Autour de la place Gambetta, visite guidée

 

Cette balade chemine approximativement autour du quartier Gambetta, au sens du conseil de quartier du même nom.

Elle nous emmène à la découverte de curiosités topographiques ou architecturales, reflets ou scories d’un passé oublié : un pont sur une rue, un lotissement hétéroclite, l’un des plus petits cimetières de Paris, le souvenir des nombreuses activités artisanales etc…

  • Date : dimanche 16 avril 2023
  • Heure de rendez-vous : 10h00
  • Lieu : au coin de l’avenue du Père-Lachaise et de la place Gambetta (sortie n°3 du métro Gambetta)
  • Durée : 2 heures

Cette visite guidée est proposée par Pierre Besson de l’AHAV. Elle est réservée aux adhérents et sur inscription.

Cette année 2023 correspond au 450ème anniversaire de la mort de Molière, décédé le 17 février 1673 et enterré le 21 février suivant.

À cette occasion, nous reproduisons ci-dessous notre article paru le 19 janvier 2022, et qui aborde son parcours pour le moins mouvementé après sa mort.

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Molière enterré, un parcours en 4 actes

 

400 ans après sa naissance, la mémoire de Molière -mort à 51 ans- est toujours bien présente dans notre vie publique. La Comédie-Française est appelée communément la Maison de Molière, l’ancien billet de 500 NF (Nouveaux Francs) est à son effigie, chaque année les Molières récompensent le monde du théâtre… et actuellement la Poste et la Monnaie de Paris lui rendent hommage.

Molière sur le billet de banque

Molière sur le billet de 500 nouveaux francs en 1964

Aujourd’hui encore, avec celle de La Fontaine à ses côtés, la sépulture de Molière fait partie des tombes du Père Lachaise les plus visitées. Du point de vue patrimonial, sa tombe est protégée par un arrêté ministériel du 21 mars 1983, mais quel parcours avant d’en arriver là !

 

Le comédien et l’église

Tout d’abord au moment de sa mort, l’Église entre en scène. Avec sa pièce, le Tartuffe, produite en 1664 à Versailles, le scandale éclate auprès des responsables religieux qui font pression sur le roi pour interdire ses représentations. Et plus généralement depuis le concile d’Elvire (en Espagne au IVe siècle), elle refuse aux comédiens le droit d’être enterré chrétiennement. Le concile mettait alors au même niveau l’acteur et la prostituée.

C’est dans ce contexte religieux toujours respecté en France que le 17 février 1673 à Paris, rue de Richelieu, Molière demande à ses proches un prêtre pour recevoir les derniers sacrements. Deux d’entre eux -les abbés Lenfant et Lechat- refusent de se déplacer pour un comédien et le troisième arrive trop tard, alors que vers 22h Molière vient de mourir.

Les conditions de l’enterrement de Molière

Pas de confession, pas de sacrement : quid de son enterrement ? Molière faisait partie de la paroisse Saint Eustache et son curé va refuser en conséquence son inhumation chrétienne. Alors sa veuve, Armande Béjart, intervient en écrivant à l’archevêque de Paris, puis en allant voir Louis XIV.

Molière, 1er lieu d'enterrement

Le cimetière rue du Croissant, premier lieu d’inhumation de Molière. Wikipédia

Elle finira par obtenir son enterrement dans le cimetière de la chapelle de Saint-Joseph (attachée à la paroisse Saint-Eustache) accompagné par deux prêtres, mais de nuit et sans cérémonie. Trois ecclésiastiques ont placé Molière dans une bière en bois et c’est ainsi que Molière sera enterré le 21 février 1673.

 

Les différents transferts du corps

À peine inhumé vers 21h, conformément aux vœux du roi et dans les conditions prescrites par l’archevêque, tout conduit à penser qu’ensuite son corps a été déplacé. Où exactement ? Dans la partie non consacrée du même cimetière, celle réservée aux suicidés et aux enfants mort-nés.

Marie-Christine Pénin, historienne et spécialiste des lieux de sépulture, nous en donne toutes les précisions dans son article sur la mort et les transferts de Molière. Elle nous rapporte ensuite plus particulièrement, l’aventure malheureuse en 1792 des restes supposés de Molière et La Fontaine. Il se trouve que les squelettes des deux personnages sont réunis au musée des Monuments français et :

« plusieurs éléments concordent pour penser qu’à un moment les deux squelettes, sortis de leur caisse, (ont été) réintégrés dans le désordre ».

Ils seront transférés ainsi 25 ans plus tard au cimetière du Père-Lachaise.

 

Tombe de Molière dessinée en 1875

La Fontaine et Molière au Père-Lachaise en 1875. Dessin de Deroy

 

L’arrivée au Père Lachaise

En effet, au moment où le musée des Monuments français doit fermer ses portes en 1816, notre cimetière de l’Est parisien (créé en 1804 hors de Paris), est en déficit de notoriété et surtout de fréquentation. L’opportunité est donc là pour le musée de se défaire des deux prestigieuses caisses et permettre au Père Lachaise de faire sa publicité en y intégrant nos deux célébrités.

Le Journal de Paris daté du 28 février 1817 transcrit ainsi cette décision :

S. Exc. le ministre de l’intérieur a chargé M. le préfet, de la Seine de faire retirer du jardin attenant à ces bâtimens les deux sarcophages qui renferment les restes de Lafontaine et de Molière, et de les transférer dans le cimetière qui a remplacé celui de Saint-Joseph. Le préfet a pris des dispositions pour que ce transport s’effectue avec tous les égards religieux dus à la mémoire de ces hommes célèbres. Ces monuments seront placés dans le cimetière du Père Lachaise, et dans l’endroit le plus convenable à recevoir les mausolées de deux de nos plus grands poètes.

 

L’endroit retenu se situe à la 25ème division, dans la partie romantique du cimetière. Cette partie sera ensuite classée comme site remarquable au titre de la loi du 2 mai 1930 sur les Monuments naturels et les sites, précisée plus tard par arrêté ministériel du 17 décembre 1962.

En 1817, nous sommes sous la Restauration, et avec Louis XVIII l’influence de l’Église est de retour. Dans cet esprit, on pouvait lire dans le journal La Quotidienne daté du 11 mars 1817 :

La translation des cendres de ce grand homme occupe tous les esprits jaloux de la gloire nationale, et ses restes enlevés à une sépulture profane vont recevoir dans le cimetière du père Lachaise les honneurs funèbres de l’Église.

Et c’est ainsi que le dernier voyage d’outre-tombe de Molière a lieu le 6 mars 1817, avec sa place définitive le 2 mai 1817 telle que nous la connaissons aujourd’hui : sa sépulture réunie avec celle de La Fontaine et entretenue par les jardiniers de la Ville de Paris.

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Sépulture de Molière au Père Lachaise en 2022

Sépulture de Molière en janvier 2022-PG

L’inscription sur son tombeau date de 1818

Ossa L.B. (lire : JB) Poquelin Moliere Parisini, comoediae principis, hic translata et condita anno salutis MDCCCXVII curante urbis praefecto comite Guilberto Chabrol de Volvic. Obiit anno salutis MDCLXXIII aetatis LI

Traduction en français : les ossements de JB (Jean-Baptiste) Poquelin Molière de Paris, prince de la comédie, transférés et inhumés ici l’an du salut 1817 sous le préfet de la ville Gilbert comte Chabrol de Volvic. Il mourut l’année du salut 1673 à l’âge de 51 ans. 

