Le 20e, arrondissement de l’aéronautique !



Le 20e, arrondissement de l’aéronautique !

par Pierre Besson, président de l’AHAV




Notre arrondissement est particulièrement bien pourvu en hommages variés aux hommes et femmes des débuts de l’aéronautique. Très organisé pour les hommes, il s’est fait de manière plus décousue pour les femmes !

Pour les hommes : le quartier Gambetta… et la naissance de l’aviation

Il y a, dans le quartier Gambetta, quelques rues et deux places qui s’enlacent entre la rue du Surmelin et le boulevard Mortier et qui ont été baptisées de noms d’officiers ou de sous-officiers. Trois capitaines, un lieutenant, deux adjudants… D’où cette odonymie peut-elle bien venir ? Première caractéristique, ces militaires étaient tous des aviateurs. Mais en cherchant un peu, on découvre que 5 autres personnages, civils ceux-ci, qui ont aussi donné leur nom à des rues ou places du quartier, étaient également soit des aviateurs, soit des scientifiques particulièrement versés dans le domaine de la jeune science aéronautique de la fin du 19e siècle.

  • L’empreinte du conseiller Paul Virot

Après enquête, l’homme à l’origine de tout ça est un certain Paul Virot, conseiller municipal du quartier Saint-Fargeau entre 1908 et 1919, par ailleurs président d’un mystérieux « groupe de l’aviation du Conseil Municipal ».

Extrait du procès-verbal du Conseil Municipal de Paris du 31 décembre 1913

Extrait du procès-verbal du Conseil Municipal de Paris du 31 décembre 1913 – Archives de Paris – Photo PB

Nous sommes en 1913, le quartier est en plein chambardement. Depuis le début du siècle, le secteur des carrières de gypse du « Père Rousset » a changé de main. Les maisons de ce qui deviendra la « Campagne à Paris » sont en train de sortir de terre. Un peu plus à l’ouest le secteur est aussi chamboulé autour du sentier des Bua qui deviendra rapidement « la rue de la Dhuis » (1904). De nouvelles voies sont ouvertes, il devient urgent de leur donner des noms. Le Conseil Municipal du 31/12/1913 doit statuer. Paul Virot, passionné d’aviation, souhaite « « honorer quelques-unes des trop nombreuses victimes qui sont tombées glorieusement pour la science nouvelle ». Ancien receveur de l’octroi engagé en politique comme secrétaire d’un futur ministre de la Guerre (Aldolphe Messimy), il deviendra l’un des cadres du Parti Radical dans la région parisienne. C’est un homme respectable et respecté. D’ailleurs, la Légion d’honneur récompensera sa carrière politique en 1920. Bref, sa proposition passe comme une lettre à la Poste, entérinée par un décret du 30 mars 1915.

Mais qui sont-ils donc, ces précurseurs disparus que voulait promouvoir Virot ? Les grands as de l’aviation, ceux dont nous connaissons tous les noms aujourd’hui, les Blériot, Santos-Dumont, Védrines ou Roland Garros, ont déjà rencontré la notoriété, mais sont bien vivants en 1913. Quant aux héros de l’Aéropostale, ils sont encore en culottes courtes.



  • L’équipage du dirigeable « République »

Revenons à l’année 1909. La lutte entre les tenants du plus lourd ou du plus léger que l’air est encore indécise. Les dirigeables semblent avoir de beaux jours devant eux. L’armée a commandé plusieurs de ces appareils, composés d’une enveloppe gonflée au gaz d’éclairage et d’un moteur à hélice, à la société des frères Lebaudy.

Le 25 septembre le « République » décolle de Lapalisse (département de l’Allier) à 7h20. Le lieutenant Jean Chauré, les adjudants Henri Vincenot et Albert Réau en forment l’équipage sous le commandement du Capitaine Lucien Marchal. L’appareil doit rejoindre Paris et le premier salon de l’aéronautique qui se tient au Grand Palais… las, peu après avoir survolé Moulins, l’hélice se brise et déchire l’enveloppe de gaz. À 8h30, le « République » s’écrase près de Trévol, tuant son équipage.

