Affiche du 1er Printemps des Libertés - ACB - avril 2024



Square Idir et Printemps des libertés



À travers trois articles récents parus dans nos actualités, nous avions fait la découverte de l’insertion réussie des kabyles dans le 20e.

Ces prochains jours auront lieu une série de manifestations soutenues activement par la mairie du 20e, le pavillon Carré de Baudouin, et par ailleurs l’espace Saint-Michel dans le 5e arrondissement. Il s’agit de la première édition du Printemps des libertés.

Symbole Amazigh sur le drapeau berbère

Le symbole des libertés sur le drapeau berbère, par Mysid – Wikipédia

Ce symbole (ⵣ) qui a évolué dans le temps, représenterait un maillon de chaîne brisé, l’image de l’être humain libéré de toutes ses chaînes.

L’association de culture berbère (ACB) organise cette série d’évènements du 16 avril au 11 mai en partenariat avec de nombreuses structures, associations, commerces, maisons d’édition, et de personnalités diverses. Films, conférences, rencontres littéraires, témoignages et débats, expositions auront lieu dans plusieurs lieux du 20e.

En ce qui nous concerne, deux temps forts sont plus spécialement à souligner :

 

Idir a son square en 2024

Affiche inauguration square Idir – ACB

 

  • Le samedi 20 avril 2024 à 11h aura lieu l’inauguration du Square Idir, rue de Ménilmontant, le square attenant à l’église Notre-Dame de la Croix. Elle sera présidée par un/une représentant de la Ville de Paris et par Éric Pliez, Maire du 20e, en présence Tanina Cheriet, la fille d’Idir, de Tarik Aït Hamou, son fidèle guitariste, des présidents de l’ACB et de l’Association d’At-Yenni, le village de ce grand chanteur devenu en France « l’ambassadeur » de la chanson kabyle.
Inauguration du Square Idir

Plaque du square Idir avant sa mise en place-PG

  • Le dimanche 21 avril à 16h30, au siège de L’ACB, 37 bis rue des Maronites, 75020 Paris, l’AHAV participe à l’événement avec une conférence « Du Paris kabyle aux Kabyles de Paris » assurée par Frédérique Gaudin, notre secrétaire générale.

 

En résumé, l’histoire des Kabyles à Paris commence par deux événements historiques qui finiront par converger : la Commune de Paris et les Révoltés kabyles de 1871. Les rescapés du pavé parisien et ceux de la montagne kabyle échoueront en Nouvelle Calédonie. Le 22 août 1895, Azziz El Haddad, une des figures emblématiques de la révolte kabyle, meurt au 45 boulevard de Ménilmontant, chez son ami et compagnon de déportation, le communard Eugène Mourot.

L’histoire se poursuit tout au long du XXème siècle. Quartier par quartier, décennie après décennie, les Kabyles marqueront de leur empreinte la ville, son histoire, son économie, sa démographie et bien sûr sa culture. Notamment du côté du 20e arrondissement. C’est là que se retrouve « le populo », la solidarité des établis et la fraternité des zincs, la tectonique des rencontres et des amours, là que les bistrots kabyles et autres garnis ouvrent et que se fixera une vie associative et culturelle forte. C’est là enfin où aujourd’hui, tel une figure tutélaire, veille l’esprit d’Idir, inhumé au cimetière du Père Lachaise.

 

Les entrées sont libres et gratuites, avec toutefois une réservation demandée pour les projections.

Programme détaillé : https://www.acbparis.org/le-printemps-des-libertes/

 

 

 

Affiche du 1er Printemps des Libertés - ACB - avril 2024

Affiche du Printemps des Libertés – ACB

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Et pour en savoir encore plus :

Immigration kabyle en France, entre contraintes et engagements, par Mustapha Harzoune,  auteur et journaliste

https://scholarship.claremont.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1014&context=jas

L’Ami du 20e fête ses 70 ans - novembre 2015




L’AMI passe le cap des 800 numéros

 

Notre journal local l’AMI du 20e a fini son année 2023 avec la publication de son numéro 800. Au point d’en avoir fait sa « une ». Ce mensuel vendu en kiosque dans notre arrondissement est le plus ancien journal local de la région parisienne. Créé avant 1939, il a survécu à la guerre puis à la « boboïsation » de nos quartiers.

 

Une du numéro 1 de l'AMI de Ménilmontant, novembre 1945

Numéro 1 de l’AMI de Ménilmontant, novembre 1945 – PG

 

À l’origine, un bulletin devenu journal

Avant la deuxième guerre mondiale, la paroisse de Notre Dame de la Croix de Ménilmontant publiait son bulletin sous le titre de l’Ami de Ménilmontant, bulletin qui va se saborder en juin 1940 après avoir publié 107 numéros. Il reparaît en novembre 1945, une nouvelle aventure animée par l’abbé Meuillet et un militant chrétien, Jean Simon.

Le changement est marqué sous forme d’un numéro 1, et il devient à la fois un journal chrétien comme l’indique le sous-titre « Courrier de la Chrétienté Paroissiale », journal militant et journal d’informations locales :

 

  • Un journal chrétien

Comme l’exprime l’éditorial du numéro 1 écrit après-guerre par l’abbé Meuillet, il s’agit d’abord d’un journal chrétien :

Dans le quartier, chaque jour ou presque un enterrement […….]. L’administration dira du disparu : « il est décédé ». Le concierge dira autour d’elle, rondement : « il est mort », le voyou gouailleur : « crevé », l’église elle dira : « le défunt »[…….] Pour nous chrétiens, la mort n’est pas le trou noir sans espérance. Ce n’est pas le néant. C’est la porte mystérieuse qui donne sur la vie éternelle.

