Résumé de leur histoire

Rue de la Mare,  la fresque dédiée à Josette et Maurice Audin

 

L’inauguration de la fresque Josette et Maurice Audin -il a été torturé et assassiné pendant la guerre d’Algérie- a eu lieu cet été rue de la Mare. La date choisie correspond très exactement celle du soixantième anniversaire des accords d’Évian : le 5 juillet 1962, l’Algérie devenait indépendante.

Leurs lieux de mémoire à Paris

En France, une quinzaine de ville le garde en mémoire en attribuant son nom à une rue, une place ou plus modestement une plaque dans un jardin. Il existe également une place Audin à Alger.

À Paris, cette fresque est le dernier hommage en date à la mémoire de ce jeune et brillant mathématicien, militant du parti communiste algérien et favorable à son indépendance. Il fait suite au cénotaphe situé au Père Lachaise et par ailleurs au nom d’une place dans le 5e arrondissement.

Pour la petite histoire locale, il faut savoir qu’à l’origine le nom de sa rue devait remplacer celui de la rue des Tourelles, suivant une première décision du Conseil de Paris votée en 2001. Sans doute la proximité volontairement choisie du siège de l’ex SDECE -future DGSE et surnommée « la Piscine »- de cette rue du 20e a-t-elle finalement due poser problème par la suite.

À noter que Le 25 janvier 2021 dans un parc de Bagnolet, une plaque leur rendant hommage a été vandalisée, avec l’inscription « OAS ».

Hommage rue de la Mare

Fresque Josette et Maurice Audin-PG

La fresque au nom du couple

Il reste que l’œuvre du graphiste Orel Ruys inauguré cet été se situe bien dans le 20e, au début de la rue de la Mare, tout près de l’ancienne gare de Ménilmontant. Cette partie de la rue est devenue une voie piétonne. Elle reste accessible au public mais protégée dans ses deux entrées qui la délimitent, avec une barrière métallique servant de filtrage individuel : une solution pour préserver la quiétude des habitants des immeubles voisins.

Pour mémoire, la rue de la Mare existe en tant que chemin depuis 1672. Elle a été nommée ainsi parce qu’à l’origine elle était située près du lieu d’une ancienne mare de Belleville. Face au numéro 9, le mur est devenu l’endroit retenu pour y peindre cette fresque au nom du couple Audin ainsi symboliquement réunis.

Josette est ainsi pleinement reconnue aux côtés de Maurice, elle qui a consacré toute sa vie à se battre pour le rétablissement et la transparence de la vérité des faits criminels subis par son mari : les tortures, l’assassinat puis la disparition de son corps par l’armée française en 1957.

La reconnaissance tardive de la République

Finalement ce crime commis en Algérie sera reconnu officiellement en 2018 par le président Emmanuel Macron. Il aura fallu parcourir un très long chemin sinueux à Josette Audin, avec l’aide et le soutien de son entourage, pour arriver à obtenir cette reconnaissance officielle, 61 ans après les faits.

Remise de la décision officielle

Emmanuel Macron chez Josette Audin le 13 septembre 2018

Pour solenniser plus personnellement sa décision, le président de la République s’est rendu le 13 septembre 2018 à Bagnolet chez Josette Audin. Il a ainsi choisi de reconnaître les faits en sa présence et celle de ses invités, cités à nouveau par Le Monde daté du 2 septembre 2020 :

Entouré de la famille Audin, l’aînée, Michèle, et le fils, Pierre, de deux députés, Cédric Villani (LRM) et Sébastien Jumel (PCF), d’historiens, parmi lesquels Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Benjamin Stora, de ceux qui, depuis tant d’années, œuvrent au sein de l’Association Maurice Audin.

Emmanuel Macron est là pour en finir avec un mensonge qui déshonore la République. « Une page s’ouvre aujourd’hui, l’ouverture de toutes les archives, le travail libéré des historiennes et des historiens. Cela va être une nouvelle ère pour nos mémoires et nos histoires avec l’Algérie », assure le président Macron.

Josette Audin est morte le 2 février 2019, à l’âge de 87 ans, elle aura réussi de son vivant à gagner l’essentiel de son combat à la mémoire de son mari.

Et le 11 juin de la même année, un cénotaphe à la mémoire de Maurice Audin est inauguré au Père Lachaise, à la suite de la décision d’Anne Hidalgo maire de Paris.

Audin au Père Lachaise

Pierre Audin dévoile le monument dédié à son père Maurice Audin le 12 juin 2019

Trois mois plus tard, soit très exactement le 10 septembre 2019, un arrêté du Premier ministre permettra enfin d’accéder aux archives publiques relatives à Maurice Audin.

Et désormais aujourd’hui rue de la Mare, Josette  et Maurice se trouvent à nouveau réunis par cette fresque.

Champollion en 2022 à la bof

Champollion et l’Égypte il y a 200 ans

Le Père Lachaise est créé en 1804, soit six ans après la campagne d’Égypte décidée par Bonaparte.  La mode égyptienne est entrée par la suite dans notre cimetière :  nous y croisons de nombreuses sépultures en forme d’obélisques et autres pyramides.

Champollion y est pour beaucoup et en premier lieu pour lui-même puisqu’un obélisque est posé sur sa propre tombe. En cet anniversaire des 200 ans de son décodage des hiéroglyphes, plusieurs événements ont lieu cette année .

