Le gaz à Paris et au cours de Vincennes

Actuellement, les ouvriers creusent des tranchées dans nos trottoirs. Il s’agit ce mois de janvier des travaux de rénovation des canalisations de gaz naturel. Cette intervention de GRDF est prévue pour se terminer le 31 mars 2023. L’occasion pour nous d’évoquer l’histoire du gaz à Paris… jusqu’au cours de Vincennes.

Travaux de gaz dans le 20e arrondissement

Chantier GRDF 2023 longeant le haut du Père Lachaise-PG

À l’origine du gaz d’éclairage, Philippe Lebon

Entre 1785 et 1786, Philippe Lebon invente le gaz d’éclairage en France. Ses travaux l’amènent à mettre en évidence les propriétés des gaz de distillation du bois.

Il dépose le 28 septembre 1799 un brevet pour sa « thermolampe » et, en août 1800, publie un mémoire sous le titre suivant :

« Thermolampes ou poêles qui chauffent, éclairent avec économie, et offrent, avec plusieurs produits précieux, une force applicable à toutes espèces de machine ».

Son mémoire annonce la possibilité de distiller la houille. Le 11 octobre 1801, il installe ce système dans l’hôtel de Seignelay à Paris (7e arrondissement) : il s’agit là du premier éclairage à gaz. En mourant prématurément en 1804, Philipe Lebon n’aura pas pu développer ses découvertes.

Les débuts du gaz de houille

Le mémoire de Lebon est traduit et lu par ses successeurs anglais et allemand, William Murdoch et Frédéric-Albert Winsor, qui seront à l’origine de l’essor de l’industrie du gaz en Angleterre en utilisant la houille et non le bois.

Frédéric-Albert Winsor (enterré au Père Lachaise), se rend à Londres pour faire ses expériences en public.  Il fonde en 1807 la « Gas Light and Coke Compagny », une société d’éclairage général au gaz pour les rues, les usines, les boutiques, les hôtels et les maisons bourgeoises de Londres.

Tombe de Winsor

Winsor au Père Lachaise dessin de 1831- musée Carnavalet

En 1814, le brevet de Lebon tombe dans le domaine public et Winsor en profite pour déposer à Paris une demande de brevet, qu’il obtient en janvier 1816. Il entreprend alors l’éclairage au gaz du passage des Panoramas (2e arrondissement) et il fonde en 1817 à Paris la première compagnie de gaz.

À cette époque, les défauts du gaz de houille sont multiples en particulier le risque d’explosion des gazomètres, la dangerosité du monoxyde de carbone (CO) et une odeur insupportable, due, pour l’essentiel, au sulfure d’hydrogène (H2S).

Gaz en1815-1860

Controverses anciennes sur le gaz-Courrier de l’ INRA 2012

Pour combattre les peurs des utilisateurs, Winsor raconte, sans beaucoup de succès, que :

 « Le gaz est un calmant très-doux, un remède efficace contre les irritations de poitrine : aussi les médecins habiles, ajoutait-il, ont recommandé d’en mettre dans des vessies, sous le chevet des personnes affectées de maladies pulmonaires, afin que, transpirant peu à peu de son enveloppe, il se mêle à l’air que respire le malade et en corrige la trop grande vivacité ».

L’industrie du gaz mettra des années à se développer et la compagnie créée par Winsor fera faillite.

 

D’où provient le gaz de ville ? Un peu de chimie

Le gaz de ville ou gaz de houille provient de la distillation de la houille dans des cornues, autrement dit des fourneaux industriels. Cette distillation permet d’obtenir un gaz brut riche en hydrogène, méthane, monoxyde de carbone, goudron de houille, sulfure d’hydrogène qui est un gaz toxique et malodorant, et surtout 75% de coke.

L'industrie du gaz

Schéma de fabrication du gaz d’éclairage-MEGE

Le goudron de houille est utilisé pour le calfatage des bateaux. La vente du coke à elle seule couvre le prix d’achat de la houille. Le gaz, stocké dans des gazomètres après distillation est acheminé à sa destination via un réseau de canalisations.

 

Le développement du gaz d’éclairage

Les progrès techniques et la nécessité de remplacer l’ancien éclairage à l’huile entraînent un développement rapide du gaz de ville.
En 1821, Paris compte quatre usines à gaz et, en 1824, les premiers essais des lanternes à gaz sont effectués dans l’ancienne galerie de Fer, située boulevard des Italiens et qui rejoignait la rue de Choiseul.

Près de dix ans plus tard, le préfet de la Seine, Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau, développe l’utilisation du gaz qui sera parachevée par le préfet Haussmann sous le Second Empire. Il généralise l’éclairage au gaz : à son arrivée en 1833, Paris comptait 69 becs de gaz ; on en dénombre plus de 8 600 à son départ, en 1848.

La compagnie du gaz de Belleville en 1835

Carte du réseau gaz à Paris avant 1860, dont celui de la Compagnie de Belleville en 1835-MEGE

À l’arrivée du second Empire, les célèbres financiers et hommes d’affaires de cette époque, les frères Pereire, prennent une part active à l’essor du gaz à Paris. Ils font notamment partie des bénéficiaires du traité de concession de l’éclairage et du chauffage au gaz à Paris. Celle-ci est signé le 23 juillet 1855, et accordée pour cinquante ans à six compagnies. Et c’est ainsi que de 1856 à 1889, de grandes usines à gaz de houille sont construites dans la ville et sa périphérie.

En 1889, le gaz éclaire toute la ville avec 1 800 000 becs de gaz privés et 55 470 becs d’éclairage publics. Un gaz aux multiples usages : éclairage, chauffage, eau chaude, cuisinière à gaz, etc. Le « confort gaz » (cuisine, eau chaude, chauffage), s’installe dans les foyers parisiens, d’abord ceux des plus aisés, il s’étendra par la suite à une clientèle plus modeste. 

En 1905, les immeubles modernes affichent sur des plaques métalliques bleues l’emblème de la nouveauté et du luxe : « Gaz à tous les étages ».

Mise en avant du gaz dans les immeubles

le gaz, luxe du début du 20ème siècle.

On comptait à Paris en 1906, 11 usines à gaz et plus de 600 000 abonnés

La fin des usines à gaz de houille

Vers 1910, un concurrent redoutable arrive : l’électricité. Les installations nouvelles adoptent majoritairement l’électricité. L’éclairage public au gaz continue pourtant longtemps à illuminer Paris : 90% de ses appareils sont encore au gaz en 1923. Il faudra attendre le début des années soixante pour voir disparaître le recours à ce type d’éclairage, place de la Concorde.

La découverte du gisement de Lacq en 1951, provoque la fin de l’industrie du gaz de houille. Les usines à gaz ferment progressivement : en 1956, celle de La Villette, Clichy en 1960, Gennevilliers en 1961, en 1977, l’usine Nord (le Landy et le Cornillon) cessent définitivement toute activité.

En 1967, le gaz naturel, en provenance de Lacq, de Russie et d’Algérie, approvisionne quelques 850 000 foyers parisiens et, le 21 mars 1979, la dernière torchère de gaz manufacturé s’éteint. Le gaz naturel a désormais remplacé le gaz de houille.

L’existence d’un gazomètre dans notre arrondissement

Dans le 20e arrondissement, une importante usine à gaz se trouvait le long du Cours de Vincennes. Sa démolition a permis de libérer un vaste terrain qui sera utilisé pour la construction du Lycée Hélène Boucher, de squares et d’autres bâtiments.

gazomètre du 20e arrondissement

L’usine à gaz cours de Vincennes vers 1900

Que s’est-il passé dans le 20il y a 50 ans ?   

La liste des repères nationaux et locaux

À chaque fin d’année, les médias, nous offrent un passage en revue des événements marquants de l’année écoulée. Plus modestement et plus localement, nous revenons ici 50 ans en arrière, autrement dit sur ce qui s’est passé principalement dans le 20e en 1972. Pour l’année 1973, cliquez ici.

