Le lycée Hélène Boucher
par Philippe Dubuc de l’AHAV
L’éducation des filles
Au XVIIIe siècle la religion est très importante dans l’éducation des filles des milieux aisés. On apprend aux filles les travaux domestiques et la lecture pour qu’elles lisent la Bible et élèvent leurs enfants chrétiennement. A la Révolution française, rares sont les députés, comme Nicolas de Condorcet, qui sont favorables à une éducation égale pour les filles car la plupart souhaitent les confiner aux tâches domestiques. Les lycées sont créés par Napoléon Bonaparte en 1802 pour former « l’élite de la nation », ils sont évidemment interdits aux femmes et aux filles.
Il faudra attendre la monarchie de Juillet pour que commence à se développer véritablement l’instruction publique des jeunes filles.
Le 15 mars 1850, sous la Deuxième République, la loi Falloux oblige les communes de plus de 800 habitants à entretenir une école de filles. L’enseignement secondaire est encore interdit aux filles. En 1887 les maternelles deviennent mixtes, sous l’influence de Pauline Kergomard, favorable à « l’éducation en commun ».
Il faudra attendre les années 1970 pour que la mixité commence. Elle sera rendue obligatoire par les décrets d’application de la loi Haby du 28 décembre 1976 dans l’enseignement primaire et secondaire.
Hélène Boucher

Hélène Boucher
Hélène Boucher, est née en 1908 à Paris, et est morte en 1934 à l’âge de 26 ans. Hélène Boucher décide de devenir aviatrice afin de venger la mort d’un ami de son frère, le pilote d’essai Jean Hubert. Elle passe son baptême de l’air, à l’âge de 22 ans et obtient son brevet de pilote professionnel à 24 ans.
En août 1933, elle obtient le record féminin d’altitude avec 5900 m.
En septembre 1933, elle se lance dans l’acrobatie aérienne, son moniteur déclare au terme de sa formation : « Dans quelques mois, elle sera la meilleure acrobate du monde !».
Elle s’engage dans le combat féministe pour le vote des femmes.
En 1934, elle remporte le record international de vitesse toute catégorie sur 100 km à 412 km/h et le record des 1 000 km à la moyenne de 409 km/h. Le 30 novembre 1934, Hélène Boucher se tue lors d’un vol d’entraînement sur l’aérodrome de Guyancourt.
Un hommage national lui est rendu à la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Elle est la première femme à recevoir un tel honneur.
Le lycée Hélène Boucher
Le lycée Voltaire est inauguré le 13 juillet 1891 par le président Sadi Carnot. C’est le seul lycée du nord-est parisien et, bien entendu, il est réservé aux garçons.
Il faudra attendre les années 1930 pour que soit prise la décision d’ouvrir enfin un lycée pour les filles.
Des usines à gaz étaient construites dans Paris. On en comptait onze en 1906 alimentant près de 2 millions de becs à gaz. L’une était située dans le 20e sur un grand terrain le long du cours de Vincennes. Une usine à gaz produit du gaz de ville utilisé pour l’éclairage et le chauffage, généralement à partir de charbon. Ces usines génèrent de fortes pollutions industrielles, en partie liées aux résidus de la combustion du charbon et de graves explosions eurent lieu. Grâce à l’usage de plus en plus fréquent de l’électricité qui remplace le gaz, et aux plaintes des habitants, on décide de démolir les usines situées dans une agglomération.
Ce terrain était donc idéal pour construire, à la suite d’un décret demandant « un lycée national de jeunes filles qui recevra des externes libres, des externes surveillées et des demi-pensionnaires », le nécessaire lycée de filles de l’est parisien.
Sur une autre partie du terrain seront ultérieurement construits le square Réjane, l’église Saint-Gabriel et d’autres bâtiments.

Le lycée Hélène Boucher
Le lycée Hélène-Boucher a été conçu par l’architecte Lucien Sallez dans le style « art déco » de l’époque. Lucien Sallez est nommé architecte en chef des Monuments Historiques de 1906 à 1937.
L’Art déco est une réaction à l’Art nouveau qui avait eu tant de succès à la fin du 19e siècle.
L’Art nouveau s’inspire du monde végétal et animal, la ligne droite est ignorée, de nombreux détails et ornements sont présents. On attache beaucoup d’importance à la lumière naturelle et on y trouve beaucoup de vitraux et d’éléments colorés.
Avec l’Art déco on revient à la rigueur en donnant la priorité à la fonction et à la structure sur le traitement formel et décoratif. Pour cette raison on parle aussi d’Art rationaliste. Le lycée Hélène Boucher est un bon exemple de l’Art déco qui a succédé à l’Art nouveau.