Pyramide de Champollion

Tombe de Champollion le jeune au Père Lachaise, restaurée en 2021-PG

Champollion et la place de la Concorde

Tout d’abord l’obélisque de la place de la Concorde qui vient d’être restauré en ce premier semestre 2022, et sous la bâche qui recouvre son échafaudage métallique figurent les portraits des quatre grands hommes liés à ce monument : Ramsès II, Méhémet Ali, Charles X et Jean-François Champollion.

Le vice-roi d’Égypte Méhémet-Ali est à l’origine de cet obélisque offert à la France en 1829, et devenu parisien sur la place de la Concorde en 1836. Il offre ce cadeau à la France en reconnaissance notamment de la découverte de Champollion, lui-même en charge des négociations pratiques liées à cette « main tendue ».

La toute récente restauration de cette œuvre égyptienne est réalisée grâce au mécénat signé en 2021 entre le ministère de la Culture et la société Kärcher.

Portrait de Champollion place de la Concorde

Bäche de l’obélisque en restauration place de la Concorde en 2022

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Ile-de-France/Actualites/Actualite-a-la-une/L-Obelisque-de-Louxor-fait-peau-neuve

https://www.kaercher.com/fr/a-propos-de-kaercher/mecenat/mecenat-culturel/restauration-de-l-obelisque-place-de-la-concorde-paris-france.html

Aujourd’hui, l’obélisque est présenté comme « le plus ancien monument de Paris » …  si l’on considère la date de création de l’œuvre. Robert Solé, journaliste et historien français né au Caire en 1946, le souligne ainsi : « L’obélisque de la place de la Concorde a été taillé en Égypte alors que l’ancienne Lutèce n’existait même pas. »

Champollion, l’autodidacte de génie

Champollion est surdoué pour l’apprentissage des langues : il apprend tout jeune l’hébreu, l’arabe, le copte… et même le chinois. Il est ainsi bien prédisposé pour aboutir dans ses recherches.

Au moment de l’expédition de Bonaparte, les soldats français découvrent en 1799 une pierre à Rosette. Lui n’avait alors que 9 ans, et il ne partira en Égypte qu’en août 1828.

Mais son frère Jacques-Joseph -bibliophile et féru d’antiquité, futur conservateur de la Bibliothèque royale puis professeur à l’école des Chartes- fera tout pour participer à cette expédition : sans succès pour autant.

Les 200 ans de Champollion

Bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, logo du Musée du Louvre

Cette pierre de Rosette va faciliter grandement ses recherches en lui donnant une clé de compréhension, les repères grâce à un même texte traduit en trois langues sur ce même support : en grec ancien, en démotiques et en hiéroglyphes.

Avec l’aide d’une copie de cette pierre, de son génie érudit et le soutien permanent de son frère Jacques-Joseph dit « Champollion l’ainé », la recherche de « Champollion le jeune » finira par porter ses fruits.

À 32 ans, en déchiffrant la pierre de Rosette, il finit par découvrir enfin le mystère des hiéroglyphes. Nous sommes alors le 14 septembre 1822 et, bien après l’expédition de Bonaparte, son immense découverte va prendre une place majeure dans la création d’une nouvelle science : l’égyptologie. https://sfe-egyptologie.website

L’exposition Champollion  à la Bibliothèque nationale de France

Actuellement dans le cadre du bicentenaire de sa découverte, La BNF lui consacre une exposition riche et également conçue à l’attention des plus jeunes.

Le titre de l’exposition : L’AVENTURE CHAMPOLLION, dans le secret des hiéroglyphes. Du 12 avril au 24 juillet 2022. https://www.bnf.fr/fr/agenda/laventure-champollion

Champollion exposé pour les jeunes

Bulle à l’exposition de la BNF sur l’hiéroglyphe destinée aux jeunes -PG

Les prochaines conférences parisiennes sur Champollion

Au Collège de France

Comme nous le souligne l’un des panneaux de l’exposition à la BNF, le 12 mars 1831 Champollion est nommé par Louis-Philippe à la chaire d’archéologie nouvellement créée au Collège de France. Par ailleurs, il aura sa statue dans la cour du Collège en 1875, une sculpture d’Auguste Bartholdi.

En sa mémoire, le  Collège de France  lui consacre un cycle de conférences du 15 septembre au 28 octobre 2022, ayant comme titre provisoire Champollion au Collège de France.

Au calendrier :

  • Le 22 septembre, lecture de la leçon inaugurale de J.-Fr. Champollion
  • Les mardis, du 27 septembre au 28 octobre : cinq conférences sur J.-Fr. Champollion et son œuvre.

Et au musée du Louvre

  • Les 1er et 2 décembre : 1822/2022Autour de Champollion. Déchiffrements d’hier et d’aujourd’hui (titre provisoire), organisée par l’EPHE et le musée du Louvre (Auditorium du Louvre).

 

Champollion, Fourier et Lebas au Père Lachaise

Champollion au Père Lachaise

Détail de la tombe de Champollion avec un chat miniature, simplement posé sur le rebord en bas, symbole de la déesse maternelle et protectrice-PG

« Champollion le jeune » meurt le 4 mars 1832. Il avait alors 41 ans. La cause exacte de sa mort n’est pas connue, probablement du choléra, qui s’abat sur Paris en mars.  Les obsèques ont lieu le 7 mars à l’église Saint-Roch.

Le journal La France nouvelle datée du 8 mars 1832 nous en rend compte :

le comte de Forbin, M. Silvestre de Sacy, M. de Humboldt, M. Arago , portaient les quatre coins du drap mortuaire, et ont accompagné le corps de l’illustre défunt jusqu’au cimetière de l’Est , où MM. Walckenaër et Letronne, de l’Institut , ont prononcé des discours funèbres…

Champollion meurt sans fortune, et ne laisse à sa jeune famille que son nom qui la recommande à la protection du Gouvernement. Nous apprenons en ce moment que M. de Forbin, directeur des Musées royaux, vient de s’adresser au Roi pour lui demander l’autorisation de faire exécuter en marbre le buste de M. Champollion jeune, pour être placé dans le Musée égyptien, dont il est le fondateur. (Journal des Débats.)

