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Le crématorium du Père-Lachaise en travaux

Échaffaudage du crématorium

Quoi de neuf du côté du crématorium du Père-Lachaise ?

Les habitués du Père-Lachaise ont certainement remarqué l’« emballage » récent du crématorium du cimetière. Non, que les touristes nombreux au Père-Lachaise se rassurent… il ne s’agit pas d’une nouvelle œuvre posthume de Christo !… mais plutôt de l’annonce de grands travaux.

Travaux en 2022 du crématorium du Père-Lachaise

Le crématorium du Père-Lachaise « emballé » en avril 2022 dans l’attente des travaux-CD

Une petite histoire de la crémation en France

Elle se confond avec celle des civilisations depuis la préhistoire jusqu’à l’Antiquité et au début de notre ère (en Grèce, à Rome, en Gaule…). L’Europe a abandonné la crémation au fur et à mesure qu’elle s’est convertie au christianisme, dont les adeptes souhaitaient être inhumés « à l’image du Christ ». Charlemagne, dans un capitulaire de 789, interdit la crémation dans son Empire. Et jusqu’au XIXe siècle, il n’en a plus été question en France.

Et vint la IIIe République… En 1880, la première Société pour la propagation de la crémation est créée en France et, un an plus tard, elle compte 420 membres parmi lesquels de nombreux noms illustres, dont Gambetta, Nobel, Paul Bert, De Lesseps, Schoelcher, l’astronome Flammarion, et un jeune député qui allait devenir une figure éminente de la IIIe République, Edouard Herriot… La crémation a alors pour partisans des esprits éclairés, des scientifiques soucieux de l’hygiène et du respect de l’individu, et des Francs-maçons et des Libres penseurs.

Après bien des vicissitudes et des débats parlementaires acharnés, le 29 octobre 1887, est adoptée la loi portant sur la liberté des funérailles : elle autorise les citoyens à choisir un mode de sépulture autre que l’inhumation. La pratique de la crémation commence à se développer.

Introduction dans le four crématoire

Le 1er four crématoire du Père Lachaise. Le Figaro, 13 novembre 1893.

Mais elle se heurte encore longtemps à l’hostilité de Rome qui dénonce ses promoteurs comme « des hommes de foi douteuse ou liés à la secte maçonnique qui travaille activement à rétablir l’usage païen de brûler les cadavres humains ». C’est seulement en 1963 qu’est publié, dans la foulée du Concile de Vatican II, un décret pontifical indiquant « que l’incinération du corps n’affecte pas l’âme… Il ne s’agit pas d’une pratique intrinsèquement mauvaise ou, de soi, hostile à la religion chrétienne » (5 juillet 1963).

Les esprits et les mœurs évoluent lentement, mais, aujourd’hui, la crémation tend à devenir un phénomène de société. En 1980, 1% des obsèques faisait l’objet d’une crémation en France, en 2010, c’était 30% ! Selon le CREDOC, cette tendance s’affirme : on compte 50% d’intentions de crémation. Et cela continuera à progresser, du fait d’une baisse de la pratique religieuse, mais aussi pour des critères sociaux (décider de son devenir après la mort, ne pas être une charge pour ses proches, pas d’entretien des tombes), écologiques (protection de l’environnement, hygiénisme, moindre occupation de l’espace, surtout en milieu urbain), économiques (une crémation est moins coûteuse)…

Le crématorium du Père-Lachaise : un pionnier dans son domaine

Le crématorium du cimetière du Père-Lachaise est le premier de France et jusqu’à maintenant l’unique à Paris. Ouvert à la fin du XIXe siècle, il a réalisé, après des essais sur des animaux, sa première crémation le 30 janvier 1889.

Depuis, cet équipement arrive à saturation. Avec ses cinq fours crématoires, il assure 6 500 crémations par an (45 % des funérailles) alors qu’on en attend près du double dans un avenir proche. Son columbarium qui compte 40 800 cases sur quatre niveaux est aussi saturé.