 

Vrai et faux sur la fin de Molière

La mort de Molière, panneau de la BNF Richelieu, exposition jusqu’au 15 janvier 2023-PG

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À écouter sur France Inter, l’émission L’INVITÉ DU WEEK-END du samedi 15 janvier 2022 :

400e anniversaire du baptême de Molière : « Il a été l’ancêtre des stand-uppers » selon Georges Forestier

23 mn avec Georges Forestier, historien de la littérature et biographe de Molière, Éric Ruf administrateur de la Comédie Française et et Philippe Collin, producteur des podcasts « Molière, le chien et le loup ».

L’escalator du métro Père Lachaise, une première

le 14 mars 2023, La RATP « met en ligne » un service nouveau : la connaissance en direct de l’état des ascenseurs, des escalators et des trottoirs roulants : https://www.ratp.fr/node/3581

L’occasion de nous intéresser plus particulièrement au premier escalator installé dans le métro.

Le 25 février 1909, une grande première à la station Père Lachaise

La station Père Lachaise est en effet la première station du métro parisien à bénéficier d’un escalier mécanique, inauguré il y a 114 ans, et plus précisément le 25 février 1909.

Le Figaro daté de ce jour-là nous en restitue l’événement, en attribuant, pour le moins un peu rapidement, l’invention de l’escalator à l’ingénieur chargé de son installation :

Dans quelques jours on inaugurera, à la station métropolitaine du Père-Lachaise, un escalier mécanique qui recevra les voyageurs à la descente des trains et, sans secousse ni fatigue, les déposera à la sortie du métropolitain. Ce nouveau système est dû à M. Hocquart, ingénieur des arts et métiers et de l’École centrale. L’escalier, composé de 64 marches, dont 30 seulement sont apparentes, sera toujours en marche, fera gravir aux voyageurs deux étages en 25 secondes et pourra transporter 5000 voyageurs à l’heure.

Le préfet de police, M. Lépine, accompagné du directeur et des hauts fonctionnaires du métropolitain, ainsi que du commandant Cordier, du régiment des sapeurs-pompiers, s’est rendu à la station du Père-Lachaise et s’est fait transporter par le moyen du nouvel escalier, du fond du souterrain jusqu’à la sortie. M. Lépine a vivement félicité la Compagnie et M. Hocquart, dont l’invention rendra bientôt de singuliers services à la population parisienne.

Une invention datant de plus de 130 ans

 

Photo de Jesse W. Reno, inventeur de l’escalier mécanique

Quand il était étudiant à l’université de Lehigh, l’ingénieur américain Jesse Wilford Reno (1861-1947) devait monter 300 marches pour rejoindre le lieu d’une association dont il était membre.

D’un caractère très inventif, il imagine, en 1891, le premier escalator qu’il va appeler «l’ascenseur incliné». Il fait breveter son invention le 15 mars 1892 et la première construction est installée comme attraction dans le parc de Coney Island de New York.

 

Dessin de l'escalator en marche

Le premier escalator à Coney Island

Elle consiste alors en un escalier mobile qui élève les passagers sur un tapis roulant à un angle de 25 degrés. L’escalier mécanique, installé à l’Exposition de Paris de 1900, a remporté le premier prix.

Quant à l’escalator tel que nous le connaissons aujourd’hui, il a été conçu par un autre inventeur américain, Charles Seeberger (1857-1931). En collaboration avec la société Otis Elevator, le premier escalier mécanique commercial en 1899 est construit à l’usine New Yorkaise d’Otis.

Charles Seeberger a créé le nom « escalator » à partir du mot « scala », qui signifie marches en latin et du mot « ascenseur » ; en 1910, Charles Seeberger vend son brevet à la société Otis Elevator qui achète également l’année suivante le brevet de Jesse Reno. Otis domine alors, et pendant longtemps, la production des escaliers mécaniques et en améliore ses différents modèles.

inventeur du mot Escalator

Charles D. Seeberger

Confort et sécurité : la solution technique

À l’origine, les premiers modèles font massivement usage de bois. Toutefois, à l’occasion d‘un incendie dans le métro de Londres, on se rend compte que les escalators peuvent provoquer un embrasement général, ce qui va conduire à l’abandon de l’utilisation du bois.

Tout a été pensé pour le confort et la sécurité des utilisateurs et, sur certains modèles, les personnes transportées étaient assises, mais cette idée sera vite abandonnée.

Il est bon de souligner en pratique que grâce à son mécanisme constitué par des marches articulées, le départ d’un escalator est d’abord horizontal pour permettre une bonne stabilisation des passagers et de leurs bagages éventuels. Il va ensuite s’incliner en une courbe jusqu’à 30 degrés, avec deux rampes de maintien gauche et droite, appelée « main courante ».

Aujourd’hui, certains escalators sont dotés d’un détecteur de présence, permettant ainsi, en cas de non-utilisation, à ce que l’escalateur tourne au ralenti ou s’arrête, puis redémarre progressivement à l’arrivée d’un nouveau passager.

Le plus long escalier mécanique serait un escalier extérieur en quatre parties, situé dans un parc d’attraction à Hong Kong. Il mesure 227 mètres, pour un dénivelé de 115 mètres, soit l’équivalent de 38 étages.

Plan de l'Escalator

Escalator, le modèle présenté à l’Exposition universelle de 1900

 

Les escaliers mécaniques dans le métro parisien

A Paris, les escaliers mécaniques ont plus particulièrement été installés à partir des années 1970 quand les travaux étaient facilement réalisables, mais plus de cent stations de métro n’ont ni ascenseur ni escalator. L’accessibilité du métro de Paris reste donc médiocre ou impossible pour les personnes handicapées, les personnes avec une poussette ou chargées de bagages et les personnes âgées.

Seule la ligne 14 (9 stations) peut être empruntée par des personnes en fauteuil roulant. Par comparaison, l’accessibilité est assurée dans 71 des 270 stations du métro londonien. La loi de 2005 sur le handicap ne fixe aucune date limite pour l’accessibilité du métro du fait de travaux difficiles sur les lignes anciennes.

En fait, rendre les 309 stations du métro accessibles à tous reviendrait à plusieurs milliards d’euros et dans beaucoup de cas serait techniquement difficile, en conséquence la RATP ne se presse pas de faire ces travaux. L’accessibilité est en revanche pleinement intégrée aux critères de conception des nouvelles stations.

Paris reste donc l’une des grandes villes du monde où le réseau de métro est le moins accessible, loin derrière les modèles que sont Los Angeles ou Washington (100 % d’accessibilité) d’une construction pour autant plus récente.

Dans notre métro historique, « on ne peut pas faire en six ans et demi ce qui n’a pas été fait en 100 ans » souligne Lambis Konstantinidis, responsable des sujets paralympiques à Paris 2024.

Indispensable pour nous au quotidien, La RATP est aussi partie prenante d’une destination incontournable pour les touristes et les congrès.

Le métro par Hector Guimard

Le métro Père Lachaise en 2023-PG

En ce 8 mars 2023, Emmanuel Macron doit présider à 14 heures au Palais de Justice un hommage national à Gisèle Halimi. Pour mémoire, sa pathéonisation reste  toujours  en suspend depuis ces deux dernières années. L’initiative actuelle du président de la République était prévue à l’origine dès 2020.  Elle avait été repoussée, mise en cause dans sa forme. Elle fait actuellement l’objet de divisions quant à l’opportunité du moment et les différents rebondissements qui l’ont précédé. 

 

L’article particulièrement documenté,  lisible sur Franceinfo ce 8 mars, nous en fournit toutes les précisions. L’occasion pour nous de reproduire notre article sur Gisèle Halimi et le procès de Bobigny, paru le 5 octobre 2022.

 

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 Bobigny, automne 1972, le procès qui a tout changé

 

Au moment où la Cour Suprême des Etats-Unis, en révoquant le droit constitutionnel à l’IVG, nous rappelle que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis, faisons retour sur le procès de Bobigny qui s’est tenu il y a tout juste 50 ans, à l’automne 1972.

