Saint-Jean-Bosco va ressusciter !



Saint-Jean-Bosco va ressusciter

par Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV



En 2025, un chantier de restauration de l’église Saint-Jean-Bosco est à l’étude auprès de l’agence Point 05. Cette étude a été  effectuée et rédigée par Charlotte Langlois, architecte du patrimoine, et Juliette Selingue, architecte collaboratrice, qui ont accepté de nous l’envoyer. Cet article s’inspire largement de celle-ci.

Édifiée entre 1933 et 1938 grâce au financement des Chantiers du Cardinal, l’église Saint-Jean-Bosco dominant le quartier de la Réunion va voir sa restauration financée à nouveau par cette même association créée en 1931.

Saint-Jean-Bosco a été construite sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte Dumitru Rotter (1878-1937), d’origine roumaine, puis, après sa mort, de son fils René Rotter. Depuis, de nombreux travaux ont continué à être menés. L’église se compose de trois vaisseaux encadrés d’abord par un clocher-porche puis d’un transept, pour finir sur un chœur à chevet plat. Elle se divise en deux niveaux principaux accessibles au public : une église haute destinée aux fidèles, et une église basse dédiée aux élèves du patronage et aux enfants de la paroisse.

Au contraire de la plupart des églises où l’axe et le chœur sont en principe dirigés vers l’orient, ici, le chevet est au nord, le portail au sud, tandis que les bas-côtés et les bras de transept sont à l’ouest et à l’est. Ceci afin de faire face à la rue, dans un quartier déjà fortement urbanisé avant sa construction en 1933. Son clocher-porche se dresse à 54 mètres en incluant la girouette à coq.

Inscrite partiellement aux Monuments Historiques, par arrêté du 14 mai 2001, à l’exception de l’église basse et du presbytère construit au-dessus de la sacristie, Saint-Jean-Bosco fait l’objet d’une étude minutieuse préalable, qui va permettre d’orienter les lignes décisives quant à sa restauration.  Mais cette étude, remise en janvier 2025 par Point 05, a surtout permis de faire des découvertes. Ainsi, l’église, qu’on croyait en béton, est essentiellement en brique enduite de ciment. Et la blancheur immaculée des murs extérieurs n’est pas du tout d’origine, ces murs étaient d’un ton pierre avec des faux joints et des effets de texture tracés à la main. De même, si l’unité esthétique semble étudiée jusqu’au moindre détail, des chaises aux poignées de porte des confessionnaux, les matériaux, eux, ne sont pas toujours homogènes, ce qui rendra délicates les reprises.

La restauration va traiter en premier lieu les problèmes d’infiltration. Cela concerne principalement les vitraux, coincés entre deux claustras de béton armé. Ces vitraux souffrent en effet de l’explosion des bétons sous l’effet de la corrosion de leurs fers. Les eaux pluviales s’y insinuent. Des morceaux de béton tombent à l’intérieur de l’église sur les tribunes latérales. Et des infiltrations d’eau pluviale en provenance des toitures provoquent de nombreuses taches et décollements sur les plafonds. De multiples fissures apparaissent ici et là. La couverture ondulée amiantée de la nef doit être changée sans délai. Et ses prolongations en zinc, ainsi que les toits terrasse en revêtements bituminés doivent aussi être rénovés. L’étanchéité du bâtiment est donc la priorité absolue, avant toute intervention sur l’intérieur de l’église même. Les premiers travaux sur les toitures auront lieu dès 2026.

Le contexte conjugué du religieux et de l’architectural

Avec la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, les ressources de l’archevêché de Paris sont plus limitées. Faute de finances, les églises du XXe siècle doivent souvent s’insérer dans des parcelles irrégulières. Puisque les églises ne peuvent plus toujours être mises en valeur par des perspectives, les architectes peuvent alors jouer sur la hauteur du clocher pour conférer à ces édifices une présence monumentale. Ce fut le cas, entre autres, à Saint-Jean-Bosco.

