Une enfant de Belleville, Édith Piaf

Une enfant de Belleville, Édith Piaf

par Philippe Dubuc de l’AHAV

 

Il arrive fréquemment quand je me promène dans mon parc favori, le cimetière du Père-Lachaise, que l’on me demande où se trouve la tombe d’Édith Piaf. C’est une tombe modeste, toujours fleurie et l’une des plus visitées de notre magnifique cimetière.
Édith n’a pas toujours vécu à Belleville mais elle a en gardé l’accent, la gouaille, et l’esprit populaire des Bellevillois.
Elle est vraiment un enfant de ce quartier lequel, à l’époque de sa naissance, était pauvre et populaire.

Édith Piaf, dont le nom est Édith Giovanna Gassion, est née le 19 décembre 1915 et a vécu sa petite enfance au 72, rue de Belleville (XXe). Une plaque, apposée sur l’immeuble en 1966, trois ans après la mort de l’artiste, indique : « Sur les marches de cette maison naquit le 19 décembre 1915 dans le plus grand dénuement, Édith Piaf, dont la voix plus tard devait bouleverser le monde. »
C’est inexact, car elle est née dans la maternité de l’hôpital Tenon, rue de la Chine (XXe). Elle fut baptisée le 15 décembre 1917, à l’église Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville (XIXe), là même où un hommage lui fut rendu 50 ans après sa mort.

Une famille de saltimbanques

Toute la famille travaille dans le monde du spectacle.

Louis Alfonse Gassion, le père d’Édith Piaf, né en 1881 et mort en 1944, est un artiste de cirque antipodiste et contorsionniste. Ses tantes sont acrobates, son grand-père est écuyer dans un cirque, sa grand-mère est la patronne d’une maison close en Normandie.

Du côté maternel, sa grand-mère Emma est la fille de Saïd Ben Mohamed, un acrobate de cirque. Emma est, elle aussi, une artiste de cirque connue pour un numéro de puces sauteuses.

La mère d’Édith Piaf, Annetta Maillard, a commencé à travailler dans le cirque comme acrobate et écuyère, puis elle s’est tournée vers le chant. Elle devint chanteuse de cabaret avec une magnifique voix rauque. Arletty raconte : « Ce n’était pas la mère qui avait la voix de la fille, c’était la fille qui avait la voix de la mère » Elle ne connaîtra pas le succès et mourra usée par la misère et une consommation excessive d’alcool et de drogues. Elle chantait le soir dans des cabarets du quartier et, pour cette raison, dût confier sa fille à sa mère qui s’est occupée d’elle.

Une enfance misérable

Jusqu’à deux ans, Édith vit rue de Rébeval (XIXe) chez sa grand-mère maternelle qui s’occupa peu d’elle. Puis son père la reprend et la confie à sa grand-mère paternelle qui tient une maison close à Bernay en Normandie. C’est semble-t-il une période assez heureuse pour la petite Édith car elle est choyée par les prostituées qui l’aiment bien. Son père, Louis Gassion la reprend ensuite avec lui quand elle a sept ans.

Elle vit alors avec lui une vie d’artiste itinérant, vivant dans une caravane, jouant dans de petits cirques ou dans la rue. Très rapidement son père, qui a reconnu son talent vocal, la fait chanter, dès ses neuf ans, après son numéro.

Chanteuse de rue

Elle a quinze ans quand, en 1930, elle quitte son père et vit avec une amie de son âge Simone Berteaut, fille d’une concierge à Ménilmontant, dite Momone.

Elles chantent en duo dans les rues. Le plus souvent Édith Piaf chante et Simone Berteaut fait la quête. Elles vivent de l’argent qu’elles gagnent, habitent dans une chambre et partagent le même lit. En 1932, elle rencontre son premier grand amour, Louis Dupont dit P’tit Louis, garçon-livreur. Tous les deux vivent quelque temps au 105, rue Orfila.
Édith Piaf tombe enceinte mais continue à chanter à l’aide d’un porte-voix. Elle donne naissance à une fille Marcelle en 1933, à l’hôpital Tenon, elle a alors 18 ans. Puis elle est engagée au « Juan Les Pins », cet emploi est nocturne et Piaf chante dans les rues le jour emmenant son bébé et Momone avec elle. La petite fille d’Édith Piaf, Marcelle, succombe d’une méningite foudroyante à l’âge de deux ans et demi.

