’origine et la protection de nos richesses patrimoniales. Les prochains articles porteront plus précisément sur la connaissance archéologique dans le 20e .

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À l’origine de la préservation du patrimoine

Pendant des siècles on s’intéressait peu aux vestiges archéologiques et aux anciens bâtiments. On détruisait sans vergogne un temple grec pour construire une église romane transformée quelque temps plus tard en église de style gothique.
La découverte des villes ensevelies d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748), en Italie, suscite en France un grand intérêt, mais, pendant la Révolution française, on a voulu effacer les traces de l’Ancien Régime et cela a conduit à la destruction de nombreux édifices et des œuvres qui le symbolisaient.
Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, on veut donner aux Parisiens « de l’eau, de l’air et de l’ombre ». Les préoccupations hygiénistes condamnent les quartiers anciens insalubres, où les épidémies sont meurtrières. Les premiers grands travaux à Paris sont entrepris. Des journalistes, des poètes, des historiens et des écrivains s’émeuvent de voir disparaître une partie du vieux Paris. En 1830 Guizot crée l’inspection générale des monuments historiques, mais les démolitions continuent.

Le pamphlet de Victor Hugo

En mars 1832 Victor Hugo écrit un pamphlet «contre les démolisseurs, pour le patrimoine» dont voici quelques extraits :

À Paris le vandalisme fleurit et prospère sous nos yeux. Le vandalisme est architecte(…) Tous les jours il démolit quelque chose qui nous reste de cet admirable vieux Paris (…) le vandalisme a badigeonné Notre-Dame, le vandalisme a retouché les tours du Palais de Justice, le vandalisme a rasé Saint-Magloire, le vandalisme a détruit le cloître des Jacobins…

S’il faut une loi, répétons-le, qu’on la fasse (…) Une loi pour l’histoire, une loi pour l’irréparable qu’on détruit, une loi pour ce qu’une nation a de plus sacré après l’avenir, une loi pour le passé.

Victor Hugo « contre les démolisseurs pour le patrimoine »

Il n’est pas le seul à lutter pour la préservation du Vieux Paris, d’autres comme Eugène Viollet-le-Duc ou Ernest Renan s’indignent de la disparition du patrimoine parisien sous les coups de pioches.

Les premières actions sur les anciens édifices
Prosper Mérimée est nommé inspecteur général des Monuments historiques en 1834. L’archéologie française bénéficie alors pour la première fois d’une véritable attention des pouvoirs publics. Mérimée recense les grands monuments de la préhistoire, de l’antiquité gallo-romaine et du Moyen Âge, et, pendant 26 ans, il parcourt la France pour sensibiliser les populations, répertorier et sauver des édifices.

Prosper Merimée- Ministère de la Culture

En 1849, 3000 monuments étaient classés, mais la commission a peu de pouvoirs pour faire valoir ses recommandations de préservation ; il faudra attendre 38 ans pour que le statut de « monument classé » acquière une portée juridique garantissant une véritable protection.

En 1861, Napoléon III appuie personnellement le début des fouilles archéologiques à Alésia.

Les premières lois de conservation des monuments

Les importantes démolitions du Vieux Paris causées par les grands travaux du baron Haussmann créent un choc dans l’opinion publique.
La loi du 30 mars 1887, pour la conservation des monuments et objets d’art ayant un intérêt historique et artistique, donne enfin une portée juridique au classement d’un monument alors qu’il n’avait précédemment qu’une valeur indicative. La loi établit une procédure de classement pour les bâtiments et les objets jugés d’intérêt national, et assortit ce statut de droits et devoirs pour le propriétaire. La loi pose comme principes fondateurs qu’un immeuble classé ne peut pas être détruit et que toute intervention sur l’ouvrage doit être soumise à accord ministériel.

 

La Commission du Vieux Paris est créée par arrêté préfectoral le 18 décembre 1897. Selon les termes de cet arrêté : « Cette Commission sera chargée de rechercher les vestiges du Vieux Paris, de constater leur état actuel, de veiller, dans la mesure du possible, à leur conservation, de suivre, au jour le jour, les fouilles qui pourront être entreprises et les transformations jugées indispensables, et d’en conserver des preuves authentiques. »
Elle suit les demandes de démolition et les découvertes archéologiques mais son rôle n’est pas décisionnel mais seulement consultatif.