Cinq femmes y ont été jugées pour pratique et complicité d’avortement. Ce procès, dont la défense fut brillamment assurée par l’avocate Gisèle Halimi (enterrée au Père-Lachaise), eut des retentissements énormes et contribua à faire considérablement évoluer les esprits.

Les faits

Marie-Claire, 16 ans, enceinte à la suite d’un viol, refuse de garder l’enfant et demande à sa mère de l’aider. Michèle Chevalier, qui élève seule ses trois filles, est une modeste employée de la RATP, qui gagne 1 500 francs par mois.

Un avortement pratiqué par un médecin français agissant « discrètement » coûte alors 4 500 francs, soit trois mois du salaire de Mme Chevalier. C’est hors de ses moyens et elle décide de recourir à ce qu’on appelait alors une « faiseuse d’anges ». Finalement, l’intervention est pratiquée clandestinement pour 1 200 francs.

Quelques semaines plus tard, le violeur de la jeune fille, soupçonné d’avoir participé à un vol de voitures, est arrêté par la police. Et, espérant se dédouaner, il dénonce Marie-Claire. La police se rend alors chez Mme Chevalier et la menace de prison pour elle et sa fille si elle n’avoue pas. Marie-Claire, sa mère et les trois femmes qui les ont aidées sont mises en examen.

Le procès de la loi de 1920

En ce début des années 1970, en matière d’avortement, la France vit encore sous le régime de la loi du 31 juillet 1920 qui désigne le crime d’avortement comme passible de la cour d’assises. Depuis 1967, avec l’adoption de la loi Neuwirth, la contraception, enfin autorisée, est sortie du champ répressif, mais l’avortement en revanche reste hors-la-loi. Même si les tribunaux se montrent plus cléments dans les peines prononcées, les procès demeurent monnaie courante.

L’avocate Gisèle Halimi accepte de défendre les cinq inculpées. Avec Simone de Beauvoir, alors présidente de l’association féministe Choisir la cause des femmes, elles décident de mener un procès politique dénonçant l’avortement, sa répression et l’injustice sociale découlant de celle-ci : loin de reconnaître une culpabilité, la défense attaquera l’injustice de la loi de 1920. Les Françaises aisées se font avorter à l’étranger, dans des pays où l’avortement est légal comme la Suisse ou la Grande-Bretagne, tandis que les autres doivent le faire en France dans le secret et dans des conditions mettant souvent leur santé en danger.

Conférence de presse Gisèle Halimi tribunal de Bobigny

Gisèle Halimi devant le tribunal de Bobigny

Marie-Claire étant mineure, elle est jugée devant le tribunal pour enfants de Bobigny, à huis clos, le 11 octobre 1972. Gisèle Halimi évoque la foule qui, alors qu’elle plaidait, scandait à l’extérieur des slogans comme « L’Angleterre pour les riches, la prison pour les pauvres ! ». Une manifestation du Mouvement de libération des femmes (MLF) et de Choisir a été brutalement réprimée par la police quelques jours plus tôt. La presse, témoin des brutalités, lui donne un large écho et on commence à parler du procès de Bobigny.

343 "salopes" pétitionnaires

Le manifeste des 343, histoire d’un combat

Après le huis clos du procès, le jugement est rendu en audience publique. Marie-Claire est relaxée, comme ayant souffert de « contraintes d’ordre moral, social, familial, auxquelles elle n’avait pu résister ». Pour Gisèle Halimi, « c’était à la fois courageux, tout à fait nouveau sur le plan de la jurisprudence et suffisamment ambigu pour que tous les commentaires puissent aller leur train ».

Pour le second volet du procès (les adultes), l’audience se tient le 8 novembre 1972, toujours à Bobigny. Des centaines de manifestants, dont des célébrités aussi diverses qu’Agnès Varda ou Aimé Césaire, se pressent dehors. A la barre, c’est un défilé de personnalités : Simone de Beauvoir, le prix Nobel de médecine Jacques Monod… Le professeur Paul Milliez, médecin et catholique fervent, déclare que, dans une telle situation, « il n’y avait pas d’autre issue honnête ». Mais le clou, c’est la plaidoirie de Maître Halimi, une plaidoirie magistrale – souvent même qualifiée d’« historique ».

La victoire est éclatante. Michèle Chevalier est finalement condamnée à une amende de 500 francs avec sursis et les autres femmes sont relaxées.

Apparition des personnalités publiques

Procès de Bobigny au moment du verdict

Qu’a changé le procès de Bobigny ?

On s’en souvient, le procès de Bobigny a suscité de nombreux débats. Le lendemain du procès, France-Soir publie à sa « une » la photo du professeur Milliez avec en titre « J’aurais accepté d’avorter Marie-Claire… ». Des centaines d’articles, de flashes ou d’émissions sur les chaînes de radio et de télévision sont consacrées à l’affaire. Le greffe de Bobigny reçoit dans les jours qui précèdent le procès, des lettres, pétitions et télégrammes demandant la relaxe des inculpées. Le ministre de la Santé publique, ancien garde des Sceaux, le très rigoriste Jean Foyer, s’insurge dans Ouest France : « Si on admet que l’avortement est une chose normale et licite, il n’y a plus de raison de s’arrêter… et il n’y a pas de raison pour qu’on n’en arrive pas aux extrémités qu’avec juste raison on a considérées comme étant les plus odieuses sous le régime hitlérien. » Le Figaro fait sa « une » sur « l’avortement en question ».

Le 9 janvier 1973, le président de la République Georges Pompidou, questionné sur l’avortement lors d’une conférence de presse, admet, tout en déclarant que personnellement l’avortement le « révulse », que la législation en vigueur est dépassée. Il demande l’ouverture d’un débat sur la contraception et l’avortement avec les représentants de la société.

Le mouvement Choisir la cause des femmes publie juste après le procès, en édition de poche, Avortement. Une loi en procès. L’affaire de Bobigny. Ce livre est une transcription intégrale de l’audience. En quelques semaines et sans publicité, plus de 30 000 exemplaires sont vendus.

Le retentissement médiatique du procès de Bobigny est considérable. Il a contribué à accélérer l’évolution des mentalités et des mœurs qui aboutit, en France, à la loi du 17 janvier 1975, dite Loi Veil, sur l’interruption volontaire de grossesse.

Et l’avortement en France aujourd’hui : on en est où ?

Selon les données du ministère des Solidarités et de la Santé, en 2018, 224 300 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été réalisées en France, dont 209 500 auprès de femmes résidant en métropole.

Le taux de recours s’élève à 15 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en métropole et à 27,8 dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), son niveau le plus élevé depuis 1990. Les femmes de 20 à 29 ans restent les plus concernées, avec 27 IVG pour 1 000 femmes sur l’ensemble du territoire. L’indice conjoncturel d’avortement atteint 0,56 IVG par femme en 2018.

"A qui appartient le ventre de cette femme ?"

Affiche du MLF vers 1971

Les écarts régionaux perdurent, les taux allant du simple au double selon les régions : de 10,9 IVG pour 1 000 femmes en Pays de la Loire à 22 IVG en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, ils sont plus élevés et atteignent jusqu’à 38,5 en Guadeloupe. 55 800 IVG ont été réalisées hors d’une structure hospitalière, soit 25% du total des IVG. À l’hôpital, la part des IVG instrumentales continue de décroître et s’élève à 40%, soit 30% du total des IVG.

Gisèle Halimi, une figure de la lutte pour les droits des femmes

Née en 1927, à La Goulette (Tunisie), et décédée le 28 juillet 2020, à Paris, Gisèle Halimi a été avocate, militante féministe et femme politique. Elle a trouvé sa dernière demeure au cimetière du Père-Lachaise (49e division).