Le Petit Journal - supplément illustré du 10 octobre 1909 - La catastrophe du dirigeable République - http://cent.ans.free.fr

Le Petit Journal – supplément illustré du 10 octobre 1909


Un monument commémore cette catastrophe à cet endroit, sur l’ancienne Nationale 7.  Cette route étant aujourd’hui à quatre voies, il est assez difficile de s’y arrêter. Le monument est l’œuvre du sculpteur Henri Bouchard, bien connu des habitués du Père-Lachaise pour être l’auteur du gisant de Bartholomé, en face du Monument aux Morts et de la stèle du chef d’orchestre Gabriel Pierné, en plein carré des musiciens [1].

Plusieurs dirigeables militaires français ont été baptisés des noms de ces hommes. Le plus connu fut l’ « Adjudant-Vincenot » qui s’attribua plusieurs records avant d’être abattu en 1916. Contrairement à ses compagnons d’infortune, tous honorés en 1915, l’adjudant Vincenot devra néanmoins attendre un arrêté d’avril 1935 pour voir son nom attribué à une petite place du même quartier. En fait une placette au croisement de la rue du Surmelin et du Boulevard Mortier.



  • Deux pilotes d’avions : le capitaine Ferber et Géo Chavez

Ces deux-là sont des pilotes d’avions. Donc adeptes du plus lourd que l’air. Le capitaine Ferdinand Ferber est un contemporain des frères Wright et, surtout, de Louis Blériot qu’il fréquente et assiste régulièrement. Qualifié de défricheur méthodique et de visionnaire par les connaisseurs, il sera le premier français à effectuer un vol motorisé, le 27 mai 1905, trois ans après l’exploit des deux aviateurs américains. Il multiplie les expériences et les meetings aériens. Malheureusement, lors d’une démonstration à Boulogne-sur-Mer, une roue de son avion se coince dans une rigole lors d’un décollage, faisant basculer l’appareil sur son pilote. C’était le 22 septembre 1909, soit trois jours avant l’accident du dirigeable « République ».

Le Capitaine Ferber à bord de son aéroplane - Wikipedia

Le Capitaine Ferber à bord de son aéroplane – Wikipedia

Géo Chavez, de son vrai nom Jorge Chávez Dartnell, était le fils de riches péruviens exilés en France. Passionné par tout ce qui vole, dès son diplôme d’ingénieur en poche, il passe son brevet de pilote. Après avoir battu un record d’altitude, il tente la traversée des Alpes en 1910 entre la Suisse et l’Italie. Il devait malheureusement se tuer à l’atterrissage à Domodossola. Il y avait à peine sept mois qu’il avait commencé à piloter. Sous son nom de baptême de Jorge Chavez, il a aussi donné son nom à l’aéroport international de Lima.



  • Chanute, Mouillard, Pénaud, Marey : les scientifiques

C’est peut-être par Octave Chanute (1832-1910) que tout est arrivé et pas seulement par ses grandes connaissances techniques, lui qui fût un pionnier de la fabrication des planeurs. Cet ingénieur américain, dont les parents français avaient émigré aux États-Unis en 1839, entretint une correspondance abondante avec les frères Wright, avec Pierre Mouillard (cf. ci-après), avec le Capitaine Ferber à qui il prodigua ses conseils, ou encore avec Santos-Dumont. Il fut dans son domaine un précurseur du travail collaboratif, comme on dirait aujourd’hui.

Détail de la frise de la rotonde du Capitole - Washington DC - La naissance de l'aviation. De gauche à droite : Léonard de Vinci, Samuel Langley, Octave Chanute, les frères Wright.

De gauche à droite : Léonard de Vinci, Samuel Langley, Octave Chanute et les frères Wright – Frise de la rotonde du Capitole (Washington D.C.) – © Wiki Commons.

