Deux anniversaires pour Alquier-Debrousse
La Résidence Alquier-Debrousse fêtait, il y a peu, un double anniversaire : le 130ème anniversaire de la création de la Fondation Alquier-Debrousse, qui fut à l’origine de l’ancien hospice Debrousse, rue de Bagnolet, aujourd’hui disparu, et le 40ème anniversaire de l’ouverture de la Résidence Alquier-Debrousse qui lui a succédé, à peu près au même endroit.
Une sympathique réception a été l’occasion pour les résidents et leurs familles de faire retour sur la mémoire du lieu, à travers plusieurs conférences sur son histoire et sur celle du quartier de Charonne. L’Association d’histoire et d’archéologie du 20e arrondissement, invitée, a été heureuse d’apporter son concours à cette manifestation en évoquant l’histoire de Charonne, du village au quartier.
L’ancien parc du Château de la duchesse d’Orléans
Rue de Bagnolet, au coin de la rue des Balkans, subsiste derrière une belle grille ouvragée un élégant pavillon de style Régence, le Pavillon de l’Ermitage. Il doit son nom à son décor intérieur d’ermites peints en grisaille par Jean Valade (1710-1787), un peintre qui travailla dans l’atelier des frères Coypel.
Le pavillon a été construit dans les années 1720 à la demande de Françoise Marie de Bourbon (1677-1749), fille légitimée de Louis XIV et de Madame de Montespan, et duchesse d’Orléans par son mariage avec Philippe d’Orléans, Régent de France à la mort de Louis XIV.
Ce pavillon, œuvre de l’architecte Serin, était une « folie » où, à la belle saison, on pouvait se reposer, prendre une collation ou écouter de la musique. C’est le seul vestige d’un vaste parc, qui en comptait trois autres, toutes disparues aujourd’hui, celui du château de Bagnolet, déboisé et vendu en lots par les héritiers de la duchesse d’Orléans dès la fin du XVIIIe siècle.
Le domaine de Bagnolet était vaste (56 ha) et s’étendait entre Charonne et Bagnolet. Le château lui-même se trouvait sur le territoire de Bagnolet. Achevé vers 1725, il fut démoli en partie dès 1770. Il se trouvait approximativement à l’emplacement de l’actuel échangeur de Bagnolet.
Dans Charonne, le parc du château longeait la partie sud de la rue de Bagnolet entre la rue des Balkans et le boulevard Davout actuels, et comprenait une bonne partie du sud du 20e arrondissement. Pour gagner sans embarras son domaine, la duchesse d’Orléans avait fait ouvrir une belle avenue plantée d’ormes, dite « avenue Madame », correspondant à notre rue des Orteaux, qui coupait à travers champs, d’ouest en est, et contournait le village de Charonne.
La duchesse d’Orléans acquit cette résidence et son parc vers 1719 et elle y réalisa d’importants travaux d’agrandissement et d’embellissement. Le parc fut redessiné par Claude Desgots (1655-1732), petit-neveu d’André Le Nôtre, le jardinier de Versailles, qui travailla aussi aux parcs de nombreux châteaux de la région parisienne (Issy, Choisy, Champs-sur-Marne).
A la mort de la duchesse, le domaine fut vendu et dispersé. Il passa entre diverses mains, dont celles du baron de Batz, célèbre comploteur contre-révolutionnaire qui imagina de faire évader Louis XVI au matin de son exécution, et du confiseur du Roi Pomerel…
La Fondation Alquier-Debrousse
La fondation de l’œuvre Debrousse revient à Marie-Catherine Alquier née Debrousse (1841-1883), épouse du baron Charles-Arthur Alquier (1827-1871), député de la Vendée. Elle disposait d’une importante fortune, mais fut affectée par plusieurs deuils familiaux. En mémoire de son père Hubert Debrousse, un autodidacte qui fit fortune dans les travaux publics – il travailla notamment à l’ouverture du boulevard de Magenta, à Paris -, elle souhaitait créer à Paris un hospice pour vieillards (hommes et femmes). Le 10 décembre 1885, l’Assistance publique recevait d’elle un legs de près de 6 millions de francs-or.
L’hospice Alquier-Debrousse fut édifié selon les plans des architectes Bernard et Dezermaux sur un terrain acheté par l’administration à Charonne, sur une partie de l’ancien parc du château de Bagnolet, démembré à la fin du XVIIIe siècle. Le legs de la baronne Debrousse-Alquier permit l’achat de la propriété Mader, sise aux 148-150 rue de Bagnolet, la construction et l’ameublement de l’hospice.
L’hospice, dont l’inauguration eut lieu en juillet 1892, accueillait des indigents parisiens âgés d’au moins 70 ans ou atteints d’une infirmité incurable. D’autres membres de la famille Debrousse – son frère Jean Hubert, en 1899, et sa mère, Marie Félicie Dessans, en 1913, en suivant son exemple, en tout 23 millions de francs-or –, contribuèrent à l’achat de nouveaux terrains et à l’agrandissement de l’hospice dès 1908.
On comptait 194 lits en 1896, 200 en 1900, et doubla ses capacités dans la première décennie du XXe siècle. En 1960, il abritait 556 lits contre 440 en 1948.
La Résidence Ehpad Debrousse
Les conditions d’accueil des personnes âgées ont considérablement évolué à partir du milieu du XXe siècle. Comme dans d’autres hospices, le modèle d’accueil des personnes âgées et la vétusté des locaux firent l’objet de nombreuses critiques. Dès les années 1960, l’ancien hospice Debrousse était obsolète et il fut démoli en 1978.
En application de la politique d’humanisation et de modernisation mise alors en œuvre dans les structures d’accueil du troisième âge, une résidence plus moderne et mieux adaptée aux besoins des résidents a remplacé le vieil hospice à la vie austère et à la discipline militaire.
Un décret du ministère de la Santé publique du 30 décembre 1972 a rattaché l’hospice Debrousse au bureau d’aide sociale de Paris (CASVP) ; depuis cette date, l’Assistance publique ne gère plus l’établissement.
Deux anniversaires pour Alquier-Debrousse
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