La rue des Pyrénées

La rue des Pyrénées

par Philippe Dubuc de l’AHAV

 

Avec ses 401 numéros et ses 3 515 mètres, la rue des Pyrénées qui traverse du nord au sud les 19ème et 20ème arrondissements est la seconde rue de Paris par sa longueur. Elle s’appela, dans sa partie nord, rue de Puebla jusqu’en 1877.

Le Parisiana-Cinéma au 373 rue de Pyrénées

Le Parisiana-Cinéma au 373 rue de Pyrénées

Les origines

La loi sur « l’extension des limites de Paris » est votée par le Corps législatif le 26 mai 1859. Elle étend Paris jusqu’aux fortifications. Paris double sa superficie, gagne près de 350 000 habitants et passe de 12 à 20 arrondissements. Les premières années les travaux du baron Haussmann concernent principalement le centre de Paris. La plupart des routes des villages avoisinant Paris allaient vers la grande ville, par exemple, pour aller du village de Charonne à celui de Belleville, il fallait emprunter des sentiers mal entretenus, alors il est apparu très vite la nécessité d’avoir une rue transversale partant du cours de Vincennes et allant jusqu’au parc des Buttes-Chaumont pour relier les communes de l’est parisien, on l’appellera rue de Puebla puis rue des Pyrénées. Le décret d’utilité publique de cette nouvelle rue date de 1862.

Pourquoi « rue de Puebla » ?

L’expédition du Mexique est une désastreuse expédition militaire décidée par Napoléon III qui eut lieu de 1861 à 1867 et avait pour objectif de mettre en place au Mexique un régime favorable aux intérêts français. La région de Puebla fut le lieu de combats acharnés. La première bataille de Puebla s’est déroulée le 5 mai 1862 autour de la ville de Puebla, entre les armées mexicaines, et celles du Second Empire. Malgré une armée considérée comme inférieure, les Mexicains ont remporté la victoire.
L’année suivante les forces françaises ont assiégé Puebla de mars à mai 1863. Le siège se conclut par une victoire française et la livraison de la ville par les Mexicains. En avril 1867, les troupes mexicaines reprennent possession de Puebla.
On comprend qu’il n’y a pas lieu de se glorifier de ces batailles et le nom de Rue de Puebla fut, à la chute de l’Empire, changé par les républicains en rue des Pyrénées en 1877.

Menuiserie 83 rue des Pyrénées

Menuiserie Muller – bois de sciage – 83 rue des Pyrénées

La réalisation

Les expropriations commencent en 1866, elles sont difficiles car ce territoire est constitué de parcelles d’origine agricole, longues et étroites.
Le chantier est difficile car il y a une forte pente entre le bas de la rue des Pyrénées et la place Gambetta et il faut que les voitures à chevaux puissent faire la montée. Il est donc décidé de faire une importante tranchée pour que la pente soit acceptable. En outre des éboulements seront nombreux vers 1870 et des affaissements de la voie se produiront en raison d’excavations en sous-sol dues probablement à des anciennes carrières. Entre Ménilmontant et Belleville, la voie est à flanc d’un coteau à très forte pente, ce qui nécessitera des ouvrages de soutènement et la création d’escaliers.

Le passage des soupirs

Le passage des soupirs

La rue mettra du temps à prendre sa forme actuelle car les terrains se vendent mal et parce que les propriétaires n’ont pas d’obligation de construire mais doivent uniquement clôturer leur terrain par un mur. Il y aura donc longtemps une alternance d’immeubles, de petites maisons et de terrains vierges.

Quelques endroits marquant de la rue des Pyrénées



La barricade du 268 rue des Pyrénées

Barricade du boulevard Puebla

Barricade du boulevard Puebla

Après les premières défaites des insurgés, la résistance continue dans l’est et le nord de Paris.
Les communards bâtissent des barricades constituées de pavés, fûts, gabions, fascines et grilles d’arbres, qui sont d’une faible résistance contre les canons des Versaillais. Une photo anonyme nous montre la barricade de la rue des Pyrénées. Sur une étiquette manuscrite à l’encre rouge, contrecollée sur la planche en bas de l’image : il est écrit « Barricade du Boulevard Puebla, hauteurs de Ménilmontant. 18 mars 1871. ». Cette barricade tombe en mai 1871 et 68 communards y trouvent la mort. Le 28 mai marque la fin des combats dans Belleville.