Pierre Mouillard (1934-1897) n’était pas ingénieur, il avait juste fait les Beaux-Arts (à Lyon). Mais c’était un fin observateur qui connut la notoriété en cherchant à comprendre les mouvements des oiseaux. Son ouvrage « L’Empire de l’air, essai d’ornithologie appliquée à l’aviation » (1881) semble avoir influencé de manière déterminante les travaux des frères Wright, consacrés par l’Histoire comme étant les premiers hommes volants. Il développa de nombreux échanges, parfois orageux et sans concession, avec l’américain Octave Chanute.

Charles-Alphonse Pénaud (1850-1880), Alphonse-Penaud pour la voirie, sortait de l’école Navale, ce qui peut de nos jours surprendre pour un futur passionné de l’aviation ! Il y avait acquis une solide formation d’ingénieur et un appétit aiguisé pour les mathématiques. Il fit voler de nombreux modèles réduits à hélices qui préfiguraient les hélicoptères. Il fit également breveter un projet d’hydravion. Il côtoya les tenants du plus léger que l’air notamment en participant à une expérience d’ascension en ballon avec Crocé-Spinelli. Il avait été atteint très jeune d’une tuberculose osseuse très douloureuse. Cette maladie ajoutée à l’absence de soutien, notamment financier, pour développer ses projets, le conduira à mettre fin à ses jours alors qu’il avait à peine 30 ans. Détail curieux, la Ville de Paris l’a privé de son accent sur le « e » de Pénaud en baptisant la rue.

La plaque de la rue Étienne-Marey (1830-1904) nous dit que celui-ci était médecin et physiologiste. En fait, il faudrait des pages et des pages pour détailler toutes les compétences et les centres d’activités de cet homme-là. Il fut par exemple l’inventeur d’un procédé photographique permettant de visualiser, en les immobilisant, les phases des mouvements des oiseaux ou des chevaux.

Auteur d’un ouvrage intitulé « le Vol des Oiseaux » en 1869, il est considéré comme un des fondateurs de la science de l’aviation. Il fabriqua d’ailleurs en 1879 l’un des premiers aéroplanes sans pilote, propulsé par un moteur à air comprimé, en s’inspirant notamment des travaux de Charles-Alphonse Pénaud. Il organisa en 1889 un banquet regroupant une cinquantaine de personnalités du monde de l’aéronautique qu’on connait aujourd’hui sous le nom de « Diner des aviateurs ». Octave Chanute y a participé et probablement, aussi, Pierre Mouillard.



  • La rue du capitaine Tarron, un cas à part

Voilà pour les personnalités auxquelles le Conseil municipal de 1913 a voulu rendre hommage.

Il est un autre aviateur qui s’est glissé discrètement parmi cette équipe, un peu comme un passager clandestin. Il s’agit du capitaine Tarron qui a donné son nom à cette voie privée ouverte également en 1913 au bas de « la Campagne à Paris », aujourd’hui difficile à distinguer de la Place Sully-Lombard. En la baptisant du patronyme d’un pionnier des airs, les membres de cette coopérative immobilière ont sacrifié ainsi à cette sorte de mode lancée par Paul Virot. Elle a été classée « voie publique » en 1967.

Ce capitaine du génie [2], détaché dans l’aviation militaire naissante, s’était forgé une réputation de spécialiste en matière de navigation aérienne. En avril 1911, il revenait d’Orléans, où il avait participé à des manœuvres, lorsqu’il se tua à l’atterrissage sur la piste de Villacoublay. Son biplan, qui avait été réparé à la suite d’un accident survenu quelques jours plus tôt, s’était désintégré alors qu’il achevait sa descente.

Le Petit Parisien du 19 avril 1911 - Bnf-Gallica

Le Petit Parisien du 19 avril 1911 – Bnf-Gallica



  • Le dernier arrivé : Roland Garros

Voie privée dénommée ainsi par arrêté du 23 juin 1928, ouverte à la circulation publique (arr. du 23 juin 1959). Cet officier aviateur français effectua la première traversée aérienne de la Méditerranée ; mort pour la France et est resté célèbre pour avoir mis au point le « tir à travers l’hélice ». Pour la petite histoire, il connut quelques succès sportif en vélo et en football, mais ses exploits tennistiques, s’il y en eut, n’ont laissé aucune trace.