Arrive ensuite la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État : les édifices religieux seront intégrés aux autres monuments que doit gérer le service créé par Guizot, puis les « objets historiques », les sites naturels, et enfin les abords de ces monuments

De nouvelles lois à partir de 1913
Tirant les conséquences des insuffisances de la loi de 1897, un nouveau projet est préparé dès 1907. Adoptée par la Chambre des députés le 20 novembre, la loi relative aux monuments historiques est promulguée le 31 décembre 1913 par Raymond Poincaré, président de la République.

Cette loi, l’une des plus anciennes en ce domaine dans le monde, souvent prise pour modèle, a été peu transformée jusqu’à son intégration dans le code du patrimoine, en février 2004, et à l’ordonnance du 8 septembre 2005 relative aux monuments historiques et aux espaces protégés. Elle maintient un subtil équilibre entre respect du droit de propriété et intérêt général et régit l’ensemble des dispositions relatives à la protection et à la conservation du patrimoine monumental français, qu’il s’agisse d’immeubles ou d’objets mobiliers.

La loi de 1913 sur les monuments historiques est le fondement de la politique de protection du patrimoine d’intérêt national, et permet de classer un monument sans l’approbation de son propriétaire. Depuis 1913 environ 30 lois, ordonnances et décrets complètent la loi de 1913. L’une des plus importante est celle du 7 juillet 2016, loi LCAP, créant la Commission Nationale du Patrimoine et de l’Architecture.

Le XXe siècle a ainsi fait de nouveaux progrès dans la mise en place d’une politique de préservation efficace. Ainsi, différents niveaux de protection ont été créés, l’appellation « secteur sauvegardé » a vu le jour, les catégories de monuments à préserver se sont élargies : on trouve maintenant des jardins, immeubles, du patrimoine industriel, etc.

Il existe aujourd’hui environ 45 000 monuments historiques protégés en France.

Archéologie au 20e siècle

Fouilles archéologiques au musée du Louvre vers 1960- Musée Carnavalet

Vestiges archéologiques
Il a fallu attendre 1941 pour qu’une première loi protégeant les vestiges archéologiques voie le jour. Cette loi subordonne la possibilité d’entreprendre des fouilles à l’autorisation de l’État et rend obligatoire la déclaration des découvertes fortuites.

En 1986, un décret généralise la réalisation des fouilles préventives dans une zone de risques archéologiques.
Le Département d’Histoire de l’Architecture et d’Archéologie de Paris (DHAAP) a été créé en 2004 au sein des services municipaux de la Ville de Paris.

Depuis cette date, il réalise des diagnostics et des fouilles archéologiques préventives sur le territoire parisien ; il a également pour mission la conservation, l’étude et la valorisation des sites et objets découverts à Paris, et assure le secrétariat permanent de la Commission du vieux Paris. 

Prochain article : Les recherches archéologiques dans le 20e

Rafle du Vel d'hiv dans le 20e

La rafle du Vel d’hiv dans le 20e il y a 80 ans

 

Comme chaque année, ce samedi 16 juillet 2022 a eu lieu la cérémonie rappelant à notre mémoire la rafle du Vel d’hiv des 16 et 17 juillet 1942. Il s’agit de trois endroits de nos quartiers où ont été arrêtés et regroupés les juifs par la police française sous l’occupation.

Leurs plaques commémoratives ont été successivement fleuries après la prise de parole des survivants qui se souviennent de ces jours-là.

Une cinquantaine de personnes était rassemblée à la Métairie, puis à la Bellevilloise et enfin devant l’ancien commissariat intégré dans le bâtiment de la Mairie du 20e. Par ailleurs la cérémonie finira square Édouard Vaillant où un large panneau nous rappelle la longue liste des enfants qui n’en sont jamais revenus.