Quelques repères nationaux

En politique

Le 5 juillet, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas en désaccord avec le président Georges Pompidou doit démissionner. Coïncidence, il démissionne une semaine après un événement historique de l’opposition : la signature du Programme commun de gouvernement entre le PS, le PC et le MRG.

1972, union de la Gauche

12 juillet 1972, François Mitterrand, Robert Fabre (MRG) et Georges Marchais (PCF), signent le Programme commun-DR/ Fondation Jean-Jaurès

À l’extrême droite le 5 octobre,  Jean-Marie Le Pen rassemble plusieurs organisations d’ultra droite et crée le Front National. Son premier mandat local se situe dans le 20e arrondissement, lors des municipales de 1983 et il y siègera jusqu’en 1989.

Au plan social

Le droit des femmes

Le 11 octobre, au procès de Bobigny, une jeune fille de 16 ans est défendue par Gisèle HalimiLa loi du 22 décembre fait par ailleurs inscrire dans le Code du Travail l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes .

Un tournant dans les transports

Le 20 mars, la SNCF présente son premier Train à Grande Vitesse (TGV), qui ne sera inauguré qu’en 1981.

Le 28 octobre, Airbus inaugure son premier vol, l’A300 (d’une capacité de 300 passagers) conçu par le nouvel avionneur européen, lui-même créé deux ans plus tôt.

Culture et consommation

Le 5 mai – Le film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » sort en salle. La comédie satirique de Jean Yanne nous dépeint le monde de la radio au quotidien qu’il connaissait particulièrement bien. D’entrée, le film est un succès : il se place en tête du box-office, avec 2 600 000 entrées au bout de 9 semaines.

Le 30 juin, McDonald’s ouvre son premier « fast food » à Créteil.

Et puis lorsqu’elle est créée le 31 décembre, la télévision diffuse sa première émission en couleur sur la troisième chaîne, la dernière du nom.

À propos de calendrier, si nous inversons rapidement les chiffres de 1972 pour passer à 1792, que trouvons-nous ? L’histoire de notre année « civile » et son calendrier grégorien. 

Représentation féminine du calendrier

Les mois du calendrier républicain-Napoléon et Empire

En effet, le 22 septembre 1792 est le jour de la proclamation de la République et dans le tout nouveau calendrier révolutionnaire, il devient le 1er vendémiaire an I. Ce calendrier républicain n’aura vécu très exactement que 12 ans, 2 mois et 27 jours, avant le retour de notre bon vieux calendrier grégorien, appliqué au 1er janvier 1806.

Les événements liés au 20e

La liste de cette année-là

  • La mort de Maurice Chevalier à l’âge de 83 ans, « le gars de Ménilmontant » qui a habité au 15 rue Julien Lacroix, est entré à l’école rue Boyer. Il a popularisé son quartier par sa fameuse chanson, en 1978, son nom a été attribué à une place près de la station Ménilmontant.
Maurice Chevalier à Ménilmontant

Place Maurice Chevalier-Wikipedia

  • La mort de l’acteur Pierre Brasseur, père de Claude Brasseur, tous deux enterrés au Père Lachaise.
  • Le corps d’Henry de Montherlant est brûlé au crématorium du Père-Lachaise. Ses cendres sont placées dans une case provisoire et finalement elles seront dispersées en Italie par son héritier, Jean-Claude Barat, et par Gabriel Matzneff « sur les lieux sacrés de la Rome ancienne ».
  • L’écrivain Jules Romains, membre de l’Académie française et auteur notamment du fameux docteur « Knock » interprété brillamment par Louis Jouvet, est inhumé au Père-Lachaise.

______________________________________________________

Il arrive aussi que certains personnages quittent notre cimetière. Mais à notre connaissance, pas dans les circonstances qui suivent.  Il s’agit du corps du dictateur dominicain Rafaël Trujillo. L’homme est assassiné en 1961 chez lui par un commando et il est tout d’abord enterré sur place. Puis son corps est transféré aux États-Unis… pour aboutir finalement à Paris. Finalement ou presque.

En effet, sa veuve souhaite obtenir 75m2 au Père Lachaise pour lui ériger un monument digne du général-président. Refus de l’administration qui dans le respect du règlement général -pour des raisons démocratiques d’équité- ne peut lui octroyer au plus que 4 m2. Par exception, le préfet lui en propose huit et l’inhumation peut avoir lieu en 1963.

Sauf qu’au même moment, trois personnes qui se connaissent entre elles prennent la suite pour acheter quatre espaces mitoyens… avec un plan qui réunit l’ensemble des concessions, y compris l’espace de la chapelle du dictateur. Le projet est  confié à un seul marbrier, celui de cette même chapelle.

L’affaire se terminera en 1972 au tribunal administratif. Celui-ci va considérer « que cette manœuvre frauduleuse est de nature à entacher de nullité les contrats intervenus, souscrits entièrement à la requête de la Ville. Les concessions sont confisquées, toutes traces de travaux doivent disparaître ».

Conséquence après cette manœuvre ratée, les restes de Rafaël Trujillo seront à nouveau déplacés, pour atterrir cette-fois ci dans sa toute dernière demeure : en Espagne, pays encore sous le régime de la dictature franquiste.

______________________________________________________

  • Le jardin de Casque d’or est inauguré au 14 rue Michel-de-Bourge, tout près de la rue des Vignoles. Il sera rénové en 1997.
  • Le bâtiment voyageur de la gare de Ménilmontant (elle-même ouverte en 1862) est démoli pour y construire dès cette année les grands immeubles que nous connaissons aujourd’hui.
Immeubles remplaçant la gare

Immeubles gare de Ménilmontant en cours de construction en 1972-Ministère de la Culture

  • L’ancienne gare de Charonne est rebaptisée “Flèche d’Or”, en souvenir du nom du train qui reliait Paris à Londres de 1926 à 1972.
  • Un décret du ministère de la Santé publique rattache l’hospice Debrousse au bureau d’aide sociale de Paris.
  • Le siège social des imperméables Cyclone qui était installé au 37 rue du Télégraphe, lance en 1972, une campagne publicitaire en vantant leurs produits ainsi :

« Imperméables Cyclone, pour se sentir bien, partout, même s’il ne pleut pas ».

L’exposition du pavillon de l’Ermitage intitulée « Affaires de Familles – Entreprises pionnières de l’Est parisien, 1830-1950 » nous l’a fait savoir en 2016, parmi d’autres informations sur cette entreprise.

entreprise familiale du 20e

Affiche publicitaire « CYCLONE-Imperméables » des années 1960-1970

  • Le théâtre de Guy Rétoré, le Théâtre de l’Est parisien (TEP) est reconnu par le ministre de la Culture, au point de devenir théâtre national. Il avait été créé en 1963, rue Malte-Brun sur les lieux de l’ancien cinéma « Le Zénith ».
  • Au 24 rue de la Réunion, un attentat est commis à la librairie Palestine dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 octobre. Il provoque d’importants dégâts. Il est aussitôt revendiqué par une organisation juive d’extrême droite, Massada, un groupuscule d’après la police. La librairie Palestine est en fait une S.A.R.L. dont les actionnaires sont des Français.
  • L’îlot insalubre n°11 du 20e refait surface, après son existence reconnue en tant que telle depuis 20 ans. Il s’agit des 27 hectares situés entre l’avenue Gambetta, le boulevard et la rue de Ménilmontant, et la rue Sorbier. L’ensemble concerne 16 000 habitants dont près de 60% d’ouvriers.
Ilot insalubre du 20e

Démolition partielle du bas Belleville en 1972-Jean-Louis Plenel

Au Conseil de Paris, monsieur Verdier prend exemple sur une action équivalente réussie dans le 15earrondissement par la Société d’économie mixte d’aménagement du quinzième. Il propose de confier à cette même SEMEA XV la rénovation de l’îlot, dans le cadre de la création d’une zone d’aménagement concerté.

  • Pierre Overney, militant maoïste et ouvrier chez Renault, est tué par balles devant l’ usine de Boulogne-Billancourt. Son assassin, Jean-Antoine Tramoni, est le chef du service de sécurité de la Régie. À l’exception de la CGT et du PC, toutes les organisations de gauche et d’extrême gauche ont appelé à participer à ses obsèques.

