Les fouilles archéologiques du 20e arrondissement

Dans le prolongement des Journées Européennes du Patrimoine, ce deuxième article fait suite à celui sur L’archéologie dans le patrimoine parisien. Il nous fait connaître les quelques richesses archéologiques dans le 20e.

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Les diagnostics et les fouilles archéologiques préventives sur le territoire parisien sont réalisés par le Pôle archéologique du Département d’Histoire de l’Architecture et d’Archéologie de Paris (DHAAP). Environ 2 000 découvertes archéologiques ont été répertoriées à Paris et une carte interactive archéologique a été élaborée.
Un inventaire actualisé des découvertes archéologiques est régulièrement enrichi et mis à disposition des chercheurs et du grand public.

La carte archéologique de Paris

L’examen de la carte archéologique de Paris nous montre que très peu de fouilles ont été faites dans le 20e. On peut aisément le comprendre, le territoire qui est devenu le 20e arrondissement comprenait en effet des terres agricoles, beaucoup de vignobles ainsi que trois principaux villages : Charonne, Ménilmontant, Belleville et des hameaux.

Rares découvertes dans le 20e

Carte des points archéologiques dans Paris-DHAPP

Rappelons que trois châteaux et leurs parcs étaient situés sur ce territoire : celui de Charonne, de Saint- Fargeau et de Bagnolet, ainsi que des maisons de campagne (des folies) pour des bourgeois parisiens. Les châteaux et les maisons de campagne ont été pour la plupart démolies à une époque où on s’intéressait peu à l’archéologie.

Avant la construction de la petite ceinture, aucune fouille préventive qui aurait pu nous apprendre beaucoup sur l’histoire de ce territoire n’a été réalisée.
On ne peut donc plus retrouver les traces des constructions qui existaient dans un lointain passé à ces emplacements.

Les fouilles effectuées dans le 20e

Ces fouilles sont peu nombreuses et la plupart récentes, elles ont donné peu de résultats très intéressants.

– Au 16 rue du repos, cinq cercueils de plomb superposés (dont un du XVIe siècle) avaient été mis au jour devant le bureau de la conservation du Cimetière du Père Lachaise, lors du creusement d’une sépulture. Sur l’un d’eux se trouvait encore une plaque de cuivre portant une inscription gravée et accompagnée d’armoiries, relative à « Robert Fusée, escuier seigneur de Champdevi, d’Assy, Genoully… escuier ordinaire des escuries des Roys Henri 3 et 4 », mort en 1593, enterré à Sainte-Croix, puis transféré par les soins de son fils chez les Carmes en 1608.

Points des découvertes locales

Découvertes archéologiques dans le 20e-extrait du plan DHAPP

– Boulevard Davout on a trouvé des vestiges du bastion n° 14 de l’enceinte dite de Thiers, érigée dans les années 1840.

– Au 9 rue Serpollet, le diagnostic mené du 11 au 13 juin 2018 sur une emprise de 996 m², dans le cadre de l’aménagement de la piscine Serpollet par la mairie de Paris, a permis de dégager un nouveau tronçon de l’enceinte de Thiers.

– Chaussée de Ménilmontant, une hache en grès datée du Néolithique y a été trouvée.

– L’opération de fouille la plus riche en enseignements est celle du chœur de l’église Saint-Germain de Charonne. Elle a permis de constater les premières traces d’occupation sur le versant sud de la butte de Ménilmontant, à l’époque carolingienne. Il s’agit de fait du premier témoignage concernant l’existence du village de Charonne.

La destruction opportunité des fouilles

L’enceinte de Thiers à Paris avant sa destruction en 1919

Nous sommes très probablement en présence d’une nécropole isolée jusqu’à la création de l’église au XIIesiècle.

Le diagnostic archéologique mené dans la cour de l’école Saint-Germain de Charonne, mitoyenne au cimetière de l’église de Charonne, n’a pas livré les résultats espérés. Aucune trace d’habitat et aucune sépulture n’y ont été trouvées, ce qui laisse supposer que les vestiges du haut Moyen Âge ne se trouvent que dans un périmètre très proche de l’église et à l’intérieur de celle-ci.

Espérons que les prochaines fouilles qui seront faites à la suite des nouvelles constructions du quartier amèneront des découvertes nous en apprenant davantage sur notre histoire ancienne.