 

  • Un journal militant

L’Ami de Ménilmontant s’engage aussi dans les actions locales. Le 20e est un quartier très populaire où les taudis sont nombreux après-guerre, les personnes âgées livrées à elles-mêmes et le logement précaire. Le journal informe et lance des actions de solidarité pour récolter charbon, nourriture, vêtements. Il aborde les problèmes de santé, de travail. Il enquête sur les maladies infantiles dans le 20e. On trouve également dans le journal une rubrique dédiée aux personnes en grande difficulté à aider dans le 20e. De nombreux jeunes travailleurs chrétiens bénévoles, souvent membres de la CFTC, vont participer à ces actions solidaires.

 

  • Un journal d’informations locales

Le journal s’ouvre aux actualités du quartier pouvant intéresser les habitants.

Et puis en mai 1947, la paroisse de Charonne rejoint l’équipe et le journal devient « L’Ami de Ménilmontant et de Charonne », avec comme sous-titre « courrier de la chrétienté du 20e ».

Jean Simon et Jean Vanballinghem, fondateurs de l'AMI en 1945

Jean Simon et Jean Vanballinghem, parmi les fondateurs de l’AMI en 1945 – PG

 

Dernier changement de titre : L’AMI du 20e

L’année suivante, l’administration du journal déménage et toutes les paroisses de l’arrondissement rejoignent le journal. Le titre change et devient en 1948 « l’Ami du 20e » avec comme sous-titre « Journal chrétien d’information locale ».
Ce titre ne changera plus, mais son sous-titre est aujourd’hui devenu « Journal d’informations locales, culturelles et chrétiennes ».

Outre les informations locales et paroissiales, le journal continue des actions de solidarité comme les « brouettes de l’Ami » pour récolter et distribuer aux personnes âgées dans le besoin des vêtements, du charbon et des biens alimentaires.

Son action sociale menée par de jeunes chrétiens bénévoles durera près de 10 ans; par exemple, en mars 1955, il promeut une campagne pour aider les enfants à partir en vacances. L’action religieuse reste aussi très présente, par exemple, en novembre 1960, le journal lance une souscription pour financer le voyage de malades à Lourdes.

 

La crise financière de l’AMI en 1990

Progressivement, le quartier s’embourgeoise et les actions sociales mobilisent beaucoup moins les lecteurs, au point que celles-ci seront progressivement réduites : les lecteurs ont tendance à s’intéresser davantage aux problèmes de propreté et de sécurité, moins à l’aide aux plus démunis.

Le journal lui-même entre dans de grandes difficultés financières en 1990, et doit en conséquence réduire le nombre de pages. En réponse à ces difficultés, une souscription est lancée en septembre 1991 et permettra de réunir les fonds nécessaires à la survie et à la relance du journal.

Une du numéro 800 de l'Ami du 20e

Une du numéro 800 de l’Ami du 20e-PHD

 

L’AMI du 20e d’aujourd’hui

Issu d’un bulletin paroissial et du mouvement ouvrier chrétien, le journal conserve une relation forte avec les paroisses du 20e et trois pages restent consacrées à la vie religieuse.
Le journal informe de tous les grands et petits évènements du quartier, en particulier ceux concernant les travaux d’aménagement et de transport. Il dispose de représentants dans les conseils de quartier dont il relate régulièrement l’activité. Plusieurs pages sont dédiées à la vie culturelle. Quant à la page « histoire », elle est rédigée par un membre de l’AHAV et expose chaque mois un sujet lié au 20e : il peut s’agir d’un lieu, un évènement ou une personne.

 

L’an prochain l’Ami fêtera ses 80 ans. Souhaitons-lui longue vie !

Affiche de la conférence du 18 avril 2024 sur le logement social dans le 20e



Les débuts du logement social dans le 20e

 

Paris comptait environ 270 000 logements sociaux au premier janvier 2023, ce qui représente 25% des résidences principales à Paris et 41% dans le 20e.
Ces chiffres très importants pourraient nous faire oublier que tout cela a commencé très petitement, au début du 20e siècle, principalement grâce à l’action de quelques philanthropes voulant lutter contre la misère de la population ouvrière au 19ème siècle.

Cette conférence a pour thème l’histoire des débuts du logement social à Paris, et principalement dans le 20e arrondissement.
Elle est présentée par Philippe Dubuc, vice-président de l’AHAV.

 

Elle a lieu :

📅 Jeudi 18 avril 2024
🕒 À 18h30 précises
📍 À la Mairie du 20e arrondissement, salle du Conseil

  Entrée libre dans la limite des places disponibles

Plaque de Jean Moulin sur sa case au Père Lachaise

Il y a 80 ans, très exactement le 22 mars 1944, Pierre Brossolette se suicide. Il refuse de parler sous la torture de la Gestapo et saute par la fenêtre de l’immeuble de l’avenue Foch. L’année précédente avec Jean Moulin, il avait  participé à la constitution du Conseil National de la Résistance. Les cendres de chacun ont été transférées au Panthéon : tout d’abord celles de Jean Moulin le 19 décembre 1964, puis bien plus tard celles de Pierre Brossolette le 27 mai 2015.

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 25 juillet 2023, anniversaire de la naissance du CNR quatre-vingts ans plus tôt.

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80 ans du CNR liés au Père Lachaise

Jean Moulin et Pierre Brossolette

Il y a 80 ans, Jean Moulin chef de la Résistance décédait alors qu’il venait à peine de créer le Conseil National de la Résistance. Il est mort le 8 juillet 1943 en gare de Metz sur le chemin de la déportation.

Ses cendres ont reposé pendant plus de 20 ans au columbarium du Père-Lachaise. Plus tard, la Ville de Paris décidera d’apposer sur sa case une plaque mémorielle : son passage ici reste ainsi gravé depuis 2019, alors que le transfert de ses cendres a eu lieu au Panthéon en 1964. Après lui, plusieurs personnalités liées au Conseil National de la Résistance le suivront dans ce même cimetière.