Il est enterré, selon sa volonté, près de son ami Joseph Fourier décédé deux ans avant lui, un mathématicien qui a fait partie de la campagne d’Égypte avant de devenir préfet. Fourier s’était lié avec les frères Champollion et avait soutenu « le jeune » dans l’aboutissement de ses recherches.

Fourier proche de Champollion

Tombe de Fourrier  -près de celle de Champollion- restaurée en 2022, en attendant son buste-PG

Enfin, en ce qui concerne l’obélisque de la place de la Concorde, il aura fallu 5 ans à l’ingénieur polytechnicien Apollinaire Lebas (au Père Lachaise avec son obélisque) pour faire ériger l’obélisque, en commençant par la construction d’un bateau sur mesure en 1831, jusqu’à la mise en place du monument en 1836.

Le Bas fait venir l'obélisque

Tombe d’Apollinaire Le Bas, avec au bas de son obélisque un bas-relief représentant l’érection du monument place de la Concorde-PG

Printemps de la poésie dans le 20e

Le Printemps des Poètes au Père Lachaise

dans le cadre du festival « Du haut des cimes de Ménilmontant »

 

Comme chaque année, nous arrivons à nos festivités locales à l’occasion du Printemps des Poètes, une initiative de Jack Lang créée à Paris en 1999 avant qu’elle devienne par la suite un rendez-vous national. 

Printemps des poètes RV nationale

Le Printemps des poètes, logo du Ministère de la Culture

Dans le 20e arrondissement, le printemps de la poésie commence par une visite de nos poètes au cimetière du Père Lachaise. 

Festival poésie dans le 20e

Festival « Du haut des cimes de Ménilmontant » du 6 au 19 juin 2022

 

Dès le premier jour de ce festival riche en animations, soit le lundi 6 juin à 15h, nous proposons une visite guidée intitulée : avant de célébrer les poètes vivants, célébrons les morts !

Dans cette déambulation en compagnie de Philippe Gluck pour l’AHAV et de Julien Marcland, directeur artistique du festival « Du haut des cimes de Ménilmontant », au bout du chemin nous aurons  agréablement et spontanément produit  un poème collectif inspiré de la lecture de ces poètes.

Cette visite débutera par Georges Perec, qui vient de faire l’objet de notre tout récent article à l’occasion du 40ème anniversaire de sa mort : cliquez ici !

Printemps des poètes dans le 20e

Contacts Du haut des cimes de Ménilmontant 2022

Du côté AHAV, cette première sortie est réservée à ses adhérents et sur inscription :  ahav.paris20@gmail.com

Perdiguier en bande dessinée

Une plaque en hommage à Agricol Perdiguier

Les Compagnons de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis et la Société des Compagnons et Affiliés, Menuisiers et Serruriers du Devoir de Liberté annoncent l’inauguration d’une plaque en hommage à

Agricol PERDIGUIER

le samedi 4 juin 2022, à 14h30,
au 16, passage de la Bonne Graine, Paris 11e

Plaque Perdiguier 4 juin 2022

Invitation à la pose de la plaque à la mémoire d’Agricol Perdiguier

 

Agricol Perdiguier, dit Avignonnais la Vertu (1805-1875)

Compagnon menuisier du Tour de France, écrivain et député, il repose au cimetière du Père-Lachaise (85e division), sous un curieux monument, en forme de ruche symbolisant le travail collectif. Selon sa volonté, il a eu droit à des funérailles civiles. Perdiguier est sans doute le compagnon du devoir (de liberté) le plus connu des historiens et sa tombe fait toujours l’objet de fréquentes commémorations de Compagnons de tous rites.

Perdiguier, une ruche comme symbole

Tombe d’Agricol Perdiguier au cimetière du Père-Lachaise (85e division)-PG

Compagnon du Tour de France

En 1823, à 17 ans, il entre chez les Compagnons d’Avignon pour apprendre le dessin technique (l’art du trait) et devient affilié chez les Compagnons du Devoir de la Liberté. Bientôt, il commence son Tour de France qui va le mener de Marseille à Nîmes, puis à Montpellier, où il est fait compagnon reçu sous le nom d’Avignonnais la Vertu, de Béziers à Bordeaux, enfin de Nantes à Chartres où il devient compagnon fini.

Puis, il gagne Lyon où il est placé à la tête de sa « Société » comme premier compagnon, puis dignitaire.

Dans toutes ces villes, il découvre le combat fratricide des différentes sociétés de compagnonnage, reflet des conflits sociaux de cette époque. Convaincu de l’inutilité des conflits entre compagnons de différents devoirs, pour faire mieux passer ses idées sur « l’indispensable réunification », il compose des chansons qu’il réunit en cahiers et fait distribuer gratuitement à travers la France.

Perdiguier et l'indispensable réunification

La réconciliation des compagnons. Lithographie éditée par A. Perdiguier. Cliché MUCEM

Perdiguier complète son éducation, lit beaucoup, notamment les poètes et Voltaire. En 1839, il publie son célèbre Livre du Compagnonnage, le premier écrit sur les compagnons et par un compagnon, qui attire l’attention d’intellectuels comme Eugène Sue et George Sand, dont il devient un ami très proche. Paru à compte d’auteur, cet ouvrage, tout en décrivant les différents Devoirs compagnonniques,dénonce leur manque de fraternité et propose de moderniser les structures, de développer le rôle de société de secours mutuel et de formation professionnelle.