DAVOUT, un boulevard pour un maréchal

Au pied de la piscine Yvonne Godard, règne comme un air de vacances prolongées… Les chaises longues colorées du Théâtre de la Colline invitent à savourer les derniers rayons du soleil même s’ils sont parfois frisquets… Jusqu’au 16 octobre, dans le cadre de la programmation « hors les murs » du Pavillon Carré de Baudouin (en travaux jusqu’au début 2023), le Théâtre national de la Colline a donné mandat au Collectif OS’O de présenter un spectacle intitulé « Boulevard Davout ».

Horaires des représentations : du mercredi au vendredi à 18h30, samedi à 14h30 et 18h30 et dimanche à 11h et 15h. Durée estimée : 1h50

Ce spectacle original est inspiré par le 20e arrondissement et les légendes urbaines qui se sont imposées comme une matière racontant ce quartier. Ainsi, les spectateurs déambulent au cœur de contes mêlant l’intime au social et le fantastique au réel. À chaque fois, le merveilleux et l’étrange bousculent la vie des protagonistes loin des scénarios attendus.

Rassemblement avant diffférents départs

Colline hors les murs-chaises longues, lieu de départ du spectacle-photo PG.

Vous me direz : alors, quoi de commun entre cette déambulation théâtrale aux échos très contemporains, un brillant compagnon d’armes de Napoléon Ier et une portion du boulevard des Maréchaux qui s’étire depuis 1860 aux marges de notre arrondissement ? a priori rien… sauf notre imaginaire peut-être.

Un maréchal d’Empire invaincu

La partie des boulevards des Maréchaux comprise entre les portes de Vincennes et de Bagnolet, en bordure du 20e arrondissement, est dédiée au maréchal Louis Nicolas d’Avout puis Davout (1770-1823).

Issu d’une famille de petite noblesse d’épée, Davout fait ses premières armes sous l’Ancien Régime avant d’embrasser les idées révolutionnaires. Dès 1791, il est chef de bataillon des volontaires de l’Yonne et ne tarde pas à prendre du galon : général de brigade en juillet 1793, il participe à la campagne d’Egypte sous les ordres de Bonaparte et est promu général de division en 1800. Il inaugure son nouveau commandement en prenant la tête de la cavalerie de l’armée d’Italie. Devenu empereur, Napoléon élève Davout à la dignité de maréchal d’Empire en 1804.

Portrait du Maréchal Davout

Le maréchal Louis Nicolas Davout, duc d’Auerstaedt et prince d’Eckmühl, de Tito Marzocchi de Bellucci d’après Claude Gautherot, 1852, château de Versailles

Davout joue un rôle majeur sur les champs de bataille napoléoniens, notamment à Austerlitz en 1805 et à Auerstaedt en 1806, où il met en déroute la principale armée prussienne. Ensuite, il se distingue à la bataille d’Eylau (1807), avant d’être gouverneur général du duché de Varsovie. Commandant en chef de l’armée d’Allemagne en l’absence de l’Empereur, il participe brillamment à la campagne d’Allemagne et d’Autriche (1809) à l’issue de laquelle il reçoit le titre de prince d’Eckmühl. Employé en Russie, où il dirige le Ier corps, puis en Allemagne après la retraite des troupes françaises, il s’enferme dans Hambourg et parvient à résister aux attaques des armées alliées jusqu’à la chute du régime impérial. Pendant les Cents-Jours, il se rallie à Napoléon revenu de l’île d’Elbe, qui le nomme ministre de la Guerre. Il supervise les travaux de fortification de Paris avec le général Haxo, dont une rue de notre arrondissement porte aussi le nom, lorsqu’il apprend l’anéantissement de l’armée française à Waterloo. Le maréchal Davout meurt à 53 ans ; il repose au Père-Lachaise, dans le carré des maréchaux, non loin de Masséna, dans une tombe toute simple.

Tombe du maréchal DAVOUT au Père Lachaise-Photo PG

Considéré comme le meilleur tacticien de Napoléon, Davout est le seul maréchal de l’Empire resté invaincu tout au long de sa carrière militaire. D’un caractère difficile et exigeant envers ses officiers, il se montre particulièrement sévère sur l’entraînement et la discipline de ses troupes.

Une longue ceinture de boulevards autour de Paris : de la rue Militaire au Périphérique et au Tramway

Les boulevards des Maréchaux forment un ensemble continu ceinturant la capitale, à la limite de la ville, sur une longueur de 33,7 km. A leur création, la totalité de ces boulevards portaient les noms de maréchaux du Premier Empire, ce qui leur a donné leur nom collectif. Trois boulevards supplémentaires ont été ouverts ensuite, portant, l’un, le nom d’un amiral napoléonien (l’amiral Bruix) et deux, plus récents, les noms de généraux de la France libre (Jean Simon et Martial Valin).