Début 1943, le besoin d’un Conseil National de Résistance

Il faut nous rappeler qu’en 1942, il existe huit mouvements de Résistance intérieure. Trois d’entre eux éditent un journal clandestin :

  • « Combat » dont le sous-titre du journal est « Organe du mouvement de la Résistance française » fondé par Henri Frenay.
  • « Libération-Sud » créée par Emmanuel d’Astier de la Vigerie qui recrute le plus souvent ses membres dans les milieux syndicaux (CGT) et socialistes. Lucie et Raymond Aubrac en ont fait partie. Leur journal : « Libération ».
  • « Franc-Tireur », avec Jean-Pierre Lévy

Jean Moulin estime essentiel de réaliser l’union de la Résistance, afin d’apporter au chef de la France libre un concours déterminant. Dès le 27 janvier 1943, tous signent l’acte officiel de naissance des « Mouvements unis de Résistance » (MUR).

Il soumet alors un projet au général de Gaulle dont les objectifs sont multiples. La création du CNR permettra dans un premier temps d’unifier et de coordonner toutes les forces et les tendances politiques de la Résistance au sein d’un seul et même organisme. Mais l’objectif est aussi géopolitique soulignant aux Alliés que le Général De Gaulle est le véritable chef de la Résistance.

Cela dit, les avis divergent en interne sur la nouvelle République à mettre en place pour l’après-guerre. C’est dans cette atmosphère disparate et souvent divergente que Jean Moulin convoque la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) le 27 mai 1943.

Salle de réunion du premier CNR, 48 rue du Four à Paris,

La table de l’appartement où s’est déroulée la 1re réunion du CNR, le 27 mai 1943, à Paris.
© Photographie Famille Corbin, droits réservés

Cette réunion regroupe 17 personnes au total avec Jean Moulin. Toutes les composantes de la Résistance sont ainsi fédérées au sein de cet organisme qui apporte son soutien au général de Gaulle pour « préparer en pleine lucidité et en pleine indépendance la renaissance de la Patrie détruite, comme des libertés républicaines déchirées ».

 

Le Conseil National de la Résistance en 1943

Composition du CNR en 1943-Éducation Nationale

Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin et dernier résistant enterré au Père Lachaise nous rapporte son témoignage sur la préparation et la tenue de cette réunion.

Pierre Brossolette, l’autre Résistance

Bien que son mouvement soit représenté à la première réunion du CNR, un autre homme de la Résistance manque à l’appel : Pierre Brossolette, responsable de la Résistance dans la zone Nord.

De Gaulle a chargé Pierre Brossolette et ses compagnons d’une mission centrée notamment sur l’unification de la résistance armée. Cette mission est historique car elle réussit à unifier l’ensemble des mouvements de Résistance de la Zone occupée et elle prépare les réseaux en vue du Débarquement.

Quand Jean Moulin revient de Londres en mars 1943 pour créer le Conseil national de la Résistance (CNR), il est toujours peu reconnu par les mouvements de résistance, en particulier, par le responsable de la zone Nord, Pierre Brossolette, qui s’oppose à lui sur plusieurs sujets. En particulier, sur le fait que les partis politiques soient partie prenante du CNR. Brossolette défend plutôt l’idée de familles spirituelles. Il considère en effet qu’il est trop tôt pour fusionner des éléments qui s’ignorent encore, voire qui se défient. Il pense qu’une organisation unique des mouvements de résistance des deux zones apparait impossible.

À cette époque, la rivalité entre Jean Moulin et Pierre Brossolette devient évidente. Jean Moulin, alors responsable de la zone sud, reproche en plus explicitement à Pierre Brossolette d’avoir interféré auprès de De Gaulle pour l’empêcher de coordonner la Résistance avec la zone nord.

Pourtant, le succès du bilan laissé par Brossolette durant cette période a été salué par les témoins de l’époque. Le BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) dont il est le n°2 a réussi à séparer le renseignement des réseaux d’action et à effectuer un inventaire rigoureux des forces de la résistance en Zone Nord réellement disponibles. De plus, il a fait de Paris occupée la capitale de la Résistance.

Carte d’officier de la France Libre de Pierre Brossolette

Carte militaire de Pierre Brossolette (fausse identité)

Et lorsqu’avec ses avancées le CNR se réunit le 27 mai 1943, les deux hommes intègres persistent dans leur opposition sur l’orientation politique de la France.

Pierre Brossolette reste très critique vis-à-vis de la IIIème République, qu’il rend responsable de la défaite. Il souhaite, après la Libération, la naissance d’un grand parti de la Résistance au pouvoir, appelé à réaliser une politique de transformation sociale ambitieuse.

Pour sa part, Jean Moulin (à qui l’on a reproché de se laisser influencer par le parti communiste) défend aussi les valeurs républicaines mais dans le cadre de la démocratie d’avant-guerre.

Il reste que leurs destins vont se rejoindre. En mars 1944 , au moment de la mort de Brossolette et après celle de Jean Moulin, un programme commun est élaboré par le Conseil national de la Résistance.

Que reste-il du CNR ?

« Les jours heureux »,  ce titre est devenu très rapidement celui du programme ambitieux du CNR, un marqueur social durable dans notre société d’après-guerre.

Extrait du programme du CNR, affiche

Le texte complet du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 est consultable ici.

Et qu’en est-il aujourd’hui ? L’histoire serait évidemment longue à détailler mais par exemple depuis cette date et grâce à Ambroise Croizat (au Père Lachaise), nous avons pu voir naître la Sécurité Sociale (maladie/allocations familiales/retraite). Quant aux deux responsables de la Résistance liés au CNR, ils ont poursuivi le chemin de la reconnaissance de la Nation, en passant du Père-Lachaise au Panthéon.

