La Semaine sanglante dans le 20ème arrondissement
par Philippe Dubuc de l’AHAV

Un peu d’histoire
La défaite française lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et le siège de Paris avaient entrainé un profond traumatisme dans le peuple parisien. L’Assemblée nationale était en grande partie monarchiste, quand la majorité du peuple parisien était républicain. Quand le gouvernement décide de désarmer les Parisiens et d’enlever les 227 canons entreposés à Belleville et à Montmartre, la révolte d’une partie du peuple de Paris éclate.
L’insurrection a duré environ deux mois, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante », soit du 21 au 28 mai 1871, qui a vu l’écrasement des fédérés par les troupes de Versaillais.
Des réformes importantes ont été votées en quelques semaines, par exemple la reconnaissance de l’union libre, la liberté de la presse et la rupture du concordat de 1802. Aucune ne sera mise en application après la fin de la Commune.
La situation dans l’est parisien
À Paris, la mixité sociale avait disparu avec les grands travaux entrepris par Haussmann. Les Parisiens les plus aisés habitaient les quartiers de l’ouest et du centre. Les classes populaires vivaient dans l’est parisien.
Selon le recensement de 1866, les ouvriers et les artisans étaient plus de 500 000 sur 1,8 million d’habitants, on comptait aussi beaucoup de petits commerçants pauvres. Ils fournirent le gros des troupes des fédérés.
Les derniers jours de combat, les plus sanglants, se sont déroulés en grande partie dans le 20ème arrondissement. Le dernier îlot à résister fut un « quadrilatère » situé entre le canal Saint-Martin, le boulevard Richard-Lenoir, la rue du Faubourg Saint-Antoine, la place du Trône et la porte de Vincennes.