Ces boulevards s’ouvrent à l’emplacement de l’ancienne route militaire ou rue Militaire qui longeait l’enceinte de Thiers, édifiée en 1840-1845, pour protéger Paris. En 1860, l’extension des limites de Paris étend la capitale jusqu’au pied de cette enceinte, qui avec son large glacis (zone non constructible de 250 mètres) marquait une profonde rupture dans le tissu urbain. En 1861, la création d’un boulevard de ceinture large de 40 mètres, à l’emplacement de la rue Militaire, permet de créer un ensemble de boulevards faisant le tour de la capitale qui prend son nom actuel de boulevard « des Maréchaux » en 1864.

titres du maréchal Davout

Plaque du Boulevard Davout

Dans les années 1920, le démantèlement des fortifications permet d’urbaniser les terrains situés à l’extérieur de la ceinture de boulevards. On y construit notamment des logements sociaux (Habitations à bon marché – HBM), des équipements publics comme le parc des expositions de la porte de Versailles, le stade Charléty ou le palais de la Porte Dorée, et des parcs et jardins comme le square Séverine, le parc de la Butte du Chapeau-Rouge ou la Cité internationale universitaire. Mais le projet de « ceinture verte » restera inabouti.

La voiture devient « reine » en ville, avec son cortège d’embouteillages et de pollution. Bientôt, naît l’idée de construire une seconde rocade périphérique, longue de 35 km, doublant extérieurement les boulevards militaires et qui serait traitée en autoroute. Le début des travaux de cet aménagement, qui deviendra le boulevard périphérique, est inscrit dès 1955 au programme 1956-1961.

Les travaux du Périphérique vont s’étaler jusqu’en 1973

A l’Est, la section comprise entre la porte Dorée et la porte de Pantin est la dernière entreprise ; elle comprend la réalisation des passages inférieurs des portes de Vincennes, de Montreuil, de Bagnolet, des Lilas, Chaumont, et du passage supérieur du Pré-Saint-Gervais. Le coût des travaux est estimé à 6 700 millions de francs et sa réalisation est programmée de 1959 à 1961. En décembre 1969, a lieu l’inaugurations de la section de la porte du Pré-Saint-Gervais à la porte de Montreuil.

Depuis 1971, on a pu mesurer les nombreuses nuisances générées par le Périphérique : bruit, rejets de gaz polluants ou de particules… la pollution de l’air est six fois supérieure aux recommandations de OMS (selon une campagne de mesures effectuées en 2020 par Airparif).

555 200 habitants, dont 307 200 Parisiens, habitent dans une bande de 500 m de part et d’autre du boulevard périphérique, soit 8 % de la population de la Métropole du Grand Paris, ou encore un habitant sur cinq de l’ensemble des communes bordant cette autoroute urbaine de 35 km. Pour remédier au bruit, un programme d’écrans antibruit est mis en œuvre de 1985 à 1994, puis, en 2000, est engagée la couverture de certaines sections comme à la porte des Lilas de 2005 à 2007…

Une évolution est donc d’autant plus nécessaire qu’avec l’essor des transports en commun en Île-de-France, l’alternative au transport individuel se développe. De 2020 à 2030, 169 gares et stations RER/métro/Tramway sont créées ou prévues, améliorant notamment les trajets inter-banlieues. À terme, 98 % des habitants de la Métropole du Grand Paris se trouveront à moins de 2 km d’une gare.

De la verdure sur le boulevard

Le tramway, un espace vert sur le boulevard Davout. photo CDD

Enfin, dernier acteur en date, le tramway… Depuis 2012, la ligne T3a du tramway d’Île-de-France emprunte les boulevards des Maréchaux, au sud et au sud-est (du pont du Garigliano à la porte de Vincennes) ; puis, elle est poursuivie, à l’est et au nord-est, par la ligne T3b (de la porte de Vincennes à la porte d’Asnières). Le Tramway a fait disparaître l’ancienne ligne de bus PC (Petite Ceinture), mise en service sur les boulevards des Maréchaux en 1934, suite à la fermeture de la ligne ferroviaire de Petite ceinture.

Histoire de la protection du patrimoine et des restes archéologiques à Paris

Comme chaque année et ce depuis 39 ans, les 17 et 18 septembre 2022 ont eu lieu les Journées Européennes du Patrimoine. Parmi toutes les richesses patrimoniales mises en avant ces jours-là, les vestiges archéologiques restent une option d’entrée moins visible, plus discrète à aborder. D’où notre choix de présenter l’archéologie locale à travers une série d’articles sur le thème « patrimoine et archéologie ».