  • Coïncidence curieuse

Toutes ces péripéties démarrées dans le 20e y finissent aussi, car il faut préciser que le conseiller Paul Virot repose au cimetière du Père-Lachaise depuis 1932. Les promeneurs du lieu découvriront son monument plutôt mastoc le long de l’avenue Latérale-Sud (à droite en montant le long du Monument aux Morts) juste au-dessus du gisant du président Félix Faure. Éternelle cohabitation funèbre d’un passionné d’aviation avec celui qui, dit-on, appréciait tellement de « s’envoyer en l’air ». 



Les aviatrices du 20e

Et les femmes dans tout ça ? Le 20e arrondissement n’a pas manqué, mais bien plus tard, d’honorer aussi les premières aviatrices. Contrairement à nos précurseurs masculins, les hommages à ces filles de l’air ont été dispersés dans le temps, tout au long du siècle, et dans l’espace, aux quatre coins du 20e.

Essayons de résumer ces carrières tellement remplies et les lieux qui perpétuent leur souvenir.

  • Une station de tramway

La première de ces quatre aviatrices à avoir obtenu son brevet de pilote, en 1920, est la dernière arrivée sur le secteur. Adrienne Bolland (1895-1975), qui a donné son nom de nombreuses voies ou établissements scolaires dans toute la France… était encore récemment exempte de tout honneur dans Paris. C’est une station du tramway T3b, associée à un arrêt voisin de la ligne de bus 61, qui a été baptisée ainsi « ex-nihilo » en 2018 dans le cadre d’une opération « parité » menée par la Mairie de Paris. La RATP transgressait ainsi ses usages : un nom ou un lieudit à proximité – Saint-Fargeau vraisemblablement dans le cas présent. Elle partage cette curiosité sur la ligne T3b avec, notamment, Rosa Parks et Colette Besson.

Adrienne Bolland - Extrait de la couverture du magazine « El Grafico » du 19 mars 1921 - Wikipedia

Adrienne Bolland – Extrait de la couverture du magazine « El Grafico » du 19 mars 1921 – Wikipedia

Première femme à avoir traversé la Manche en 1920, elle franchit l’année suivante la Cordillère des Andes sans carte ni instruments de navigation ! Les fans de la série Downton Abbey se souviendront que Lady Edith s’appuie sur cet exemple (saison 6, épisode 3) pour illustrer la capacité des femmes, désormais, à prendre des risques. Elle poursuit sa carrière en participant à de nombreux rassemblements aériens, démontrant ses compétences en acrobaties aériennes en s’appropriant en 1924 un record de 212 loopings en 72 minutes !

Elle laissera également le souvenir d’une femme engagée, soutien de Louise Weiss bien sûr, mais aussi proche de Jean Moulin ou de… Pierre Dac pendant la Guerre.

Bien que n’ayant jamais rechigné à courir les risques les plus fous, Adrienne Bolland fut la seule de ces intrépides aéronautes à terminer sa vie aventureuse dans son lit, en 1975.



  • Un lycée et demi

Hélène Boucher (1908-1934), la plus jeune à avoir été diplômée, donna son nom à l’un des plus célèbres lycées de la capitale, inauguré en 1938, qui fut longtemps réservé aux jeunes filles. Le bâtiment est un bel exemple de l’architecture Arts-Déco rationaliste en vogue dans les années 30, avec un vitrail représentant Athéna visible de l’extérieur.

« Leno », comme on surnommait Hélène, est brevetée en 1931 et va accumuler rapidement records de vitesse et prouesses acrobatiques. Sur la terre ferme, elle est une femme engagée auprès de Louise Weiss dans son combat pour le vote des femmes. Malheureusement, en novembre 1934, elle est victime d’un accident mortel sur l’aérodrome de Guyancourt, aux commandes de son Caudron Rafale. Elle n’avait que 26 ans. La rapidité avec laquelle on a attribué son nom à un établissement public témoigne de l’émotion que sa disparition avait fait naître.