D’une case « inconnu incinéré » du Père-Lachaise… au Panthéon

La mort de Jean Moulin est rendue publique le 19 octobre 1943, quand un membre de la Gestapo de Montpellier vient l’annoncer à Laure Moulin, la sœur de Jean.

La famille découvre au Père Lachaise une urne avec ce numéro et cette seule mention : « Inconnu incinéré, 09-07-43 ». Elle la fait déplacer dans le carré de la Résistance du cimetière avec une nouvelle inscription : « Cendres présumées de Jean Moulin ». En 1964, l’urne sera transférée au Panthéon, accompagnée des célèbres mots de Malraux : « Entre, ici, Jean Moulin. ».

Tout comme Jean Moulin, Pierre Brossolette a subi la torture. Le 3 février 1944, il doit rejoindre Londres. Sur la route d’Audierne, il est pris à la suite d’une dénonciation. Le 22 mars 1944, pendant la pause-déjeuner de son gardien, Brossolette se lève de sa chaise, menotté dans le dos, il ouvre la fenêtre de la chambre de bonne dans laquelle il est enfermé et se défenestre. Gravement blessé, il est transporté à l’hôpital de la Salpêtrière où il succombe à ses blessures vers 22 heures, sans avoir parlé. Il ne donne qu’un nom, le sien. Le 24 mars, il est crématisé au cimetière du Père-Lachaise.

Case anonyme au Pere Lachaise - cendres de Pierre Brossolette

Cases anonymes (3920 ou 3913) où ont été déposées les cendres de Pierre Brossolette mélangées à celles du Compagnon de la Libération François DELIMAL

Les cendres de Jean Moulin et de Pierre Brossolette se retrouvent au columbarium du Père Lachaise, les unes avec un doute quant à leur identification, les autres mêlées à celles d’un autre résistant, avant de prendre le chemin de la reconnaissance vers le Panthéon.

Enfin, Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin et grand témoin de son histoire, sera le dernier résistant à être inhumé au Père Lachaise.

Tombe de Daniel Cordier, Compagnon de la Libération - Secrétaire de Jean Moulin

Tombe de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, au Père-Lachaise le 25 mai 2023-PG

Visite guidée au Père Lachaise des monuments de la Guerre de 1870-1871

et des tombes des maréchaux du Ier Empire

En 2022, nous avions abordé  les maréchaux d’Empire et Paris par une conférence à la mairie du 20e.

Et puis, avec son spectacle  hors les murs intitulé « Boulevard Davout », le Théâtre national de la Colline nous a donné l’occasion de présenter le maréchal qui lui a donné son nom.

Et enfin en décembre de cette même année, nous devions terminer ce cycle au Père Lachaise avec une sortie principalement liée à la partie militaire du cimetière.

Une visite guidée prévue à l’origine pour le 4 décembre 2022. Elle a dû être reportée et vous est désormais proposée tout prochainement.

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Grégoire Vialaret, président du Souvenir Français (Comité du 20e), abordera dans un premier temps les monuments commémoratifs des combattants des guerres mondiales. Il nous fera ensuite découvrir ceux de la guerre de 1870/1871 et terminera la visite par les sépultures des grands maréchaux de l’Empire.

📅 Dimanche 7 avril 2024

🕙 À 10h00

Durée 90 mn

🪧 Le lieu de rendez-vous sera précisé par retour du courrier d’inscription

 

Cette visite gratuite sur inscription est réservée aux adhérent-e-s. Pour vous inscrire, cliquez ici.

Marie et Violette au Père Lachaise devant la sépulture de Zoé Alexandrine Cadiot -PG



Action matrimoniale au Père Lachaise

deux étudiantes au service d’une restauration

 

L’action se passe au Père-Lachaise. Coïncidence du calendrier, tout près de la journée de la femme, deux étudiantes de Sciences-po, Marie et Violette, se sont lancées bénévolement dans une opération de préservation du patrimoine au féminin.
Ce sympathique binôme vient plus précisément de s’engager en vue de restaurer le médaillon d’une femme sculpté sur sa stèle. La tombe se situe dans la 86ème division, celle où se trouve notamment Guillaume Apollinaire. Et il ne s’agit pas là de n’importe quelle tombe pour l’auteure célèbre de cette œuvre, puisqu’il s’agit du portrait de sa propre mère.

Recherches, rendez-vous, étude de faisabilité… elles en sont actuellement arrivées à la finalisation du projet : il reste la collecte, le financement destiné à sa restauration. Car l’œuvre sculptée vient de Claude Vignon, sculptrice renommée, écrivaine et féministe. Le montant à collecter pour la restauration s’élève à 4000 €, somme modeste.

Encourageons Violette et Marie dans leur action, faisons connaître ce projet autour de nous. Toute participation, même modeste, est un soutien au patrimoine… ou devrions-nous dire, au matrimoine.

Cimetière Père Lachaise sépulture Zoé Alexandrine Cadiot

Marie et Violette au Père Lachaise devant la sépulture de Zoé Alexandrine Cadiot -PG

La tombe de Zoé Alexandrine Cadiot

Tout ceci est donc une histoire de femmes.
Marie et Violette, toutes deux étudiantes à Sciences Po Paris, ont décidé de choisir la tombe de Zoé-Alexandrine Cadiot pour en restaurer le médaillon. Pas n’importe quel médaillon puisqu’il a été sculpté par sa fille Noémie, dite Claude : Claude Vignon, beaucoup plus connue que sa mère, et dont la tombe est située non loin de la sienne.