Dans un premier temps, cet article rapporte l’origine et la protection de nos richesses patrimoniales. Les prochains articles porteront plus précisément sur la connaissance archéologique dans le 20e .

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À l’origine de la préservation du patrimoine

Pendant des siècles on s’intéressait peu aux vestiges archéologiques et aux anciens bâtiments. On détruisait sans vergogne un temple grec pour construire une église romane transformée quelque temps plus tard en église de style gothique.
La découverte des villes ensevelies d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748), en Italie, suscite en France un grand intérêt, mais, pendant la Révolution française, on a voulu effacer les traces de l’Ancien Régime et cela a conduit à la destruction de nombreux édifices et des œuvres qui le symbolisaient.
Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, on veut donner aux Parisiens « de l’eau, de l’air et de l’ombre ». Les préoccupations hygiénistes condamnent les quartiers anciens insalubres, où les épidémies sont meurtrières. Les premiers grands travaux à Paris sont entrepris. Des journalistes, des poètes, des historiens et des écrivains s’émeuvent de voir disparaître une partie du vieux Paris. En 1830 Guizot crée l’inspection générale des monuments historiques, mais les démolitions continuent.

Le pamphlet de Victor Hugo

En mars 1832 Victor Hugo écrit un pamphlet «contre les démolisseurs, pour le patrimoine» dont voici quelques extraits :

À Paris le vandalisme fleurit et prospère sous nos yeux. Le vandalisme est architecte(…) Tous les jours il démolit quelque chose qui nous reste de cet admirable vieux Paris (…) le vandalisme a badigeonné Notre-Dame, le vandalisme a retouché les tours du Palais de Justice, le vandalisme a rasé Saint-Magloire, le vandalisme a détruit le cloître des Jacobins…

S’il faut une loi, répétons-le, qu’on la fasse (…) Une loi pour l’histoire, une loi pour l’irréparable qu’on détruit, une loi pour ce qu’une nation a de plus sacré après l’avenir, une loi pour le passé.

Victor Hugo « contre les démolisseurs pour le patrimoine »

Il n’est pas le seul à lutter pour la préservation du Vieux Paris, d’autres comme Eugène Viollet-le-Duc ou Ernest Renan s’indignent de la disparition du patrimoine parisien sous les coups de pioches.

Les premières actions sur les anciens édifices
Prosper Mérimée est nommé inspecteur général des Monuments historiques en 1834. L’archéologie française bénéficie alors pour la première fois d’une véritable attention des pouvoirs publics. Mérimée recense les grands monuments de la préhistoire, de l’antiquité gallo-romaine et du Moyen Âge, et, pendant 26 ans, il parcourt la France pour sensibiliser les populations, répertorier et sauver des édifices.

Prosper Merimée- Ministère de la Culture

En 1849, 3000 monuments étaient classés, mais la commission a peu de pouvoirs pour faire valoir ses recommandations de préservation ; il faudra attendre 38 ans pour que le statut de « monument classé » acquière une portée juridique garantissant une véritable protection.

En 1861, Napoléon III appuie personnellement le début des fouilles archéologiques à Alésia.

Les premières lois de conservation des monuments

Les importantes démolitions du Vieux Paris causées par les grands travaux du baron Haussmann créent un choc dans l’opinion publique.
La loi du 30 mars 1887, pour la conservation des monuments et objets d’art ayant un intérêt historique et artistique, donne enfin une portée juridique au classement d’un monument alors qu’il n’avait précédemment qu’une valeur indicative. La loi établit une procédure de classement pour les bâtiments et les objets jugés d’intérêt national, et assortit ce statut de droits et devoirs pour le propriétaire. La loi pose comme principes fondateurs qu’un immeuble classé ne peut pas être détruit et que toute intervention sur l’ouvrage doit être soumise à accord ministériel.

 

La Commission du Vieux Paris est créée par arrêté préfectoral le 18 décembre 1897. Selon les termes de cet arrêté : « Cette Commission sera chargée de rechercher les vestiges du Vieux Paris, de constater leur état actuel, de veiller, dans la mesure du possible, à leur conservation, de suivre, au jour le jour, les fouilles qui pourront être entreprises et les transformations jugées indispensables, et d’en conserver des preuves authentiques. »
Elle suit les demandes de démolition et les découvertes archéologiques mais son rôle n’est pas décisionnel mais seulement consultatif.

