Le cimetière de Belleville
par Philippe Dubuc de l’AHAV
Le 20e arrondissement possède trois cimetières.
Tout le monde connait le magnifique cimetière du Père-Lachaise, haut lieu touristique parisien. Beaucoup connaissent le charmant cimetière de Charonne, blotti au pied de son église. Le cimetière de Belleville est moins connu, pourtant il mérite une visite. Ce cimetière très ombragé et calme abrite la dernière demeure de nombreuses personnalités.
Il est situé dans le quartier de Belleville à l’angle de la rue de Belleville et de la rue du Télégraphe. Ce cimetière de 1,80 hectare de superficie accueille 3 210 concessions.

La première église de Belleville
Un peu d’histoire
La petite commune de Belleville obtint en 1543 le droit d’avoir une chapelle laquelle, plus tard, deviendra l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Un petit cimetière mitoyen au chœur de l’église était devenu un lieu de passage et de jeux pour les enfants. Christophe de Beaumont demanda donc son déplacement en 1765. Un terrain voisin fut trouvé rue Lassus, il fut clos et est devenu le deuxième cimetière de Belleville. Compte tenu de l’accroissement de la population, il deviendra vite trop petit.
L’accumulation de cadavres dans les églises et dans les fosses communes des cimetières était source d’odeurs pestilentielles et soulevait de vives protestations à Paris au XVIIIème siècle. L’insalubrité devint telle, que le Parlement prit, le 21 mai 1765, un arrêt prescrivant de transférer hors de l’enceinte de la ville tous les cimetières intra-muros. Cependant, l’Église, gestionnaire des lieux, s’opposa à cet arrêté qui resta lettre morte.
Les protestations continuèrent à affluer pour fermer les nécropoles, si bien que le 10 mars 1776, Louis XVI, par déclaration royale, interdit les inhumations dans les églises, ce qui ne résolvait pas l’insalubrité qui régnait dans les cimetières.
Il faudra attendre Napoléon Ier pour que le décret du 23 Prairial An XII (12 juin 1804) règle cette question.
Ce décret prescrit :
- Aucune inhumation dans les églises ou lieux privés ;
- Suppression de la fosse commune et inhumation en fosse séparée ;
- Obligation pour les communes de déplacer tous les cimetières proches des habitations et de créer de nouveaux cimetières hors de l’enceinte des bourgs et des villes
Le château de Saint-Fargeau, appelé aussi le château de Ménilmontant, fut construit au-dessus du hameau de Ménilmontant à Belleville, au XVIIIe siècle, par Michel Le Peletier de Souzy, il possédait un magnifique parc de 50 hectares.
Le 16 octobre 1804, la commune de Belleville achète une petite partie du parc pour en faire un cimetière éloigné du village, il fut inauguré en 1808 et agrandi à plusieurs reprises jusqu’en 1859. Le cimetière de Belleville est tout ce qui reste de l’ancien parc du château.

Le cimetière de Belleville en 1808
Quelques points marquants
Le mur du cimetière, le long de la rue du Télégraphe, est le point le plus haut de Paris, sur le domaine public. On ne remarque pas que la colline de Belleville est aussi haute que la butte Montmartre car elle est moins pentue.
Au 40, rue du Télégraphe le repère de nivellement indique 128,50 mètres. L’altitude de Montmartre mesurée au 2, rue du Mont-Cenis ne fait que 128,21 mètres.
Nous sommes donc 29 cm plus haut !!!!! On peut donc dire que Montmartre et la colline de Belleville ont la même altitude à quelques centimètres près.
Pour cette raison, en septembre 1792, Chappe construit le premier télégraphe optique dans le parc du château de Saint-Fargeau dont une partie n’a pas encore été lotie à cette date, à côté de l’entrée actuelle du cimetière. Le 4 août 1793, le Comité de salut public ordonne la mise en place de la ligne Paris-Lille pour des raisons stratégiques. Le 30 août 1794, la première dépêche annonçant la prise de Condé-sur-Escaut : « Condé être restitué à République, reddition ce matin 6 heures », est transmise grâce au télégraphe.

