Photographie de Pierre Besson


La sculptrice Lisbeth Delisle s’est éteinte le 28 aout dernier. Elle avait 91 ans.

 

C’est en 2003 que la statue de la chanteuse a été installée place Édith Piaf et dévoilée par le maire de Paris en fonction à l’époque, Bertrand Delanoë.

Lisbeth Delisle racontait parfois, avec une pointe d’amertume dans la gorge, l’aventure de sa création :

C’est René Coutelle, qui était établi rue de la Mare, qui avait été d’abord approché par la Mairie du 20e. Âgé, fatigué, il n’avait pas le cœur à se lancer dans ce projet. Comme il était pour moi une sorte de mentor et que j’avais mon atelier près du sien, il a proposé que je prenne en charge cette commande.

C’était un vendredi de mai et le maire[1] souhaitait trois esquisses pour le lundi suivant. Le choix du modèle a été fait rapidement. La date d’inauguration était déjà fixée au 11 octobre et le fondeur voulait le premier modèle en plâtre pour le 1er juillet !

On était en pleine canicule, il faisait une chaleur épouvantable. Dans l’atelier de la fonderie d’art Clementi, à Meudon, la première épreuve en cire, sur laquelle Lisbeth devait faire les retouches, avait tendance à s’incurver… Mais finalement, tout a été terminé dans les temps.

Quand la statue a été dévoilée, il y a bien eu quelques divergences d’appréciation, comme pour toute création originale. Souvenons-nous de la polémique sur le Balzac de Rodin à la fin du 19è siècle, qui ne fut coulé dans le bronze qu’en 1931. Le critique et écrivain Jean-Louis Fournier avait, lui, réglé leur compte aux rieurs :

Édith Piaf n’était pas belle, elle était bouleversante. Cette statue est juste et lui rend justice […] De toute façon, un jour, cette statue étrange va vous apprivoiser et vous allez l’aimer.

Lisbeth Delisle 2025 – dessin de Louis de Suremain

 

C’est pourtant vrai, comme le dit la sagesse populaire : aujourd’hui elle a pris toute sa place et est devenue l’un des monuments les plus originaux de notre arrondissement.  

Pour évoquer l’œuvre de Lisbeth Delisle, laissons la parole à l’un de ses amis proches, le grand expert-gemmologue Louis de Suremain :

Je rentre dans son histoire, trois plans, des ombres qui changent, un seuil avec un personnage qui n’est jamais le même, une cour d’où s’élance un arbre, une toiture bourdonnante, haute, ombragée. […] Là, c’est une femme qui court, elle a les bras tendus vers le soleil, sa jupe est soulevée par le vent ?!? Je tourne encore autour, ses pieds sont campés, je me suis trompé, maintenant je vois, elle va recevoir un ballon. Le vent agite son écharpe.

Ou encore ces mots de Gilbert Clementi :

Elle jouait avec la lumière, les ombres portées, elle nous invitait à découvrir un autre espace. Elle refusait l’imagerie considérée comme la vérité.

 

Déjà très malade, Lisbeth Delisle avait fait une dramatique chute dans l’escalier de sa maison il y a quelques mois et ne s’en était jamais remise. À sa famille, à ses proches, nous adressons nos condoléances émues.

[1]↑ Michel Charzat, maire du 20e de 1995 à 2008

Photographie de Pierre Besson

 

Photographie du concours « C’était Paris en 1970 » – BHVP


Contexte

A la fin des années 60 et au début des années 1970, Paris subit de nombreuses mutations : construction du boulevard périphérique, destructions de quartiers jugés insalubres dans les 13e, 15e, 19e, 20e arrondissements, bientôt les travaux des Halles, autant de bouleversements que la ville et ses habitants subissent ou applaudissent. En 1969, Claude Gourbeyre, maire du 20e arrondissement, rencontre Henry de Surirey de Saint-Remy, directeur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

Face aux transformations en cours dans son arrondissement, l’édile parisien s’inquiète qu’aucune documentation ne vienne conserver la mémoire de cette partie de la capitale. Henri de Saint-Remy, quant à lui, regrette que la Bibliothèque historique n’ait pas les moyens de réunir, pour le Paris contemporain, une documentation photographique aussi riche que celle qu’elle conserve déjà sur le Paris du dernier quart du XIXe siècle au début du XXe siècle.