Buste d’Hélène Boucher dans le hall d’entrée
Le bâtiment
Les travaux ont commencé en 1935, ils furent ralentis par la présence de deux gazomètres et par des émanations de gaz dans le sol sablonneux du terrain. Le lycée fut inauguré en 1938, bien que les travaux ne soient pas terminés.
La surface du terrain de 8500m2 a permis une cour centrale spacieuse de 4000m2. Le plan du lycée est en fer à cheval et s’étend sur une longueur de 120 mètres.
La façade sur le cours de Vincennes est composée d’un bâtiment bas, surélevé en sa partie centrale où est situé le pavillon d’entrée. Deux grandes ailes situées le long de la rue des Maraîchers et de la rue des Pyrénées et une troisième aile rue de Lagny ferment la composition. Les circulations verticales se situent aux quatre angles, ainsi qu’au centre des deux ailes les plus longues. Deux ascenseurs réservés au personnel complètent les escaliers et de larges couloirs distribuent les classes.

Coupole au dessus de l’entrée
Une cinquantaine de classes et salles de réunion se répartissent sur quatre niveaux. Elles sont disposées côté cour pour échapper aux bruits de la ville, desservies par un couloir latéral placé côté rue et percées par des baies en bandeau. Les fenêtres hautes et rectangulaires laissent entrer la lumière grâce à l’absence de croisillons et une structure extrêmement fine en fer forgé. Le cinquième étage est occupé par les logements du personnel, des terrasses et les salles de dessin.
La construction est entièrement en béton armé. Afin de donner une teinte rosée au revêtement, un mélange de béton et de fragments de marbre et porphyre concassés est coulé dans les coffrages. Les lignes et volumes géométriques confèrent à l’ensemble une silhouette moderne qui s’apparente aisément à l’image du grand paquebot, fréquemment invoquée pour caractériser les réalisations de l’Art déco.
Le bâtiment est occupé par les Allemands en 1940, une partie des enseignantes est exclue car elles étaient juives et de nombreuses élèves sont déportées avec leur famille.
La décoration
La direction du programme décoratif et iconographique est confiée à Edmond Sigrist (1882-1947), secrétaire du salon d’Automne.
- La fresque centrale, du peintre Edmond Sigrist, représente des jeunes filles en visite au zoo de Vincennes, devant le rocher aux singes et les flamants roses.
- Les fresques latérales, de Frédéric Deshayes (1897-1980) et Pierre Clairin (1883-1970), se partagent la décoration des murs latéraux, scénographiant des jeunes filles se baignant dans le lac de Saint-Mandé et un pique-nique devant le château de Vincennes.

Fresque de Frédéric Deshayes dans le hall d’entrée
- Dans le réfectoire se trouve une fresque de Charles Picart le Doux qui représente le Lac Daumesnil et son temple d’amour.

Vitraux de Louis Barillet au dessus des portes d’entrée
L’atelier de Louis Barillet (1880-1947) réalise une grande baie tripartite pour éclairer le vestibule, dans un mur courbe couronné par une corniche saillante : la déesse grecque Athéna de la sagesse et de la guerre, coiffée d’un bonnet phrygien est entourée des Arts et des Sciences.
Les ferronneries viennent de l’entreprise Borderel et Robert pour la porte d’entrée monumentale et l’escalier principal, avec un motif abstrait de boucles et de pointes.

Ferronneries signées Raymond Subes sur la porte d’entrée
Aujourd’hui
Le lycée Hélène-Boucher fut réservé aux filles pendant plus de 40 ans, il est, comme tous les lycées, devenu mixte en 1972.
La cité scolaire Hélène Boucher comprend, outre la partie lycée, une partie collège. Les 1800 élèves viennent essentiellement des 12e et 20e arrondissement. Le lycée comprend des classes préparatoires aux grandes écoles dans le domaine littéraire, économique et commercial.

Le hall d’entrée du lycée Hélène Boucher
Juin 1992

AHAV PARIS (ASSOCIATION D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DU XXème ARRONDISSEMENT)