Avocate, à partir des années 1950, elle défend des militants de l’indépendance algérienne, dont des membres du Front de libération nationale (FLN). À partir de 1960, elle assure la défense de l’activiste et militante Djamila Boupacha, accusée de tentative d’assassinat puis torturée et violée en détention.

Gisèle Halimi au moment du procès de Bobigny

Figure du féminisme en France, elle est la seule avocate signataire du « Manifeste des 343 », publié par Le Nouvel Observateur en avril 1971, qui réunit des femmes, célèbres ou non, déclarant avoir déjà avorté et réclamant le libre accès à l’avortement. Dans la foulée, elle fonde le mouvement Choisir la cause des femmes, avec Simone de Beauvoir et Jean Rostand. En 1972, au procès de Bobigny, son action comme avocate de femmes accusées d’avortement illégal permet l’acquittement de trois des accusées et un sursis pour la quatrième, et contribue à l’évolution des esprits vers la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse, en 1975.

De même, sa défense médiatisée de deux femmes victimes d’un viol collectif, jugé en 1978, contribue à l’adoption d’une nouvelle loi en 1980, distinguant clairement l’attentat à la pudeur et le viol et permettant de reconnaître ce dernier comme un crime (au lieu d’un délit comme il l’était auparavant en droit français).

Proche de François Mitterrand, elle est députée en 1981-1984. Militant pour la parité en politique, elle obtient en 1982 le vote d’un article de loi autorisant des quotas par sexe aux élections (annulé par le Conseil constitutionnel). Avec Robert Badinter, elle est à l’origine de la loi abrogeant la distinction de la majorité sexuelle pour les rapports homosexuels. À partir de 1985, elle occupe plusieurs fonctions successives à l’UNESCO, puis à l’ONU. Elle est en outre l’une des fondatrices de l’association altermondialiste ATTAC, en 1998.

Pour en savoir plus :

Gisèle Halimi, préface de Simone de Beauvoir, Le procès de Bobigny : Choisir la cause des femmes, Gallimard, nouvelle édition 2006, avec un texte inédit de Marie-Claire Chevalier.

Jean-Yves Le Naour, Catherine Valenti, Histoire de l’avortement, XIXe-XXe siècle, Paris, Aubier, 2003.

Catherine Valenti, Bobigny : Le procès de l’avortement, Paris, Larousse, 2010.

Le Manifeste des 343 : https://www.nouvelobs.com/societe/20071127.OBS7018/le-manifeste-des-343-salopes-paru-dans-le-nouvel-obs-en-1971.html

Le réaménagement de la Porte de Montreuil… qui en a connus d’autres

 

Qu’est-ce qui se passe concrètement actuellement à la Porte de Montreuil ?

La semaine dernière encore, la bataille faisait rage contre le projet de réaménagement de la porte de Montreuil, entre les Verts et leurs alliés de la majorité municipale. À l’origine, ce projet avait été voté en 2019 à la quasi-unanimité du Conseil de Paris. Pour l’instant , l’ensemble des travaux est prévu pour se terminer en 2026.

La porte de Montreuil, entrée stratégique de l’Est Parisien, est aujourd’hui un rond-point routier important laissant peu de place à une vie de quartier. Avec l’ambition du Grand Paris, une volonté de rétablir les liaisons entre la ville même et les communes limitrophes, notamment Montreuil et Bagnolet, une étude a été lancée en 2016 par la Ville de Paris pour développer un projet d’aménagement sur l’ensemble des “Portes du 20ème ”.

Bureaux et espaces verts prévus

Le projet actuel d’aménagement de la Porte de Montreuil, prévu pour 2026

Les objectifs de ce projet urbain sont multiples : pacification de la circulation, restauration de la ceinture verte et des continuités entre Paris, Montreuil et Bagnolet, diversification du tissu urbain, réhumanisation de zones désertées entre Paris et sa proche banlieue.  Dans le détail, le projet prévoit une « esplanade trait d’union » entre Paris et Montreuil de 3,5 ha avec une circulation automobile déplacée, et un réaménagement du marché aux Puces actuel en une halle fermée. Le projet global mêle re-végétalisation du terre-plein central, et développement de 60 000 m² de bureaux, commerces, services et équipements sportifs.

Des fortifs …

Au commencement était Charonne… s’étendant, à l’Est, aux limites de la commune de Bagnolet et sur la commune de Montreuil, jusqu’à l’emplacement actuel des rues d’Alembert et Armand Carrel.

Entre 1841 et 1844, sous Louis-Philippe, l’enceinte de Thiers est construite coupant la commune en deux, la majeure partie de Charonne restant à Paris. Ce sont les fortifications. 3 portes y sont percées : la porte de Ménilmontant (rue du Surmelin), la porte de Bagnolet (rue de Bagnolet) et la porte de Montreuil. Caractérisées par une bande de terre située en avant des bastions : la zone de tir de canon que l’on appelle donc « la zone », de 200 à 400 mètres de large, désignée dans les règlements d’urbanisme de Paris « non ædificandi » (non constructible). Même les arbres y sont abattus afin de dégager la vue aux défenseurs.

Marché aux puces de Montreuil en 1906

Marché aux puces de Montreuil en 1906-Wikipedia

Dès 1871, une population pauvre, à laquelle on donnera tout d’abord le nom de « zoniers » commence à s’installer sur ces terrains en y construisant des cabanes en tout genre. Ce sont essentiellement des ouvriers parisiens chassés par les transformations de Paris sous le Second Empire, la spéculation immobilière et les grands travaux du baron Haussmann, ou des paysans chassés par l’exode rural. La Zone compte vite jusqu’à 30 000 habitants, montant jusqu’à 42 000 habitants, entre les deux guerres mondiales.

C’est ainsi que s’installe le marché dit « aux puces » de la Porte de Montreuil, l’un des plus anciens de Paris puisqu’il existe de façon informelle depuis 1860. Les chiffonniers, qui ramassent les vêtements usagés au pied des immeubles parisiens vont donc s’installer à la périphérie de la ville dans cette zone, où ils les revendent à bas prix. La première expression « marché aux puces » se trouve dans l’Écho de Paris du 23 juin 1891 à propos d’une rixe entre brocanteurs à la barrière d’octroi de Montreuil-sous-Bois.

Tramways à chevaux

La Porte de Montreuil et sa station de tramways. Carte postale de 1907-Wikipedia

… au périph’

Un décret sur la zone de servitude militaire du 19 mars 1925 prévoit le rattachement à Paris des territoires de l’ancienne zone. Et en 1939, la plupart des terrains de l’ancienne enceinte sont encore en jachère. Mais la Zone va ainsi peu à peu disparaître jusqu’en 1956, avant le premier coup de pioche du boulevard périphérique.

Tout d’abord, on retient l’idée d’y construire des logements sociaux, une « ceinture rouge » de 40 000 habitations à bon marché ou les HBM en briques, qui ceinturent Paris.

Les fortifications Porte de Montreuil

La porte d’Avron, passage des fortifications

Dès les années 1940 naît surtout l’idée de créer une route circulaire autour de Paris, pour décongestionner les grands boulevards, notamment ceux des Maréchaux, encombrés par les voitures de plus en plus nombreuses dans la capitale.

Après la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation de l’automobile amplifie cette réflexion : il faut construire une nouvelle ceinture, cette fois-ci dédiée aux voitures, construit en grande partie sur le tracé des anciennes fortifications.

Le boulevard périphérique de Paris sera construit de 1956 à 1973, continuant de matérialiser et même accentuer la séparation entre Paris et sa banlieue.

Après les fortifs, le périph, viennent les manifs à cause de nouvelles modifs. Quelle va être la nouvelle Porte de Montreuil ?