Claude Gourbeyre se tourne alors vers André Essel, PDG de la Fnac, pour organiser un concours de photo amateur dans le 20e arrondissement. La Fnac propose d’élargir le projet à toute la capitale, afin de constituer des archives photographiques aussi complètes que possible d’une ville où se multiplient les projets d’urbanisation de grande ampleur. Le Conseil de Paris, la Préfecture de Paris et la Préfecture de Police rejoignent le comité de parrainage, tout comme l’ORTF.

15 000 photographes amateurs se présentent pour répertorier les richesses de Paris avant les grands travaux. Un plan de Paris a été découpé en 1755 carrés de 250 m de côté, chaque candidat se voit attribuer par tirage au sort un de ces carrés dont il aura pour mission d’immortaliser les vestiges sur pellicule argentique. 2 800 candidats rendront un dossier complet. En tout, plus de 100 000 photographies de Paris sont collectées.

2 700 photographies sont sélectionnées et exposées au rez-de-chaussée du Pavillon 8 des Halles. L’exposition accueille 70 000 visiteurs du 15 octobre au 15 novembre 1970, malgré un boycott de la presse (les photographes professionnels critiquent la clause selon laquelle les candidats renoncent à leurs droits d’auteur).



Présentation du contenu

Le fonds du concours de photographie amateur « C’était Paris en 1970 » est composé de documentation sur l’organisation du concours, sur l’exposition des lauréats et sur l’entrée du fonds, ainsi que d’environ 100 000 épreuves noir et blanc et diapositives couleur. Il comprend 342 boîtes et 3 classeurs.

La FNAC en fait don à la BHVP en 1970. L’ensemble du fonds est inventorié en 11 inventaires, le premier consacré aux archives et à la documentation du concours, les dix autres inventaires recensant les photographies classées par carrés, dans l’ordre croissant des carrés. Le tout accessible en ligne sur https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark:/73873/FRCGMNOV-751045102-LAY

30 225 photographies numérisées, classées par carré, sont visibles sur le site https://paris1970.jeantho.eu/index.html ou sur le site https://paris1970.fr/ qui en a amélioré la cartographie.



Claude Gourbeyre

Journal officiel de la République française. Lois et décrets n° 0101 du 30/04/1966 – legifrance.gouv.fr

Il reste en fonction jusqu’en 1977, marquant son mandat par d’importantes initiatives locales et culturelles dans l’est parisien.


Références bibliographiques



📅  Du 1er juin au 7 octobre 2026
🕕  Du lundi au samedi de 10h à 18h
🪧  Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), 24 rue Pavée Paris 4e
🎫 Entrée libre

 

Portrait de Léon Morel-Fatio par Emmanuel Barcet, d’après François-Gabriel Lépaulle – Musée national de la Marine, Paris


Léon Morel-Fatio fait partie des peintres dont vous pouvez admirer les œuvres jusqu’au 2 août 2026 au Palais de Chaillot, à l’occasion de l’exposition La Marine et les peintres – Quatre siècles d’art et de pouvoir.

Peintre officiel de la Marine et conservateur du musée du même nom, ce personnage nous intéresse beaucoup à l’AHAV : ne fut-il pas le premier maire du 20e entre 1860 et 1869 ?

C’est l’occasion de rappeler que nous lui avons consacré, sous la plume de Christiane Demeulenaere-Douyere, notre bulletin n°74 (3e trimestre 2020).

La conférence dont a été tiré ce bulletin est accessible en enregistrement audio dans notre espace réservé aux adhérents.

Plaque à l’entrée de la salle des mariages de la mairie du 20e – Photo PB



Du Paris kabyle aux Kabyles de Paris

 

L’histoire des Kabyles à Paris commence par deux événements historiques qui finiront par converger : la Commune de Paris et la Révolte des Kabyles de 1871. Les rescapés du pavé parisien et ceux de la montagne kabyle échoueront en Nouvelle Calédonie. Le 22 août 1895, Azziz El Haddad, une des figures emblématiques de la révolte kabyle, meurt au 45 boulevard de Ménilmontant, chez son ami et compagnon de déportation, le communard Eugène Mourot.

L’histoire se poursuit de la guerre 14-18 jusqu’à aujourd’hui. Quartier par quartier, décennie après décennie, les Kabyles marqueront de leur empreinte la ville, son histoire, son économie, sa démographie et bien sûr sa culture. Notamment du côté du XXe arrondissement. C’est là que se retrouve le populo, la solidarité des établis et la fraternité des zincs, la tectonique des rencontres et des amours, là que les bistrots kabyles et autres garnis ouvrent et que se fixera une empreinte culturelle forte. C’est là aussi que vivra Idir, le grand chanteur et figure tutélaire du chant kabyle inhumé au cimetière du Père Lachaise.

