La sculptrice Lisbeth Delisle s’est éteinte le 28 aout dernier. Elle avait 91 ans.
C’est en 2003 que la statue de la chanteuse a été installée place Édith Piaf et dévoilée par le maire de Paris en fonction à l’époque, Bertrand Delanoë.
Lisbeth Delisle racontait parfois, avec une pointe d’amertume dans la gorge, l’aventure de sa création :
C’est René Coutelle, qui était établi rue de la Mare, qui avait été d’abord approché par la Mairie du 20e. Âgé, fatigué, il n’avait pas le cœur à se lancer dans ce projet. Comme il était pour moi une sorte de mentor et que j’avais mon atelier près du sien, il a proposé que je prenne en charge cette commande.
C’était un vendredi de mai et le maire[1] souhaitait trois esquisses pour le lundi suivant. Le choix du modèle a été fait rapidement. La date d’inauguration était déjà fixée au 11 octobre et le fondeur voulait le premier modèle en plâtre pour le 1er juillet !
On était en pleine canicule, il faisait une chaleur épouvantable. Dans l’atelier de la fonderie d’art Clementi, à Meudon, la première épreuve en cire, sur laquelle Lisbeth devait faire les retouches, avait tendance à s’incurver… Mais finalement, tout a été terminé dans les temps.
Quand la statue a été dévoilée, il y a bien eu quelques divergences d’appréciation, comme pour toute création originale. Souvenons-nous de la polémique sur le Balzac de Rodin à la fin du 19è siècle, qui ne fut coulé dans le bronze qu’en 1931. Le critique et écrivain Jean-Louis Fournier avait, lui, réglé leur compte aux rieurs :
Édith Piaf n’était pas belle, elle était bouleversante. Cette statue est juste et lui rend justice […] De toute façon, un jour, cette statue étrange va vous apprivoiser et vous allez l’aimer.

Lisbeth Delisle 2025 – dessin de Louis de Suremain
C’est pourtant vrai, comme le dit la sagesse populaire : aujourd’hui elle a pris toute sa place et est devenue l’un des monuments les plus originaux de notre arrondissement.
Pour évoquer l’œuvre de Lisbeth Delisle, laissons la parole à l’un de ses amis proches, le grand expert-gemmologue Louis de Suremain :
Je rentre dans son histoire, trois plans, des ombres qui changent, un seuil avec un personnage qui n’est jamais le même, une cour d’où s’élance un arbre, une toiture bourdonnante, haute, ombragée. […] Là, c’est une femme qui court, elle a les bras tendus vers le soleil, sa jupe est soulevée par le vent ?!? Je tourne encore autour, ses pieds sont campés, je me suis trompé, maintenant je vois, elle va recevoir un ballon. Le vent agite son écharpe.
Ou encore ces mots de Gilbert Clementi :
Elle jouait avec la lumière, les ombres portées, elle nous invitait à découvrir un autre espace. Elle refusait l’imagerie considérée comme la vérité.
Déjà très malade, Lisbeth Delisle avait fait une dramatique chute dans l’escalier de sa maison il y a quelques mois et ne s’en était jamais remise. À sa famille, à ses proches, nous adressons nos condoléances émues.
Un peu d’Édith Piaf s’en est allé





