Trois évènements majeurs dans l’entre-deux-guerres vont œuvrer à un renouveau des lieux de culte, d’un point de vue architectural, qui sont :

1 – l’apparition de l’Arche, groupement d’artistes et d’artisans catholiques fondé en 1917, qui souhaite renouveler l’art sacré en France, réformer la tradition pour y apporter une contemporanéité en rupture avec l’architecture religieuse traditionnelle.  Leur but n’est pas d’ignorer l’antériorité de l’art chrétien, mais plutôt de trouver le sens de l’esprit chrétien dans une société qui a été profondément bouleversée par les conflits. Le groupe travaille sur l’ensemble des domaines liés aux églises : l’architecture, la sculpture, la peinture, l’orfèvrerie, et même la broderie. La construction de structures en béton armé s’est diffusée à partir de la fin du XIXe siècle. Et l’Arche grâce à Dom Bellot, bénédictin et architecte, porte le renouvellement de l’architecture sacrée.

2 – la diffusion des structures en béton armé.
La conception de ce type de bâtiment aura permis aux frères Auguste et Gustave Perret de donner forme à une pensée structurelle qui conduira quelques années plus tard à l’église Notre-Dame du Raincy, en 1922, donc antérieure à Saint-Jean-Bosco, et première architecture du genre, en béton, revendiquée comme telle.

Dom Bellot, autre acteur de ce renouveau, associe des matériaux comme la brique ou le béton armé pour construire des églises richement décorées et spacieuses, cette volumétrie étant rendue possible par la mise en œuvre des voûtes paraboliques.

3 – une troisième composante s’ajoute, l’Art Déco : L’Art Déco nait dans les années 1910 et deviendra l’art dominant à partir de 1925, année où aura lieu l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris qui verra sa consécration.

Le projet de construction

La mise en place du projet va donc être confiée à un architecte jusqu’alors inconnu : Dumitru Rotter. Le projet initial était très ambitieux. Il correspondait alors à un programme incluant un vaste patronage et lieu d’enseignement, au cœur duquel était prévue l’insertion de l’église. Suivant les plans du projet d’origine datés de 1932, ce lieu de culte élevé à la gloire de Don Bosco aurait dû être encadré par deux corps de bâtiments en L entre la rue Planchat, la rue Alexandre-Dumas et la rue Monte-Cristo qui était alors une impasse. Le programme prévoyait sur ce terrain de 4 000 m² un patronage, des écoles primaire, secondaire mais aussi professionnelle avec un internat, une salle de conférence, une bibliothèque. La viabilité financière du projet étant la condition expresse, la maison mère de l’ordre Salésien à Turin était réticente quant aux travaux du patronage complet. Après deux ans de concertation, et la menace de perdre les terrains par le prolongement de la rue Monte-Cristo jusqu’à la rue Alexandre-Dumas, la décision est enfin prise. Le permis de construire est délivré le 18 janvier 1933. Puis, après consultation du Conseil général des bâtiments civils, un avis favorable est accordé pour le clocher qui dépassait la hauteur autorisée, au titre des constructions privées de caractère monumental.

Maquette du projet Saint-Jean-Bosco

Maquette du projet d’ensemble, archives de la maison provinciale de l’ordre des Salésiens, photographie Valérie Gaudard, 2009
© CRMH Île-de-France.


Coupe transversale de l'église Saint-Jean-Bosco

Coupe transversale, dessin de D. Rotter daté de 1932, archives de la maison provinciale de l’ordre des Salésiens,
photographie Valérie Gaudard  © CRMH Île-de-France.

L’histoire des chantiers du Cardinal

Les Chantiers du Cardinal sont une association fondée par le cardinal Verdier, archevêque de Paris de 1929 à sa mort en 1940, pour promouvoir la construction et l’entretien des églises catholiques de Paris et de la région parisienne, construites après la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, dont les diocèses sont propriétaires. Elle est créée dans un contexte de grande pauvreté aux portes de Paris, entre la capitale et la banlieue nommée alors « la Zone », où « toute une couche de la population ignore Dieu ». Pour ce faire, le cardinal Verdier sillonne ces quartiers. Dans un contexte de crise économique mondiale, il souhaite à la fois donner du travail à cette population ouvrière mais aussi l’évangéliser. En 1931, il fonde « L’œuvre des nouvelles paroisses parisiennes », renommée L’œuvre des Chantiers du Cardinal en 1933, afin de récolter des fonds pour bâtir des églises, des chapelles et des presbytères au sein de ces quartiers défavorisés. En deux ans, des milliers d’ouvriers sont employés, tant sur les chantiers eux-mêmes, qu’à la préparation des matériaux nécessaires aux constructions dans les carrières, les briqueteries, les fabriques de ciment, ateliers ou usines. L’ambition est d’atteindre un quota d’1 église ou 1 chapelle pour 10 000 habitants.