Cette conférence est présentée par Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV.

 

La conférence a lieu :

📅 Jeudi 21 mai 2026
🕡 À 18h précises
🪧 À la mairie du 20e arrondissement, Salle du Conseil

   Entrée gratuite, sur réservation par mail à ahav.paris20@gmail.com

La tranchée Sorbier vers 1868 – photographie de Charles Marville © Musée Carnavalet

La Petite Ceinture ferroviaire parisienne est porteuse d’interrogations, de mystères et d’une foultitude de projets.

De la genèse de cette infrastructure jusqu’à son lent déclin, nous en analyserons les modalités d’exploitation, en particulier son trafic voyageur, avec son record de fréquentation durant l’Exposition Universelle de 1900. Une attention particulière sera portée sur les gares qui desservaient le 20e arrondissement.

 

Cette conférence est présentée par Jean-Marc Cholet, de l’association Histoire et Patrimoine du 12e arrondissement.

 

La conférence a lieu :

📅 Mardi 14 avril 2026
🕡 À 18h précises
🪧 À la mairie du 20e arrondissement, Salle du Conseil

   Entrée gratuite, sur réservation par mail à ahav.paris20@gmail.com




La rue des Immeubles-Industriels, à deux pas du 20e



À la fin du Second Empire, les artisans du faubourg Saint-Antoine sont confrontés à une grave crise économique. Trop chers, victimes de la concurrence anglaise, les meubles qu’ils produisent se vendent de plus en plus mal. C’est alors que l’industriel Jean-François Cail a l’idée de repenser complètement l’organisation du travail et le mode de production. Il confie à l’architecte Émile Leménil le soin de construire une rue d’ateliers modernes, fortement mécanisés, alimentés par une centrale à vapeur commune, et accompagnés de logements familiaux.

Cette rue proche de la place de la Nation joint le Faubourg-Saint-Antoine au boulevard Voltaire. Elle présente toujours son aspect de la fin du XIXe siècle, même si les activités que l’on y exerce ont bien évolué.

Hervé Deguine, de l’association Histoire et Mémoire du 11e arrondissement, auteur de l’ouvrage de référence sur cette rue, animera pour l’AHAV cette balade commentée.

📅  Jeudi 16 avril 2026

🕙  De 10h à 12h

⏱  Date limite d’inscription : 12 avril

👥 15 personnes maximum

 

Les visites guidées sont réservées à nos adhérents ; le lieu de rendez-vous sera indiqué après inscription sur ahav.paris20@gmail.com

 

carte postale de la rue des immeubles industriels, Paris 11e

La rue des Immeubles-Industriels vers 1900



Tiens ! Gambetta s’est enfin refait une beauté…

 

Les habitués du square Édouard Vaillant, entre la mairie du 20e arrondissement et l’hôpital Tenon, connaissent bien la spectaculaire statue de Léon Gambetta qui y trône depuis 43 ans.

Ces dernières années, ils avaient bien remarqué combien, d’hiver en hiver, notre pauvre Gambetta faisait de plus en plus triste mine, et ils s’en désolaient. Les services municipaux avaient bien essayé d’agrémenter un peu l’endroit en aménageant au pied une petite pièce d’eau… qui tenait plutôt du pédiluve.

 

Le monument à Léon Gambetta, détails des lichens et mousses installés – Cliché CDD

Et, depuis des années, mousses et lichens avaient envahi la statue jusqu’à la rendre presque méconnaissable. 

Le monument sous son habillage de bâches – Cliché CDD

Au printemps 2025, Gambetta disparut sous un échafaudage de bâches blanches sans autre explication. Quelques mois après, sans tambours ni trompettes, il réapparut, éclatant de blancheur, magistral et magnifique.

 

Le monument à Léon Gambetta, square Édouard Vaillant, après restauration – Cliché CDD

 

 

Étrange histoire d’un monument nomade …

Ce monument a connu toute une histoire avant d’arriver dans le 20e arrondissement. Il est le vestige d’un ensemble statuaire monumental aujourd’hui détruit, placé à l’origine dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre.