Son cercueil est porté depuis la place Clichy jusqu’au cimetière du Père-Lachaise par ses camarades de Renault et des militants maoïstes. Ce long défilé a été exceptionnellement rendu possible par dérogation à une décision préfectorale de 1961, celle qui interdisait tout cortège funèbre  » à l’allure au pas  » sur la voie publique.

Parmi de nombreux articles qui en rendent compte, le quotidien Le Monde a publié celui daté du 07 mars 1972 et qui commence ainsi :

UN LONG CORTÈGE A TRAVERS PARIS

Cent vingt mille personnes environ – dix-huit mille selon la préfecture de police, et de deux à quatre cent mille selon les organisateurs – ont suivi pendant plus de trois heures, dans l’après-midi du samedi 4 mars, à Paris, le cercueil de René-Pierre Overney, porté par ses camarades des usines Renault…

D’autres manifestations ont eu lieu en France, toutes sans aucun incident.

  •  Pierre Lazareff, l’homme de presse est enterré au Père Lachaise , et suivant sa volonté, sans discours, sans fleurs ni couronnes. Il a dirigé France-Soir, créé le Journal du Dimanche et co-produit Cinq colonnes à la une, le premier magazine télévisé d’information.
Mort de Pierre Lazaret

Pierre Lazareff en une de France Soir. Extrait de documenataire INA-PG

Le grand jeu de l’année

À l’occasion de la nouvelle année 2023, nous innovons avec cet article participatif.

Le jeu est tout simple : comme vous avez peut-être pu le remarquer, ces événements du 20e sont volontairement rapportés sans précision de date. De plus, ils ne sont pas non plus placés dans l’ordre chronologique. Certains ont une date précise, d’autres pas.

Le jeu consiste uniquement à retrouver ces dates, nous les faire savoir et nous les insérerons en mentionnant le prénom des « gagnants ». À la fin de ce jeu pour le plaisir, début mars, nous en profiterons pour remettre chacun de ces événements dans le bon ordre.

Alors, à vos plumes virtuelles !

Le Tram dessert enfin le 20e arrondissement et le nord de Paris !

Le 15 décembre 2012, la ligne de tramway T3b était mise en service. Aujourd’hui, dix ans plus tard, elle relie les stations Porte de Vincennes et Porte d’Asnières – Marguerite Long. Et l’aventure continue…

 

Carte de l’extension prévue de la ligne T3 à l’ouest de Paris. Situation en 2018. Photo Wikipedia

 

Le tramway est une forme de transport en commun urbain ou interurbain à roues en acier circulant sur des voies ferrées équipées de rails plats, implanté en site propre ou encastré à l’aide de rails à gorge dans la voirie routière.

Les tramways dans l’histoire parisienne

Historiquement, un grand nombre de tramways ont circulé dans Paris, puis en proche banlieue. Ils ont précédé le métropolitain de plusieurs décennies. Ce réseau a fonctionné entre 1855 et le 14 mars 1937 à Paris et le 14 août 1938 en proche banlieue. D’autres lignes isolées du réseau parisien ont également existé en grande banlieue et ont toutes disparu à la même époque.

Transports parisiens, boulevard des Italiens. Carte postale

Ce réseau, exploité par de nombreuses compagnies comme la Compagnie Générale des Omnibus (CGO), a utilisé diverses techniques de propulsion : d’abord traction hippomobile, puis traction à vapeur et à l’air comprimé. Il a été finalement électrifié, mais aura dû faire appel pour l’alimentation des motrices à diverses techniques, telles que plots et caniveaux, pour éviter l’installation de caténaires dans Paris, rejetées comme inesthétiques.

Tramway hippomobile Gare du Nord – Bd de Vaugirard. CGO

Avec la fin des années 1930 est venu le démantèlement du réseau de tramways de la région parisienne, alors jugé, sous la pression des lobbies pétrolier et industriel, comme inadapté et contraignant face au développement de l’automobile et de l’autobus.

Dans l’Est parisien, le cas particulier du tramway-funiculaire de Belleville

Le tramway-funiculaire de Belleville était une ligne de tramway à traction par câble qui, de 1891 à 1924, a relié la place de la République à l’église Saint-Baptiste de Belleville, en haut de la rue de Belleville.

Maquette avec câbles

Le funiculaire de Belleville, coupe

Système hybride entre le tramway et le funiculaire (véhicule circulant sur des rails en pente, dont la traction est assurée par un câble), il était similaire aux célèbres cable cars de San Francisco mis en service en 1873. À Paris, les travaux sont confiés à l’ingénieur Fulgence Bienvenüe, assisté du conducteur de travaux Lefebvre, et menés en six mois. Toutefois, la mise en place du système de traction a été laborieuse, car sans précédent en Europe.

Le tramway-funiculaire de Belleville, rue de Belleville. Carte postale.

Les incidents d’exploitation, relativement rares, ont surtout été liés à l’usure du câble de traction. La rupture de fils provoquait son enroulement autour du grip, empêchant le véhicule de s’arrêter.

La forte déclivité de la rue de Belleville a toutefois provoqué quelques accidents plus spectaculaires. Le plus important a eu lieu le 6 janvier 1906, quand la rupture du grip entraîne l’emballement du véhicule, qui dévale à toute allure la rue de Belleville, traverse la rue des Pyrénées à une vitesse avoisinant les 120 km/h selon la presse, avant de dérailler et de se mettre en travers dans la rue du Faubourg-du-Temple.

Les voyageurs pris de panique sautent en marche, ce qui provoque 17 blessés. En 1907 et 1909, le tramway ne pouvant freiner à temps, deux collisions surviennent entre les voitures et des automotrices Mékarski au carrefour de la rue des Pyrénées. En janvier 1914, le câble se rompt à nouveau, et une des voitures dévale la rue de Belleville jusqu’à la place de la République, heurtant tous les obstacles sur son parcours et provoquant 14 blessés.

Finalement, le tramway-funiculaire de Belleville est remplacé sur son parcours par la ligne 11 du métro, en 1935.

« L’accident du funiculaire de Belleville », Le Figaro, 24 janvier 1914.

Le « nouveau » tramway

Le choc pétrolier de 1973 et les encombrements urbains croissants entraînent, en France, une réorientation des politiques de déplacement vers les transports publics de masse. Tandis que le métro est privilégié à Lyon et à Marseille, qui l’inaugurent en 1978, le renouveau du tramway en France intervient avec le concours lancé par le secrétaire d’État Marcel Cavaillé en 1975, destiné à définir le futur tramway standard français devant équiper huit villes : Bordeaux, Grenoble, Nancy, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse.

À Paris et dans sa banlieue, où les tramways avaient constitué un important réseau avant la Seconde Guerre mondiale, la première ligne rouverte est la ligne 1 reliant Saint-Denis et Bobigny (Seine-Saint-Denis) en 1992.

Les grèves de la RATP de 1995 marquent un tournant. La municipalité de Paris se prononce en faveur du retour du tramway à Paris. Il fait suite à la relance du débat par les membres parisiens de l’ancien parti politique Les Verts, et plus particulièrement à l’acharnement du seul élu Vert du conseil de Paris, Jean-François Ségard, qui, dès 1992, se fait le porte-parole de la réintroduction du tramway dans la capitale.

Ligne T3, connexion entre les branches T3a et T3b, porte de Vincennes, juillet 2012

Fin 2006, la ligne T3, dite ligne des Maréchaux, marque le grand retour du tramway à Paris après 69 années d’absence. La T3 qui relie alors le pont du Garigliano à la porte d’Ivry est inaugurée le 16 décembre 2006 par le maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë.

Cette fois, le tramway n’entre pas dans Paris intra muros. La ville a évolué et il ne pourrait y circuler. Il emprunte, en périphérie de la capitale, les « boulevards des Maréchaux », c’est-à-dire l’ancienne Rue militaire qui desservait les fortifications construites à l’initiative de Thiers en 1844. Cette implantation du tramway est considérée comme un facteur d’intégration urbaine des Portes de la ville, ces « marges » souvent défavorisées.