L’association fait cependant face à deux enjeux importants : le caractère urgent qu’elle estime de construire en grand nombre ces édifices à Paris et sa proche banlieue, en regard de leur financement qui repose sur le Diocèse et surtout sur les dons des fidèles. Afin de tenir des délais les plus courts possibles avec des budgets restreints, les bâtiments s’appuient souvent sur des structures en béton armé closes avec des matériaux tels que la brique pouvant faire partie intégrante d’un décor. Celui-ci est d’ailleurs complété par des fresques, des décors peints ou encore des mosaïques. Ces dernières mais aussi les vitraux peuvent être réalisés par des artistes et ateliers renommés à cette époque, tels que Mauméjean Frères. Dans Le Vitrail (1929), in La Renaissance, 2e année n°1 (janvier 1929), pp.37- 44, Charles Mauméjean participe à la définition d’une vision moderne du vitrail, allant de pair avec le renouvellement de l’art sacré tout comme les nouvelles techniques de construction. Il y écrit : « Le béton armé permet la suppression des points d’appui, l’évidement des murs et la réalisation d’un vaste édifice baigné de lumière dans lequel le maître-autel est visible de partout. Sans exagérer leur surface de refroidissement, de larges verrières peuvent être désormais prévues suivant les climats et l’abondance de la lumière ». Bien que l’église Saint-Jean-Bosco ne soit pas entièrement construite en béton armé, elle en bénéficie dans l’édification de ses larges volumes, et en particulier dans la structure de ses grandes et larges baies. Bien que l’association cherche à être accompagnée par une maîtrise d’œuvre qualifiée et de confiance pour mener à bien ses projets, elle reste très impliquée dans le dessin : « Tous les ecclésiastiques qui sont dans la nécessité de bâtir une église, – si modeste soit-elle, […] ne doivent pas oublier que c’est à eux qu’incombe le soin de guider le crayon de l’architecte, lequel ignore souvent une foule de détails, dont l’existence peut favoriser et simplifier considérablement la vie paroissiale ». On peut en effet trouver parmi les publications du Christ dans la banlieue un véritable cahier des charges pour la construction d’une église adaptée à cette époque, cahier lui-même issu de La Vie intellectuelle du 25 octobre 1932.

L’église Saint-Jean-Bosco représente la soixantième réalisation des Chantiers du Cardinal.

L’association est toujours active de nos jours et compte à son actif l’édification de plus de 300 églises depuis 1931. Trois églises sont classées au titre des monuments historiques et six (parmi lesquelles figure Saint-Jean-Bosco) sont inscrites à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Les aléas de la construction 1934-1938

Elevation Est de l'église Saint-Jean-Bosco

Élévation Est lors de la construction en 1936, archives des Chantiers du Cardinal, photographie Valérie Gaudard © CRMH Île-de-France.

En avril 1934, les murs commencent à s’élever sur les fondations à peine achevées. Celles-ci sont contraintes d’aller rechercher le bon sol à 10 mètres de profondeur au travers de 51 puits, du fait de l’implantation du bâtiment sur un sol composé d’argile et de glaise. Les fondations à elles seules représentent un volume de 700 m3 de béton armé. La crypte est utilisée pour la première fois en mai 1934. La nef et les collatéraux sont construits en même temps que le clocher. L’élancement d’un tel bâtiment, et en particulier de son clocher, commence à se démarquer dans le paysage de Charonne.