Livre d'Agricol Perdiguier

Le Livre du Compagnonnage, éd. 1857

À travers ses ouvrages publiés ensuite, Perdiguier se montre l’ardent ouvrier de la réconciliation entre les différentes sociétés de compagnonnage. Pour lui, tout passe par l’éducation et la lecture.

Malade des yeux, blessé à la main, il doit abandonner l’établi pour se consacrer à l’enseignement du trait. Passionné par le livre et l’écriture, il ouvre à Paris, dans le faubourg Saint-Antoine, une librairie où il donne ses cours, fréquentée par Gambetta, Jules Ferry et d’autres acteurs sociaux de l’époque.

Ce travailleur autodidacte qui connaissait et citait Socrate, Platon, Aristote et… Machiavel, admirait chez les Modernes aussi bien Chateaubriand que Victor Hugo, Eugène Sue et George Sand.

Républicain engagé et franc-maçon

Très actif durant la révolution de 1830, il se rapproche de son compatriote François-Vincent Raspail au cours de l’insurrection provoquée par les incidents du 5 juin 1832, lors des funérailles du général Lamarque.

Républicain de conviction, il prend position pour la laïcité de l’enseignement. La fraternité, l’entraide mutuelle et l’accès à l’instruction sont les moteurs de son action qui se déplace sur un terrain plus politique. En 1846, il est initié à la franc-maçonnerie, dans la loge parisienne « Les hospitaliers de la Palestine » du Suprême Conseil de France.

Perdiguier en bande dessinée

Agricol Perdiguier en BD par François Icher et Mor, Cairn, 2021

Défenseur des ouvriers charpentiers lors de la grève de 1845, combattant inlassablement la présence du « troisième ordre » (caste aristocratique et patronale) dans le compagnonnage, Perdiguier est conscient que la défense des travailleurs nécessite une action politique. Il répond à l’appel de Raspail, le 24 février 1848, lorsqu’il proclame la République à l’Hôtel de Ville de Paris.

Perdiguier se présente à la députation et, avec l’appui de Béranger, de Lamartine et de George Sand, il est élu dans la Seine et dans le Vaucluse. Il choisit la Seine et siège sur les bancs de la Montagne. Son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851 lui vaut l’exil politique en Belgique. Il rejoint Genève, où il reprend son métier de menuisier et ses cours de dessin, et entretient une correspondance avec d’autres proscrits comme Victor Hugo et il écrit Mémoires d’un Compagnon en 1854.

Après la proclamation de la République, en septembre 1870, il est nommé maire-adjoint du 12e arrondissement de Paris, fonction qu’il occupe pendant le siège de la capitale. En tant qu’adjoint, il préside à l’élection des chefs de sections d’un grand nombre de compagnies de Gardes Nationaux et tente d’organiser la défense de Paris dans son secteur.

La maladie le contraint à démissionner et il continue ses combats par la plume pour le suffrage universel, l’abolition de la peine de mort, la liberté de la presse et la suppression du budget des cultes.

Agricol Perdiguier meurt à Paris, le 25 mars 1875, dans une grande pauvreté, laissant le souvenir d’un homme qui ne travailla qu’à un seul but : le bonheur et le bien-être des travailleurs.

Livre d'Agricol Perdiguier

Perdiguier, Mémoires d’un Compagnon, 1854

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Pour en savoir plus :

https://fr.wikipedia.org/w iki/Agricol_Perdiguier

Les Mémoires d’un compagnon ont été rééditées par Alain Faure, Maspero, 1977, La Découverte, 2002.

Les 2 tomes du « Livre du compagnonnage » (édition 1857) d’Agricol Perdiguier sont accessibles et téléchargeables ici :

Tome 1  : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5684793z?rk=42918;4  (322 pages)
Tome 2 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5684841k?rk=21459;2# (310 pages)

Après la Commune, le lieu-même du mur des Fédérés a fait l’objet d’un long combat politique pour la préservation plus large -avec plusieurs options- de cet espace : nous reproduisons ci-dessous notre article paru le 30 mai 2021 à ce sujet…
Ce contenu a été transféré dans l’onglet « mon espace adhérent »
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Journées du patrimoine des cimetières

Rendez-vous au Printemps des cimetières

Le Printemps des cimetières a lieu tous les ans au mois de mai. Il a été créé en 2016 en Auvergne-Rhône-Alpes par sa commission Patrimoine funéraire avec le soutien de la Région. Et puis, l’événement a pris une ampleur nationale. Il s’agit là d’un patrimoine méconnu et peu mis en lumière. Pourtant, comme tout type de patrimoine, il mérite d’être sauvegardé. Cette année, le Printemps des cimetières a lieu les 20, 21 et 22 mai.