La Semaine sanglante
L’assaut des troupes versaillaises a commencé le dimanche 21 mai 1871 après un bombardement intensif ; ce jour-là elles occupent les fortifications de l’ouest parisien.
Le lundi 22 mai, l’attaque se poursuit au matin et les Versaillais conquièrent rapidement les 15ème et 16ème arrondissements sans rencontrer beaucoup de résistance, et de nombreux Parisiens des beaux quartiers, hostiles à la Commune, laissent éclater leur joie. À la suite de la proclamation par le Délégué à la Guerre de l’assaut des Versaillais, de nombreux combattants de la Commune se replient alors dans leur quartier pour le défendre, et aucune stratégie de défense n’a été organisée. Des barricades, sans plan d’ensemble, sont édifiées dans le centre et l’est parisien. En fin de journée, les Versaillais occupent l’Élysée, la gare Saint-Lazare et l’École militaire, où étaient stationnés des canons de la Commune.
Le mardi 23 mai, les Versaillais occurent le centre de Paris et procédent à des exécutions massives. Des fédérés mettent alors le feu à de nombreux monuments parisiens. Des barricades sont élevées dans les 19ème et 20ème arrondissements et des batteries installées sur les Buttes-Chaumont et au Père-Lachaise.
Le 24 mai les fédérés évacuent et incendient l’Hôtel de ville, la Préfecture de police et le Palais de justice. Le quartier latin, attaqué par les Versaillais, est occupé le soir et ses défenseurs exécutés rue Saint-Jacques. Le soir, les fédérés ne tenaient plus que les 9ème, 12ème, 19ème et 20ème arrondissements et quelques îlots dans le centre de Paris.
Le 25 mai, les communards abandonnent le 10ème arrondissement et se replient dans l’est parisien.
Les derniers combats dans le 20ème
Le vendredi 26 mai, l’est parisien résistait encore, et Ranvier, le maire du 20ème arrondissement, lance un appel aux armes depuis la mairie. Dès le lever du jour, les Versaillais attaquent à la Bastille et à la Villette. Les fédérés résistent plusieurs heures et beaucoup sont tués sur les barricades. Les derniers îlots qui résistaient dans le centre de Paris sont pris, dans la journée, par les Versaillais. Dans la soirée le faubourg Saint-Antoine tombe à son tour. Belleville se couvre alors de barricades et, pendant la nuit, les artilleurs versaillais tirent à boulets rouges sur Belleville pour tenter de l’incendier, et un grand nombre de maisons sont détruites.
Le samedi 27 mai, les troupes du général Ladmiraut canonnent les Buttes-Chaumont et s’en s’emparent, puis, se dirigèrent vers les barricades de la rue Puebla, prises dans la matinée, et ensuite vers la rue Meynadier et la rue de Crimée, ainsi que vers les hauts de Belleville. Dans l’après-midi, une offensive est lancée au Père-Lachaise où 200 combattants fédérés s’étaient retranchés. Les fédérés combattent à l’arme blanche entre les tombes car ils manquaient de munition. Les Versaillais, dirigés par le maréchal Mac Mahon, deviennent maîtres du lieu vers la fin de l’après-midi. La victoire acquise, les Versaillais fusillent contre un mur appelé, depuis lors, « mur des fédérés », 147 combattants, jetés ensuite dans une fosse commune avec les autres morts au combat. Les combats se sont poursuivis toute la nuit à Belleville, et les blessés affluent dans la mairie du 20ème où il n’y avait plus de médicaments, ni de couvertures.
Le dimanche 28 main le dernier jour des combats se poursuit toute la matinée dans Belleville. En début d’après-midi, les Versaillais prennent la dernière barricade des fédérés, dont l’emplacement reste incertain, et marque la fin de la Commune de Paris.
Les massacres de la « Semaine sanglante »
Cette semaine est appelée « Semaine sanglante », plus par les massacres commis que par les tués au combat.
Les Versaillais ont fusillé des milliers de combattants prisonniers, y compris des femmes et des enfants. Il suffisait d’avoir de la poudre sur les mains pour être immédiatement exécuté. Les Versaillais ne font pas de prisonnier, et aucun blessé à terre n’obtenait grâce.
Les fédérés ont eux aussi commis des atrocités, même si le nombre de morts que l’on peut leur attribuer est beaucoup plus faible que celui des tués par les Versaillais. En particulier le 26 mai, 50 otages, dont 10 ecclésiastiques, ont été transférés de la prison de la Roquette puis fusillés par les fédérés au 85 de la rue Haxo.
Le nombre exact de morts au cours de la semaine sanglante est inconnu, des estimations réalistes parlent d’environ 20 000 morts.
Les lieux de mémoire dans le 20ème
À l’emplacement de la mort des otages de la rue Haxo, les jésuites ont élevé en 1894 une petite chapelle dédiée au Sacré Coeur. Mais ce quartier s’est rapidement urbanisé, et la chapelle, devenue trop petite, a été remplacée par une église plus vaste, l’église des otages, construite entre 1936 et 1938 par l’architecte Julien Barbier (1869-1939), qui a choisi un style néo roman assez dépouillé. L’édifice est en béton armé recouvert par de la pierre de taille et des moellons.
Dans la cour, à l’arrière de l’édifice, se trouve le monument commémoratif en hommage aux fusillés de 1871. On y voit aussi un pan de mur devant lequel se sont tenus les condamnés.
Du côté de la Commune, le principal lieu de commémoration des fédérés reste le « mur des fédérés » situé dans le cimetière du Père-Lachaise. Le mur des fédérés n’a pris ce nom qu’une quinzaine d’années après les évènements, et la plaque commémorative, indiquant l’endroit où les fédérés furent fusillés, a été posée en 1908.
En face du mur, vous pouvez voir la tombe de Jean-Baptiste Clément, élu du 18ème arrondissement pendant la Commune de Paris et auteur de la célèbre chanson le Temps des Cerises.
Le premier mai de chaque année, les organisations de gauche, syndicats et partis politiques ainsi que les francs-maçons, se réunissent pour commémorer la mémoire des morts de la Commune.
Une pétition circule pour qu’une station de métro dans l’est parisien soit appelée « Commune de Paris, 1871 ».

Octobre 2019
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