La ligne T3 existante est prolongée jusqu’à la porte de Vincennes et renommée T3a le jour de l’inauguration de l’extension ; une seconde ligne, la T3b, relie dans sa continuité les portes de Vincennes et de La Chapelle. Son prolongement jusqu’à la porte d’Asnières, dont les travaux ont commencé le 31 mars 2014, est mis en service le 24 novembre 2018.

En 2019, le réseau de tramway, qui compte 10 lignes et couvre 125 km, est en partie saturé, mais d’autres projets d’extension ou de création de nouvelles lignes sont en cours. Prochaine étape : la Porte Maillot !

Pour en savoir plus :

Tramway-funiculaire de Belleville : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_funiculaire_de_Belleville

Tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_d’Île-de-France

Ligne 3a du tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_3a_du_tramway_d’Île-de-France

Ligne 3b du tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_3b_du_tramway_d’Île-de-France

 

Quand les murs racontent l’histoire de la guerre 

 

Conférence le jeudi 19 janvier à 18h30 précises à la mairie du 20e

Le 25 août 1944 marque la fin de l’occupation de Paris par les troupes allemandes commandées par le régime nazi. Depuis l’arrivée de l’occupant le 14 juin 1940, Paris a été le théâtre de nombreux drames dont les murs témoignent.

Cérémonie à l'entrée de la RATP

Ratp, plaque du dépot de Lagny. hommages du 25 août 2022-PG

Riche d’environ 150 plaques commémoratives, le 20e arrondissement continue largement à raconter cette histoire : mémoire de la Résistance, notamment communiste, mémoire de la persécution des populations juives implantées dans cet arrondissement populaire, en particulier des enfants, mais aussi traces de l’insurrection pour la libération de Paris.

Plaques mémorielles du 20e

Plaques à la mémoire d’habitants du 20e, fleuries par la Mairie et l’Hôtel de Ville-PG

C’est à l’histoire de cette période, à travers ce que disent les plaques et à l’histoire de ces dernières qu’est consacrée cette conférence.

Par Céline LARGIER VIÉ, Maître de conférences en linguistique allemande et française à Sorbonne Nouvelle.

____________

Pour en savoir plus  sur les plaques de rue et les plaques mémorielles à Paris, écoutez l’émission Le Cours de l’histoire diffusée le 16 septembre 2021 sur France Culture , en cliquant sur « Les plaques dans la ville, la mémoire au coin de la rue »

 

La Résidence Alquier-Debrousse fêtait, il y a peu, un double anniversaire : le 130ème anniversaire de la création de la Fondation Alquier-Debrousse, qui fut à l’origine de l’ancien hospice Debrousse, rue de Bagnolet, aujourd’hui disparu, et le 40ème anniversaire de l’ouverture de la Résidence Alquier-Debrousse qui lui a succédé, à peu près au même endroit.

Une sympathique réception a été l’occasion pour les résidents et leurs familles de faire retour sur la mémoire du lieu, à travers plusieurs conférences sur son histoire et sur celle du quartier de Charonne. L’Association d’histoire et d’archéologie du 20e arrondissement, invitée, a été heureuse d’apporter son concours à cette manifestation en évoquant l’histoire de Charonne, du village au quartier.

 

anniversaire de l'Epahd Debrousse

Invitation à la rencontre du 8 novembre 2022

L’ancien parc du Château de la duchesse d’Orléans

Rue de Bagnolet, au coin de la rue des Balkans, subsiste derrière une belle grille ouvragée un élégant pavillon de style Régence, le Pavillon de l’Ermitage. Il doit son nom à son décor intérieur d’ermites peints en grisaille par Jean Valade (1710-1787), un peintre qui travailla dans l’atelier des frères Coypel.

Le pavillon de l'Ermitage, rue de Bagnolet

Le pavillon de l’Ermitage, rue de Bagnolet

Le pavillon a été construit dans les années 1720 à la demande de Françoise Marie de Bourbon (1677-1749), fille légitimée de Louis XIV et de Madame de Montespan, et duchesse d’Orléans par son mariage avec Philippe d’Orléans, Régent de France à la mort de Louis XIV.

Ce pavillon, œuvre de l’architecte Serin, était une « folie » où, à la belle saison, on pouvait se reposer, prendre une collation ou écouter de la musique. C’est le seul vestige d’un vaste parc, qui en comptait trois autres, toutes disparues aujourd’hui, celui du château de Bagnolet, déboisé et vendu en lots par les héritiers de la duchesse d’Orléans dès la fin du XVIIIe siècle.

Plan du parc et du château de Bagnolet

Plan du parc et du château de Bagnolet

Le domaine de Bagnolet était vaste (56 ha) et s’étendait entre Charonne et Bagnolet. Le château lui-même se trouvait sur le territoire de Bagnolet. Achevé vers 1725, il fut démoli en partie dès 1770. Il se trouvait approximativement à l’emplacement de l’actuel échangeur de Bagnolet.

Dans Charonne, le parc du château longeait la partie sud de la rue de Bagnolet entre la rue des Balkans et le boulevard Davout actuels, et comprenait une bonne partie du sud du 20e arrondissement. Pour gagner sans embarras son domaine, la duchesse d’Orléans avait fait ouvrir une belle avenue plantée d’ormes, dite « avenue Madame », correspondant à notre rue des Orteaux, qui coupait à travers champs, d’ouest en est, et contournait le village de Charonne.

Le château de Bagnolet, vue générale

Le château de Bagnolet, vue générale

La duchesse d’Orléans acquit cette résidence et son parc vers 1719 et elle y réalisa d’importants travaux d’agrandissement et d’embellissement. Le parc fut redessiné par Claude Desgots (1655-1732), petit-neveu d’André Le Nôtre, le jardinier de Versailles, qui travailla aussi aux parcs de nombreux châteaux de la région parisienne (Issy, Choisy, Champs-sur-Marne).

A la mort de la duchesse, le domaine fut vendu et dispersé. Il passa entre diverses mains, dont celles du baron de Batz, célèbre comploteur contre-révolutionnaire qui imagina de faire évader Louis XVI au matin de son exécution, et du confiseur du Roi Pomerel…

La Fondation Alquier-Debrousse

La fondation de l’œuvre Debrousse revient à Marie-Catherine Alquier née Debrousse (1841-1883), épouse du baron Charles-Arthur Alquier (1827-1871), député de la Vendée. Elle disposait d’une importante fortune, mais fut affectée par plusieurs deuils familiaux. En mémoire de son père Hubert Debrousse, un autodidacte qui fit fortune dans les travaux publics – il travailla notamment à l’ouverture du boulevard de Magenta, à Paris -, elle souhaitait créer à Paris un hospice pour vieillards (hommes et femmes). Le 10 décembre 1885, l’Assistance publique recevait d’elle un legs de près de 6 millions de francs-or.

Portrait de la baronne Marie-Catherine Alquier-Debrousse

Portrait de la baronne Marie-Catherine Alquier-Debrousse, avec sa fille Valérie-Marie-Louise (1862-1870), par Laure Brouardel, huile sur toile (détail). Coll. CASVP

L’hospice Alquier-Debrousse fut édifié selon les plans des architectes Bernard et Dezermaux sur un terrain acheté par l’administration à Charonne, sur une partie de l’ancien parc du château de Bagnolet, démembré à la fin du XVIIIe siècle. Le legs de la baronne Debrousse-Alquier permit l’achat de la propriété Mader, sise aux 148-150 rue de Bagnolet, la construction et l’ameublement de l’hospice.

L'hospice Debrousse détruit en 1978. Photo CASVP

L’hospice Debrousse détruit en 1978. Photo CASVP

L’hospice, dont l’inauguration eut lieu en juillet 1892, accueillait des indigents parisiens âgés d’au moins 70 ans ou atteints d’une infirmité incurable. D’autres membres de la famille Debrousse – son frère Jean Hubert, en 1899, et sa mère, Marie Félicie Dessans, en 1913, en suivant son exemple, en tout 23 millions de francs-or –, contribuèrent à l’achat de nouveaux terrains et à l’agrandissement de l’hospice dès 1908.