Vedette de Music-hall

En 1935, elle est découverte par Louis Leplée alors qu’elle chantait dans la rue. Il l’engage dans son cabaret et devient son mentor, une sorte de second père.

Il choisit son nom d’artiste « la môme piaf » car elle est petite et menue et parce que « piaf » est dans le langage parisien, un moineau.

En 1936, son premier disque connaît un succès public et critique immédiat. Son talent et sa voix très spéciale sont vite remarqués et c’est le début d’une carrière remarquable. Elle chante à l’Alhambra, à Bobino et sur Radio Cité. Le compositeur Raymond Asso la fait travailler et devenir une remarquable chanteuse. Elle n’est plus « la môme piaf » elle est devenue «Édith Piaf».

En mars 1937, Édith Piaf entame sa carrière de music-hall à l’ABC alors le plus prestigieux des music-halls parisiens et est rapidement reconnue comme une immense vedette de la chanson française, aimée du public. Elle enregistre des disques et ses chansons sont largement diffusées à la radio.

Elle triomphe à Bobino, ainsi qu’au théâtre, dans une pièce spécialement écrite pour elle par Jean Cocteau, qu’elle interprète avec succès avec son compagnon du moment, le fantaisiste de cabaret Paul Meurisse. Elle tourne aussi dans des films.

Édith Piaf en 1939 (photo studio Harcourt)

Édith Piaf en 1939 (photo studio Harcourt)

Après la guerre son succès dépasse la France et elle devient une grande vedette internationale, notamment aux États-Unis à partir de 1947.
Elle fera un triomphe au Carnegie Hall de New-York où elle reviendra plusieurs fois.

Édith Piaf n’est pas uniquement une chanteuse, mais aussi une grande parolière qui écrit plus de 80 chansons, la première « Il y a des amours » en 1940 et la dernière « Le Chant d’amour » en 1963. Parmi les chansons qu’elle a écrites, les plus célèbres sont « Hymne à l’amour » et « La vie en rose » sur une musique composée par sa grande amie Marguerite Monnot.

Une grande amoureuse découvreuse de talents

Les artistes de grand talent qu’elle a découvert et qui furent souvent ses compagnons, sont nombreux. Par exemple, Yves Montand qu’elle va aider dans sa carrière à partir de 1944, Charles Aznavour, Gilbert Becaud, Moustaki, Eddie Constantine, les « Compagnons de la chanson » et enfin son dernier mari Théo Sarapo.

L’une de ses chansons les plus célèbres « Hymne à l’amour », est à l’’image de sa vie amoureuse et tourmentée et de ses nombreux mariages et compagnonnages. Une tragédie qui l’a profondément marquée est la mort de son amant Marcel Cerdan dans un accident d’avion, en 1949, alors qu’il retournait la rejoindre à Paris.

Elle écrivit dans une lettre à Tony Renaud :

Dans l’amour on ne s’applique pas à être bien, non, on aime avec de la douleur, de la joie mais surtout jamais de plat ! Si l’on ne tremble pas du matin jusqu’au soir alors c’est raté !

L’enterrement au Père Lachaise

Édith Piaf meurt à l’âge 47 ans le 10 octobre 1963 près de Grasse. Elle est usée par les excès, l’alcool, la morphine et une polyarthrite rhumatoïde soignée avec de hautes doses de cortisone.
Ses derniers mots auraient été :

Chaque putain de chose qu’on fait dans cette vie, on doit la payer.

Son ami Jean Cocteau a déclaré :

Je n’ai jamais connu d’être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait, elle en jetait l’or par les fenêtres

Tombe d’Édith Piaf au Père Lachaise

Tombe d’Édith Piaf au Père Lachaise

Le convoi funèbre jusqu’au cimetière du Père Lachaise est salué par une foule énorme, des milliers de personnes, dont son amie Marlène Dietrich, viennent lui rendre un dernier hommage au cimetière.

Piaf est embaumée avant d’être enterrée avec des objets fétiches de la chanteuse à côté du cercueil, dont une statuette de sainte Thérèse de Lisieux qu’elle a toujours vénérée.
Dans le caveau reposent également sa fille Marcelle, son père Louis Gassion, et plus tard également son second mari, Théo Sarapo, tué à 34 ans dans un accident de voiture.

Son souvenir reste omniprésent à Belleville et des soirées Piaf sont organisées tous les mardis au restaurant Musette, Le Vieux Belleville, rue des Envierges (XXe).

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