En janvier 1935, le chantier est à l’arrêt en raison de modifications apportées au plan du clocher dont la construction est déjà bien avancée et d’un besoin de « calculs nouveaux de résistance ». Le gros-œuvre des voûtes et des toitures terrasses en béton armé semble cependant achevé, celles-ci étant en train de sécher. Pourtant, un an plus tard, le chantier n’a pas encore repris. Ce n’est qu’après dix-huit mois d’arrêt que le chantier reprend enfin. La revue « le Christ dans la Banlieue » informait à l’époque que les difficultés financières provenaient en grande partie du montant du terrain qui avoisinait le million de francs, lequel n’avait toujours pas été réglé à son propriétaire ; il a finalement été réglé par un donateur. Et 500 000 autres francs récoltés de dons ont permis de payer les fondations, la crypte et une partie des murs.

Les travaux de crépissage et décorations intérieures reprennent après avril 1936. En juillet 1936, la crypte de l’église est achevée. En ce qui concerne l’église haute, les tribunes latérales ont d’ores et déjà été réalisées, ce qui n’est pas le cas des tribunes sud qui prévoient d’accueillir les chanteurs et les orgues. Les escaliers menant au clocher doivent également être mis en œuvre. Le clocher poursuit son ascension jusqu’à son achèvement en décembre 1936/janvier 1937. « Le clocher est terminé ; son immense croix en fer forgé qui domine le coq s’élève à cinquante et un mètres au-dessus du sol. Sur trois faces, les trois cadrans d’une horloge monumentale : les heures sont constituées par des cabochons rouges éclairés la nuit en transparence, ainsi que les aiguilles lumineuses de même couleur. Bientôt les échafaudages tomberont et l’église apparaîtra avec sa silhouette définitive ».

Début 1937, la pose des vitraux est en cours : à la galerie supérieure des vitraux sont posés, de couleurs alternées, bleu et or. Les photographies publiées dans la revue « La Construction Moderne » n°15, février 1938 laissent comprendre que le chantier n’est en réalité pas encore achevé. Le perron n’est pas encore revêtu et ses garde-corps sont provisoires, tandis que des échafaudages sont encore en place en partie haute de l’édifice. Le chantier sera en effet achevé au mois de mai, suivant le dossier de vérification d’une permission de grande voirie du 42 rue Planchat daté du 27 mai 1938. Ce document avait pour but de permettre à l’architecte-voyer de contrôler la conformité des travaux exécutés au regard des clauses et des conditions précisées dans l’autorisation de construire ainsi que des plans fournis par le pétitionnaire.

Les travaux menés après 1938

Cependant, un ouvrage mentionne brièvement l’achèvement des travaux d’aménagement en 1943 sous la maîtrise d’œuvre d’un « nouvel architecte », Charles Venner, à qui l’on doit, entre autres, l’église du Cœur-Eucharistique-de-Jésus dans le 20e. Seuls les travaux portant sur les mosaïques des transepts, le baptistère, l’orgue et les cloches sont évoqués. Les modifications se continuent ainsi à partir de 1938 jusqu’à la fin du XXe siècle.

Mais certains ouvrages dénotent sur le reste du bâti, comme par exemple le presbytère de l’église, édifié par la surélévation de la sacristie. Les photos aériennes de l’IGN démontrent que le presbytère a été construit après la livraison de l’église, entre 1944 et 1950. Les fenêtres correspondent à des standards d’immeubles d’habitation, elles ont probablement été choisies par souci d’économie, contrairement aux baies à claustras et vitraux de l’église et en fonction de l’usage nécessitant une ventilation directe.

Comme le souligne l’étude de l’agence POINT 05, le côté ouest de l’église a, lui aussi, subi de nombreuses modifications au cours des décennies qui ont suivi la livraison de l’église. Alors qu’il s’agissait à l’origine d’une cour délimitée par un mur avec un terrain de sport, celle-ci a été fermée sur la rue par la construction de la copropriété du 42 rue Planchat au début des années 1980.

D’autres travaux ont été effectués, concernant l’étanchéité des terrasses et de la toiture. À l’origine, la toiture ne comprenait pas les versants en zinc au-dessus des bas-côtés. Ils ont probablement été mis en œuvre pour limiter les infiltrations dans une toiture terrasse en béton armé peu étanche.