Au XXIème siècle, la Porte de Montreuil continue d’écrire son histoire ….

Notre Dame de la Croix de Ménilmontant et son architecte

la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, fondée en 1874, propose tout prochainement une conférence qui nous concerne plus particulièrement :

 

L’église Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant

et son architecte, Louis Héret (1821-1899)

par Christiane DEMEULENAERE-DOUYÈRE, conservateur général (h) du patrimoine, vice-présidente de l’Association d’histoire et d’archéologie du 20e arrondissement de Paris

Cette conférence a lieu :

le mardi 14 mars 2023, à 15h30,

aux Archives de Paris, salle de conférences,

18 boulevard Sérurier, 75019 Paris,

Métro et Tram : Porte des Lilas

L’église Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, dans le 20e  arrondissement de Paris, est sans doute une des églises parisiennes les plus impressionnantes avec ses dimensions exceptionnelles, son grand escalier monumental et son style alliant les caractéristiques  des architectures romane et gothique. Édifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle (1863-1880), elle n’a fait encore l’objet que de peu d’études et son architecte, Louis Héret, encore moins.

Sépulture familiale d'Héret

Chapelle où est enterré Louis Héret au Père Lachaise-PG

Pourtant cet édifice est particulièrement représentatif du style « éclectique », en vogue notamment dans l’architecture religieuse de la seconde moitié du XIXe siècle, et de la mise en œuvre de procédés « modernes » de construction, hérités de l’architecture des grandes expositions industrielles.

Par ailleurs, une micro-étude attentive de la carrière de l’architecte et de son environnement familial et social montre un bel exemple d’ascension sociale et permet de poser quelques éclairages sur le statut de l’architecte dans la société du XIXe siècle.

Inscription obligatoire au moins une semaine avant la conférence

sur : inscriptions@shpif.fr

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

 

À Paris comme ailleurs ce 31 janvier 2023, une grève générale est annoncée et concerne le projet de réforme des retraites. La RATP -au régime spécial pour les non sédentaires- sera-t-elle à nouveau en première ligne ? En tout cas, l’occasion nous est donnée de republier cet article daté du 4 janvier 2022 et qui nous rappelle nos anciennes stations de métro à la retraite, celles qui ont été définitivement fermées au public.

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Nous connaissons l’ancienne station Martin Nadeau (1815-1898). Ce député, maçon (et franc-maçon) est l’auteur de la fameuse expression « Quand le bâtiment va… tout va ! ». Son nom sur le quai du métro a disparu en 1971 avec le rattachement 235m plus loin à sa voisine Gambetta.

Mais il existe aussi dans nos quartiers deux stations fantômes, celles-ci bien fermées au public. Leur nom ? Porte des Lilas et Haxo.

Porte des Lilas, arrêt sur image

À l’origine, tout était prévu pour que le métro Porte des Lilas devienne une correspondance entre trois lignes : la première Porte des Lilas sur la ligne 3 est mise en service en tant que terminus le 27 novembre 1921. Elle termine la ligne 3bis depuis 1971.

L’autre terminus vient de Chatelet (ligne 11) ; il est inauguré le 28 avril 1935… avant que la ligne ne soit prolongée deux ans plus tard jusqu’à la Mairie des Lilas.

Porte des Lilas, terminus en 1935

Porte des Lilas ligne 11 Inauguration du 28 avril 1935. RATP

Quant-à la troisième station du même nom, elle reste bien moins connue et pour cause : elle correspond à un projet de ligne interrompu pour des raisons d’exploitation commerciale.

Elle a été également construite en 1921 pour servir de lien avec la branche Pré-Saint-Gervais de la ligne 7. Mais cet embranchement réalisé ne sera finalement jamais exploité comme prévu initialement : elle deviendra une simple navette « Pré-Saint-Gervais – Porte des Lilas » jusqu’en 1939 et n’utilisera que l’une des deux voies.

Mais si la ville finance les travaux, l’exploitant privé de l’époque ne croit pas en sa rentabilité commerciale. Cet échec se transforme en opportunité pour la RATP qui loue à la demande la station devenue ainsi fantôme aux professionnels de l’image et à d’autres événements.

 Porte des Lilas loué pour le cinéma, RATP

Station Porte des Lilas et cinéma, RATP

Cette partie définitivement fermée au public est dédiée principalement aux tournages publicitaires et au cinéma : de fausses plaques de stations l’habillent suivant les nécessités des films produits. Une production en moyenne de cinq films chaque année, comme en son temps par exemple « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ».

Métro Haxo, voie sans issue

Au départ, il s’agissait donc de relier la Porte des Lilas à la ligne 7 qui passe par le Pré Saint-Gervais. Entre les deux, une nouvelle station du nom du général Haxo, dont la rue toute proche nous rappelle un triste épisode à la fin de la Commune. À l’arrivée, la station Haxo construite sur la voie dite « voie des Fêtes » n’a jamais été ouverte au public.

Métro Haxo station fantome

Métro Haxo sans sortie

Pour avoir une vision d’ensemble du projet, il faut dire que la Ville est propriétaire du réseau métropolitain : elle assure la construction de l’infrastructure et concède son exploitation à deux sociétés privées. Les travaux qui lui reviennent sont donc exécutés conformément au projet qu’elle a voté.

CMP exploitant du métro

Logo de la CMP, Wikipédia

Conformément ou presque : il n’en a pas  été de même pour l’exploitant, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP) qui ne croit pas en une fréquentation suffisante pour devenir rentable. Conséquence pour le métro Haxo : les sorties menant des quais à la rue ne seront jamais creusées. Ainsi, dès sa naissance, la station est devenue fantôme, sans par ailleurs jamais avoir vu le jour.

 Haxo quai du métro

Haxo station en 2019, Wikimédia

Le gaz à Paris et au cours de Vincennes

Actuellement, les ouvriers creusent des tranchées dans nos trottoirs. Il s’agit ce mois de janvier des travaux de rénovation des canalisations de gaz naturel. Cette intervention de GRDF est prévue pour se terminer le 31 mars 2023. L’occasion pour nous d’évoquer l’histoire du gaz à Paris… jusqu’au cours de Vincennes.

Travaux de gaz dans le 20e arrondissement

Chantier GRDF 2023 longeant le haut du Père Lachaise-PG

À l’origine du gaz d’éclairage, Philippe Lebon

Entre 1785 et 1786, Philippe Lebon invente le gaz d’éclairage en France. Ses travaux l’amènent à mettre en évidence les propriétés des gaz de distillation du bois.

Il dépose le 28 septembre 1799 un brevet pour sa « thermolampe » et, en août 1800, publie un mémoire sous le titre suivant :

« Thermolampes ou poêles qui chauffent, éclairent avec économie, et offrent, avec plusieurs produits précieux, une force applicable à toutes espèces de machine ».

Son mémoire annonce la possibilité de distiller la houille. Le 11 octobre 1801, il installe ce système dans l’hôtel de Seignelay à Paris (7e arrondissement) : il s’agit là du premier éclairage à gaz. En mourant prématurément en 1804, Philipe Lebon n’aura pas pu développer ses découvertes.

Les débuts du gaz de houille

Le mémoire de Lebon est traduit et lu par ses successeurs anglais et allemand, William Murdoch et Frédéric-Albert Winsor, qui seront à l’origine de l’essor de l’industrie du gaz en Angleterre en utilisant la houille et non le bois.

Frédéric-Albert Winsor (enterré au Père Lachaise), se rend à Londres pour faire ses expériences en public.  Il fonde en 1807 la « Gas Light and Coke Compagny », une société d’éclairage général au gaz pour les rues, les usines, les boutiques, les hôtels et les maisons bourgeoises de Londres.