Le Pont Ramus



Le médaillon du pont Ramus

Le médaillon du pont Ramus

Les habitants du quartier se plaignent de la profonde tranchée de la rue des Pyrénées qui rendait très difficile le passage entre la rue des Rondeaux et la rue Stendhal. Ils finissent par obtenir la construction d’un pont en arc qui sera inauguré en 1900. Il porte le nom du philosophe Pierre de la Ramée, dit Ramus (1515-1572)

La Place Gambetta


Le découpage artificiel des 19e et 20e arrondissement nécessitait d’organiser l’espace urbain et de donner un centre au 20e arrondissement. La place fut décidée en 1862 sur un terrain ne comprenant que des prés et des maisons de campagne et réalisée à partie de 1870. L’architecte Salleron conçut une place hexagonale faisant se croiser six rues et avenues. Elle changea trois fois de nom, appelée Place Puebla, elle devient Place des Pyrénées avant de prendre finalement le nom de Place Gambetta.

Après bien des changements, le projet retenu en 1986, pour orner le centre de la place, est celui du maitre verrier Rousselet. Le projet, réalisé en 1992, est constitué de lames de verre enchâssées dans une structure en acier avec des jets d’eau.

L’église St-Gabriel au 5 de la rue des Pyrénées


A la fin du 19e siècle la population du quartier du Petit-Charonne était ouvrière et une grande pauvreté y régnait. En 1911, on transforme un hangar à pommes de terre en une petite chapelle dédiée à sainte Cécile. Par la suite, l’usine à gaz du Cours de Vincennes est démolie, ce qui libère plusieurs terrains dans le quartier. En 1932, le cardinal Verdier, décide la construction d’une église dédiée à sainte Cécile à la place de la chapelle, Louis Mercier en étant l’architecte. Les travaux sont en partie financés par un don important de la veuve de Gabriel Dumay. En remerciement, l’église est dédiée à saint Gabriel.

Le lycée Hélène Boucher



Lycée Hélène Boucher, le hall d'entrée.

Lycée Hélène Boucher, le hall d’entrée.

Le lycée Hélène-Boucher est construit en 1935 sur le terrain de l’usine à gaz du Cours de Vincennes. Il est conçu par l’architecte Lucien Sallez dans le style « art déco » de l’époque. De très belles fresques ornent le hall d’entrée. Le lycée Hélène-Boucher fut réservé aux filles pendant plus de 40 ans, il est, comme tous les lycées, devenu mixte en 1972.

Le Temple de Béthanie au 185 de la rue des Pyrénées



Le temple de Béthanie

Le temple de Béthanie

Il sera construit à partir de 1902 sur un terrain acquis par le pasteur Robin, pasteur de Belleville, sous l’impulsion de Sully Lombard. Le temple de Charonne est inauguré le 27 mars 1904 et adopte dès 1907 le nom d’Église réformée évangélique de Béthanie.
Le bâtiment, construit sur un terrain de 348m2, comprend le temple avec deux annexes sur les côtés où sont installées les écoles des filles et des garçons.

Le Carré de Baudoin



Le Pavillon Carré de Baudoin

Le Pavillon Carré de Baudoin

A l’angle avec la rue de Ménilmontant, se trouve le Carré de Baudoin. Le pavillon est une maison de plaisance, une folie, construite au XVIIIe siècle comme lieu de plaisir et de villégiature. L’un des premiers propriétaires, Nicolas Carré de Baudouin, en hérita en 1770, et demanda à l’architecte d’y adjoindre une façade palladienne en péristyle avec quatre colonnes de style ionique. Le lieu, qui a été converti en un espace culturel ouvert au public en 2007, est géré par la ville de Paris et la mairie du 20e.

La poste au 250 de la rue des Pyrénées



La poste centrale du 20e

La poste centrale du 20e

La construction du bureau central du 20e fut confiée à Paul Bessine (1869-1950) architecte de l’administration des Postes et Télégraphes (PTT), il réalise à ce titre de nombreux hôtels des postes et centraux téléphoniques à travers la France. La façade en briques, qui date de 1934, est en style art déco.

Le hall d’entrée est orné par un décor mural évoquant les thèmes de la poste et de l’Aéropostale, réalisé par le sculpteur français d’origine biélorusse Ossip Zadkine (1890-1967).

Février 2003

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