Cérémonie du Cel d'hivernal dans le 20e

La cour de la Métaierie devant la plaque mémorielle de la rafle de 1942. 16 juillet 2022-PG

Lieux de drame, lieux de mémoire

Devant la cour de la Métairie, lieu de mémoire tout près du métro Pyrénées, nous pouvons voir sur la photo ci-dessus le maire du 20e, Éric Pliez avec de dos à sa droite Jean-Michel Rosenfeld notre ancien maire adjoint . Jean-Michel Rosenfeld -lui-même survivant de la Shoah- a toujours gardé sur lui son étoile jaune ; cette étoile, il finira par nous la montrer en la sortant de sa poche -lentement et dignement- au cours de cette matinée, après nous avoir rapporté ce qu’il a vécu. Il a 8 ans lorsqu’il va vivre et survivre à cette rafle, alors que moins de deux mois avant cette date, le port de l’étoile venait de devenir obligatoire dès l’âge de 6 ans.

 

port de l'étoile juive dès 6 ans

Ordonnance du chef suprême des SS sur le port étoile juive dès 6 ans, extrait du 28 mai 1942- PG

Simplement parce qu’ils étaient juifs

Déjà en 1941 à Paris, une grande rafle avait été effectuée du 20 au 24 août, au cours de laquelle 4 232 hommes juifs ont été arrêtés. Simplement parce qu’ils étaient juifs.

Mais en juillet 1942, les autorités allemandes ordonnent plus largement l’arrestation d’hommes et de femmes juifs en âge de travailler, c’est-à-dire âgés de 16 à 60 ans (55 ans pour les femmes). La France de Vichy va plus loin encore dès le 13 juillet : dans la circulaire d’application de la Préfecture de Police n°173-42 -dactylographiée « secret »- elle va prendre l’initiative d’ajouter cette courte phrase dans un nouveau paragraphe :

« les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents ».

Pas un seul soldat allemand n’a pris part à cette rafle, seule la police française était à la manœuvre sous l’autorité du régime de Vichy. Nos témoins survivants seront victimes de cette circulaire, ils avaient alors bien moins de 16 ans.

De la Bellevilloise jusqu’au square Édouard Vaillant

Ainsi, devant la Bellevilloise, Rachel Jedinak -rescapée à l’âge de 8 ans- se souvient devant nous de ce qu’elle a vécu :

« À la Bellevilloise, « nous étions peut-être plusieurs centaines. Nous étions serrés comme des sardines ». Elle souligne ce qui l’a marqué à vie : « ma mère m’a demandé de partir, je voulais rester avec elle, et elle a fini par me gifler… sur le coup je n’ai pas compris mais plus tard j’ai su que par cette gifle, elle m’avait sauvé la vie ».

Rachel Jedinak témoigne devant la Bellevilloise

Les témoignages de Rachel Jedinak et Ginette Kolinka à sa droite, devant La Bellevilloise le 16 juillet 2022-PG

Puis dans l’ancien commissariat de la Mairie du 20e, Rachel sera enfermée dans la cave et elle nous montrera sur place d’un geste de la main le soupirail où elle se trouvait, cet endroit donnant sur le trottoir fermé par des barreaux.

Ses mots sont simples, sa voix posée appuyant doucement et bien distinctement sur chacun d’entre eux, l’ensemble de ses paroles décrit très précisément les faits, comme le témoignage d’une enfant abordant calmement et intensément ce qu’elle venait de subir. Rachel tient d’ailleurs chaque année à témoigner régulièrement devant les élèves des écoles, tout comme à ses côtés Ginette Kolinka survivante du camp d’Auschwitz-Birkenau et passeuse de mémoire.

Et puis derrière la Mairie, la dernière étape de cette matinée : à l’intérieur du square Édouard Vaillant un grand panneau de novembre 2004 rappelle  la liste des jeunes victimes avec en préambule ce texte en majuscules :

 

Arrêtés par la police du gouvernement de Vichy, complice de l’occupant nazi – Plus de 11 000 enfants furent déportés de France de 1942 à 1944 – Et assassinés à Auschwitz parce qu’ils étaient nés juifs – Plus de 1000 de ses enfants vivaient dans le 20e arrondissement – Parmi eux 133 tout-petits n’ont pas eu le temps de fréquenter une école – Passant, lis leur nom, ta mémoire est leur unique sépulture. Ne les oublions jamais.

suivent les noms de chaque enfant avec leur âge

Stèle des enfants déportés derrière la Mairie du 20e

Square Edouard Vaillant à la mémoire des enfants juifs déportés du 20e – PG

« Ils n’avaient pas de sépulture mais un nom et un âge » rappelle Pascal Joseph chargé de la Mémoire du 20et du Monde Combattant, avant que chaque volontaire lise chacun successivement cinq noms d’enfants, jusqu’à la fin de la liste.