Tombe de Winsor

Winsor au Père Lachaise dessin de 1831- musée Carnavalet

En 1814, le brevet de Lebon tombe dans le domaine public et Winsor en profite pour déposer à Paris une demande de brevet, qu’il obtient en janvier 1816. Il entreprend alors l’éclairage au gaz du passage des Panoramas (2e arrondissement) et il fonde en 1817 à Paris la première compagnie de gaz.

À cette époque, les défauts du gaz de houille sont multiples en particulier le risque d’explosion des gazomètres, la dangerosité du monoxyde de carbone (CO) et une odeur insupportable, due, pour l’essentiel, au sulfure d’hydrogène (H2S).

Gaz en1815-1860

Controverses anciennes sur le gaz-Courrier de l’ INRA 2012

Pour combattre les peurs des utilisateurs, Winsor raconte, sans beaucoup de succès, que :

 « Le gaz est un calmant très-doux, un remède efficace contre les irritations de poitrine : aussi les médecins habiles, ajoutait-il, ont recommandé d’en mettre dans des vessies, sous le chevet des personnes affectées de maladies pulmonaires, afin que, transpirant peu à peu de son enveloppe, il se mêle à l’air que respire le malade et en corrige la trop grande vivacité ».

L’industrie du gaz mettra des années à se développer et la compagnie créée par Winsor fera faillite.

 

D’où provient le gaz de ville ? Un peu de chimie

Le gaz de ville ou gaz de houille provient de la distillation de la houille dans des cornues, autrement dit des fourneaux industriels. Cette distillation permet d’obtenir un gaz brut riche en hydrogène, méthane, monoxyde de carbone, goudron de houille, sulfure d’hydrogène qui est un gaz toxique et malodorant, et surtout 75% de coke.

L'industrie du gaz

Schéma de fabrication du gaz d’éclairage-MEGE

Le goudron de houille est utilisé pour le calfatage des bateaux. La vente du coke à elle seule couvre le prix d’achat de la houille. Le gaz, stocké dans des gazomètres après distillation est acheminé à sa destination via un réseau de canalisations.

 

Le développement du gaz d’éclairage

Les progrès techniques et la nécessité de remplacer l’ancien éclairage à l’huile entraînent un développement rapide du gaz de ville.
En 1821, Paris compte quatre usines à gaz et, en 1824, les premiers essais des lanternes à gaz sont effectués dans l’ancienne galerie de Fer, située boulevard des Italiens et qui rejoignait la rue de Choiseul.

Près de dix ans plus tard, le préfet de la Seine, Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau, développe l’utilisation du gaz qui sera parachevée par le préfet Haussmann sous le Second Empire. Il généralise l’éclairage au gaz : à son arrivée en 1833, Paris comptait 69 becs de gaz ; on en dénombre plus de 8 600 à son départ, en 1848.

La compagnie du gaz de Belleville en 1835

Carte du réseau gaz à Paris avant 1860, dont celui de la Compagnie de Belleville en 1835-MEGE

À l’arrivée du second Empire, les célèbres financiers et hommes d’affaires de cette époque, les frères Pereire, prennent une part active à l’essor du gaz à Paris. Ils font notamment partie des bénéficiaires du traité de concession de l’éclairage et du chauffage au gaz à Paris. Celle-ci est signé le 23 juillet 1855, et accordée pour cinquante ans à six compagnies. Et c’est ainsi que de 1856 à 1889, de grandes usines à gaz de houille sont construites dans la ville et sa périphérie.

En 1889, le gaz éclaire toute la ville avec 1 800 000 becs de gaz privés et 55 470 becs d’éclairage publics. Un gaz aux multiples usages : éclairage, chauffage, eau chaude, cuisinière à gaz, etc. Le « confort gaz » (cuisine, eau chaude, chauffage), s’installe dans les foyers parisiens, d’abord ceux des plus aisés, il s’étendra par la suite à une clientèle plus modeste. 

En 1905, les immeubles modernes affichent sur des plaques métalliques bleues l’emblème de la nouveauté et du luxe : « Gaz à tous les étages ».

Mise en avant du gaz dans les immeubles

le gaz, luxe du début du 20ème siècle.

On comptait à Paris en 1906, 11 usines à gaz et plus de 600 000 abonnés

La fin des usines à gaz de houille

Vers 1910, un concurrent redoutable arrive : l’électricité. Les installations nouvelles adoptent majoritairement l’électricité. L’éclairage public au gaz continue pourtant longtemps à illuminer Paris : 90% de ses appareils sont encore au gaz en 1923. Il faudra attendre le début des années soixante pour voir disparaître le recours à ce type d’éclairage, place de la Concorde.

La découverte du gisement de Lacq en 1951, provoque la fin de l’industrie du gaz de houille. Les usines à gaz ferment progressivement : en 1956, celle de La Villette, Clichy en 1960, Gennevilliers en 1961, en 1977, l’usine Nord (le Landy et le Cornillon) cessent définitivement toute activité.

En 1967, le gaz naturel, en provenance de Lacq, de Russie et d’Algérie, approvisionne quelques 850 000 foyers parisiens et, le 21 mars 1979, la dernière torchère de gaz manufacturé s’éteint. Le gaz naturel a désormais remplacé le gaz de houille.

L’existence d’un gazomètre dans notre arrondissement

Dans le 20e arrondissement, une importante usine à gaz se trouvait le long du Cours de Vincennes. Sa démolition a permis de libérer un vaste terrain qui sera utilisé pour la construction du Lycée Hélène Boucher, de squares et d’autres bâtiments.

gazomètre du 20e arrondissement

L’usine à gaz cours de Vincennes vers 1900

Que s’est-il passé dans le 20il y a 50 ans ?   

La liste des repères nationaux et locaux

À chaque fin d’année, les médias, nous offrent un passage en revue des événements marquants de l’année écoulée. Plus modestement et plus localement, nous revenons ici 50 ans en arrière, autrement dit sur ce qui s’est passé principalement dans le 20e en 1972. Pour l’année 1973, cliquez ici.

Quelques repères nationaux

En politique

Le 5 juillet, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas en désaccord avec le président Georges Pompidou doit démissionner. Coïncidence, il démissionne une semaine après un événement historique de l’opposition : la signature du Programme commun de gouvernement entre le PS, le PC et le MRG.

1972, union de la Gauche

12 juillet 1972, François Mitterrand, Robert Fabre (MRG) et Georges Marchais (PCF), signent le Programme commun-DR/ Fondation Jean-Jaurès

À l’extrême droite le 5 octobre,  Jean-Marie Le Pen rassemble plusieurs organisations d’ultra droite et crée le Front National. Son premier mandat local se situe dans le 20e arrondissement, lors des municipales de 1983 et il y siègera jusqu’en 1989.

Au plan social

Le droit des femmes

Le 11 octobre, au procès de Bobigny, une jeune fille de 16 ans est défendue par Gisèle HalimiLa loi du 22 décembre fait par ailleurs inscrire dans le Code du Travail l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes .

Un tournant dans les transports

Le 20 mars, la SNCF présente son premier Train à Grande Vitesse (TGV), qui ne sera inauguré qu’en 1981.

Le 28 octobre, Airbus inaugure son premier vol, l’A300 (d’une capacité de 300 passagers) conçu par le nouvel avionneur européen, lui-même créé deux ans plus tôt.

Culture et consommation

Le 5 mai – Le film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » sort en salle. La comédie satirique de Jean Yanne nous dépeint le monde de la radio au quotidien qu’il connaissait particulièrement bien. D’entrée, le film est un succès : il se place en tête du box-office, avec 2 600 000 entrées au bout de 9 semaines.

Le 30 juin, McDonald’s ouvre son premier « fast food » à Créteil.