Hélène Boucher par Camille Toutée-Bonhomme à Voisins-le-Bretonneux – Photo PB

Hélène Boucher par Camille Toutée-Bonhomme à Voisins-le-Bretonneux – Photo PB




Maryse Bastié (1898-1952) n’apparaît plus dans les tablettes du 20e alors qu’il existe une rue ouverte à son nom en 1956, aux confins du 13e arrondissement, aujourd’hui près du Périph’. Elle a aussi sa station de T3a non loin de sa rue. Cette fois, Mairie et RATP ont concilié leurs principes !

Pourtant, un lycée professionnel Maryse Bastié a existé durant trente ans rue Ligner, entre la rue de Bagnolet et les murs du Père-Lachaise. Ce lycée, qui cohabitait avec le lycée Charles De Gaulle (fermé à son tour en 2023), a disparu depuis 1995. Il semble que les demandes sur les matières enseignées (essentiellement dessin industriel en mécanique et électronique générale) aient été alors en baisse et transférées vers d’autres établissements du 20e.

Brevetée dès 1925, cette aviatrice jongle également avec les performances et les records. Elle aussi est engagée sur la question du vote des françaises. Elle côtoie Maryse Hilsz dans les éphémères corps féminins de l’armée de l’air créés en 1940 puis en 1946. Pendant la guerre, elle intègre la Croix-Rouge où elle collecte du renseignement au bénéfice des Alliés. Au cours de cette activité, elle contracte une grave blessure au coude qui va désormais l’empêcher de piloter. C’est en tant que passagère qu’elle trouve la mort en 1952 à bord du prototype de l’avion « Noratlas » durant un meeting aérien sur l’aéroport de Lyon-Bron.



  • Une rue, un groupe scolaire et un centre sportif

Une rue Maryse Hilsz (1901-1946), autre pionnière, a été ouverte en 1957 entre la Porte de Montreuil et la rue de Lagny. Il y a également un stade et un groupe scolaire à son nom dans cette rue. Cette femme d’exception avait commencé une carrière de parachutiste en faisant le même jour son premier saut et son baptême de l’air ! À partir de 1930, elle multiplie les records de vitesse et de distance en avion. Incorporée dans l’armée de l’air en 1939, elle entre dans la résistance en 1941. De nouveau militaire après la fin des hostilités, elle trouve malheureusement la mort début 1946 dans la région de Bourg-en-Bresse. Les commandes de son Siebel s’étaient bloquées à cause du mauvais temps.



  • Une toute petite rue

Non loin de la station Adrienne Bolland, une rue commémore l’américaine Bessie Coleman (1892-1926). Si sa renommée est moindre, elle fut pourtant la première femme d’origine afro-américaine à pouvoir piloter et détenir une licence de pilote, décrochée en 1921. C’est en France qu’elle obtint cette licence, après avoir été éconduite de toutes les écoles américaines. Elle trouva la mort accidentellement à Jacksonville (Floride, États-Unis) en préparant une démonstration de parachutisme. C’est en 2015 qu’il fut décidé de lui attribuer une petite voie entre le Périph’ et la limite de Paris, dans le secteur dit « Paul-Meurice ».



  • Deux oubliées de marque

Toutefois, deux autres héroïnes de l’air mériteraient de figurer parmi cette escadrille.

Sophie Blanchard (1778-1819) est connue comme pensionnaire perpétuelle du Père-Lachaise (13e division, en plein « Carré des Musiciens »). C’est au tout début du 19e siècle qu’elle a eu son heure de gloire dans le domaine de l’aérostation, en effectuant de nombreuses ascensions et représentations. Son ballon s’est écrasé, rue de Provence, après s’être enflammé lors d’une démonstration de feu d’artifice aérien.