Où et qui est monsieur Cadiot ? Sur cette tombe, l’histoire ne le dit pas. Cependant, on trouve trace de nombreux ouvrages d’Histoire politique à la Bibliothèque Nationale https://data.bnf.fr/10428987/marcellin_cadiot/

Sa fille Marie-Noémie Cadiot, dite Claude Vignon (1828-1888), aura une vie haute en couleurs. Et décidera de sculpter ce médaillon de sa mère pour l’apposer sur sa tombe, en hommage à celle-ci. Sculpté en pierre, il a d’abord été exposé au Salon de 1868. La datation du monument est plus tardive et se situe entre 1877 (mort de Zoé-Alexandrine Cadiot) et 1886, soit deux années avant la mort de Claude Vignon elle-même.

 

Tombe de Zoé Alexandrine Cadiot au Père Lachaise

Tombe de Zoé Alexandrine Cadiot – PG

 

Cette initiative part du projet « Le Plus Grand Musée de France étudiant  » (PGMF), issu d’une coopération entre Sciences Po et la fondation de la Sauvegarde de l’Art Français.

Dans la même division que celle de Zoé-Alexandrine Cadiot, on trouve la tombe d’Hélène Bertrand de Beauvoir (1910-2001), peintre et sœur de Simone. Engagée dans la cause féministe, tout comme sa sœur auteure du Deuxième Sexe ; Hélène a créé un foyer pour femmes en Alsace. Élue présidente de SOS Femmes battues à Strasbourg, elle dénonce durant toute sa vie l’oppression des femmes, et notamment à travers ses tableaux.

La sculptrice Claude Vignon

Née le 12 décembre 1828 à Paris et morte le 10 avril 1888 à Villefranche-sur-Mer, Marie-Noémie Cadiot, qui deviendra Claude Vignon, a eu plusieurs vies. Elle sera à la fois sculptrice, critique d’art, journaliste, romancière et féministe française.

En 1843, à l’âge de 15 ans, elle quitte le pensionnat pour se lier à un diacre ayant quitté le séminaire avant d’être ordonné prêtre. Lui deviendra à la fois écrivain libre-penseur et artiste. En 1846, à 18 ans, elle vient vivre avec lui, au grand dam des parents. Échappant de peu à une accusation de détournement de mineure par le père de Noémie, ce défroqué est obligé d’épouser civilement la jeune fille, à la mairie du 10e arrondissement de Paris. Elle le quittera cependant une dizaine d’années plus tard pour le marquis Alexandre Sarrazin de Montferrier.

C’est à ce moment-là que Marie-Noémie Cadiot prend des leçons auprès du sculpteur James Pradier, également au Père Lachaise. Sa vie de sculptrice commence alors, et elle mène de front écriture et sculpture. Au Salon de 1852, elle expose une statue de Bacchus, aujourd’hui au Musée de Caen. Elle participe notamment aux travaux de la fontaine Saint-Michel de Paris – le bas-relief central -, à la décoration du Louvre et des Tuileries – dix bas-reliefs sont placés dans l’escalier qui mène à la Bibliothèque du Louvre. À l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, elle réalise les quatre figures du haut-relief du porche : la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance. Elle sculpte de nombreux bustes, dont une statue de Daphné exposée à l’Exposition Universelle de 1867.

Parallèlement, elle écrit dans Le Tintamarre et Le Moniteur du Soir des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de « Claude Vignon » (nom tiré du roman « Béatrix » de Balzac, également au Père Lachaise), pseudonyme qu’elle adopte officiellement en 1866. À partir de 1849, elle développe une activité de critique d’art pour le Journal des femmes.

Durant cette période, Claude Vignon fréquente le club des Femmes d’Eugénie Niboyet (1796-1883) née Eugénie Mouchon. Eugénie Niboyet est saint-simonienne, et côtoie la misère effrayante des faubourgs. Face aux inégalités sociales, Eugénie Niboyet invective : « Riches, ouvrez vos coffres-forts ! » ; écrivaine, elle est la première traductrice de Dickens en France ; pionnière du journalisme, elle fonde cinq journaux dont Le Conseiller des femmes, La Voix des femmes et le Journal pour toutes.

 

Carte postale de la tombe de Claude Vignon

Sépulture de Claude Vignon ornée de son autoportrait en buste (début du XXe siècle) – Wikipedia

C’est dans ce contexte à la fois politique, social, artistique et intime, dans ce XIXème siècle riche en luttes et combats sociaux, que s’inscrit la vie de Claude Vignon. Une époque où peu de femmes trouvent la reconnaissance de leurs œuvres. D’où plus localement pour nous, tout l’intérêt de la sculpture de ce médaillon sur la tombe de Zoé-Alexandrine Cadiot.

Aujourd’hui grâce à l’initiative de Marie et Violette, une souscription est ouverte pour restaurer cette œuvre à perdurer.

La restauration est estimée à 4000 euros. Sur place au Père Lachaise, Arnaud Schoonheere, chef de la cellule du patrimoine, a aidé à identifier cette sculpture et soutient pleinement le projet. La campagne de mécénat est donc lancée.

Merci à toutes et à tous de la contribution que vous pourrez apporter à une telle œuvre et à ce qu’elle représente :

https://www.sauvegardeartfrancais.fr/projets/la-sepulture-de-zoe-alexandrine-cadiot/

Pour contacter les porteuses du projet

marie.seigne@sciencespo.fr

violette.lafondgrellety@sciencespo.fr

 

 

Tombe de Claude Vignon au Père Lachaise avant 2006 - aujourd'hui

Tombe de Claude Vignon; À gauche, avant 2006-landrucimeteres.fr / à droite, aujourd’hui-PG

 

Buste de Claude Vignon volé en 2006 puis retrouvé

Buste de Claude Vignon au Père-Lachaise sur sa tombe jusqu’en 2006-www.landrucimetieres.fr
Sculpté par elle-même, il a été volé puis retrouvé et se trouve désormais à la Conservation.