Plus localement au Père Lachaise, de nombreuses manifestations ont lieu ce dimanche 22 mai 2022 à l’intérieur de notre cimetière. En voici la liste :

  • Balade féminine au fil du temps, de 10h30 à 12h00, par l’Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise
  • Sur les Pas d’Isadora DUNCAN, 11h30 à 12h00, par L’association L’Aquilone et la compagnie Le Temps d’Une Danse
  • À la découverte des maréchaux d’Empire et des monuments de la guerre de 1870/1871, de 10h30 à 12h00, par le Souvenir Français du 20e arrondissement
  • La Franc Maçonnerie au Père-Lachaise, de 14h00 à 15h30, par l’Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise
  • L’allée des monuments des camps de concentration et d’extermination, de 14h30 à 17h00, par l’Association des amis de la fondation pour la mémoire de la déportation
  • Les métiers du Père Lachaise, de 11h30 à 17h30, par la Ville de Paris
  • Faune et Flore au Père Lachaise, de 09h30 à 12h30, par la Ligue de Protection des Oiseaux.
  • Visite généraliste du Père-Lachaise, de 14h00 à 15h30,  par l’Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise
  • Vie et œuvres des mathématiciens Monge, Laplace, Fourier et Terquem, de 10h00 à 12h00, par l’Association pour la Formation et l’Animation Culturelle.
  • Balade commentée et dessinée, 10h00 à 12h30 par Auberfabrik
  • Toujours vivante – car la littérature ne meurt jamais, de 14h45 à 16h50, par le comédien Yves Heck de la compagnie Tête Chercheuse

De nombreuses propositions pour tous les goûts suivant vos curiosités. Vous en trouverez toutes les précisions sur le site du Printemps des cimetières :

https://printempsdescimetieres.org/programme-2022/

Échaffaudage du crématorium

Quoi de neuf du côté du crématorium du Père-Lachaise ?

Les habitués du Père-Lachaise ont certainement remarqué l’« emballage » récent du crématorium du cimetière. Non, que les touristes nombreux au Père-Lachaise se rassurent… il ne s’agit pas d’une nouvelle œuvre posthume de Christo !… mais plutôt de l’annonce de grands travaux.

Travaux en 2022 du crématorium du Père-Lachaise

Le crématorium du Père-Lachaise « emballé » en avril 2022 dans l’attente des travaux-CD

Une petite histoire de la crémation en France

Elle se confond avec celle des civilisations depuis la préhistoire jusqu’à l’Antiquité et au début de notre ère (en Grèce, à Rome, en Gaule…). L’Europe a abandonné la crémation au fur et à mesure qu’elle s’est convertie au christianisme, dont les adeptes souhaitaient être inhumés « à l’image du Christ ». Charlemagne, dans un capitulaire de 789, interdit la crémation dans son Empire. Et jusqu’au XIXe siècle, il n’en a plus été question en France.

Et vint la IIIe République… En 1880, la première Société pour la propagation de la crémation est créée en France et, un an plus tard, elle compte 420 membres parmi lesquels de nombreux noms illustres, dont Gambetta, Nobel, Paul Bert, De Lesseps, Schoelcher, l’astronome Flammarion, et un jeune député qui allait devenir une figure éminente de la IIIe République, Edouard Herriot… La crémation a alors pour partisans des esprits éclairés, des scientifiques soucieux de l’hygiène et du respect de l’individu, et des Francs-maçons et des Libres penseurs.

Après bien des vicissitudes et des débats parlementaires acharnés, le 29 octobre 1887, est adoptée la loi portant sur la liberté des funérailles : elle autorise les citoyens à choisir un mode de sépulture autre que l’inhumation. La pratique de la crémation commence à se développer.

Introduction dans le four crématoire

Le 1er four crématoire du Père Lachaise. Le Figaro, 13 novembre 1893.

Mais elle se heurte encore longtemps à l’hostilité de Rome qui dénonce ses promoteurs comme « des hommes de foi douteuse ou liés à la secte maçonnique qui travaille activement à rétablir l’usage païen de brûler les cadavres humains ». C’est seulement en 1963 qu’est publié, dans la foulée du Concile de Vatican II, un décret pontifical indiquant « que l’incinération du corps n’affecte pas l’âme… Il ne s’agit pas d’une pratique intrinsèquement mauvaise ou, de soi, hostile à la religion chrétienne » (5 juillet 1963).

Les esprits et les mœurs évoluent lentement, mais, aujourd’hui, la crémation tend à devenir un phénomène de société. En 1980, 1% des obsèques faisait l’objet d’une crémation en France, en 2010, c’était 30% ! Selon le CREDOC, cette tendance s’affirme : on compte 50% d’intentions de crémation. Et cela continuera à progresser, du fait d’une baisse de la pratique religieuse, mais aussi pour des critères sociaux (décider de son devenir après la mort, ne pas être une charge pour ses proches, pas d’entretien des tombes), écologiques (protection de l’environnement, hygiénisme, moindre occupation de l’espace, surtout en milieu urbain), économiques (une crémation est moins coûteuse)…

Le crématorium du Père-Lachaise : un pionnier dans son domaine

Le crématorium du cimetière du Père-Lachaise est le premier de France et jusqu’à maintenant l’unique à Paris. Ouvert à la fin du XIXe siècle, il a réalisé, après des essais sur des animaux, sa première crémation le 30 janvier 1889.

Depuis, cet équipement arrive à saturation. Avec ses cinq fours crématoires, il assure 6 500 crémations par an (45 % des funérailles) alors qu’on en attend près du double dans un avenir proche. Son columbarium qui compte 40 800 cases sur quatre niveaux est aussi saturé.

Une architecture originale et exotique

Crématorium du Père-Lachaise

Le crématorium du Père-Lachaise, vue extérieure. Wikipedia

Entouré des quatre ailes du columbarium, le crématorium a des allures de mausolée antique. Il est implanté dans la partie Est du cimetière du Père-Lachaise sur une superficie de 4 900 m2 (87e div.). Son architecture est de style néo-byzantin, marqué par sa chapelle en appareil polychrome de pierres blanches et noires disposées en bandes horizontales et son toit composé d’un vaste dôme de briques et de grès, de trois petites demi-coupoles et de deux cheminées.