On comptait 194 lits en 1896, 200 en 1900, et doubla ses capacités dans la première décennie du XXe siècle. En 1960, il abritait 556 lits contre 440 en 1948.

La Résidence Ehpad Debrousse

Les conditions d’accueil des personnes âgées ont considérablement évolué à partir du milieu du XXe siècle. Comme dans d’autres hospices, le modèle d’accueil des personnes âgées et la vétusté des locaux firent l’objet de nombreuses critiques. Dès les années 1960, l’ancien hospice Debrousse était obsolète et il fut démoli en 1978.

En application de la politique d’humanisation et de modernisation mise alors en œuvre dans les structures d’accueil du troisième âge, une résidence plus moderne et mieux adaptée aux besoins des résidents a remplacé le vieil hospice à la vie austère et à la discipline militaire.

Un décret du ministère de la Santé publique du 30 décembre 1972 a rattaché l’hospice Debrousse au bureau d’aide sociale de Paris (CASVP) ; depuis cette date, l’Assistance publique ne gère plus l’établissement.

Jardin de l'hospice Debrousse, rue de Bagnolet (20e arr.)

Jardin de l’hospice Debrousse, rue de Bagnolet (20e arr.)

D’un cimetière carolingien à une église villageoise

Dans le prolongement des Journées Européennes du Patrimoine, nous terminons par ce troisième article notre approche sur L’archéologie dans le patrimoine parisien. Après avoir ensuite abordé Les fouilles du 20e arrondissementcet article est cette fois-ci exclusivement consacré à l’église de Charonne avec ses richesses retrouvées.

______

L’église de Charonne rénovée-PHD

L’église de Charonne est située sur le flanc de la colline de Ménilmontant. Ses fondations n’étaient pas profondes et le sol marneux présentait une faible portance.

Des travaux de consolidation

L’église était donc instable, ce qui a nécessité des travaux de consolidation. Au XIXème siècle, deux contreforts ont été construits contre la façade sud du chœur pour remédier au “glissement” de l’édifice.

Malgré ces travaux de renforcement, des désordres sont constatés lors de la réfection de la toiture et, en 2007, la ville a commandé une étude approfondie comprenant des sondages géotechniques qui ont confirmé la faible assise des fondations.

Étai à l’intérieur de l’église de Charonne-MdP

Une étude de l’édifice menée par l’architecte en chef des Monuments Historiques Jean-François Lagneau ainsi que d’un premier diagnostic archéologique dirigé par Catherine Brut (DHAAP, Ville de Paris) est effectuée en 2012.

L’instabilité du bâtiment mettant celui-ci en danger, la ville a programmé une opération de consolidation pérenne des fondations de l’édifice.
Ces travaux de consolidation par la technique du « jet grouting » ont eu lieu durant le deuxième semestre 2014. Le procédé  « jet grouting » consiste à forer le sol à l’aide d’un jet de fluide(s) à haute pression et à le mélanger avec un coulis de ciment permettant de le renforcer.
Puis par précaution, des fouilles complémentaires ont été décidées en 2014 car la technique du « jet grouting » est aussi par nature destructrice.

À l’origine, un cimetière villageois

L’opération de fouille du chœur de l’église Saint-Germain de Charonne a permis de trouver les premières traces d’occupation humaine sur le versant sud de la colline de Ménilmontant à l’époque carolingienne, c’est-à-dire à une période qui s’étend de 750 jusqu’au Xème siècle.

Fouilles à l’intérieur de l’église de Charonne-MdP

Les premières traces d’occupation du site se résument à deux tessons de céramique gallo-romaine, un fossé et des trous de poteaux qui datent IXème siècle. Les archéologues n’ont pas trouvé d’objets ou de traces d’occupation humaine plus ancienne. Il semblerait donc que la première installation humaine à cet endroit ait eu lieu au cours de l’époque carolingienne.

Les fouilles ont aussi fait découvrir une série de trente-deux sépultures ainsi qu’un mobilier céramique. Les structures funéraires sont proches les unes des autres ce qui semble exclure l’hypothèse d’un groupe d’inhumations isolées au sein de l’habitat.

Un squelette à l’intérieur de l’église de Charonne-MdP

En l’état actuel de nos connaissances, aucun édifice religieux n’existe alors à cette époque, il faut voir en ce groupe d’inhumations la naissance d’un cimetière villageois qui sera à l’origine de la première église.

La légende de sainte Geneviève

Cette église a également fait l’objet d’une légende attachée à Paris. Selon cette fameuse légende, saint Germain alors évêque d’Auxerre, aurait rencontré vers 430 après Jésus Christ, sur les coteaux de Charonne, une jeune fille qui deviendra sainte Geneviève, la future patronne de Paris. On raconte que l’église de Charonne aurait été érigée par les habitants du lieu à l’emplacement d’un petit oratoire en souvenir de cette rencontre.

Les recherches archéologiques montrent que c’est probablement inexact, il n’y a aucune trace d’un ancien oratoire à l’emplacement de l’église et aucun document n’atteste de sa présence.

La première église du village

Les archéologues datent la construction d’une première église au début du XIIème siècle. On trouve la première mention de Charonne dans un acte de Robert II à la fin du Xème siècle. La première mention d’une église à Charonne date de 1140. Elle nous est fournie par un acte de donation par l’évêque de Paris, Étienne de Senlis, au prieuré clunisien de Saint-Nicolas d’Acy. Cette donation est confirmée quelques années plus tard par une bulle du pape Eugène III

Le village de Charonne – Paris

Les quelques traces retrouvées de cette première église montrent que nous sommes probablement en présence d’un édifice de type basilical à une nef de 7,50 m de largeur. À ce premier état de l’église de Charonne sont associées vingt sépultures qui sont creusées au pied du chevet, à l’extérieur de l’édifice. De ce premier état connu de l’église ne subsistent que les éléments à la base d’une pile. Aucune inhumation dans l’église n’a été repérée.

Quant à la construction du clocher, elle serait légèrement postérieure à celle de l’église puisqu’elle date de la fin du XIIIème siècle. La datation s’appuie sur l’étude stylistique de la sculpture qui est à rapprocher de celles des églises de Vitry, Chennevières, Arcueil ou Bagneux. Il semblerait qu’à l’origine un clocher latéral aurait été érigé au sud d’une nef primitive. La liaison du clocher au reste de l’édifice reste indéterminée.

L’église actuelle
C’est au XVème siècle que l’église est largement agrandie pour adopter la configuration que nous lui connaissons aujourd’hui, avec un vaisseau central flanqué de deux collatéraux. Deux inscriptions encadrent la chronologie de cette phase de reconstruction.

  • La première, datée de 1428, est insérée dans l’une des piles soutenant le clocher. Elle rappelle l’octroi par l’évêque de Paris de quarante jours d’indulgences pour une collecte de fonds dont le but reste cependant incertain.
  • La seconde célèbre la dédicace du nouvel édifice par l’évêque de Paris Guillaume Chartier (1449-1472), probablement en 1460. Rien ne permet de confirmer que les travaux étaient achevés à cette date puisqu’un autre texte stipule que trois autels avaient été consacrés en 1527.

Le présent article est extrait du rapport de fouilles de février 2016. Chargé de mission : Julien Avinain, Département d’Histoire de l’Architecture et d’Archéologie de la Ville de Paris (DHAAP).

Prochain article :  un cimetière carolingien à Charonne.

Proust du temps de sa vie et au-delà

Le dernier chapitre de la vie de Proust se trouve au Père Lachaise, son passage du temps perdu vers le temps éternel. Décédé le 18 novembre 1922 à l’âge de 51 ans, ses funérailles ont lieu trois jours plus tard, notamment avec les honneurs militaires en tant que chevalier de la légion d’Honneur.

Le hasard fait que tout près de la tombe familiale se trouve enterré Pierre GRIMBLAT, résistant puis producteur/créateur des séries télévisées comme Navarro ou l’instit. Tous les deux sont nés d’une mère juive, et si Marcel Proust décède en 1922, Pierre GRIMBLAT naîtra cette année-là.