Arrive ensuite la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État : les édifices religieux seront intégrés aux autres monuments que doit gérer le service créé par Guizot, puis les « objets historiques », les sites naturels, et enfin les abords de ces monuments

De nouvelles lois à partir de 1913
Tirant les conséquences des insuffisances de la loi de 1897, un nouveau projet est préparé dès 1907. Adoptée par la Chambre des députés le 20 novembre, la loi relative aux monuments historiques est promulguée le 31 décembre 1913 par Raymond Poincaré, président de la République.

Cette loi, l’une des plus anciennes en ce domaine dans le monde, souvent prise pour modèle, a été peu transformée jusqu’à son intégration dans le code du patrimoine, en février 2004, et à l’ordonnance du 8 septembre 2005 relative aux monuments historiques et aux espaces protégés. Elle maintient un subtil équilibre entre respect du droit de propriété et intérêt général et régit l’ensemble des dispositions relatives à la protection et à la conservation du patrimoine monumental français, qu’il s’agisse d’immeubles ou d’objets mobiliers.

La loi de 1913 sur les monuments historiques est le fondement de la politique de protection du patrimoine d’intérêt national, et permet de classer un monument sans l’approbation de son propriétaire. Depuis 1913 environ 30 lois, ordonnances et décrets complètent la loi de 1913. L’une des plus importante est celle du 7 juillet 2016, loi LCAP, créant la Commission Nationale du Patrimoine et de l’Architecture.

Le XXe siècle a ainsi fait de nouveaux progrès dans la mise en place d’une politique de préservation efficace. Ainsi, différents niveaux de protection ont été créés, l’appellation « secteur sauvegardé » a vu le jour, les catégories de monuments à préserver se sont élargies : on trouve maintenant des jardins, immeubles, du patrimoine industriel, etc.

Il existe aujourd’hui environ 45 000 monuments historiques protégés en France.

Archéologie au 20e siècle

Fouilles archéologiques au musée du Louvre vers 1960- Musée Carnavalet

Vestiges archéologiques
Il a fallu attendre 1941 pour qu’une première loi protégeant les vestiges archéologiques voie le jour. Cette loi subordonne la possibilité d’entreprendre des fouilles à l’autorisation de l’État et rend obligatoire la déclaration des découvertes fortuites.

En 1986, un décret généralise la réalisation des fouilles préventives dans une zone de risques archéologiques.
Le Département d’Histoire de l’Architecture et d’Archéologie de Paris (DHAAP) a été créé en 2004 au sein des services municipaux de la Ville de Paris.

Depuis cette date, il réalise des diagnostics et des fouilles archéologiques préventives sur le territoire parisien ; il a également pour mission la conservation, l’étude et la valorisation des sites et objets découverts à Paris, et assure le secrétariat permanent de la Commission du vieux Paris. 

Prochain article : Les recherches archéologiques dans le 20e

Le Mur des Fermiers généraux dans l’Est parisien en 1789

Conférence le jeudi 20 octobre à 18h30 précises à la mairie du 20e

 

Le 14 juillet, la Bastille est prise ! Il n’y a nul besoin de préciser l’année tant notre univers républicain s’est approprié cette journée. Pourtant, avant même que la prison-forteresse ne tombe, la population parisienne, entre le 10 et le 14 juillet 1789, dévaste et incendie les bureaux de l’octroi qui marquent le tracé du Mur des Fermiers généraux.

Limite est de Paris en 1789

Les barrières d octroi à l’est de Paris. De la barrière de Belleville à la barrière du Trône-Extrait de Neopanta

La partie Est du Mur, délimitée par huit barrières, est touchée par les destructions et incendies les 12 et 13 juillet. Les ravages qui se produisent aux barrières soulignent la montée d’une exaspération sociale. En s’attaquant au Mur, le peuple s’en prend ainsi au despotisme fiscal et réclame plus de liberté et d’égalité.

Les barrières d'octroi en 1789

Paris brule ! par Momcilo Markovic

Notre conférencier, Momcilo MARKOVIC, professeur et docteur en Histoire, est notamment l’auteur  de Paris brûle ! L’incendie des barrières de l’octroi en juillet 1789. Il intervient également dans plusieurs sociétés d’histoire de Paris, affiliées à la Fédération des Sociétés Historiques et Archéologiques de Paris et Île-de-France.