Enfin plus globalement à l’échelle de notre arrondissement, l’historien Michel Dreyfus présente ainsi dans les Cahiers de la mémoire vivante du 20e datée de 2002, le bilan macabre de ce génocide.

« Le 16 juillet 1942 la plaque dans l’entrée de la mairie le rappelle, 3500 habitants du 20e, dont 1000 enfants, ont été « raflés », par la police parisienne. Déportés, la quasi-totalité d’entre eux n’est jamais revenu, n’ayant pas dépassé, à la fin des trois jours d’un terrible voyage en wagons à bestiaux, le quai des sélections de Birkenau, camp de la mort. Au lycée Hélène Boucher a été inauguré, il y a quelques années, une des premières plaques posées dans un établissement scolaire parisien. Elle porte le nom de 14 lycéennes juives déportées. Le souvenir des enfants est commémoré sur les murs de plusieurs écoles. »

  • À écouter également  le témoignage d’Esther SENOT sur le site de la ville de Paris, une jeune fille de 14 ans qui habitait passage Ronce, dans le 20e avec sa famille et sa communauté d’immigrés polonais. Elle a échappé à la Rafle mais a été prise et déportée quelques mois plus tard à Birkenau, dont elle est malgré tout revenue (marches de la mort). 

Elle a écrit un livre de souvenirs, « la Petite fille du passage Ronce » (Editions Grasset). 

 

Témoignage d'Esther Senot

Esther Senot, rescapée de la rafle du Vél d’Hiv, témoigne-Photo Ville de Paris

https://www.paris.fr/pages/80-ans-apres-la-rafle-du-vel-d-hiv-le-temoignage-d-esther-senot-21524

https://memoiresdesdeportations.org/personne/senot-esther

Ménilmontant Bal des Pompiers 2022

 

Ce que vous n’avez jamais osé demander sur le 14 Juillet…

 

Le 14 Juillet et ses festivités approchent… Pavoisements, défilés, feux d’artifice et bals populaires, des rituels annuels, des évidences sur lesquelles nous ne nous interrogeons même plus. Et pourtant…

 

Pavoisement 14 juillet

 

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Pourquoi les militaires défilent-ils le 14 Juillet ?

Pour beaucoup de nos concitoyens.nes, les manifestations du 14 Juillet sont associées à la prise de la Bastille et à l’insurrection populaire de 1789.

Que nenni… ! En choisissant cette date pour célébrer la fête nationale, la IIIe République entendait commémorer la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790.

 

Le 14 Juillet 1880 : le premier…

C’est en 1880 qu’a lieu le premier défilé militaire du 14 Juillet. La France veut montrer le redressement de son armée dix ans après la défaite contre les Prussiens (1870). Il répond à la nécessité d’expliquer le rôle d’une armée dans la démocratie.

Claude Monet, Fête nationale rue Saint-Denis

Claude Monet, Fête Nationale rue Saint-Denis

Le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose une proposition de loi signée par 64 députés : « la République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet ». Le texte est adopté à la majorité de 173 voix contre 64, et promulgué le 6 juillet 1880. Remarquons que le vote intervient au même moment que l’amnistie des communards : il s’agit de ne laisser personne au banc de la Nation.

Et, le 14 juillet suivant, un défilé militaire est organisé sur l’hippodrome de Longchamp devant 300 000 spectateurs, en présence du président de la République, Jules Grévy.