Centenaire au Père Lachaise

La tombe de Marcel Proust le 18 novembre 2022-PG

Le nom de Marcel Proust est connu du monde entier et au Père Lachaise, et il arrive très souvent que des étrangers viennent demander où se trouve sa tombe. Le nom, un nom, le sujet de sa citation : « Un nom, c’est bien souvent tout ce qui reste pour nous d’un être, non pas même quand il est mort, mais de son vivant ».

Vie privée, reconnaissance publique

Tout le monde connaît en premier lieu sa vie recluse d’homme à la santé fragile, comme en témoigne sa dernière gouvernante Céleste Albaret.

En ce qui concerne les faits de son temps, en 1898 Proust assiste au procès de Zola. Lui et son frère Robert signent la pétition de l’Aurore et « l’affaire Dreyfus » entrera à différentes reprises parmi les personnages de son œuvre.

Fin 1919, le prix Goncourt lui est décerné pour son livre À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Souvenir d'enfance - Proust

Marcel Proust, timbre de 1966 devant Illiers-Combray

Le 24 novembre 1920, son frère Robert Proust -lui-même officier de la Légion d’honneur- le « fait » chevalier de la Légion d’honneur avec l’accolade protocolaire… mais sans lui remettre l’insigne, cette croix bien matérielle mais sans doute oubliée ou perdue ce jour-là.

Proust - Timbre

Proust timbre portugais

Proust aurait pu mourir plus tôt

Autre événement de sa vie privée mais qui devient publique : dans le Journal daté du 3 février 1897 et à propos de la parution du livre Les Plaisirs et les jours, Jean Lorrain (sous le pseudonyme de Raitif de la Bretonne) évoque ainsi de manière à peine voilée la relation intime de Marcel Proust avec Lucien Daudet :

« Marcel Proust obtiendra sa préface de M. Alphonse Daudet, de l’intransigeant, M. Alphonse Daudet lui-même, qui ne pourra la refuser, cette préface, ni à Mme Lemaire ni à son fils Lucien. »

Compte tenu de la morale de l’époque, Marcel Proust alors âgé de 25 ans se voit contraint de « laver son honneur » et doit provoquer en duel Jean Lorrain, ce critique littéraire redoutablement connu comme « chroniqueur du vice parisien ». Le duel a lieu Le 6 février dans le bois de Meudon, les duellistes tireront volontairement vers le bas et l’incident se terminera ainsi.

Le public informé du duel - Proust

Duel de Proust in  » Le Siècle » du 7 février, 1897

La mort de Marcel Proust

Proust meurt à son domicile parisien le 18 novembre 1922. On peut voir son lit de mort au musée Carnavalet. Ce jour-là, son frère Robert (médecin) était venu le soigner.

Trois jours plus tard ont lieu les funérailles, soit au même moment où à l’hôpital Tenon Robert devait inaugurer le nouveau service de radiumthérapie en tant que « patron ». Il se fait donc représenter et lui et sa famille se rendent aux funérailles de son frère, en l’église Saint-Pierre de Chaillot puis au Père Lachaise.

Marcel Proust sur son lit de mort

Marcel Proust sur son lit de mort, par DUNOYER DE SEGONZAC-Musée du Louvre

Sur sa tombe familiale en marbre noir, une croix « pattée » a été sculptée comme signe religieux. Marcel Proust s’en était libéré par avance dès 1896 dans sa lettre en réponse à Robert de Montesquiou : « si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive. Vous comprendrez que c’est une raison assez forte pour que je m’abstienne de ce genre de discussions ».

 

L’attentat sur sa tombe

Sa tombe se trouve à la 85ème division. Elle n’est pas celle d’origine et on a pu souvent raconter que celle qui s’y trouve actuellement l’a remplacé à la suite d’un attentat à l’explosif. Il y a eu effectivement un acte manqué puisque cette bombe artisanale a eu simplement pour effet de déplacer légèrement la dalle et d’y laisser une trace de poudre rouge.

Stéle avec le père de Proust

Proust et la tombe familiale d’origine-BnF

Mais en fait, si l’explosion a bien eu lieu le 9 novembre 1978, comme le rapportent une dépêche AFP puis les différents quotidiens nationaux, la pierre tombale actuelle était déjà installée comme le prouve la photo illustrant l’article paru dans l’Aurore. À l’arrière du monument, on peut y voir encore aujourd’hui en surface le léger impact de l’explosif qui faute d’accrochage sur le marbre, serait finalement parti en l’air comme un feu d’artifice.  

La version plus vraisemblable est que cette première tombe avait été endommagée lors de la deuxième guerre mondiale et elle a été remplacée par la suite, sans que nous en connaissions pour autant la date précise… mais en tout cas bien avant cet incident de 1978.

Sa famille au Père Lachaise

Dans la sépulture familiale on y trouve sa mère Jeanne Weil Proust et son père Adrien Proust. Sur la stèle on pouvait y voir le portrait en bronze du père, neurologue et professeur à la faculté de médecine, portrait sculpté par Marie Nordlinger. Cette oeuvre a été ensuite récupérée pour être apposée sur le mur de la maison natale du père, à Illiers-Combray.

En 1935, Robert Proust sera le dernier à rejoindre la tombe familiale. Par ailleurs, deux sépultures de la famille maternelle de Proust -également riche d’histoire- se trouvent dans l’ancien enclos juif de notre cimetière.

Enfin en 2021, la Société des amis de Marcel Proust et des amis de Combray reçoit un chèque de 400 000 euros du Loto du Patrimoine, montant qui lui permet de rénover le musée qui porte son nom.

 

La DGSE va quitter « la Piscine » pour Vincennes

 

À l’occasion de l’exposition actuelle de la DGSE en mairie du 20e « Le service secret français et le 20e arrondissement », nous rééditons cet article paru pour la première fois le 17 août 2021. L’exposition se termine le 5 novembre prochain.

_____________-

 

Le 20e continue de se transformer. Les agents de la DGSE vont quitter leur quartier général du boulevard Mortier, dans le 20e arrondissement, pour s’installer dans une toute nouvelle caserne aux installations ultra-modernes, en lisère du bois de Vincennes. Ce déménagement « hors norme » est prévu pour 2028.

Pourquoi la « Piscine » ?

 

Le quartier général historique des services français de renseignements extérieurs est installé depuis 1945, dans la « Centrale », une caserne jouxtant la piscine des Tourelles (aujourd’hui piscine Georges Vallerey), d’où son surnom de « la Piscine » popularisé par les films et les romans d’espionnage.

Piscine Georges-Vallerey

Piscine Georges-Vallerey (XXe) avec les anneaux olympiques

Depuis cette installation, les lieux ont été modernisés, notamment avec la construction d’une grande tour centrale dans les années 1970. En 1997, a été ajoutée une seconde parcelle, sise de l’autre côté du boulevard Mortier, reliée à l’immeuble de la DGSE par un long souterrain. Mais les lieux restent extrêmement contraints par l’architecture d’origine des bâtiments qui n’avaient pas été conçus pour abriter un grand service moderne, capable d’utiliser tous les moyens actuels de recueil et d’exploitation du renseignement.

Le nombre d’agents a doublé en 30 ans

 

Au fil des années, le nombre d’agents secrets a aussi beaucoup augmenté. En 1931, la DGSE comptait 3 500 officiers ; aujourd’hui, ils sont plus de 7 000. De plus, le travail s’est complexifié. Les missions d’aujourd’hui demandent d’intégrer systématiquement des capacités d’interception cyber. Les bureaux surpeuplés se sont multipliés, avec des fils et des branchements électriques anarchiques, ce qui ne pouvait plus durer.

Plus qu’un simple déménagement

 

L’idée présentée par le directeur général Bernard Emié est bien plus qu’un simple déménagement. Il s’agit en fait de doter la DGSE d’un outil de commandement à la hauteur de ses ambitions et, surtout, des menaces actuelles. Entre le terrorisme et la montée en puissance des nouveaux Etats comme la Turquie, la Chine, l’Iran ou la Russie, il faut mettre en place des structures puissantes, capables de fournir des accès techniques à toutes les autres agences de premier cercle de la communauté du renseignement : la DGSI à l’Intérieur, la Direction du Renseignement militaire (DRM), la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) ou le Commandement cyber pour les Armées.