Et puis lorsqu’elle est créée le 31 décembre, la télévision diffuse sa première émission en couleur sur la troisième chaîne, la dernière du nom.

À propos de calendrier, si nous inversons rapidement les chiffres de 1972 pour passer à 1792, que trouvons-nous ? L’histoire de notre année « civile » et son calendrier grégorien. 

Représentation féminine du calendrier

Les mois du calendrier républicain-Napoléon et Empire

En effet, le 22 septembre 1792 est le jour de la proclamation de la République et dans le tout nouveau calendrier révolutionnaire, il devient le 1er vendémiaire an I. Ce calendrier républicain n’aura vécu très exactement que 12 ans, 2 mois et 27 jours, avant le retour de notre bon vieux calendrier grégorien, appliqué au 1er janvier 1806.

Les événements liés au 20e

La liste de cette année-là

  • La mort de Maurice Chevalier à l’âge de 83 ans, « le gars de Ménilmontant » qui a habité au 15 rue Julien Lacroix, est entré à l’école rue Boyer. Il a popularisé son quartier par sa fameuse chanson, en 1978, son nom a été attribué à une place près de la station Ménilmontant.
Maurice Chevalier à Ménilmontant

Place Maurice Chevalier-Wikipedia

  • La mort de l’acteur Pierre Brasseur, père de Claude Brasseur, tous deux enterrés au Père Lachaise.
  • Le corps d’Henry de Montherlant est brûlé au crématorium du Père-Lachaise. Ses cendres sont placées dans une case provisoire et finalement elles seront dispersées en Italie par son héritier, Jean-Claude Barat, et par Gabriel Matzneff « sur les lieux sacrés de la Rome ancienne ».
  • L’écrivain Jules Romains, membre de l’Académie française et auteur notamment du fameux docteur « Knock » interprété brillamment par Louis Jouvet, est inhumé au Père-Lachaise.

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Il arrive aussi que certains personnages quittent notre cimetière. Mais à notre connaissance, pas dans les circonstances qui suivent.  Il s’agit du corps du dictateur dominicain Rafaël Trujillo. L’homme est assassiné en 1961 chez lui par un commando et il est tout d’abord enterré sur place. Puis son corps est transféré aux États-Unis… pour aboutir finalement à Paris. Finalement ou presque.

En effet, sa veuve souhaite obtenir 75m2 au Père Lachaise pour lui ériger un monument digne du général-président. Refus de l’administration qui dans le respect du règlement général -pour des raisons démocratiques d’équité- ne peut lui octroyer au plus que 4 m2. Par exception, le préfet lui en propose huit et l’inhumation peut avoir lieu en 1963.

Sauf qu’au même moment, trois personnes qui se connaissent entre elles prennent la suite pour acheter quatre espaces mitoyens… avec un plan qui réunit l’ensemble des concessions, y compris l’espace de la chapelle du dictateur. Le projet est  confié à un seul marbrier, celui de cette même chapelle.

L’affaire se terminera en 1972 au tribunal administratif. Celui-ci va considérer « que cette manœuvre frauduleuse est de nature à entacher de nullité les contrats intervenus, souscrits entièrement à la requête de la Ville. Les concessions sont confisquées, toutes traces de travaux doivent disparaître ».

Conséquence après cette manœuvre ratée, les restes de Rafaël Trujillo seront à nouveau déplacés, pour atterrir cette-fois ci dans sa toute dernière demeure : en Espagne, pays encore sous le régime de la dictature franquiste.

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  • Le jardin de Casque d’or est inauguré au 14 rue Michel-de-Bourge, tout près de la rue des Vignoles. Il sera rénové en 1997.
  • Le bâtiment voyageur de la gare de Ménilmontant (elle-même ouverte en 1862) est démoli pour y construire dès cette année les grands immeubles que nous connaissons aujourd’hui.
Immeubles remplaçant la gare

Immeubles gare de Ménilmontant en cours de construction en 1972-Ministère de la Culture

  • L’ancienne gare de Charonne est rebaptisée “Flèche d’Or”, en souvenir du nom du train qui reliait Paris à Londres de 1926 à 1972.
  • Un décret du ministère de la Santé publique rattache l’hospice Debrousse au bureau d’aide sociale de Paris.
  • Le siège social des imperméables Cyclone qui était installé au 37 rue du Télégraphe, lance en 1972, une campagne publicitaire en vantant leurs produits ainsi :

« Imperméables Cyclone, pour se sentir bien, partout, même s’il ne pleut pas ».

L’exposition du pavillon de l’Ermitage intitulée « Affaires de Familles – Entreprises pionnières de l’Est parisien, 1830-1950 » nous l’a fait savoir en 2016, parmi d’autres informations sur cette entreprise.

entreprise familiale du 20e

Affiche publicitaire « CYCLONE-Imperméables » des années 1960-1970

  • Le théâtre de Guy Rétoré, le Théâtre de l’Est parisien (TEP) est reconnu par le ministre de la Culture, au point de devenir théâtre national. Il avait été créé en 1963, rue Malte-Brun sur les lieux de l’ancien cinéma « Le Zénith ».
  • Au 24 rue de la Réunion, un attentat est commis à la librairie Palestine dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 octobre. Il provoque d’importants dégâts. Il est aussitôt revendiqué par une organisation juive d’extrême droite, Massada, un groupuscule d’après la police. La librairie Palestine est en fait une S.A.R.L. dont les actionnaires sont des Français.
  • L’îlot insalubre n°11 du 20e refait surface, après son existence reconnue en tant que telle depuis 20 ans. Il s’agit des 27 hectares situés entre l’avenue Gambetta, le boulevard et la rue de Ménilmontant, et la rue Sorbier. L’ensemble concerne 16 000 habitants dont près de 60% d’ouvriers.
Ilot insalubre du 20e

Démolition partielle du bas Belleville en 1972-Jean-Louis Plenel

Au Conseil de Paris, monsieur Verdier prend exemple sur une action équivalente réussie dans le 15earrondissement par la Société d’économie mixte d’aménagement du quinzième. Il propose de confier à cette même SEMEA XV la rénovation de l’îlot, dans le cadre de la création d’une zone d’aménagement concerté.

  • Pierre Overney, militant maoïste et ouvrier chez Renault, est tué par balles devant l’ usine de Boulogne-Billancourt. Son assassin, Jean-Antoine Tramoni, est le chef du service de sécurité de la Régie. À l’exception de la CGT et du PC, toutes les organisations de gauche et d’extrême gauche ont appelé à participer à ses obsèques.

Son cercueil est porté depuis la place Clichy jusqu’au cimetière du Père-Lachaise par ses camarades de Renault et des militants maoïstes. Ce long défilé a été exceptionnellement rendu possible par dérogation à une décision préfectorale de 1961, celle qui interdisait tout cortège funèbre  » à l’allure au pas  » sur la voie publique.

Parmi de nombreux articles qui en rendent compte, le quotidien Le Monde a publié celui daté du 07 mars 1972 et qui commence ainsi :

UN LONG CORTÈGE A TRAVERS PARIS

Cent vingt mille personnes environ – dix-huit mille selon la préfecture de police, et de deux à quatre cent mille selon les organisateurs – ont suivi pendant plus de trois heures, dans l’après-midi du samedi 4 mars, à Paris, le cercueil de René-Pierre Overney, porté par ses camarades des usines Renault…

D’autres manifestations ont eu lieu en France, toutes sans aucun incident.

  •  Pierre Lazareff, l’homme de presse est enterré au Père Lachaise , et suivant sa volonté, sans discours, sans fleurs ni couronnes. Il a dirigé France-Soir, créé le Journal du Dimanche et co-produit Cinq colonnes à la une, le premier magazine télévisé d’information.
Mort de Pierre Lazaret

Pierre Lazareff en une de France Soir. Extrait de documenataire INA-PG

Le grand jeu de l’année

À l’occasion de la nouvelle année 2023, nous innovons avec cet article participatif.