 

Et cette page où vous verrez toutes les œuvres disparues, âmes sensibles s’abstenir !

https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article3114

Tombe de Claude Chappe - cliché Bertrand Mercier



L’histoire des Télécoms dans le 20arrondissement, visite guidée

Communiquer, envoyer des messages, … tout cela nous paraît bien naturel aujourd’hui. C’est dans le 20e arrondissement, fin XVIIIème siècle, que va voir le jour le premier réseau de télécommunications !

Notre parcours depuis le métro Télégraphe nous permettra d’évoquer ce passé glorieux mais aussi de comprendre que les lieux sont restés intimement liés au développement des communications et à leur histoire. Une visite différente !


📅 Samedi 23 mars 2024

🕙 À 10h00

Durée 2 heures

🪧 Le lieu de rendez-vous sera précisé par retour du courrier d’inscription

Nombre de places limité à 15 personnes


Cette visite guidée gratuite est proposée par Bertrand Mercier, guide conférencier et membre de l’AHAV. Elle est réservée aux adhérents et sur inscription.

Poste centrale du 20e et fresque d'Ossip Zadkine - clichés Bertrand Mercier

Poste centrale du 20e rue des Pyrénées, et sa fresque d’Ossip Zadkine -BM

 

Affiche de la conférence Foot et résistances s

Groupe Manouchian, foot et Résistance

Conférence à la mairie du 20e

Nous commémorons cette année le 80ème anniversaire de l’exécution des 23 résistant(e)s  du groupe Manouchian (Francs-Tireurs et Partisans – Main d’Œuvre Immigrée). En leur mémoire, ce 21 février 2024 est l’occasion de voir entrer au Panthéon leur chef Missak Manouchian et sa femme résistante, Mélinée Manouchian.

 

La Dépêche, 22 février 1944

La Dépêche, 22 février 1944

 

Plus localement, l’association l’Affiche Verte Manouchian organise, en partenariat avec la Mairie du 20e, une conférence exceptionnelle :

 

Foot et Résistance(s)  « Rino Della Negra et Sócrates, deux footballeurs résistants »

 

📅 Samedi 9 mars 2024

🕒 À 13h45

📍 À la Mairie du 20e arrondissement, salle des Fêtes

  Entrée gratuite sur préinscription via Helloasso

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Rino Della Negra. Footballeur et partisan (éd. Libertalia)

Rino Della Negra. Footballeur et partisan-éd. Libertalia

Football et politique au Brésil

La démocratie portée par le football populaire au Brésil-Le Comptoir

 

 

Déroulé prévisionnel

  • Introduction d’Éric Pliez, maire du 20e, des élus, et des organisateurs Affiche Verte Manouchian
  • Première partie : Rino Della Negra Footballeur et partisan du Groupe Manouchian

Avec :

      • Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne Franche-Comté,
      • Dimitri Manessis, docteur en Histoire,
        • auteurs de « Rino Della Negra Footballeur et partisan » Edition Libertalia (2022)
      • Un responsable du Red Star FC, ancien footballeur international français, conseiller du président au Red Star FC.
Dimitri Manessis et Jean Vigreux

Dimitri Manessis et Jean Vigreux

  • Intermède : Diffusion de l’épisode du film d’Éric Cantona « les rebelles du foot » consacré à Sócrates
  • Seconde partie : Sócrates, la démocratie corinthiane face à la dictature au Brésil
Raí Souza Vieira de Oliveira

Raí Souza Vieira de Oliveira

      • Avec Raï Souza Vieira de Oliveira (frère cadet de Sócrates) emblématique ancien capitaine de la Seleção remportant le Mondial 1994 et du Paris Saint Germain (1993-1998) dont il a été élu meilleur joueur de tous les temps
      • Animation : Chérif Ghemmour,  journaliste et fondateur du magazine So Foot
  • Buffet convivial et dédicace des ouvrages

Contacts organisation Affiche Verte Manouchian : affichevertemanouchian@gmail.com 

Programme autour de Missak et Mélinée Manouchian dans le 20e :  https://mairie20.paris.fr/pages/il-etait-une-fois-le-20e-la-rue-du-groupe-manouchian-20448

Pose du monument FTP-MOI en 1989 - Cimetière Père Lachaise - PCF

Le monument FTP-MOI au Père Lachaise,

l’œuvre associée au groupe Manouchian et son inauguration

Ce 21 février 2024 a lieu la panthéonisation de Missak Manouchian avec sa femme, Mélinée. La ville de Paris commémore chaque année les FTP-MOI dans notre arrondissement, rue du Groupe Manouchian. Au-delà du nom de leur rue, plusieurs œuvres ici nous rappellent à eux : les plaques commémoratives dans cette même rue, l’activité de l’association l’Affiche Verte Manouchian (AVM) toujours pleine de projets sur place pour les mettre en valeur, et non loin une grande fresque de Popof rue du Surmelin.

Après différents articles que nous lui avons consacrés, nous abordons ici tout spécialement la présentation du monument FTP-MOI du Père Lachaise et son inauguration. Missak Manouchian en a été le commandant pour Paris.

Foule monument FTP-MOI - Cimetière  Père Lachaise Paris

Rassemblement devant le monument FTP-MOI- PCF

L’origine du sigle « MOI »

Il faut se souvenir qu’en 1925, le PCF avait créé la MOE, une section du parti pour y intégrer -de manière séparée- la Main d’Œuvre Étrangère. Dans les années 1930, cette dénomination sera remplacée par l’acronyme « MOI », Main d’Œuvre Immigrée, jugée moins péjorative.