L’aspect extérieur de l’église Saint-Jean-Bosco, dans son état actuel, remonte aussi aux années 1980. L’église à cette époque a été couverte d’une peinture hydrofuge de teinte blanche, selon les informations de la Congrégation des Salésiens. Des sondages ont fait apparaître un enduit de ciment de couleur grise, première couche de revêtement ainsi que la couche support d’un enduit de ton « pierre beige ». La peinture blanche a été appliquée directement sur cet enduit. À l’origine, la teinte de finition de l’église était beige, et non ce blanc très lumineux tel qu’aujourd’hui. Ce ton pierre allait de pair avec le faux calepinage créé sur toute la surface des élévations extérieures : des incisions rectilignes et régulières formaient de fausses coupes de pierres marquées par un mortier ou mastic de teinte grise/beige.

Revêtement des façades de l'église Saint-Jean-Bosco

Vue en coupe des couches de revêtements de façades sur briques : enduit ton gris, enduit beige ton pierre, peinture plastique blanc et faux-joint en mastic beige
photographie ECMH – Études pour la Conservation des Monuments Historiques

Mais c’est l’église basse qui a été le plus profondément modifiée depuis sa construction, ce qui explique son absence dans l’arrêté d’inscription sur la liste supplémentaire des monuments historiques de 2001. La chapelle qui s’y trouve a été isolée de ses baies par des cloisons légères et ne bénéficie plus d’aucune lumière naturelle. Les décors peints sur les cloisons ne sont pas d’origine. Seule une partie du mobilier est authentique mais ne se trouvait pas forcément à cet emplacement : les bancs ont été remplacés par des chaises correspondant à celles de l’église haute. Les sols d’origine ont été maintenus. Il s’y trouvait aussi un chemin de croix composée de 14 panneaux de mosaïques, déposés aujourd’hui mais conservés dans l’édifice.

La richesse des décors de l’église haute

L’église haute est principalement constituée d’un voûtement angulaire reposant sur des piles octogonales. Le tout forme un système de portique qui offre un volume généreux doté de riches décors. La nef, le chœur et le transept profitent d’une hauteur de 18 mètres du sol aux caissons peints, alors que les bas-côtés sont couverts par les tribunes latérales positionnées à 5 mètres au-dessus du sol de la nef. À ce même niveau sont situées deux autres tribunes au-dessus du narthex : l’une pour l’orgue, l’autre destinée aux chanteurs.

Les mosaïques

Les piles des collatéraux et de la nef, au niveau de l’espace liturgique, sont revêtues de panneaux de granito. L’usage de pierres telles que le marbre jaune de Sienne ou l’onyx jaune fait écho à la mosaïque or des divers décors architecturaux et du mobilier. La base des piles est quant à elle marquée par des dalles de marbre d’un ton plus foncé.

L’ensemble des décors peints intérieurs (y compris la chapelle des fonts baptismaux) et des mosaïques ainsi que le chemin de croix de l’église haute ont été réalisés par Mauméjean Frères et sur leurs dessins d’intention. Les décors des autels et de la chaire ont été réalisés par la maison Guitard, sur modèles de Mauméjean Frères. Le chemin de croix en mosaïques initialement disposé dans l’église basse et aujourd’hui mis en dépôt sur les tribunes est l’œuvre de Léon Guillemaind.

La grille de la chapelle baptismale a été conçue par Paul Kiss (ferronnerie) et Marjolaine et Luc Lanel (décors en céramique).

Grille de la chapelle baptismale de l'église Saint-Jean-Bosco

Grille de la chapelle baptismale, par Paul Kiss et Marjolaine et Luc Lanel, détail
Photo Valérie Gaudard, 2009. © CRMH Île-de-France.

L’unité de l’église se retrouve également dans son riche programme iconographique lisible tant sur les décors peints (localement ornés de mosaïques) que sur les vitraux. Il est tiré du Nouveau Testament, mise à part une représentation du péché d’Adam et Ève. Les décors peints se divisent en trois registres suivant les différents niveaux. Les caissons et plans inclinés de la nef formant les plafonds représentent le Rosaire, les mystères joyeux et les mystères douloureux, ainsi que les mystères glorieux dans le chœur. Les collatéraux sont ornés d’un chemin de croix représentant la phase purgative.