 

Une école va porter le nom d’Anne Sylvestre

Anne Sylvestre est décédée le 30 novembre 2020 à l’âge de 86 ans, des suites d’un AVC, et une école portera son nom dans le 20e arrondissement. Cette décision a été prise à la suite du vœu émis le 9 mars 2022 par le Conseil du 20e arrondissement, proposition qui a été ensuite adoptée deux semaines plus tard par le conseil de Paris.

Actuellement, l’école est en cours de construction au 73 boulevard Davout, à l’emplacement de l’ancien studio d’enregistrement Davout. Son ouverture est prévue en 2023.

Nouvelle école dans le 20e

Maquette de la future école et crèche au 73 bld Davout-Mairie 20e

L’occasion nous est ainsi faite de nous rappeler que plusieurs grandes chanteuses ont vécu dans notre arrondissement :

  • Edith Piaf y est née et a commencé sa carrière en chantant dans les rues de Ménilmontant,
  • Barbara a habité au 50 rue Vitruve et
  • Anne-Marie Beugras, dite Anne Sylvestre, a également vécu dans nos quartiers.

Anne Sylvestre est née le 20 juin 1934 à Lyon et passe toute son enfance dans la région lyonnaise, puis à Suresnes avant de venir à Paris. Après plusieurs déménagements, elle s’installe finalement dans le 20e.

L’artiste

Elle est une élève brillante, abonnée aux prix d’excellence, mais, dès qu’on lui a offert sa première guitare, elle abandonne ses études pour la chanson.
Elle fait ses débuts en 1957 dans différents cabarets dont « Les Trois Baudets », où elle chantera jusqu’en 1962.

Son premier disque sort en 1959 et elle se fait très vite remarquer pour son originalité et la grande qualité de ses textes. En 1962 elle chante en première partie à l’Olympia.

Brassens, à qui elle a été souvent comparée, dit d’elle : 
« On commence à s’apercevoir qu’avant sa venue dans la chanson, il nous manquait quelque chose et quelque chose d’important ».

 

Georges Brassens et Anne Sylvestre en 1962

Anne Sylvestre crée sa propre maison d’édition, publie de nombreux disques alternant des chansons pour enfants et des chansons pour adultes. Elle fera de nombreuses tournées en France et à l’international au cours d’une carrière qui durera plus de soixante ans. Aujourd’hui de nombreux chanteurs continuent à interpréter ses classiques.

La féministe

Elle a souffert du fait que son père avait été le bras droit de Jacques Doriot, fondateur du parti fasciste pro-allemand, puis condamné à la Libération.
Quand son père est sorti de prison, Anne-Sylvestre a quinze ans. Elle se souvient de cet âge-là et le confie dans un entretien au Monde, daté du 11 novembre 2018 :

A l’école, les élèves m’ont mise en quarantaine. Leurs parents leur ont interdit de me fréquenter. Alors, voyez-vous, dans cette [] volonté de revanche, il y a une résurgence de ce que j’ai pu éprouver à l’époque : « O.K., mon père est un traître. Mais je vous emmerde et je serai Prix d’excellence. » Et j’ai été Prix d’excellence.

Ce passé lourd à porter sera pour elle une des raisons de son refus de tout engagement politique.

Enfin pas tout-à-fait : féministe convaincue, elle a notamment lutté pour le droit à l’avortement. Son féminisme est pleinement assumé dans beaucoup de ses chansons, comme le montre en particulier le très beau texte de l’un de ses succès sortis en 1975, « une sorcière comme les autres »:

S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie des oreillers d’autrefois
J’aimerais ne pas être portefaix
S’il vous plaît faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger

Je vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai porté encore
À l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Vous ai morcelé mon cœur

Quand vous jouiez à la guerre moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières les barreaux de vos prisons
Quand vous mouriez sous les bombes je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe et tout le malheur dedans

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle ou qui se tait
Celle qui pleure ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc ou bien Margot
Fille de vague ou de ruisseau

C’est mon cœur ou bien le leur
Et c’est la sœur ou l’inconnue
Celle qui n’est jamais venue
Celle qui est venue trop tard
Fille de rêve ou de hasard

Et c’est ma mère ou la vôtre
Une sorcière comme les autres

Il vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie, ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà
Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue

Quand j’étais vieille et trop laide, vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime ou n’aime pas
Celle qui règne ou se débat
C’est Joséphine ou la Dupont
Fille de nacre ou de coton

C’est mon cœur
Ou bien le leur
Celle qui attend sur le port
Celle des monuments aux morts
Celle qui danse et qui en meurt
Fille bitume ou fille fleur