Elle deviendra une composante des FTP pendant la guerre, d’où le nom accolé, FTP-MOI. Quant à Missak Manouchian, il adhère au PCF en 1934 et intègre la MOI, section qui va plus tard naturellement devenir clandestine. Leur mission est plus précisément d’harceler l’ennemi par des actions terroristes et tenir Paris.

Leurs actions de résistance, puis l’Affiche rouge de la propagande nazie, leur arrestation et leur exécution sont gravés  dans nos mémoires sous différentes formes et à différents endroits.

20 mai 1989 au Père Lachaise, l’hommage des communistes aux combattants FTP-MOI.

L’initiative du monument au Père Lachaise en revient à Rol Tanguy, chef des FFI d’Ile de France, puis membre du comité central du PCF en 1962. Cette année-là il va même lui être demandé de se présenter aux élections législatives dans la circonscription Charonne-Père Lachaise.

Parallèlement en juillet 1962 quatre concessions à perpétuité sont achetées par le PCF, sans affectation, près du mur des fédérés. L’un de ces emplacements sera ainsi disponible en 1989 pour y installer ce cénotaphe.

la mosaïque FTP-MOI

Discours de Georges Marchais, à gauche du monument FTP-MOI- PCF

Sur la tribune montée à côté du monument, Georges Marchais secrétaire national du PCF prend la parole devant la foule rassemblée. Dans son discours, il présente

« Ces héros, ces martyrs (qui) n’étaient pas nés dans notre pays. Juifs, ou révolutionnaires -et, bien souvent, juifs et révolutionnaires-, ils avaient dû fuir leur patrie parce que le fascisme les en avait chassés ».

À la fin des discours, Georges Marchais demande à Rol Tanguy de venir auprès de lui pour dévoiler la stèle ; leurs rapports ne sont pas très bons et selon Jean Vigreux, historien, expert à la Fondation Jean Jaurès et rédacteur à l’Humanité, Rol Tanguy refuse.

 

De son côté, Gaston Plissonnier justifie le choix de l’emplacement, c’est-à-dire celui à la 97ème division face au mur des fédérés. Il se trouve situé entre la tombe dédiée au Comité national du PCF et celle de Waldeck Rochet :

« La MOIa aujourd’hui une place à elle tout près des tombes des dirigeants du parti communiste, français, de personnalités progressistes, de personnalités illustres, de témoignages d’hommage aux déportés ».

Six ans plus tard, lui-même sera d’ailleurs enterré dans cette tombe mitoyenne du Comité national du PCF.

Le monument présenté par son mosaïste

La stèle du monument est l’œuvre de l’architecte Jean-Michel Daquin et du mosaïste Verdiano Marzi qui explique les choix du lieu retenu et sa composition personnelle.

 

Dernières finitions du monument FTP-MOI

Monument FTP MOI, mosaique en cours de montage-PCF

 

Avec des petits cubes de couleur (tesselles) provenant d’Italie, « le rouge d’Alicante, les marbres marrons d’Europe centrale, le grand bleu d’Argentine et du Brésil, nous avons conçu le monument comme un engagement fait de respect et d’admiration pour les combattants de la MOI, l’un de nous étant lui-même immigré.

L’œuvre s’intègre à la solennité du lieu avec ce qu’il représente comme mémoire de l’histoire française et de sa culture. Lieu de visite très fréquenté, chacun y reconnaîtra des symboles. Ceux qui sont suggérés nous paraissent accessibles à toutes les cultures. »

Morts pour la France, en majuscules

Les strophes d’Aragon gravées au pied de la stèle FTP-MOI-PG

Pourquoi une réalisation si tardive ?

Danielle Tartakowsky, professeure émérite d’histoire contemporaine, constate le fait qu’à coté de cette œuvre se trouve le monument qui date de 1975 « en hommage aux femmes communistes qui ont donné leur vie pour la victoire de la liberté contre le nazisme pour le triomphe de la paix ».

Pourquoi ces deux mémoriaux érigés si tard ? Elle nous fait remarquer qu’« ils ont pour effet pervers de souligner que les deux groupes concernés avaient jusqu’alors été sous-représentés, voire ignorés ».

Peut-être aussi, parce que quatre ans avant l’installation de ce monument, un documentaire très controversé sur cette période passe à la télévision sur Antenne 2 :  il s’intitule « des terroristes à la retraite » de Mosco Boucault, et fait l’objet de polémiques au point d’être censuré pendant près de deux ans. Dans ce long métrage, Mélinée Manouchian met en cause le Parti Communiste, en l’accusant d’avoir sciemment envoyé le groupe à une mort certaine. À signaler la participation de Simone Signoret (au Père Lachaise) en tant que récitante du documentaire.

Pour autant le 20 mai 1989, Mélinée Manouchian sera présente à l’inauguration parmi d’autres personnalités. Elle décédera six mois plus tard.

Mélinée Manouchian, jardin dans le 20e arrondissement

La fresque de Mélinée, rue du groupe Manouchian-PG

Les FTP dans le 20e

À la Libération de Paris, le 23 août 1944, les résistants FTP interviennent à la station de la Petite Ceinture, gare de Ménilmontant. Ceux du réseau Nord-Libération et un groupe local de résistants (le groupe Piat, du nom de la rue voisine) font prisonniers les soldats allemands et s’emparent du train. Dans cet assaut, cinq résistants ont été tués. Aujourd’hui, trois plaques mémorielles restent visibles : sur la passerelle rue de la Mare, rue de Ménilmontant sur la grille au- dessus de la voie ferrée, et au 26 rue Piat.

Sans oublier Salomon Jacob, évadé de l’hôpital Tenon le 23 novembre 1941 après avoir été interné au camp de Drancy, réservé aux juifs. Il rejoindra les FTP-MOI en mars 1943 et décédera en Roumanie en 1988. Un an avant l’inauguration du monument.