Charles Mauméjean accorde une grande importance à la mosaïque, en particulier dans l’architecture du second quart du XXe siècle, qui « supplée avec agrément aux simplifications ornementales et à la sécheresse eurythmique d’une architecture faite de volumes géométriques ». Les tesselles étant traditionnellement fixées au ciment sur une surface verticale ou horizontale, Mauméjean considère la mosaïque comme le revêtement par excellence du ciment. Associée à des oxydes métalliques, la pâte de verre peut revêtir une surface accrochant la lumière, comme c’est le cas avec les tesselles dorées. Sur ce point, Mauméjean écrivait : « l’emploi sobre ou intense de la gamme des ors doit rechercher son équilibre dans les conditions de lumière qui lui sont imposées, car la trop grande clarté appauvrit l’effet de ces précieux émaux ». Il n’est donc pas surprenant que les décors de l’église Saint-Jean-Bosco soient partiellement constitués de mosaïques. Leur teinte dorée vient souligner intelligemment à la fois l’architecture et ses décors : angles des poteaux, détails spécifiques des fresques (auréoles, fleurs, …). La mosaïque est également présente dans les claustras intérieures en béton des petites baies des bas-côtés et à l’intérieur du bénitier.

Le baptistère de l’église Saint-Jean-Bosco

Le baptistère de l’église Saint-Jean-Bosco © Art, Culture et Foi / Paris

Avec ses lignes modernistes à pans coupés du plus pur style Art déco, et son ornementation simple et raffinée, la chaire à prêcher en onyx est sans nul doute l’un des chefs d’œuvre de l’église Saint-Jean-Bosco. Véritable prouesse artistique, elle relève le défi d’associer avec préciosité les matériaux les plus variés, tels l’onyx, la mosaïque, le verre dans cette architecture de béton, offrant au regard une synthèse des réalisations de la maison Mauméjean Frères alors au sommet de son art. Sa conception architecturale innove elle aussi totalement par rapport au modèle traditionnel de la chaire et s’intègre parfaitement à l’ensemble de l’église. Confié à la maison Guitard sur les modèles de Mauméjean, le décor de la chaire, de haute qualité, donne à voir le sacrifice du Christ offert par son Père, à travers la symbolique de la vigne et du blé, entre l’autel des parfums du temple de Jérusalem et l’hostie de la messe.

Détail des mosaïques de la chaire de l'église Saint-Jean-Bosco

Détail des mosaïques de la chaire à prêcher © Art, Culture et Foi / Paris

Les vitraux

Trois ateliers ou maîtres verriers ont été missionnés pour les réaliser :

  • Antoine Bessac est l’auteur des grandes baies du chœur et des baies en croix des bras de transept. Les grandes baies en croix de la façade sud, aux motifs géométriques et non figuratifs, ont également été réalisés par ses ateliers.
  • Les ateliers Mauméjean.
  • Les ateliers Jean Gaudin, qui réalisent des vitraux à partir de maquettes dessinées par Mauméjean Frères. Mais Jean Gaudin serait aussi l’auteur des vitraux des tourelles d’escaliers et de l’ensemble des claustras en béton de part et d’autre des panneaux de vitraux.

       