Elle poursuivait l’œuvre commencée avec son mari, Jean-Pierre Blanchard, qui avait été le premier aéronaute à traverser la Manche en ballon, dès 1785. C’est ce dernier qui bénéficiera d’une rue à son nom dans le 20e arrondissement, ouverte en 1933 sur l’emplacement du bastion n°13 des anciennes fortifications, non loin de l’actuelle station de tramway « Marie de Miribel ». Cette rue ne mériterait-elle pas d’être rebaptisée « Rue Sophie-et-Jean-Pierre-Blanchard » ?

Quant à Élisa Deroche (1882-1919), elle a tout simplement été la première femme à obtenir une licence de pilote dès 1910. Elle avait connu auparavant une carrière théâtrale assez réussie sous le pseudonyme de « Baronne Raymonde de Laroche ». Elle aussi trouva la mort très jeune, lors d’un vol d’entraînement. Le Caudron dans lequel elle avait pris place comme passagère s’abîma dans la baie de Somme. Sa nécrologie, publiée à l’époque dans le Petit Journal, indiquait que l’accès à une escadre de combat lui avait été refusé au début de la Grande Guerre. En attendant d’être un jour, peut-être, saluée comme il se doit par le 20e, elle a atterri… au Père-Lachaise (92e division).


Tombe d’Élisa Deroche au Père-Lachaise - Photo PB

Tombe d’Élisa Deroche au Père-Lachaise – Photo PB

On n’oubliera pas que ces femmes volantes, qui étaient tout sauf dans les nuages une fois descendues de leurs machines, furent aussi des héroïnes en militant pour les droits des femmes ou en s’engageant activement dans la Résistance. En les honorant, la Ville de Paris, son 20arrondissement et aussi la RATP ont bien joué… les filles de l’air.

↑[1] Bouchard n’a pas très bonne presse dans la profession. Il avait choisi le mauvais camp durant l’Occupation.

↑[2] Le capitaine Tarron avait publié en 1902 une « Étude sur un nouveau pont militaire pour la réparation des grandes brèches et le franchissement des torrents » qui semble avoir connu un certain écho.


Avril 2026

Ces articles devraient aussi vous intéresser

Le 20e, arrondissement de l’aéronautique !

La CNT de Barcelone à la rue des Vignoles

Saint-Jean-Bosco va ressusciter !

Un mystère du mausolée Demidoff enfin éclairci

Les Kabyles du XXème

L’invention sociale ou la croisade d’Ambroise Croizat

La Porte de Montreuil : un passé pour quel futur ?

L’histoire du télégraphe optique des hauts de Belleville.

L’église Notre Dame de la Croix de Ménilmontant, histoire et architecture.

Histoire des vignes du plateau de Ménilmontant

Un vrai Bellevillois, Henri Krasucki

La lente intégration de l’Est parisien à Paris après l’« annexion » de 1860

Femmes dans la Commune … un engagement fort

1955, la rue du Groupe-Manouchian

Histoire des lignes de métro 3 et 3bis

Le premier maire du 20e arrondissement : Léon Morel-Fatio

Trois cents ans d’histoire du pavillon Carré de Baudoin

La ferme urbaine de Charonne

Eugène Belgrand et l’Est parisien

L’histoire du crématorium-columbarium du Père-Lachaise

Souvenir du 20e industriel, l’ensemble Continsouza

Les châteaux du 20e arrondissement

Chapeaux, casquettes et chapeliers dans l’Est parisien

La Commune de 1871. Une relecture : entretien avec les auteurs du livre

Plongez dans le Belleville du début du siècle

Le 10 août 1903 : la catastrophe du métro Couronnes

Les transports ferroviaires dans le 20ème

Le territoire de Charonne des origines à 1800

La Petite Ceinture dans le 20ème arrondissement

La Semaine sanglante dans le 20ème

Les origines du logement ouvrier dans le 20ème

Le quartier de la Réunion des origines à aujourd’hui

1918 et après ? Commémorer les morts dans le 20ème arrondissement

Le pasteur Sully Lombard

Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau

La rue des Pyrénées