Une architecture originale et exotique

Crématorium du Père-Lachaise

Le crématorium du Père-Lachaise, vue extérieure. Wikipedia

Entouré des quatre ailes du columbarium, le crématorium a des allures de mausolée antique. Il est implanté dans la partie Est du cimetière du Père-Lachaise sur une superficie de 4 900 m2 (87e div.). Son architecture est de style néo-byzantin, marqué par sa chapelle en appareil polychrome de pierres blanches et noires disposées en bandes horizontales et son toit composé d’un vaste dôme de briques et de grès, de trois petites demi-coupoles et de deux cheminées.

Le Crématorium du Père-Lachaise du projet à aujourd'hui

Le Crématorium du Père-Lachaise, façade postérieure (projet Formigé) et aspect actuel-AHAV

C’est l’œuvre de Jean-Camille Formigé (1845-1926), par ailleurs architecte de plusieurs palais de l’Exposition universelle de 1889, de la grande serre des jardins d’Auteuil (1898-1901) et de monuments au sein même du cimetière (tombe du peintre Guillaume Dubufe (1853-1909) en 1909 (10e div.), chapelle de l’industriel Emile Bariquand (1842-1904) (2e div.) et monument aux Victimes du Bazar de la Charité (92e div.). Le crématorium est décoré de vitraux colorés des verriers Maumejean, posés en 1920.

L’ensemble a été agrandi à plusieurs reprises depuis sa mise en service. Les derniers travaux datent de 2007-2008. Il est classé Monument historique depuis 1995.

Père Lachaise crématorium

Crématorium et columbarium du PL. Vue aérienne.

Dans la salle Landowski, on remarque une statue monumentale, Le Retour Éternel (1954), due au sculpteur Paul Landowski (1875-1961), un artiste internationalement connu pour être, entre autres, le sculpteur de la Sainte Geneviève du pont de la Tournelle à Paris (1928), du Christ Rédempteur de Corcovado à Rio de Janeiro (1931) et des fontaines de la porte de Saint-Cloud (1936).

Espace Landowski au Père Lachaise

Crematorium PL Le Retour Éternel par Landowski (1954)

Après la crémation ?

Rappelons que la crémation est une pratique funéraire qui consiste à incinérer le corps d’un défunt en vue de le réduire en cendres. Le cercueil est introduit dans un four préchauffé à 850-900°C environ, et la crémation dure 90 minutes environ. Une fois achevée, les restes du défunt (os) sont réduits pour obtenir les cendres funéraires, placées dans une urne remise à la famille.

Les cendres peuvent être dispersées dans un jardin du souvenir ou un site cinéraire aménagé dans un cimetière, ou dispersées en pleine nature (loin de la voie publique). L’urne peut aussi être déposée dans un columbarium, scellée sur un monument funéraire ou inhumée dans une sépulture familiale.

Un deuxième crématorium en projet à Paris

Crématorium dans le 19e en 2024

Entrée principale et vue aérienne du futur parc funéraire de Paris, dans le 19e arrondissement (AAVP Architecture)

Il devrait voir le jour en 2024 sur une parcelle de 3 000 m2 située à la porte de la Villette (19e arr.). Bucoliquement baptisée L’Orée, le bâtiment sera en grande partie souterrain, laissant place en surface à un parc planté d’arbres qui ressemblera à une colline arborée.

L’exploitation en sera confiée à une société privée. Selon Le JDD, le projet de la Société des crémations de France (SCF, filiale du leader du secteur Funecap) a été retenu dans le cadre d’un appel d’offres.

Cette opération à 40 M€ comprend également la rénovation du crématorium historique du Père-Lachaise et la gestion des deux sites pour 30 ans.

Doté de quatre fours, le futur « parc funéraire » de la Villette sera « écoresponsable », limitant ses rejets dans l’atmosphère, et « à énergie positive ».

 

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