Le jeu est tout simple : comme vous avez peut-être pu le remarquer, ces événements du 20e sont volontairement rapportés sans précision de date. De plus, ils ne sont pas non plus placés dans l’ordre chronologique. Certains ont une date précise, d’autres pas.

Le jeu consiste uniquement à retrouver ces dates, nous les faire savoir et nous les insérerons en mentionnant le prénom des « gagnants ». À la fin de ce jeu pour le plaisir, début mars, nous en profiterons pour remettre chacun de ces événements dans le bon ordre.

Alors, à vos plumes virtuelles !

Le Tram dessert enfin le 20e arrondissement et le nord de Paris !

Le 15 décembre 2012, la ligne de tramway T3b était mise en service. Aujourd’hui, dix ans plus tard, elle relie les stations Porte de Vincennes et Porte d’Asnières – Marguerite Long. Et l’aventure continue…

 

Carte de l’extension prévue de la ligne T3 à l’ouest de Paris. Situation en 2018. Photo Wikipedia

 

Le tramway est une forme de transport en commun urbain ou interurbain à roues en acier circulant sur des voies ferrées équipées de rails plats, implanté en site propre ou encastré à l’aide de rails à gorge dans la voirie routière.

Les tramways dans l’histoire parisienne

Historiquement, un grand nombre de tramways ont circulé dans Paris, puis en proche banlieue. Ils ont précédé le métropolitain de plusieurs décennies. Ce réseau a fonctionné entre 1855 et le 14 mars 1937 à Paris et le 14 août 1938 en proche banlieue. D’autres lignes isolées du réseau parisien ont également existé en grande banlieue et ont toutes disparu à la même époque.

Transports parisiens, boulevard des Italiens. Carte postale

Ce réseau, exploité par de nombreuses compagnies comme la Compagnie Générale des Omnibus (CGO), a utilisé diverses techniques de propulsion : d’abord traction hippomobile, puis traction à vapeur et à l’air comprimé. Il a été finalement électrifié, mais aura dû faire appel pour l’alimentation des motrices à diverses techniques, telles que plots et caniveaux, pour éviter l’installation de caténaires dans Paris, rejetées comme inesthétiques.

Tramway hippomobile Gare du Nord – Bd de Vaugirard. CGO

Avec la fin des années 1930 est venu le démantèlement du réseau de tramways de la région parisienne, alors jugé, sous la pression des lobbies pétrolier et industriel, comme inadapté et contraignant face au développement de l’automobile et de l’autobus.

Dans l’Est parisien, le cas particulier du tramway-funiculaire de Belleville

Le tramway-funiculaire de Belleville était une ligne de tramway à traction par câble qui, de 1891 à 1924, a relié la place de la République à l’église Saint-Baptiste de Belleville, en haut de la rue de Belleville.

Maquette avec câbles

Le funiculaire de Belleville, coupe

Système hybride entre le tramway et le funiculaire (véhicule circulant sur des rails en pente, dont la traction est assurée par un câble), il était similaire aux célèbres cable cars de San Francisco mis en service en 1873. À Paris, les travaux sont confiés à l’ingénieur Fulgence Bienvenüe, assisté du conducteur de travaux Lefebvre, et menés en six mois. Toutefois, la mise en place du système de traction a été laborieuse, car sans précédent en Europe.

Le tramway-funiculaire de Belleville, rue de Belleville. Carte postale.

Les incidents d’exploitation, relativement rares, ont surtout été liés à l’usure du câble de traction. La rupture de fils provoquait son enroulement autour du grip, empêchant le véhicule de s’arrêter.

La forte déclivité de la rue de Belleville a toutefois provoqué quelques accidents plus spectaculaires. Le plus important a eu lieu le 6 janvier 1906, quand la rupture du grip entraîne l’emballement du véhicule, qui dévale à toute allure la rue de Belleville, traverse la rue des Pyrénées à une vitesse avoisinant les 120 km/h selon la presse, avant de dérailler et de se mettre en travers dans la rue du Faubourg-du-Temple.

Les voyageurs pris de panique sautent en marche, ce qui provoque 17 blessés. En 1907 et 1909, le tramway ne pouvant freiner à temps, deux collisions surviennent entre les voitures et des automotrices Mékarski au carrefour de la rue des Pyrénées. En janvier 1914, le câble se rompt à nouveau, et une des voitures dévale la rue de Belleville jusqu’à la place de la République, heurtant tous les obstacles sur son parcours et provoquant 14 blessés.

Finalement, le tramway-funiculaire de Belleville est remplacé sur son parcours par la ligne 11 du métro, en 1935.

« L’accident du funiculaire de Belleville », Le Figaro, 24 janvier 1914.

Le « nouveau » tramway

Le choc pétrolier de 1973 et les encombrements urbains croissants entraînent, en France, une réorientation des politiques de déplacement vers les transports publics de masse. Tandis que le métro est privilégié à Lyon et à Marseille, qui l’inaugurent en 1978, le renouveau du tramway en France intervient avec le concours lancé par le secrétaire d’État Marcel Cavaillé en 1975, destiné à définir le futur tramway standard français devant équiper huit villes : Bordeaux, Grenoble, Nancy, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse.

À Paris et dans sa banlieue, où les tramways avaient constitué un important réseau avant la Seconde Guerre mondiale, la première ligne rouverte est la ligne 1 reliant Saint-Denis et Bobigny (Seine-Saint-Denis) en 1992.

Les grèves de la RATP de 1995 marquent un tournant. La municipalité de Paris se prononce en faveur du retour du tramway à Paris. Il fait suite à la relance du débat par les membres parisiens de l’ancien parti politique Les Verts, et plus particulièrement à l’acharnement du seul élu Vert du conseil de Paris, Jean-François Ségard, qui, dès 1992, se fait le porte-parole de la réintroduction du tramway dans la capitale.

Ligne T3, connexion entre les branches T3a et T3b, porte de Vincennes, juillet 2012

Fin 2006, la ligne T3, dite ligne des Maréchaux, marque le grand retour du tramway à Paris après 69 années d’absence. La T3 qui relie alors le pont du Garigliano à la porte d’Ivry est inaugurée le 16 décembre 2006 par le maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë.

Cette fois, le tramway n’entre pas dans Paris intra muros. La ville a évolué et il ne pourrait y circuler. Il emprunte, en périphérie de la capitale, les « boulevards des Maréchaux », c’est-à-dire l’ancienne Rue militaire qui desservait les fortifications construites à l’initiative de Thiers en 1844. Cette implantation du tramway est considérée comme un facteur d’intégration urbaine des Portes de la ville, ces « marges » souvent défavorisées.

La ligne T3 existante est prolongée jusqu’à la porte de Vincennes et renommée T3a le jour de l’inauguration de l’extension ; une seconde ligne, la T3b, relie dans sa continuité les portes de Vincennes et de La Chapelle. Son prolongement jusqu’à la porte d’Asnières, dont les travaux ont commencé le 31 mars 2014, est mis en service le 24 novembre 2018.

En 2019, le réseau de tramway, qui compte 10 lignes et couvre 125 km, est en partie saturé, mais d’autres projets d’extension ou de création de nouvelles lignes sont en cours. Prochaine étape : la Porte Maillot !

Pour en savoir plus :

Tramway-funiculaire de Belleville : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_funiculaire_de_Belleville

Tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_d’Île-de-France

Ligne 3a du tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_3a_du_tramway_d’Île-de-France

Ligne 3b du tramway d’Île-de-France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_3b_du_tramway_d’Île-de-France