Et c’est ma mère ou la vôtre
Une sorcière comme les autres

S’il vous plaît, soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps
Libre et fort comme le vent
Libre aussi, regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par cœur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas

Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peux plus
Le sol se rompt, on découvre des richesses inconnues
La mer à son tour divague de violence inemployée
Me voilà comme une vague vous ne serez pas noyé

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre ou c’est l’enfant
Celle qui cède ou se défend
C’est Gabrielle ou bien Eva
Fille d’amour ou de combat

Et’ c’est mon cœur
Ou bien le leur
Celle qui est dans son printemps
Celle que personne n’attend
Et c’est la moche ou c’est la belle
Fille de brume ou de plein ciel

Et c’est ma mère ou la vôtre
Une sorcière comme les autres

S’il vous plaît, s’il vous plaît faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger

 

Quelques années avant la fin de la vie,  Anne Sylvestre fut attristée par la mort de son petit-fils assassiné au Bataclan le 12 novembre 2015. Il s’appelait Baptiste Chevreau, il avait 24 ans, et c’était un musicien.

La Commune et le 20e, seconde partie

Notre Bulletin n° 78 vient de paraître. Il fait suite au précédent sur le même sujet, avec dix nouveaux articles extraits de la page Actualité du site Internet de l’AHAV. Il complète ainsi la publication de notre sélection de vingt articles relatifs au 150e anniversaire de la Commune de 1871.

Le 20e arrondissement y avait tenu une place toute particulière, et cet anniversaire 2021, ces faits au retentissement mondial, a été un temps fort qui a mobilisé notre association : en plus de nos conférences et visites guidées au Père Lachaise, nous avions précédemment publié sur le même sujet :

  • le bulletin n° 75, un tableau de la Commune, à travers nos quartiers et les personnalités marquantes de cette époque.
  • le bulletin n° 76, le portrait de Félix Pyat, un républicain engagé, par les personnalités qui l’ont connu.

À signaler sur un temps plus long, l’évolution de notre démocratie dont la Commune a été le marqueur principal : « 1869-1879 : la République en son creuset », diffusée sur France Culture, dans l’émission Concordance des temps le 5 mars 2022. Émission dans laquelle le rôle de Gambetta y est abondamment décrit.

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En 1871, le Gouvernement de la Défense provisoire négocie avec les Prussiens

et se charge de prendre Paris : là débute la Commune. C’était il y a 151 ans…

Au sommaire, nos dix articles parus en 2021 :

  • 8 mars – Les femmes dans la Commune
  • 28 mars – La Commune proclamée par le maire du 20e
  • 3 avril – Colline, Covid, Commune : les artistes en action
  • 5 avril – 3 avril 1871, 3 actions de la Commune 13
  • 12 avril – Un Bellevillois barricadier en chef de la Commune
  • 24 mai – 21 mai 1871, les Versaillais entrent dans Paris
  • 25 mai – Robida, reporter de guerre communard
  • 30 mai – Finalement, une plaque au mur des fédérés
  • 1er juin – La fin de l’aventure communaliste
  • 7 juin – Inauguration du jardin Paule Minck

Ces articles ont été écrits par Christiane Demeulenaere-Douyère et Philippe Gluck

Comme chaque année, la mairie organise ce 25 août 2022 la cérémonie de la Libération de Paris dans le 20e

Le premier rendez-vous a lieu devant la mairie :

Entre 9h15 et 12h : fleurissement des plaques commémoratives de l’arrondissement 
12h30 : rassemblement devant la mairie du 20e
13h : rassemblement square Edouard Vaillant

 

À cette occasion, nous reproduisons ci-dessous notre article mis en ligne le 23 août 2021

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23 août 1944, la guerre souterraine à Ménilmontant

 

La bataille de Paris a commencé ce 19 août et elle finit le 25 août 1944. Elle aura fait environ 1700 morts du côté parisien dont 1000 résistants, et 3200 morts du côté allemand.

Quelques jours plus tôt, dès le 10 août 1944, les cheminots CGT de la région parisienne ont déclenché une grève insurrectionnelle, puis la CGT clandestine a appelé à la grève générale pour le 18 août.

Dès le lendemain, les résistants du groupe Libération s’emparent de la mairie du 20e et Raymond Bossus – conseiller municipal communiste jusqu’en 1940- est nommé président du Comité de libération. Il deviendra officiellement maire du 20e en mars 1945.