Le Crématorium du Père-Lachaise du projet à aujourd'hui

Le Crématorium du Père-Lachaise, façade postérieure (projet Formigé) et aspect actuel-AHAV

C’est l’œuvre de Jean-Camille Formigé (1845-1926), par ailleurs architecte de plusieurs palais de l’Exposition universelle de 1889, de la grande serre des jardins d’Auteuil (1898-1901) et de monuments au sein même du cimetière (tombe du peintre Guillaume Dubufe (1853-1909) en 1909 (10e div.), chapelle de l’industriel Emile Bariquand (1842-1904) (2e div.) et monument aux Victimes du Bazar de la Charité (92e div.). Le crématorium est décoré de vitraux colorés des verriers Maumejean, posés en 1920.

L’ensemble a été agrandi à plusieurs reprises depuis sa mise en service. Les derniers travaux datent de 2007-2008. Il est classé Monument historique depuis 1995.

Père Lachaise crématorium

Crématorium et columbarium du PL. Vue aérienne.

Dans la salle Landowski, on remarque une statue monumentale, Le Retour Éternel (1954), due au sculpteur Paul Landowski (1875-1961), un artiste internationalement connu pour être, entre autres, le sculpteur de la Sainte Geneviève du pont de la Tournelle à Paris (1928), du Christ Rédempteur de Corcovado à Rio de Janeiro (1931) et des fontaines de la porte de Saint-Cloud (1936).

Espace Landowski au Père Lachaise

Crematorium PL Le Retour Éternel par Landowski (1954)

Après la crémation ?

Rappelons que la crémation est une pratique funéraire qui consiste à incinérer le corps d’un défunt en vue de le réduire en cendres. Le cercueil est introduit dans un four préchauffé à 850-900°C environ, et la crémation dure 90 minutes environ. Une fois achevée, les restes du défunt (os) sont réduits pour obtenir les cendres funéraires, placées dans une urne remise à la famille.

Les cendres peuvent être dispersées dans un jardin du souvenir ou un site cinéraire aménagé dans un cimetière, ou dispersées en pleine nature (loin de la voie publique). L’urne peut aussi être déposée dans un columbarium, scellée sur un monument funéraire ou inhumée dans une sépulture familiale.

Un deuxième crématorium en projet à Paris

Crématorium dans le 19e en 2024

Entrée principale et vue aérienne du futur parc funéraire de Paris, dans le 19e arrondissement (AAVP Architecture)

Il devrait voir le jour en 2024 sur une parcelle de 3 000 m2 située à la porte de la Villette (19e arr.). Bucoliquement baptisée L’Orée, le bâtiment sera en grande partie souterrain, laissant place en surface à un parc planté d’arbres qui ressemblera à une colline arborée.

L’exploitation en sera confiée à une société privée. Selon Le JDD, le projet de la Société des crémations de France (SCF, filiale du leader du secteur Funecap) a été retenu dans le cadre d’un appel d’offres.

Cette opération à 40 M€ comprend également la rénovation du crématorium historique du Père-Lachaise et la gestion des deux sites pour 30 ans.

Doté de quatre fours, le futur « parc funéraire » de la Villette sera « écoresponsable », limitant ses rejets dans l’atmosphère, et « à énergie positive ».

 

Pour en savoir plus :

Fontaine Wallace entre Mairie et MK2 Gambetta

Les fontaines Wallace, un Paris réussi

Dans ses voeux de bonne année, la Mairie de Paris annonce la couleur : « en 2022 Paris mettra en lumière toutes ses fontaines ». À cette occasion, l’Hôtel de Ville  fêtera les 24 et 25 septembre prochains les 150 ans des fontaines Wallace.

Nous reproduisons ci dessous notre article paru le 23 juillet 2021, sur ce mécène, beaucoup moins connu notamment pour son aide aux parisiens pendant la Commune. Dès l’année suivante aparaîtront ses premières fontaines et leur eau potable, gratuite et accessible à tous.

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Depuis la fin du XIXème siècle, et surtout quand il fait chaud l’été à Paris, nous pouvons boire gratuitement de l’eau près du lieu où nous trouvons.

Cette possibilité nous a été offerte grâce à l’eau potable des fontaines Wallace, ces 120 fontaines qui font partie de l’identité de la capitale en tant que mobilier urbain. Neuf d’entre elles se trouvent dans notre arrondissement.

On doit ces fontaines à la générosité d’un londonien, Richard Wallace, député conservateur anglais par la suite, mais auparavant bien parisien y compris dans l’âme. Son souvenir en tant que bienfaiteur reste « definitely » gravé dans notre ville.

Fréquentation fontaine Wallace début 20e siècle

Près de 120 fontaines Wallace à Paris

Richard Wallace amoureux de Paris

Élevé à Paris à l’âge de 6 ans par sa grand-mère, il est venu ici avec son père naturel, le marquis d’Hertford, qui lui léguera en mourant (le 25 août 1870) son immense fortune.

Richard Wallace épouse une française, Mlle de Castelnau, et leur fils ira combattre dans les rangs français, avant de démissionner après la répression de la Commune.

Quant à sa générosité, elle est multiple, incessante et d’un niveau élevé. Citons dès avril 1870, la création d’un hôpital de l’avenue de Neuilly qui porte le nom de son père. Et la liste de ses dons va régulièrement s’allonger dans les années qui suivent.

À Paris pendant la Commune

Pendant le siège de Paris puis la Commune, et contrairement à la bourgeoisie qui fuit, Richard Wallace non seulement reste à Paris mais va aider les parisiens dans leur quotidien.