Mitoyen au cimetière se trouve le réservoir de Belleville. Afin de desservir les quartiers les plus en hauteur de Belleville, un réservoir complémentaire à celui de Ménilmontant est construit rue du Télégraphe. Les travaux dirigés par l’ingénieur Eugène Belgrand (1810-1878) se déroulent entre 1862 et 1865, le réservoir de 18 000 m3 est mis en service le 19 mars 1866. L’augmentation de la population et des problèmes de pression d’eau dans les étages hauts des nouveaux immeubles, obligent les autorités à construire en 1919 deux châteaux d’eau toujours en service.
Tombes et monuments célèbres du cimetière de Belleville
Pendant les combats de la Commune de Paris en 1871, les troupes versaillaises se livrent à des exécutions sommaires et les communards tués se comptent par milliers. En réponse, des prisonniers versaillais sont amenés dans la cour du quartier-général de la Garde Nationale rue Haxo et sont fusillés, en dépit de l’opposition de plusieurs dirigeants de la Commune présents sur les lieux. Les exécutions de la rue Haxo font 50 morts, dont 36 gardes et gendarmes et 10 prêtres.
Une plaque commémorative des fusillés de la Villa des Otages est posée en 1871 au cimetière de Belleville. Par ailleurs, un obélisque est édifié dans le cimetière à la mémoire des quarante gardes nationaux tués pendant la Commune, à coté de leurs tombes. Leurs noms sont inscrits sur le monument.

L’obélisque à la mémoire des quarante gardes nationaux tués pendant la Commune
Quelques personnalités
Les personnalités enterrées au cimetière de Belleville sont nombreuses, nous n’en citerons que quelques-unes ayant un rapport avec notre arrondissement.
Suzy Prim, née en 1896 à Paris 20e et morte en 1991, est une actrice française.

Suzy Prim
Découverte par Louis Feuillade, elle devient actrice de cinéma et incarne des rôles d’enfants dans divers films produits par la Gaumont. À partir de 1905, elle est la partenaire de La Belle Otero se produisant aux Folies Bergères, puis elle interprète des pièces d’Ibsen et de George Bernard Shaw.
Elle tourne de nombreux films en France et en Italie.
Pendant quelques années, elle est la compagne de Jules Berry, qui est souvent son partenaire sur scène et à l’écran.
Suzy Prim fut également, et ponctuellement, productrice et scénariste.
Léon Gaumont, né en 1864 à Paris et mort en 1946, est un pionnier de l’industrie mondiale du cinéma et le fondateur de la société Gaumont. En 1895, il prend la direction du Comptoir général de photographie, société de matériel optique et photographique fondée en 1882 et il la transforme en société française de production Gaumont.

Tombe de Léon Gaumont
Intéressé par l’image animée, après avoir assisté à une projection des frères Lumière il développe la production de films et lance la création d’un important réseau de distribution et de salles. En 1911, le Gaumont Palace à Paris devient la plus grande salle de cinéma du monde, accueillant après aménagements jusqu’à 6 000 spectateurs. Une avenue de notre arrondissement a été appelée Léon Gaumont.
Dans la tombe de Léon Gaumont repose également son arrière-petit-fils, Gilles Boulouque. Gilles Boulouque, né en 1950 et mort en 1990 à Paris, est l’un des premiers magistrats antiterroristes.
Fernand Maillet est issu d’une famille modeste dans le quartier des Buttes-Chaumont. Il est ordonné prêtre en 1921 et est nommé vicaire de Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Il y fonde une chorale d’enfants : la Petite Maîtrise de Belleville. En 1924, Jacques de Noirmont lui confie la direction de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Il fusionne alors ces deux chœurs et va donner à la manécanterie un rayonnement international. Il fonde en 1951 la fédération internationale des Petits Chanteurs. Fernand Maillet meurt le 20 février 1963.
On lui doit le renouveau de l’interprétation publique des chants sacrés et profanes traditionnels.
Selon d’anciens choristes, Fernand Maillet agressaient sexuellement des enfants pendant les tournées, il n’a cependant jamais été condamné.

AHAV PARIS (ASSOCIATION D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DU XXème ARRONDISSEMENT)