Raymond Bossus, maire provisoire du 20e en 1944

Le conseil municipal provisoire du 20e installé le 19 aout 1944

… Et le 23 août en gare de Ménilmontant (à propos de la gare, voir aussi l’article sur la fête de la petite Ceinture en 2019), la Résistance remporte une bataille dans notre arrondissement.

Ce jour-là on peut lire le résumé d’un appel téléphonique dans la main-courante de la Préfecture de police :

 

19h10. Du 20ème : Les deux trains bloqués sous tunnel Ménilmontant par suite attaque FFI sont entièrement aux mains de celles-ci. Ne contiennent que du matériel peu utile actuellement : onze personnes ont été capturées. Machine ayant déraillé, voie bloquée pour un certain temps.

 

Un embouteillage de trains bloqués

 

Sur le réseau ferré de la Petite Ceinture, l’intervention armée des résistants se situe plus précisément autour du tunnel long de 1124 m qui relie la gare de Ménilmontant à la gare de Belleville-Villette, tout près des Buttes-Chaumont.

Ce 23 août, un wagon de munitions stationne sous le pont de la rue Manin. Un autre train, « mal aiguillé » par les cheminots de la gare de Ménilmontant, vient percuter le convoi qui s’était abrité dans le tunnel. Un troisième train de troupes arrive par le nord, mais il est stoppé par les rails déboulonnés.

Les résistants des 19e et 20e arrondissements à la manœuvre

 

Plusieurs organisations de résistants interviennent sur place : des FFI du 19e, ceux du 20e -qui de leur côté bloquent les issues du tunnel au pont de Ménilmontant-, ceux du groupe Piat, des membres de l’O.C.M (Organisation Civile et Militaire), des policiers et quelques cheminots à la retraite.

 

Passerelle et gare de Ménilmontant

Gare de Ménilmontant, carte postale colorisée à la main.

 

Côté 19e, le colonel Rol-Tanguy désigne Madeleine Riffaud pour diriger (le jour de ses 20 ans) quatre hommes, et attaquer le train à la grenade depuis le pont de Belleville-Villette

Voici le récit de l’attaque du train, qu’en a fait Madeleine Riffaud, lieutenante des FTP Saint-Just :

 

« Tôt ce matin du 23 Août 1944, alors que les résistants des télécoms s’étaient débrouillés pour que les Allemands n’aient aucune communication, j’ai reçu un coup de téléphone avec ce message : « Compagnie Saint Just, vous vous devez vous poster au pont de Belleville-Villette afin de stopper à tout prix un train, car s’il peut pénétrer dans le ventre mou du 19e où il n’y a plus de barricades, ça risquerait d’être une tuerie générale. »

À son correspondant ; la lieutenant Franc-Tireur-Patriote expliqua qu’elle n’avait que 4 hommes à disposition. « Démerde-toi » lui répondit-on.

 

Les deux issues du tunnel sont maintenant bloquées. Un FFI qui tente de parlementer est abattu. Alors, tactiquement et plutôt que de faire exploser le tunnel, les résistants préfèrent préparer deux cents kilos de souffre pour enfumer les allemands. Finalement craignant l’asphyxie, cent trente-sept allemands au total vont se rendre. Bilan matériel : quatorze wagons contenant des armes, des habits et de la nourriture auront été ainsi récupérés.

Les résistants du 20e tués dans cette opération

Cinq résistants du 20e ont été tués, dont deux inconnus.

 

3 résistants du 20e tués gare de Ménilmontant

Plaque sur la passerelle rue de la Mare. PG

Plaque où habitait François Boltz

Plaque au 26 rue Piat. PG

François Boltz, habitait au 26, rue Piat ; Louis Godefroy au 11 rue des Envierges et Léon Adjeman à une adresse inconnue ; le décès des trois hommes a été enregistré à l’hôpital Tenon.

Deux célèbres résistants photographes étaient sur place

 

Robert Doisneau a été envoyé par la Résistance pour voir ce qu’il en est des deux trains allemands sous le tunnel. Faute de pouvoir les photographier, il fait alors le tour du quartier où notamment des bellevillois avaient monté une barricade.

Résistance et barricade à Belleville

22 août 1944, un résistant F.F.I. en alerte métro Belleville. Robert Doisneau, musée Carnavalet

Enfin, il nous faut bien-sûr citer également Henri Guérard, né à Ménilmontant -au 10 rue Sorbier- connu par ses engagements humanistes dans le 20e. Agé de 23 ans, il photographie « la bataille de Ménilmontant » et en cette même année 1944, il va entrer au service photographique et cinématographique des armées.

Henri Guérard, populaire dans le 20e arrondissement

Henri Guérard