Affiche de l'exposition au Grand Palais - Le Paris de la modernité



La bombe du zeppelin LZ77



À l’exposition du Petit Palais « Le Paris de la modernité  1905-1925 », un curieux objet est exposé, avec un intitulé qui intrigue.

 

Bombe sphérique explosive de 60kg du zeppelin LZ77 exposée au Petit Palais - PG

Bombe sphérique explosive de 60kg du zeppelin LZ 77,
bombardement du 29 janvier 1916, 161 rue de Ménilmontant-PG.

Une bombe explosive qui n’a finalement pas explosé.

 

Que s’est-il passé ce jour-là sur le 20e arrondissement ?

 

Selon le Petit Parisien du jour suivant, on trouve l’explication… de dix bombes larguées sur Paris à « dix heures exactement ». Plusieurs morts, quelques blessés, et beaucoup de dégâts matériels !

 

L Humanité, 30 janvier 1916 - Bombardement du 29 janvier 1916 22h

L’Humanité, 30 janvier 1916

 

 

Le Musée de l’Armée, lui, est plus précis et donne des explications sur les raids effectués pendant la guerre 1914-1918 sur Paris :

… seuls deux raids [ndlr : de zeppelins] sont menés. Le premier, par quatre zeppelins, a lieu dans la nuit du 20 au 21 mars 1915. Sept bombes sont lâchées sur les 17e et 18e arrondissements de Paris, puis, pris à partie par la DCA, les zeppelins rebroussent chemin en se délestant de 58 bombes sur la banlieue (Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret, Asnières-sur-Seine, Gennevilliers, Courbevoie, La Garenne-Colombes, Saint-Gratien, Colombes, Bois-Colombes, Enghien, Argenteuil et Saint-Germain-en-Laye), blessant trois personnes.

Lors du second raid, dans la nuit du 29 au 30 janvier 1916, un zeppelin (le second zeppelin initialement prévu a dû rebrousser chemin avant d’atteindre l’Île-de-France) lâche dix-huit bombes sur le 20e arrondissement de Paris, tuant 23 personnes et en blessant 31 autres. Lors de son retour, il se déleste de 30 bombes au-dessus des communes de La Courneuve, Stains, Pierrefitte, Villetaneuse, Deuil et Montmorency, sans grands dégâts.

 

La Mairie de Paris pour sa part, indique 17 engins explosifs dans les quartiers de Belleville et de Ménilmontant, 26 morts et 38 blessés.

La suite du raid du zeppelin apparait sur le site 1jour.fr :

Le dirigeable ayant bombardé l’est parisien sera, néanmoins, sérieusement touché et s’écrasera en Belgique lors du trajet de retour.

Ce raid sera le dernier raid de zeppelins allemands contre la capitale. Les bombardements continueront tout de même, avec des Taubes (avions ressemblant à des pigeons par leur fuselage et leur empennage), des Gothas (bombardiers biplans allemands) et des Berthas (canons à longue portée). Ces armes sont à la fois moins coûteuses et plus efficaces et meurtrières.

 

Les photos des dégâts dans l’arrondissement

De nombreux clichés subsistent de ce bombardement de 1916 dans les quartiers Belleville et Ménilmontant.

Celui-ci :

Photographie du bombardement de 1916 à Belleville

Le 30 janvier 1916, dans le quartier de Ménilmontant à Paris, la foule observe le cratère produit par une bombe larguée d’un zeppelin allemand – BNF


Le négatif est légendé “Raid d’un zeppelin sur Paris, 100, rue de Ménilmontant”

Mais d’aucuns rectifient en situant le cliché vers la rue Sorbier, à la hauteur du 70, rue de Ménilmontant.

 

Et sur le site du Musée de l’Armée, qui possède dans ses collections la bombe exposée au Petit Palais, on trouve ceci avec cette photo :

Photographie de la visite de Raymond Poincarré au 87 rue Haxo le 29 janvier 1916

Raymond Poincaré, président de la République, visite les dégâts occasionnés par une bombe de zeppelin au 87 de la rue Haxo le 29 janvier 1916 – © Musée de l’Armée

 

La photo ci-dessous, portant une légende partisane très explicite, montre le cratère d’une des bombes larguées par le zeppelin qui a défoncé la voûte du métro, à savoir la ligne 2, entre les stations Couronnes et Ménilmontant (sous l’actuel boulevard de Belleville).

Photo du cratère d’une des bombes larguées par le zeppelin qui a défoncé la voûte du métro,

Les zeppelins sur Paris – La voûte du Métropolitain – Wikipedia

 

Sur le site de la Mairie de Paris, on retrouve plusieurs photos du 20e arrondissement dont celle ci-dessous, rue des Panoyaux, nous faisant entrer dans l’intimité des foyers du 20earrondissement en cette soirée du 29 janvier 1916. Comme celle d’une famille de sept personnes anéantie alors qu’ils étaient en train de diner, ou le cliché intime de la chambre de deux jeunes filles en train de dormir sauvées par « deux grands bahuts qui se trouvaient en face du lit ».

Dégats causés par les bombardements rue des Panoyaux

Paris, rue des Panoyaux, 29 janvier 1916
Sept personnes furent tuées à table. L’agent indique exactement le centre qu’occupait la table.
© Charles Lansiaux / BHVP / Roger-Viollet

 

 

Des bombardements qui vont toucher y compris le Père Lachaise, le 14 avril 1918.

Bombardement du Père Lachaise le 14 avril 1918

Bombardement de Paris par canon à longue portée.
Cimetière du Père-Lachaise – 66e division, 14 avril 1918
© Préfecture de Police / BHVP / Roger-Viollet

 

Si vous souhaitez voir l’objet qui a provoqué cet article, rendez-vous au Petit Palais.

L’exposition a lieu du 14 novembre 2023 au 14 avril 2024. Courez-y !