Alfred Roll, La fête du 14 juillet 1880 et l'inauguration de la statue de la République

Alfred Roll, La fête du 14 juillet 1880 et l’inauguration de la statue de la République

La journée a commencé par l’inauguration d’un monument, œuvre des frères Léopold et Charles Morice, sur la place de la République. Une statue de bronze représentant une femme drapée d’une toge à l’antique et coiffée d’un bonnet phrygien, incarne la République. Sa main droite tend un rameau d’olivier tandis que son bras gauche repose sur les Tables de la Loi sur lesquelles il sera par la suite gravé « Droits de l’homme ». Autour du piédestal, trois grandes statues de pierre représentent la Liberté tenant des fers brisés et brandissant un flambeau, l’Egalité tenant le drapeau tricolore et une équerre à niveau, et la Fraternité entourée d’attributs agricoles et d’enfants.

Cette même année 1880, a lieu la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée : est confirmée la fonction du drapeau tricolore comme emblème national. Le président Grévy remet aux régiments des drapeaux bleu-blanc-rouge frangés d’or et frappés du signe RF.

Vincent Van Gogh Fête du 14 juillet 1886

Vincent Van Gogh, Fête du 14 Juillet 1886

Suivront d’autres 14 Juillet tout aussi symboliques des grandes étapes de notre Histoire…

 

Le 14 Juillet 1919 : le souvenir des morts et des disparus

14 juillet 1919. L'Arc de Triomphe. Le Défilé de la Victoire

14 juillet 1919 – L’Arc de Triomphe, le Défilé de la Victoire

Après les épreuves et la victoire de la Grande Guerre de 1914-1918, le défilé a lieu pour la première fois sur les Champs-Élysées… un hommage aux combattants, morts et survivants, voulu par Clémenceau, qui deviendra l’ordinaire des célébrations du 14 Juillet. Mille « gueules cassées », menées par le nouveau député de la Meuse André Maginot, volontaire de 1914 amputé d’une jambe, précèdent les troupes alliées victorieuses ; les Poilus français ferment la marche. La République rend hommage à ses disparus et remercie ses alliés.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet, pour la veillée d’honneur aux « morts de la Patrie », un cénotaphe géant entouré de canons pris à l’ennemi est dressé sous l’Arc de triomphe.

14 juillet 1919. Trophée constitué de canons allemands entassés place de la Concorde

14 juillet 1919 – Trophée constitué de canons allemands entassés place de la Concorde – ECPAD

 

Le 14 Juillet 1936 : le défilé du Front Populaire

Un mois après les accords de Matignon, trois mois après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, un second défilé, populaire et ouvrier, est organisé l’après-midi, en réponse au défilé militaire du matin. Un million de manifestants parcourent l’Est parisien en célébrant le triomphe du Front encore au sommet de sa popularité. C’est le « bel été 36 » et trois jours de fête sont décrétés par le gouvernement sous la devise « Le pain, l’armée, le peuple ».

 

Le 14 Juillet 1945 : le défilé de la Libération

Après les 14 Juillet de la guerre transformés par le régime de Pétain en cérémonies d’hommage aux morts, le défilé militaire reprend ses droits au milieu de la liesse populaire. Il a lieu de Vincennes à Bastille, après que le général de Gaulle et le général de Lattre eurent passé en revue, sur le cours de Vincennes, les combattants de l’armée Rhin et Danube. « Cette fois, la marche triomphale avait lieu d’est en ouest », remarque de Gaulle dans ses Mémoires. La fibre patriotique et militaire l’emporte de nouveau.

INA  « Le défilé militaire du 14 juillet 1945 à la Bastille » 

 

Le 14 Juillet 1968 : le défilé d’après la « chienlit »

C’est l’occasion pour de Gaulle, qui avait déjà utilisé le défilé du 14 juillet 1958 pour montrer qu’il avait repris les affaires en main, de rappeler que la crise de mai est passée. C’est l’occasion aussi, après l’éviction de Pompidou, de la première sortie publique du Premier ministre, Maurice Couve de Murville, qui suit à ses côtés le défilé des troupes sur les Champs-Élysées, là même où, le 30 mai précédent, près d’un million de manifestants étaient venus clamer leur soutien à de Gaulle. La journée n’en sera pas moins émaillée d’incidents entre la police et des manifestants d’extrême gauche et des étudiants.