Le Fort-Neuf de Vincennes, futur siège de la DGSE.

Le Fort-Neuf de Vincennes, futur siège de la DGSE.

Le site de Vincennes s’étendra sur 20 hectares, soit deux fois la taille des bâtiments actuels. Il sera doté de capacités informatiques qui sont celles de l’avenir. Le montant du projet s’élève à 1,3 milliard d’euros.

Un peu d’histoire

 

La DGSE est actuellement installée sur l’emplacement de l’enceinte militaire construite en 1841-1844, à l’initiative de Thiers, pour protéger Paris contre une invasion ennemie comme en 1814. Englobant la totalité de la capitale, 33 km de long, l’enceinte de Thiers, détruite en 1919-1929, se situait entre les actuels boulevards des Maréchaux et le boulevard périphérique. En fait elle ne servit jamais, sauf pendant les deux sièges de Paris en 1870 (par les Prussiens) et 1871 (par les Versaillais).

La caserne Mortier, pavillon sous officiers, vers 1937

La caserne Mortier, pavillon sous officiers, vers 1937. Carte postale.

 

En octobre 1940, la caserne des Tourelles devint un camp d’internement pour les étrangers. Des Français y furent internés à partir de juillet 1941, avec l’ouverture d’une section pour les communistes. Un bâtiment était affecté aux hommes, un autre aux femmes, le troisième étant réservé d’abord au recrutement du STO, puis au service des œuvres pour les prisonniers de guerre (fin 1941).

 

Le camp d'internement des Tourelles, 1940-1944

Le camp d’internement des Tourelles, 1940-1944.

Le camp des Tourelles fut l’un des principaux lieux de détention parisiens des femmes juives, le camp de Drancy étant réservé aux hommes jusqu’à la mi-juillet 1942. En août 1942, un seul bâtiment était affecté à l’internement, visant non plus les Juifs (envoyés directement à Drancy), mais les étrangers, comme les républicains espagnols, et des politiques, puis des réfractaires au STO. Le bâtiment central devint une annexe des prisons de Fresnes et de la Santé. Le camp fut libéré le 17 août 1944 ; près de 8 000 personnes y ont été détenues entre octobre 1940 et août 1944.

Depuis 1945, la DGSE occupe deux anciennes casernes situées de part et d’autre du boulevard Mortier : la caserne des Tourelles (Centre administratif des Tourelles) et, depuis 1996, la caserne Mortier. Les membres de la DGSE les désigneraient sous le nom de « centrale » et de « Mortier ». Les médias ont surnommé la DGSE la « piscine » en raison de sa proximité avec l’ancienne piscine des Tourelles, alors que le surnom donné en interne serait plutôt « la boîte ». Le quartier général du service Action est au fort de Noisy, à Romainville.

Déjà, un projet de délocalisation, dit projet « Fort 2000 », lancé en 1992, envisageait de déménager le siège de la DGSE au fort de Noisy. Il échoua à cause du manque de finances. Malgré la baisse du budget, à la suite de l’opposition des riverains du fort qui craignaient des nuisances sonores et de mouvements écologistes, car la zone abrite une espèce rare de crapauds (le Bufo Calamita), le projet fut abandonné définitivement en mai 1996. A la place, la DGSE reçut la caserne Mortier.

Un nouveau projet de déménagement est maintenant annoncé pour le Fort-Neuf de Vincennes. Construit entre 1841 et 1844, c’est l’un des seize forts détachés de l’enceinte de Thiers. Les travaux commenceront en 2024 et le transfert devrait être achevé en 2028.

 

Un mot sur la piscine des Tourelles, actuellement piscine Georges Vallerey

 

La piscine des Tourelles a été construite à l’occasion des Jeux olympiques d’été de 1924 ; elle fut la piscine du siège de la Fédération française de natation et abrita de nombreux championnats de France de natation. C’est en 1959 qu’elle reçut le nom du célèbre nageur médaillé de bronze aux Jeux de Londres 1948 et détenteur de sept records d’Europe entre 1945 et 1949, Georges Vallerey (1927-1954). Pour la petite histoire, Johnny Weissmuller (le futur acteur de Tarzan !) qui prit part aux Jeux olympiques d’été de 1924, y remporta les médailles d’or des 100 et 400 mètres nage libre, et du relais 4×200 mètres nage libre.

Pour en savoir plus :

Sur la DGSE :

Sur l’enceinte de Thiers :

L'Enceinte de Thiers

Sur le Stade des Tourelles, puis piscine des Tourelles et piscine Georges Vallerey :

 

Piscine "habillée" pour 2024

Haussmann et les cimetières : le faux départ du Père Lachaise pour Méry-sur-Oise

Au moment de la Toussaint, il est bon de nous rappeler qu’au 19ème siècle notre cimetière a failli disparaître. La fermeture du Père Lachaise n’a finalement pas eu lieu, mais la bataille aura été longue. Rappelons brièvement les faits.

En 1804, le décret des sépultures signé par Napoléon oblige les nouveaux cimetières à être créés hors la ville. Paris était alors composé de 12 arrondissements et le Père Lachaise avait été créé cette même année au village de Charonne. Mais en 1860 le passage de 12 à 20 arrondissements a pour conséquence de faire entrer les cimetières « hors la ville »… dans la ville.

Une idée déjà creusée dès 1859

Qu’à cela ne tienne, et la veille de son extension à 20 arrondissements, le préfet Haussmann prévoit de fermer les trois grands cimetières -Père Lachaise, Montmartre et Montparnasse- en passe d’être rattachés à la ville. Son projet dans sa globalité implique également la fermeture de tous les cimetières devenus parisiens avec toutes ses conséquences : déplacer les corps déjà inhumés et par ailleurs transférer directement ceux des nouveaux décédés.

Fermer les trois cimetières, oui, mais pour quelle solution alternative ? en 1863, Haussmann a l’idée de créer un énorme cimetière à vocation régionale, disposant d’une surface évaluée à environ 1000 ha. À titre indicatif, le Père Lachaise, pourtant le plus grand des trois grands cimetières, ne dispose encore aujourd’hui que de près de 44 ha.

Et là, la nécropole de Londres va servir de modèle à Haussmann, celle qui a vu le jour en 1849 au cimetière de Brookwood, à 40 km de la capitale.

Méry or not Méry pour Paris ?

En 1874, comme le dira M. Salier à son conseil municipal, , « c’est de haut qu’il faut envisager la question des cimetières parisiens ».

Et donc quel pourrait être le lieu choisi ? Justement en haut de Paris, très exactement à Méry-sur-Oise, un bourg de 1500 habitants. L’espace est disponible, il se trouve à une vingtaine de kilomètres de Paris, donc pas trop loin pour y accéder, mais suffisamment éloigné pour ne pas voir s’étendre la ville jusque-là pendant longtemps. Son projet est soumis à l’enquête publique en 1867.

l'arrivée des trains de Paris

Le projet de gare funéraire à Méry-sur-Oise en 1859

Les arguments en sa faveur sont nombreux :

  • La surpopulation des corps dans les trois cimetières devenus parisiens
  • l’hygiène dans Paris
  • la cohabitation des morts et des vivants de la ville, déjà interdite en 1804 sous Napoléon
  • la disponibilité de nouveaux terrains à Paris ! Ils sont bon marché tout autour des cimetières, au moment du projet … et deviendront certainement une excellente perspective offerte aux spéculateurs immobiliers.

Et dans cette campagne d’opinion, il y aussi Léon Vafflard, l’entrepreneur des pompes funèbres de Paris, qui alerte sur l’indécence des fosses communes. Dès 1867, il argumente ainsi en faveur d’Haussmann :

« la terre de ces divers cimetières, saturée de matières organiques, ne suffit plus à la consumation des corps». « … l’un des projets les plus importants de notre époque ; une prompte solution est urgente, car les places se font de plus en plus rares dans nos cimetières : la mort va vite et les morts ne peuvent attendre ».