Il finance notamment la Société internationale des secours aux blessés, en leur donnant 3oo ooo F pour acheter une ambulance urbaine portant le nom de son père, et une autre ambulance qui suivra le 13ecorps d’armée.

Portrait de Wallace 1890

Portrait de Wallace,, Le Monde illustré du 26 juillet 1890

Après l’armistice, la ville de Londres lui confie la distribution du ravitaillement qu’elle expédie pour les parisiens. En reconnaissance de l’ensemble de ses services, la reine d’Angleterre l’élève au rang de baronnet le 24 décembre 1871. De son côté, dès le 16 juin 1871, le gouvernement français l’a nommé commandeur de la Légion d’honneur.

Par ailleurs à l’occasion de l’exposition universelle, Richard Wallace -collectionneur et marchand d’art- est nommé par l’Angleterre en 1878, correspondant de l’Institut de France, en lien avec l’Académie des beaux-arts.

À l’origine des fontaines

Mais revenons à 1871. À la fin du siège de Paris et de la Commune, certains aqueducs sont détruits, avec comme conséquence le prix de l’eau qui flambe brutalement.

En urgence dès septembre 1871, Richard Wallace propose à la Ville de Paris de l’eau gratuite à toute heure et pour tous les habitants. Il demande l’autorisation d’installer à ses frais 50 fontaines aux endroits que la Ville aura choisis. La canalisation sera à la charge de la Ville et le choix des lieux se fera finalement d’un commun accord, avec l’eau de la Dhuys pour alimenter ces fontaines.

130e anniversaire des fontaines Wallace. Timbre poste 2001

Fontaine Wallace, timbre poste sorti en 2001

La création et la mise en place des fontaines

La première fontaine est inaugurée en août 1872, sur la place du Combat, boulevard de la Villette.

Haute de 2,71 m pour un poids en fonte de 610 kg, la fontaine est composée de 80 pièces assemblées dans les ateliers. Les croquis ont été dessinés par les soins du bienfaiteur, en s’inspirant de la fontaine des Innocents, dans le quartier des Halles. S’y ajoutent deux gobelets en étain retenus par des chaînettes, gobelets qui seront finalement supprimés en 1952 par mesure d’hygiène.

Du point de vue esthétique, l‘originalité de cet édifice inspire les parisiens au point de lui donner comme surnom populaire : « la brasserie des quatre femmes ». Ces quatre cariatides représentent quatre vertus : simplicité, bonté, charité et… sobriété. Elles rappellent aussi les quatre saisons, pour souligner la mise à disposition d’une eau potable disponible à tout moment de l’année.

Fontaine Wallace

La fontaine Wallace rue Belgrand, avant d’être peinte en rouge

Une couleur unique est imposée, comme tout le mobilier urbain depuis Napoléon III : il s’agit d’un vert profond destiné à s’insérer dans le paysage, la couleur de la nature dans la ville. Le temps a passé et actuellement quelques fontaines parisiennes ont changé de couleur. Celle de la rue Belgrand tout près de la mairie, est peinte en rouge depuis novembre 2019, tout comme antérieurement celle de l’avenue d’Ivry dans le 13e arrondissement.

Richard Wallace au Père Lachaise

Le 23 juillet 1890, jour de son enterrement au Père Lachaise, le journal La Souveraineté Nationale décrivait ainsi cette personnalité discrète qu’était Richard Wallace : « il comprit (et c’est à son honneur) que ceux que la fortune favorise doivent en restituer aux victimes du hasard inégal ».

 sépultures les plus imposantes au Père Lachaise

Angle de la sépulture de la famille Hertford-Wallace,PG

Son enterrement a eu lieu avec une certaine simplicité, à la suite de sa demande répétée de son vivant. Sa volonté a ainsi été respectée et un corbillard de troisième classe suivi de six voitures de deuil sont partis depuis sa propriété, le château de Bagatelle, jusqu’au cimetière du Père Lachaise. Il est inhumé dans sa sépulture de famille à l’entrée sommairement murée.

Richard Wallace au Père Lachaise

Entrée de la sépulture familiale Wallace,PG

L’Ukraine, la Russie et le Père Lachaise

L’Ukraine est un État indépendant qui a fait partie des membres fondateurs de l’ONU en 1945. Dans son histoire, elle a vécu plusieurs conflits militaires avec la Russie. La France aussi.

À travers le Père Lachaise, nous pouvons en retracer quelques liens, y compris celui des russes et de l’URSS comme alliés lors de la seconde guerre mondiale. En voici la chronologie.

Le tsar envahit Paris

Déjà en 1814, la France napoléonienne est attaquée par la Russie avec la majeure partie des forces européennes coalisées. Une guerre qui se terminera par  la bataille de Paris  : le 31 mars, le tsar Alexandre 1erentre pour la première fois dans la capitale à la tête de huit troupes alliées.

Cette guerre atteindra le haut de la colline de Charonne. Les élèves des écoles militaires de Polytechnique et d’Alfort (école vétérinaire) se retranchent dans le cimetière du Père Lachaise et perdront cette bataille. Plus globalement, cette guerre aboutira quelques jours plus tard à l’abdication de Napoléon.

Balzac a vécu deux ans en Ukraine

Au Père Lachaise, la tombe d’Honoré de Balzac fait partie de celles qui sont les plus visitées du cimetière. Balzac a passé deux ans de sa vie en Ukraine, au village de Verkhivnia. Il a rejoint la noble polono-ukrainienne Eve Hanska et tous deux finiront par se marier dans ce pays.