14 juillet 1968. Défilé militaire sur les Champs-Elysées

14 juillet 1968 – Défilé militaire sur les Champs-Elysées

 

Le 14 Juillet 1974 : de la Bastille à la République

Avec un défilé de la Bastille à la République, le 14 juillet 1974 est un 14 juillet « new look », selon le vœu du nouveau président, Valéry Giscard d’Estaing. La place de la Bastille est l’épicentre des manifestations, autour de la colonne de Juillet, et les soldats défilent à pied à travers les quartiers de Paris, comme à l’époque de la prise de la Bastille.

Les lieux du défilé varient pendant les cinq années suivantes (cours de Vincennes, Champs-Élysées, École militaire, Champs-Élysées, République-Bastille), mais, depuis 1980, les Champs-Élysées sont redevenus le cadre du défilé.

 

Le 14 Juillet 1989 : le bicentenaire de la Révolution

 

La cantatrice américaine Jessye Norman interprétant la Marseillaise 14 juillet 1989

La cantatrice américaine Jessye Norman interprétant la Marseillaise, 14 juillet 1989

 

Le 14 Juillet 1989 a été un moment fort des manifestations de la célébration du bicentenaire de la Révolution française. De nombreux chefs d’État étrangers assistent au défilé militaire traditionnel et au spectacle monumental de Jean-Paul Goude sur le thème des « tribus planétaires ». Le défilé est retransmis en direct à la télévision dans 102 pays. Cette célébration atypique du 14 Juillet suscita des polémiques mais rencontra un grand succès populaire.

 

1989 Le spectacle du bicentenaire conçu par Jean-Paul Goude

Le spectacle du bicentenaire conçu par Jean-Paul Goude

 

Le 14 Juillet 2007 : sous le signe de l’Europe

Le défilé du 14 juillet 2007 est placé sous le signe de l’Europe, avec la présence inédite de détachements des 27 pays membres de l’Union et des présidents en exercice de l’Union européenne (UE), de la Commission européenne et du Parlement européen. Le Chœur des armées françaises et les petits chanteurs à la Croix de bois entonnent l’Hymne à la joie.

 

Drapeau européen flottant sous l'Arc de Triomphe

Le drapeau européen flottant sous l’Arc de Triomphe

 

 

Et le feu d’artifice ?

Très ancienne, la tradition du feu d’artifice n’a pas toujours eu le sens festif qu’on lui connaît aujourd’hui. C’est, en fait, un des rares symboles de la monarchie que le peuple français a souhaité garder. Sous la Monarchie absolue, lors des fêtes royales et princières – victoires, mariages, baptêmes…, on donnait beaucoup de feux d’artifice.

Délaissé durant plusieurs années, c’est sous la IIIe République qu’il fait sa réapparition, à la fois comme spectacle pour le peuple et vecteur d’enseignement politique. Le feu d’artifice est ainsi devenu un symbole très populaire du 14 juillet

Le feu d'artifice du 14 juillet 2014

A Paris, le feu d’artifice du 14 juillet 2014 rappelait la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale

 

 

Et le bal des pompiers ?

Contre toute attente, la tradition du bal des pompiers débarque assez tardivement, dans les années 1930… A cette époque, le pompier est un personnage très important, qui représente l’armée au service du peuple. C’est donc naturellement qu’il a toujours été associé aux festivités du 14 juillet, que ce soit pour surveiller que tout se passe bien durant les feux d’artifice ou pour défiler dans les petites communes sans militaires.

Alfred Fié Le bal du 14 juillet

Alfred Fié, Le bal du 14 juillet

Et pour finir la parole est à Georges Brassens :

« Le jour du quatorze-Juillet,
Je reste dans mon lit douillet ;
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas le clairon qui sonne ;
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…»

Pour en savoir plus :

Christian Amalvi, « Le 14-Juillet », dans Pierre Nora (dir), Les lieux de mémoire, t. 1 « La République », Paris, Gallimard, 1996.

Remi Dalisson, Célébrer la nation, les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau monde éditions, 2009.

Pavilon Carré de Baudouin

Le 20e, toute une histoire au PCB

 Dans le cadre des Invitations aux Arts et aux Savoirs (IAS), le cycle de conférences Lire la ville : le 20e arrondissement propose une balade savante en cinq étapes autour de l’histoire de notre arrondissement. Nous en reproduisons le programme diffusé par la mairie.