Vitrail de l'église Saint-Jean-Bosco

Sainte Jeanne d’Arc, vitrail de Jean Gaudin

Le manque de fonds chronique a aussi frappé les peintres-verriers appelés sur le chantier de l’église. À l’origine du projet, Antoine Bessac devait réaliser l’ensemble de la verrière, Mauméjean se réservant toutefois les vitraux des chapelles latérales de la basse nef. D’avril 1936 à juillet 1937, Bessac et son équipe créent les vitraux du chœur et du transept. Mais ils s’aperçoivent bientôt qu’ils n’ont nulle garantie d’être payés et ils quittent le chantier. Il faut redistribuer les cartes. L’atelier de Jean Gaudin prend la relève et réalise les vitraux de la basse nef et des tribunes, sur les modèles de Mauméjean. À la basse nef, Gaudin s’emploie à respecter l’esprit des maquettes prévues par Mauméjean. Pour les tribunes, il suit les dessins dressés par l’atelier d’Antoine Bessac. Mais, là encore, le manque de fonds vient interrompre sa tâche. Jean Gaudin prendra juste le temps de créer les douze verrières de la basse nef (il y a six travées) et les six apôtres des tribunes des trois travées qui sont proches du chœur. Les six autres apôtres des tribunes (vers l’entrée) seront réalisés par Mauméjean. En comparant les vitraux des apôtres, on perçoit bien une différence dans le style. Le problème du financement va se prolonger jusque sous l’Occupation, puisque les mosaïques des autels du transept ne verront le jour qu’en 1943.

Sources :

« Éloge du décor : l’église Saint-Jean-Bosco à Paris, sanctuaire national du père des orphelins » de Valérie Gaudard, In Situ, Revue des patrimoines, décembre 2009, le patrimoine religieux des XIXe et XXe siècles.

Rapport de présentation, ind. B – janvier 2025

Église Saint-Jean-Bosco (Paris) – Restauration générale

Agence POINT 05 • Architectes du Patrimoine associées • 3 square de Châtillon 75014 Paris

 

Remarques d’ensemble en vue de la restauration

Établies par l’agence Point 05

Comme étudié au travers de l’analyse historique de l’église Saint-Jean-Bosco, le clos-couvert de l’église est certainement la partie de l’édifice ayant été la plus modifiée au cours du temps. Certaines interventions nuisent à l’authenticité de l’église, tels que le presbytère ou le réaménagement de l’église basse (y compris la fermeture des préaux) qui n’ont pas fait l’objet d’une protection patrimoniale. On note cependant que le carillon de 28 cloches de l’église a été classé au titre objet dès le 5 novembre 1982.

D’autres interventions viennent perturber la lecture de l’édifice d’origine, telles que la mise en peinture « plastique » de teinte blanche réalisée dans les années 1980. La peinture mise en œuvre étant épaisse, elle est venue créer un empattement sur tous ces détails en plus de modifier complètement sa teinte de finition.

Malgré toutes ces transformations depuis sa livraison en 1938, la Congrégation a préservé un certain nombre d’objets, de décors ou de matériaux chutés. Cela offre une connaissance de ce qu’était l’église à son origine et permettrait une restauration des intérieurs, comme les luminaires, le chemin de croix de la chapelle basse, et d’autres détails, qui ne figurent pas dans le cahier des charges actuel de la restauration.

Dans la définition des priorités, l’élément décisif a été l’état sanitaire de l’église. L’urgence repose en effet sur sa mise hors d’eau afin de protéger les décors intérieurs de l’église qui sont une composante majeure de sa valeur patrimoniale. En effet, les fresques et décors peints, mosaïques et enduits ont été fortement altérés par des infiltrations qui semblent toujours actives. Cependant, pour l’instant, la maîtrise d’ouvrage limite son diagnostic au clos-couvert de l’église, sans intervenir sur la restauration des intérieurs. D’autre part, l’étude historique et la compréhension de l’évolution architecturale de l’église Saint-Jean-Bosco permettent de questionner les dispositions existantes. Bien que l’édifice ait été livré à la fin des années 1930, soit dans une période relativement récente, divers travaux au cours du XXe puis de ce premier quart du XXIe siècle sont venus modifier son aspect et ses espaces. Le projet de restauration propose donc une réflexion critique sur ces travaux avec pour fil directeur le maintien des éléments lorsque leur mise en œuvre fait sens, ou leur suppression dans le cas où ils altèrent activement la lecture du bâtiment.

Afin de répondre aux problématiques sanitaires de l’édifice et limiter les désordres dus à des infiltrations sur les décors intérieurs de l’église, une tranche ferme correspondant à des travaux prioritaires est préconisée. Elle a pour objectif de mettre hors d’eau les parties hautes de l’église (nef, bas-côtés) par la restauration de leurs couvertures et charpentes. Certaines travées seront également restaurées à titre expérimental en vue de la restauration de l’ensemble des façades, claustras et vitraux.

Juin 2025

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