L’empire français et la Crimée

Quarante ans après son oncle conquérant, Napoléon III se retrouve avec le même ennemi russe, mais cette fois-ci en Crimée et seulement en soutien. En 1853, la guerre de Crimée est déclarée contre l’empire russe et sa volonté d’expansion territoriale, avec les anglais venus  aussi protéger l’empire ottoman contre l’envahisseur.

 

La guerre de Crimée en 1853

La Crimée au 19e siècle

Cette même année à Paris, à la faveur de ce soutien français, l’ambassade ottomane négocie l’ouverture d’un carré musulman au sein du Père Lachaise. Le conseil municipal du 17 juin 1853 en autorise sa création qui sera validée trois ans plus tard par un arrêté du préfet de la Seine Haussmann « pour l’inhumation des personnes décédées à Paris professant la religion mahométane ».

 

enclos musulman au Père Lachaise

L’enclos musulman et sa mosquée à la fin du 19ème siècle -bnf

Deux communards liés à la Russie

Puis en 1871 arrive la Commune de Paris dont nous avons commémorée le 150ème anniversaire l’an dernier. Et pour mémoire, une célèbre militante féministe russe, Élisabeth Dmitrieff, était venue ici y participer activement. Cette révolutionnaire s’ était engageé auprès des communards et, avec Nathalie Lemel, avait fondé l’Union des femmes pour la Défense de Paris et les soins à donner aux blessés.

Au Père Lachaise, un autre acteur de la Commune : Adrien Lejeune. Né à Bagnolet, il a brandi à Belleville le drapeau rouge et a été par la suite considéré comme le dernier d’entre eux à avoir vécu aussi longtemps après la Commune. Il finira sa vie en URSS, depuis son arrivée en 1928 jusqu’à  sa mort en 1942. Il était alors agé de 94 ans.

À Moscou, un monument à la gloire d’Adrien Lejeune a été érigéautour du kremlin. Enfin, à l’occasion du centenaire de la Commune, le Parti communiste français fait rapatrier ses cendres au Père-Lachaise le 23 mai 1971.

Adrien Lejeune Père Lachaise

Adrien Lejeune dernier communard près du mur des fédérés-PG

Nestor Makhno, de l’Ukraine à Paris

Au columbarium, nous trouvons la case où se trouve l’urne de Nestor Makhno, célèbre communiste libertaire ukrainien qui a dû fuir son pays. Il est décédé en 1934 au pavillon des tuberculeux de l’hôpital Tenon. En 1918, Makhno rencontre Lénine à Moscou et s’allie avec les bolcheviques contre les armées blanches ukrainiennes.

Lui-même était parvenu à lever une armée de 50 000 hommes et, après leur victoire commune sur les russes blancs, l’armée rouge se retourne contre lui.  Makhno doit alors se résigner à fuir. Il finira par arriver à Paris en avril 1925, affaibli et pauvre en ayant travaillé un temps comme ouvrier chez Renault.

 

Les Combattants russes et soviétiques alliés à la Résistance Française

À l’occasion du 60ème anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale, un monument a été inauguré à l’entrée Gambetta du Père Lachaise le 3 mai 2005, en hommage aux soldats russes et soviétiques ayant combattu dans la Résistance française.

Voici un extrait de la déclaration ce jour-là de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants :

Enfin, comment oublier les 4 000 citoyens soviétiques, russes, mais aussi ukrainiens, géorgiens, arméniens, tadjiks ou azeris qui désertent la WEHRMACHT, dans laquelle ils avaient été enrôlés de force, pour rejoindre les rangs de la résistance française… Au total, 35 000 combattants russes ou issus des ex-républiques soviétiques ont lutté à nos côtés contre les Nazis. 6 000 d’entre eux sont tombés au combat.

 

Mémoriel russe au Père Lachaise

Monument aux combattants russes au Père Lachaise, entrée Gambetta-PG

Ce monument de maquisard en bronze a été réalisé à Moscou par le sculpteur Vladimir Sourovtsev.

Le camps de Rawa Ruska

Toujours au Père Lachaise et près du mur des fédérés, le 14 octobre 2016 a eu lieu l’inauguration de la stèle en hommage à « Ceux de Rawa-Ruska« . Il s’agit du camp de déportation en Ukraine tout près de la frontière polonaise. Le monument est dédié à la mémoire des résistants déportés français et belges en Ukraine.

Catherine Vieu-Charrier, adjointe à la Mairie de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde combattant, a pris la parole ce jour-là en y soulignant plus spécialement le lien de cet emplacement avec l’histoire de notre arrondissement :

Le choix de ce lieu et de cet emplacement n’est pas anodin : c’est même tout un symbole.

Un symbole d’abord, parce que nous nous trouvons dans le XXe arrondissement, et que l’un de ses anciens Maires ne fut autre que Raymond Bossus, déporté́ et rescapé de Rawa Ruska. À travers cette figure emblématique, Paris et le XXe arrondissement ont donc un lien très fort avec l’histoire du « camp de la goutte d’eau et de la mort lente », et portent en héritage le message de Résistance de ceux qui y furent déportés et qui, malgré́ la faim, la soif, et l’emprisonnement, ont continué de lutter contre la barbarie.

 

Rawa Ruska. près du mur des fédérés

Rawa Ruska, le monument au Père Lachaise en avril 2022-PG

De ces événements passés dont il nous reste la trace… nous pensons surtout aujourd’hui à l’histoire immédiate :  ce que vivent chaque jour actuellement les ukrainiens dans cette guerre qu’ils subissent.