 

Vafflard favorable au projet de Méry

Livre de Léon Vafflard sur les « champs de Sépultures » à Paris

 

Les arguments des opposants à Méry sur Oise se font par rapport à l’éloignement bien-sûr, jusqu’à parler du projet en terme de colonisation d’une terre étrangère. Sans oublier les coûts supplémentaires du transport… mais aussi critiques face à la politique de Napoléon III : « contre l’exil des morts après celui des ouvriers déplacés à la périphérie ».

En tout cas, l’Administration qui veut supprimer la fosse commune comme déjà prévu dès 1804, a déjà fait l’acquisition d’une surface de 823 ha, soit une étendue comparable à celle du bois de Boulogne.

Le train funéraire comme mode de transport

Le projet poursuit donc sa route et dans cette perspective quatre « gares reposoirs » sont prévues pour être construites indépendamment des « gares ordinaires » : une tout près des trois cimetières parisiens, et la gare d’arrivée : celle de Méry sur Oise.

Chacun des trois cimetières disposera donc d’une gare spéciale dont les wagons -adaptés suivant les classes de pompes funèbres choisies- partiront vers la gare de Montmartre, la seule à être reliée à celle de Méry, avec un départ toutes les heures vers Méry. Durée du trajet : 20mn à grande vitesse.

Et comment qualifier ces trains spéciaux par rapport aux trains dits « ordinaires » ? L’ingénieur Albert-Charles-Théodore Bassompierre-Sewrin, en charge du projet, propose de le nommer tout simplement « convois mortuaires». De son côté, le public plus contestataire retiendra plutôt l’expression des « trains de la mort ».

Les critiques sur ce mode de locomotion

Dans ce projet un peu bousculé, même le train en tant que mode de locomotion y est particulièrement critiqué. D’où l’idée en 1866 du docteur Favrot, de rendre le transport « humanisé » et même « rendu grâcieux au familles », grâce à l’attribution de billets gratuits, aller-retour naturellement.

En plus de la controverse globale, il y a également les contestations locales sur le passage prévu par le futur train traversant les terres de la région.

Ainsi, la princesse Mathilde Bonaparte, cousine de Napoléon III, est propriétaire d’un château à Saint-Gratien. Elle voit évidemment d’un mauvais œil ce projet pour la partie qui la concerne, puisque prévu pour passer par Saint-Gratien. En bout de ligne, Haussmann restera persuadé de l’influence de la princesse qui incite le ministre de travaux publics à étudier rapidement la modification du tracé.

La solution alternative : les cimetières périphériques

Arrive la guerre de 1870 / 1871, Paris est victime des prussiens puis des versaillais, et là leur perception du « culte des morts » s’exacerbe davantage. Pour autant, le projet d’Haussmann continue son chemin de recherche et l’architecte Alfred Feydeau, inspecteur général du service des cimetières, finalisera son rapport détaillé qu’il remettra en 1872.

Ce projet qui n’en finit pas sera ensuite rejeté deux fois par le conseil municipal de Paris, en 1879 et en 1881 pour voir finalement notre cimetière parisien conservé avec les deux autres.

Opposition au cimetière de Méry

Les critiques du conseil de Paris sur le projet Méry, extrait d’article daté du Petit Journal du 16 aout 1874

La solution retenue à ce problème réel pour autant, aboutira simplement à compléter en périphérie de la ville, les espaces indispensables aux futurs enterrements : les cimetières de Bagneux et Pantin seront ouverts en 1886,  puis plus tard celui de Thiais en 1929.

Et c’est ainsi que les cimetières parisiens seront sauvegardés.

Finalement et « en bout de ligne » s’agissant du baron Haussmann lui-même, son histoire se terminera comme elle avait commencé, à Paris : malgré lui mais à notre avantage, il sera enterré au cimetière du Père Lachaise.

Les fouilles archéologiques du 20e arrondissement

Dans le prolongement des Journées Européennes du Patrimoine, ce deuxième article fait suite à celui sur L’archéologie dans le patrimoine parisien. Il nous fait connaître les quelques richesses archéologiques dans le 20e.

______

Les diagnostics et les fouilles archéologiques préventives sur le territoire parisien sont réalisés par le Pôle archéologique du Département d’Histoire de l’Architecture et d’Archéologie de Paris (DHAAP). Environ 2 000 découvertes archéologiques ont été répertoriées à Paris et une carte interactive archéologique a été élaborée.
Un inventaire actualisé des découvertes archéologiques est régulièrement enrichi et mis à disposition des chercheurs et du grand public.

La carte archéologique de Paris

L’examen de la carte archéologique de Paris nous montre que très peu de fouilles ont été faites dans le 20e. On peut aisément le comprendre, le territoire qui est devenu le 20e arrondissement comprenait en effet des terres agricoles, beaucoup de vignobles ainsi que trois principaux villages : Charonne, Ménilmontant, Belleville et des hameaux.

Rares découvertes dans le 20e

Carte des points archéologiques dans Paris-DHAPP

Rappelons que trois châteaux et leurs parcs étaient situés sur ce territoire : celui de Charonne, de Saint- Fargeau et de Bagnolet, ainsi que des maisons de campagne (des folies) pour des bourgeois parisiens. Les châteaux et les maisons de campagne ont été pour la plupart démolies à une époque où on s’intéressait peu à l’archéologie.

Avant la construction de la petite ceinture, aucune fouille préventive qui aurait pu nous apprendre beaucoup sur l’histoire de ce territoire n’a été réalisée.
On ne peut donc plus retrouver les traces des constructions qui existaient dans un lointain passé à ces emplacements.

Les fouilles effectuées dans le 20e

Ces fouilles sont peu nombreuses et la plupart récentes, elles ont donné peu de résultats très intéressants.

– Au 16 rue du repos, cinq cercueils de plomb superposés (dont un du XVIe siècle) avaient été mis au jour devant le bureau de la conservation du Cimetière du Père Lachaise, lors du creusement d’une sépulture. Sur l’un d’eux se trouvait encore une plaque de cuivre portant une inscription gravée et accompagnée d’armoiries, relative à « Robert Fusée, escuier seigneur de Champdevi, d’Assy, Genoully… escuier ordinaire des escuries des Roys Henri 3 et 4 », mort en 1593, enterré à Sainte-Croix, puis transféré par les soins de son fils chez les Carmes en 1608.

Points des découvertes locales

Découvertes archéologiques dans le 20e-extrait du plan DHAPP

– Boulevard Davout on a trouvé des vestiges du bastion n° 14 de l’enceinte dite de Thiers, érigée dans les années 1840.

– Au 9 rue Serpollet, le diagnostic mené du 11 au 13 juin 2018 sur une emprise de 996 m², dans le cadre de l’aménagement de la piscine Serpollet par la mairie de Paris, a permis de dégager un nouveau tronçon de l’enceinte de Thiers.

– Chaussée de Ménilmontant, une hache en grès datée du Néolithique y a été trouvée.

– L’opération de fouille la plus riche en enseignements est celle du chœur de l’église Saint-Germain de Charonne. Elle a permis de constater les premières traces d’occupation sur le versant sud de la butte de Ménilmontant, à l’époque carolingienne. Il s’agit de fait du premier témoignage concernant l’existence du village de Charonne.

La destruction opportunité des fouilles

L’enceinte de Thiers à Paris avant sa destruction en 1919

Nous sommes très probablement en présence d’une nécropole isolée jusqu’à la création de l’église au XIIesiècle.

Le diagnostic archéologique mené dans la cour de l’école Saint-Germain de Charonne, mitoyenne au cimetière de l’église de Charonne, n’a pas livré les résultats espérés. Aucune trace d’habitat et aucune sépulture n’y ont été trouvées, ce qui laisse supposer que les vestiges du haut Moyen Âge ne se trouvent que dans un périmètre très proche de l’église et à l’intérieur de celle-ci.

Espérons que les prochaines fouilles qui seront faites à la suite des nouvelles constructions du quartier amèneront des découvertes nous en apprenant davantage sur notre histoire ancienne.