La ferme urbaine de Charonne
par Philippe Dubuc de l’AHAV

Une ferme dans le 20e
Une ferme urbaine a été construite, le long de la rue de Stendhal au-dessus des réservoirs d’eau non potable de Charonne, propriété de la ville de Paris, exploités par Eau de Paris.
Cette ferme, chantier d’insertion, gérée par l’association Le Paysan Urbain cultive sous serre des micro-pousses agro-écologiques qui sont distribuées et vendues auprès des particuliers, des circuits courts et des restaurants.
L’association bénéficie aussi du concours financier de Fondations. Elle offre aussi à un large public des actions pédagogiques de sensibilisation concernant la bio diversité.
J’ai rencontré M. Michel Bruneau, Responsable de la qualité, des RH et des relations clients.

– Quel est votre parcours professionnel ?
– Après une carrière dans la grande distribution, j’ai travaillé dans la communication caritative et dans l’économie sociale et solidaire.
– Que comprend le projet ?
– La superficie du terrain est de 6 500 m2. La serre comprend 3 chapelles pour une surface totale de 660 m2 ainsi que 2 bâtiments en bois destinés à la germination des micro-pousses, au compost mais aussi au lavage, séchage et conditionnement des micro pousses. S’ajoute des bungalows en cours de végétalisation destinés à offrir un lieu de vie aux salarié.es et des bureaux.

– Quels sont les objectifs principaux du projet ?
– Nous voulons reconnecter le citoyen vivant en milieu urbain à la nature et le sensibiliser à la transition alimentaire par la consommation de produits locaux et sains. Les micros pousses, entrent dans cette définition, en offrant 18 variétés de micro pousses, riches en nutriments et à consommer toute l’année. Nous avons aussi une mission d’insertion et de pédagogie.
– Comment êtes-vous organisés ?
– Nous sommes une association Loi 1901, d’intérêt général, « le Paysan Urbain » créée en 2015 par Mr Benoît Liotard. Deux sites sont en fonctionnement, l’un à Paris et l’autre à Marseille. La ferme urbaine de Charonne fonctionne depuis avril 2020, auparavant nous étions à Romainville (93) avec quatre permanents et 12 salarié.es en insertion ainsi que des bénévoles réguliers qui viennent nous donner un coup de main.
– Qui sont ces salariés en insertion ?
– Pôle emploi nous demandent d’employer dans notre chantier d’insertion en priorité, des femmes, seniors et migrants. Notre mission est de remobiliser ces personnes en situation de fragilité, éloignées du monde de l’emploi. La culture de micro pousses, très fragiles, amène à retrouver confiance en soi et à se remettre en mouvement vers la recherche d’un emploi ou d’une formation. Nos 12 salarié.es ont un contrat hebdomadaire de 26 heures sur 4 jours. Elles restent avec nous en général 1 an avec un maximum de deux ans et sont accompagnées par notre conseillère d’insertion professionnelle (CIP) afin de travailler leur projet professionnel.
– Comment a été financé le projet ?
– Par des aides provenant principalement de fondations et d’institutions.
– La vente de vos produits vous permet-elle d’être autosuffisant financièrement ?
– Nous sommes en premier lieu un chantier d’insertion qui permet par la culture de micro pousses d’offrir un parcours d’insertion à nos salarié.es. Les soutiens financiers sont donc nécessaires pour le bon équilibre du modèle.
– Comment fonctionne votre activité pédagogique ?
– Principalement avec les écoles du quartier ; des classes de primaire viennent plusieurs heures une fois par semaine. Notre volonté, avec l’aide du corps enseignant et de nos services, est de leur faire découvrir la nature, leur faire toucher la terre, planter des graines et de montrer qu’il est possible de mieux manger en consommant des légumes. Nous voulons aussi leur apprendre qu’il est facile de cuisiner de bonnes choses simplement et à moindre prix.
– Comment voulez-vous créer un lien avec les habitants du quartier ?
– Tous les samedis le site est ouvert de 11 à 17h pour une visite commentée par nos salarié.es. Des ateliers pédagogiques sont aussi organisés, aux beaux jours, ils s’adressent en priorité aux enfants. Par contre les bénévoles sont les bienvenus en semaine dès 9h. Nous vendons aussi nos micros pousses et notre compost du lundi au samedi et proposerons dès le printemps prochain une « bourse aux plants ».
– Quels sont vos projets futurs ?
– Compte tenu que nous sommes sur un réservoir, ce qui limite la charge admissible à 150 kg par m2 et que notre convention avec Eaux de Paris est stricte, nous ne pouvons pas avoir de grandes manifestions. Par contre, les visites, les ateliers et le bénévolat sont amenés à mieux s’organiser tout au long de l’année.
Nous souhaitons aussi permettre à plus de salarié.es en parcours d’insertion de rejoindre notre projet, de proposer des fleurs comestibles… cela dépendra aussi de l’amélioration de la situation sanitaire.

Décembre 2020
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