Fruit d’une souscription internationale lancée en 1884, il fut inauguré le 13 juillet 1888. Gambetta, décédé prématurément en 1882, aurait fêté cette année-là ses 50 ans, et la République au pouvoir souhaitait souligner cet anniversaire en érigeant dans un des lieux les plus prestigieux de Paris un imposant monument à la mémoire du grand homme.

 

Le monument dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre, dans son état d’origine, carte postale

Le monument original était placé en avant de la cour Napoléon du Palais du Louvre, face au Carrousel. Haut de 27 mètres, il était composé d’un pylône pyramidal dont la base portait un ensemble de figures allégoriques et d’ornements de bronze. Sur la face avant, à mi-hauteur, figurait la statue de pierre qui nous est familière, celle qu’on voit maintenant square Edouard Vaillant. Gambetta y est représenté en pied, dans une position de tribun, le bras tendu devant lui, au milieu d’un groupe de soldats. Des épisodes glorieux de sa vie et des extraits de ses discours étaient gravés sur le pylône, au sommet duquel trônait une allégorie en bronze de la Gloire de la Démocratie assise sur un lion ailé.

Les sculptures, dues à l’artiste Jean Paul Aubé, étaient installées sur une architecture de Louis Charles Boileau. Le musée d’Orsay conserve une maquette en plâtre au 1/90e du monument datant du concours de 1884.

Le monument dans la Cour Napoléon du Palais du Louvre, état d’origine, prise de vue privée (DR)

La cour Napoléon était alors occupée par deux squares arborés. Le monument à Gambetta prit place dans celui qui s’ouvrait sur le passage des guichets du Louvre. L’autre accueillit, en 1908, une statue équestre de La Fayette.

Pendant l’Occupation, en 1941, les éléments de bronze furent démontés dans le cadre de la récupération des métaux non ferreux ordonnée par le gouvernement de Vichy. La statue en pierre fut épargnée.

En 1954, on réaménagea la cour Napoléon. Les squares furent supprimés et, pour dégager la vue des façades du Palais du Louvre, les monuments enlevés. Par la suite, dans les années 1980, cet espace qui ne servait plus que de parking pour les automobilistes parisiens fut complètement remanié avec une nouvelle réflexion sur les accès du musée du Louvre et l’édification des pyramides en verre et métal de l’architecte sino-américain Ieoh Ling Pei, bien connues aujourd’hui des touristes du monde entier.

En 1982, seul subsistait du monument originel le groupe de Gambetta entouré de soldats. A l’occasion du centenaire de la mort de Léon Gambetta, on décida de l’installer dans le square Édouard Vaillant (20e arrondissement), non loin de la place et de l’avenue Gambetta.

 

Plaque accompagnant le monument, square Édouard Vaillant – Cliché CDD

 

Le nom de Léon Gambetta est très étroitement lié à l’histoire républicaine du 20e arrondissement : il fut en particulier le rédacteur du « Programme de Belleville », en 1869, et, plusieurs fois, il fut élu député de l’arrondissement.

Aujourd’hui, nous ne pouvons que nous réjouir que sa statue ait retrouvé sa place dans notre espace public… et toute sa splendeur.



Histoire du cinéma dans le 20e

 

Alfred Hitchcock disait « Un film n’est pas une tranche de vie, c’est une tranche de gâteau ». Pour savourer ce gâteau, nous rappellerons la naissance du cinéma en France et en particulier dans le 20e arrondissement qui a été un haut-lieu des débuts du cinéma.

Nous parlerons de Léon Gaumont et de ses studios, d’Alice Guy, qui fut la première réalisatrice au monde et qui a tourné ses films dans le 20e, et des importantes usines Continsouza qui fabriquaient caméras et projecteurs.
Nous présenterons les dizaines de cinémas de quartier du 20e aujourd’hui disparus, ainsi que les deux seuls cinémas restants.

Le chapitre suivant portera sur les films tournés dans le 20e et sur les lieux de tournage.

Nous terminerons par une visite virtuelle au cimetière du Père-Lachaise où reposent plus de 200 réalisateurs, acteurs, décorateurs, techniciens, etc.

Simone Signoret, Claude Dauphin et Dominique Davray dans Casque d’Or de Jacques Becker, 1952 – ©DR

Cette conférence est présentée par Philippe Dubuc.