Lire la ville : le 20e arrondissement – Programme 2022

Samedi 15 janvier 2022 à 14h30 : Quand le vin monte à la tête des Parisiens dans les cabarets de la Courtille

Querelles, rixes, assassinats, les archives des prévôtés des seigneuries de Belleville regorgent de faits divers et d’anecdotes cocasses, drolatiques ou tragiques survenus ici entre le milieu du dix-septième siècle et la Révolution.

Samedi 12 février 2022 à 14h30 : L’eau de la Ville, l’eau du Roi

Véritable château d’eau de Paris, les hauteurs de Belleville et de Ménilmontant ont été le théâtre au fil des siècles d’une guerre sans merci livrée par le Roi et les édiles de la ville pour s’assurer le contrôle de cette précieuse ressource.

Regard Saint-Martin

Regard Saint-Martin, 42 rue des Cascades

Samedi 12 mars 2022 à 14h30 : L’enceinte des fermiers généraux

Le mur dit des « fermiers généraux », érigé à la Courtille à partir de l’année 1788 afin d’optimiser la collecte des taxes sur les marchandises entrant dans Paris, a suscité l’émoi puis la colère des Bellevillois. L’incendie volontaire de la barrière de Belleville en juillet de l’année suivante a été, dit-on, l’un des éléments déclencheurs de la Révolution française.

 

Plan du mur des Fermiers généraux

Plan du mur des Fermiers généraux

Samedi 16 avril 2022 à 14h30 : À Ménilmontant et à Charonne sur les pas de Rousseau

De récentes découvertes nous conduisent cette année encore à marcher sur les pas de Jean-Jacques Rousseau et tenter de retracer le plus fidèlement possible la fameuse journée du 24 octobre 1776 qui le vit se trouver, nez à truffe, au lieu-dit « la Haute borne » avec le chien danois du carrosse de Michel Etienne le Peletier de Saint-Fargeau.

 

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Samedi 21 mai 2022 à 14h30 : De la Folie Regnault au Père Lachaise

De la maison de délassement du marchand d’épices Regnault de Wandonne à celle des Jésuites du faubourg Saint-Antoine puis à la création, le 21 mai 1804, du célèbre cimetière, nous retracerons plus de quatre siècles d’histoire d’un lieu qui recèle aujourd’hui encore des vestiges de son riche passé.

Père-Lachaise, le Mont-Louis

À l’origine du Père Lachaise, le Mont-Louis; vers 1794. Carnavalet

Lire la ville : le 20e arrondissement. – Infos pratiques

📅 Un samedi par mois à 14h30

📍 Dans l’auditorium du Pavillon Carré de Baudouin, 121 Rue de Ménilmontant

🧍 Conférencier : Passionné d’histoire, Denis Goguet participe en 2012 au colloque « L’accident de Ménilmontant » à l’occasion duquel il retrace le chemin emprunté par Jean-Jacques Rousseau le 24 octobre 1776 à travers les vignes et prairies de Belleville et Charonne. Féru de vieux papiers, il fréquente assidument les archives afin d’exhumer des documents originaux et tenter d’apporter un regard neuf sur l’histoire des villages à l’origine du 20e arrondissement.

Les IAS, ce sont 8 cycles de conférences organisées au Pavillon Carré de Baudouin par l’association Paris Culture 20. 

Vous en retrouverez le programme complet en cliquant ici.

Gambetta au Panthéon

Gambetta et le Soldat Inconnu : destins croisés

Nous sommes en 1920 et la IIIe République a officiellement 50 ans, depuis l’invasion de la France par les prussiens. Comme le pays vient à peine de sortir de la Grande Guerre contre l’Allemagne, les deux évènements se croisent cette année-là pour un même anniversaire voulu par nos parlementaires.

À l’initiative de plusieurs députés, allant du centre-gauche à la droite, une campagne de presse est organisée pour que ce 11 novembre Gambetta et le soldat inconnu puissent entrer ensemble au Panthéon.