La conférence a lieu :

📅 Jeudi 22 janvier 2026
🕡 À 18h précises
🪧 À l’auditorium du Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant (bus 96 et 26)

   Entrée gratuite, nombre de places limité, uniquement sur inscription sur le site du PCB

 

Buste de Georges Méliès sur sa tombe au Père-Lachaise

Tombe de Georges Méliès au Père-Lachaise – PD

 



Des ombres légères … l’histoire des femmes résistantes dans le 20ème

 

Paris 1940-1944. Un quart des résistant·e·s du 20e étaient des femmes, d’origines et d’engagements divers.

Elles ont lutté pour la libération de la France occupée, pour le retour de la démocratie mais aussi pour un monde meilleur. Elles ont été emprisonnées, internées par le régime de Vichy, déportées par les nazis, voire guillotinée en Allemagne pour l’une d’entre elles (Simone Schloss), mais elles ont pu aussi passer à travers les mailles du filet.

 

Simone Schloss

 

Cette conférence, présentée par Françoise Ramaut, nous invite à faire connaissance avec ces « ombres légères ».

La conférence a lieu :

📅 Jeudi 16 octobre 2025
🕡 À 18h précises
🪧 À la mairie du 20e arrondissement, salle des mariages

   Entrée gratuite, nombre de places limité, uniquement sur inscription par mail à ahav.paris20@gmail.com

 

 

J-M Rosenfeld, le nouveau nom du jardin du PCB

Depuis cette année, le jardin du Pavillon Carré de Baudouin porte un nom lié à l’histoire de notre arrondissement : le jardin Jean-Michel Rosenfeld. Son inauguration en tant que tel a eu lieu le 5 mars 2025.

Cette décision fait suite à la proposition d’Éric Pliez maire du 20e arrondissement, présentée le 11 juillet 2024 au Conseil de Paris.

Qui était Jean-Michel Rosenfeld ? Pourquoi avoir choisi ce lieu ?

Lors de son décès, nous avions publié un article retraçant son riche parcours, son lien avec le 20e en tant qu’élu et… son soutien puis son action pour sauvegarder le Pavillon Carré de Baudouin.

À cette occasion, nous publions à nouveau cet article, paru pour la première fois le 7 mars 2023.

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Le 20e arrondissement en deuil de Jean-Michel Rosenfeld (1934-2023)

Jean-Michel Rosenfeld a quitté ce monde le 4 mars 2023, à la veille de son anniversaire. Par sa vie, son histoire personnelle, ses engagements et les valeurs morales et philosophiques auxquelles il croyait et qu’il défendait, il était étroitement lié à notre arrondissement et il restera dans nos mémoires.

Nous garderons de lui le souvenir d’un homme d’action, un homme engagé avant tout, et pourtant si simple, si proche des gens, toujours souriant et courtois, un homme modeste au regard des fonctions politiques qu’il a assumées : chargé de mission auprès du Premier ministre Pierre Mauroy (1981-1984), chef de cabinet adjoint du ministre du Travail Michel Delebarre (1984-1986)…

Pour nous, gens du 20e, il restera aussi le maire adjoint du 20e arrondissement (1984-2008), celui qui avait à cœur de se mobiliser pour soutenir la culture et le patrimoine de nos quartiers, y compris en appuyant notre association dans ses missions.

Soutien dans le 20e de Jean-Michel Rosenfeld présent

Vernissage à l’UDAC vers les années 2000. À gauche de JMR, le photographe Henri Guérard et sa femme. À droite, Florence Desserin, directrice de l’UDAC-FD

Concrètement, et en reprenant le titre de son livre Lumières de l’espoir : l’étoile, le triangle et la rose, paru en 2007, aux éditions La Bruyère :

L’étoile

Fils d’une famille juive originaire d’Europe centrale installée à Paris depuis 1907, il a perdu 38 membres de sa famille dans la Shoah. Né à Paris en 1934, il a connu la guerre, un père prisonnier, l’Occupation, les menaces de rafles, le port de l’étoile jaune, qui l’ont marqués à jamais.

Tout enfant, il a échappé à la rafle du Vel d’Hiv’ (juillet 1942), caché avec sa mère par la patronne de celle-ci. Toujours, il a conservé sur lui l’étoile juive qu’il avait dû porter alors et, lorsqu’il prenait la parole lors de certaines commémorations, il lui arrivait de la sortir de sa poche et son geste par surprise si émouvant augmentait encore l’intensité de son témoignage.

L'étoile juive dont il ne se sépare jamais.