L’objectif : rassembler les français sur des valeurs communes 

À la Chambre dès le mois de juillet de cette année-là, un budget de 3,5 millions de francs est proposé pour fêter le cinquantenaire de la République. s’ajoutera un projet de loi pour transférer le cœur de Gambetta au Panthéon. Cette loi sera votée le 1er septembre 1920. 

Non sans mal puisque l’année précédente les passions politiques avaient divisé les personnes publiques sur ce projet : au camp des enthousiastes s’oppose celui du refus partiel ou total.

Gambetta et soldat inconnu ensembles le 11 novembre 1920

Le char de Gambetta derrière celui du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe

Controverse à propos du Panthéon pour le Soldat inconnu

Considérant le Panthéon comme inapproprié pour le soldat inconnu, le cardinal Amette a justifié sa position dès 1919 en écrivant :

Je suis bien désireux de favoriser tout ce qui pourrait être un. légitime hommage à nos chers morts de la guerre, mais il ne m’est pas possible de m’associer à la pensée que vous m’avez communiquée. Le soldat inconnu dont vous voudriez faire porter les restes au Panthéon pourrait être un soldat catholique, et il ne serait pas conforme aux sentiments d’un soldat catholique ni de sa famille que sa dépouille fût portée dans une église désaffectée et dans une cérémonie qui ne pourrait avoir aucun caractère religieux.

Et dans son édition datée du 16 septembre 1919, L’Action française ajoute :

Les catholiques n’ont pas le droit d’oublier dans quelles conditions le Panthéon a été enlevé au culte.

L’opposition à voir entrer Gambetta au Panthéon

Quant à Gambetta, le directeur de L’Intransigeant -journal tiré à 400 000 exemplaires- écrit dans son édition du 25 octobre 1920 :

Personne ne se dissimule que la fête du 11 novembre promet d’être dépourvue à la fois d’éclat et d’émotion. On s’est battu les flancs pour inventer un symbole propre à regrouper les diverses classes de la population dans un sentiment commun. Ce n’est pas le transport du cœur de Gambetta qui saura réaliser ce but ».

Soldat portant le coeur de Gambetta

Le coeur de Gambetta porté au Panthéon par un ancien combattant, Wikipédia

Et dans la continuité, l’Action française va plus loin dans la polémique en traitant Gambetta d’« anticlérical patenté » et même de « métèque ».

L’idée du lieu pour le soldat inconnu et pour Gambetta sont  donc particulièrement controversés : le soldat inconnu sera finalement inhumé le même jour que Gambetta mais là où nous le connaissons aujourd’hui : au pied de l’Arc de Triomphe.

Gambetta au cœur de la République

Pourquoi seulement le cœur de Gambetta au Panthéon ? Gambetta est décédé le 31 décembre 1882 à la suite d’une blessure mystérieuse depuis la fin novembre.  Au cours de son autopsie, son cœur est placé dans un coffret à l’intérieur de sa maison des Jardies à Sèvres (92) acquise quatre ans avant sa mort. Avant lui, Honoré de Balzac avait habité cette même maison et celle-ci est devenue actuellement le musée Gambetta, propriété de l’État.

Une cérémonie commune en deux lieux

Le cœur de Gambetta et le corps du Soldat inconnu se rejoignent  ce 11 novembre pour former un même cortège depuis la place Denfert-Rochereau, sous le Lion de Belfort, symbole de la guerre de 1870. Puis, direction le Panthéon.

Le coeur de Gambetta à Denfert Rocherreau le 11 novembre 1920

Le coeur de Gambetta à Denfert-Rochereau, lieu de départ commun du cortège avec le Soldat Inconnu

Au Panthéon, Alexandre Millerand, président de la République, prononce un discours en l’honneur de Gambetta, du Soldat inconnu et de la République. Une fois le discours et la cérémonie au Panthéon terminés, le cœur de Gambetta n’y reste pas pour autant :  il repart pour accompagner le Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, lieu de la seconde cérémonie… où le Soldat inconnu ne sera par ailleurs réellement enseveli qu’au mois de janvier 1921, alors que le cœur de Gambetta repartira le jour-même au Panthéon.

 Gambetta et le 11 novembre 1920

Le char du coeur de Gambetta traversant Paris