Jean-Miche Rosenfeld lors d’un entretien avec une journaliste de The times of Israel. Il lui confie vouloir être enterré avec son étoile juive.

Cette étoile existe toujours aujourd’hui dans les têtes de l’extrême droite. Jean-Michel Rosenfeld a dû y faire face : au moment des élections régionales de 2004, il a dû porter plainte contre des militants du Front National pour l’avoir publiquement traité de «  youpin ».

Cette étoile, il l’a partagée avec notre association, à la mairie du 20e arrondissement, en 2000, dans une conférence sur La communauté juive dans le 20e arrondissement, de 1860 à nos jours, parue dans notre Bulletin n° 19 (disponible en ligne).

Le triangle

Jean-Michel Rosenfeld a toujours parlé très librement de son riche parcours dans la franc-maçonnerie au sein du Grand Orient de France.

En tant que président du congrès des loges de Paris et d’Île-de-France, c’est suite à son action que les différentes obédiences maçonniques se réunissent chaque année devant le Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise.

La première fois, ce fut à l’occasion du centenaire de la Commune de Paris, le samedi 24 avril 1971, jour anniversaire de la tentative de médiation des francs-maçons auprès du gouvernement de Thiers. En 1871, leur demande de conciliation pour faire cesser les assauts contre les Parisiens a échoué et, devant l’intransigeance d’Adolphe Thiers, bon nombre de francs-maçons se sont ralliés à la Commune. Et depuis 1997, cette commémoration se reproduira chaque année, en hommage notamment à la mémoire de cent d’entre eux victimes de la répression versaillaise.

Et la rose

Dans son livre, Lumières de l’espoir : l’étoile, le triangle et la rose, qui se lit comme un témoignage vivant, Jean-Michel Rosenfeld s’ouvre en toute simplicité, tel qu’en lui-même, à livre ouvert. Inscrit à la SFIO à la fin des années 1960, il entre en 1979 dans l’équipe parisienne de Pierre Mauroy, auprès duquel il travaille longtemps et est notamment chargé des contacts avec la presse et avec diverses associations et communautés (Juifs, Arméniens, Maghrébins, LICRA, MRAP, Amnesty International, ainsi qu’avec des obédiences maçonniques).

Pierre Mauroy premier ministre

Jean-Michel Rosenfeld et Pierre Mauroy en juin 1981-FJJ

Puis, il rejoint le ministère du Travail dans le gouvernement Fabius. Ensuite, il devient membre de la section « Cadre de vie » au Conseil économique et social à deux reprises, et enfin sous-directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (1993-1998). Il restera un homme de confiance de Pierre Mauroy, qui en fera son conseiller spécial quand il créera la Fondation Jean-Jaurès en 1992. Totalement engagé pour la République mais libre dans ses paroles, il n’hésite pas à dire ses vérités sur son parcours des années Mitterrand, à parler de son Parti Socialiste, de sa vie privée depuis sa jeunesse, allant parfois même jusqu’à se critiquer lui-même.

Ouverture du PCB vers la rue de Ménilmontant

Pavillon Carré de Baudoin, dessin 2022 du projet de travaux-MdP

Avec son soutien, le sauvetage du Pavillon Carré de Baudouin

Enfin, cet homme de culture s’est toujours tenu aux côtés de l’AHAV quand il s’agissait de se battre pour sauvegarder le patrimoine de notre arrondissement. Quand, rue de Ménilmontant, le Pavillon Carré de Baudouin a été menacé par une opération immobilière imminente, il a su relayer l’action déjà initiée par l’AHAV et son président de l’époque,Thierry Halay. Notre président avait déjà commencé à alerter l’opinion et à faire les démarches nécessaires pour sauver ce patrimoine architectural rarissime dans le 20e. Jean-Michel Rosenfeld nous soutiendra en reprenant la préservation dans son programme électoral.

Le Pavillon Carré de Baudouin est prévu pour réouvrir ses portes fin mars 2023. Quand nous y retournerons pour voir une exposition ou écouter une conférence ou un concert, nous aurons une pensée affectueuse et reconnaissante pour Jean-Michel Rosenfeld. En tout cas, dans nos pensées, il restera toujours présent parmi nous.

Le Conseil d’administration de l’AHAV tient chaleureusement à s’associer à la peine de ses proches et particulièrement de sa fille et de ses petits-enfants à qui il était tant attaché.