Une flamme paralympique est passée dans le 20e

au Père Lachaise, devant le mur des Fédérés

 

Ce 28 août 2024, Paris a vu arriver 12 flammes paralympiques venues de toute la France, et parmi elles, celle qui a traversé le tunnel sous la Manche. Un évènement rare, particulièrement innovant dans sa mise en scène, d’importance mondiale. Un événement incontournable et toute la presse s’en est largement fait l’écho.

Mais localement, peu d’entre nous ont su qu’une flamme -parmi les douze en mouvement- passerait par le 20e arrondissement… et plus précisément à l’intérieur du Père Lachaise.

Le rendez-vous a eu lieu à 14h. Le lieu choisi ? Devant le mur des Fédérés, un relais situé sur les traces de l’Histoire de France -par son patrimoine- et dont la main est tendue symboliquement ce jour-là par le sportif tenant la flamme.

 

L’origine du sport obligatoire à l’école

Autre lien sur place entre le passé et le sport, Ménil’info nous apprend que Paschal Grousset avait créé en 1888 la Ligue nationale de l’éducation physique. Ce député communard ira jusqu’à « instituer tous les ans un grand concours entre les champions des écoles ». 

D’une manière générale, la mise en place et l’évolution de l’éducation physique à l’école s’étalera tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle.

 

L’événement du 28 août 2024 en images

Parcours flamme paralympique, fermeture partielle au Père Lachaise

Parcours paralympique, fermeture partielle au Père Lachaise, Affiche sur la barrière provisoire-PG

 

Dès 11h30 ce 28 août, plusieurs barrières bloquent  le passage aux véhicules à certains endroits-clé. Les préparatifs sont en place pour une cérémonie qui débute à 14h devant le mur des fédérés.

 

Flamme paralympique au Père Lachaise

Flamme paralympique devant le mur des Fédérés-PG

 

Pendant un court moment, l’athlète portant la flamme fait face  à la plaque du mur des Fédérés puis  se retourne face à la centaine de personnes présentes à cette occasion. Et dans cet instant, une choriste accompagnée d’un guitariste est venue chanter « le temps des cerises ».

 

Flamme paralympique Athlète  devant le public du Père Lachaise

Flamme paralympique devant le mur des Fédérés, face au public-PG

 

Puis, notre athlète fait face au public et après un nouvelle courte pause  prend le chemin du départ. Il va effectuer le parcours prévu, un parcours qui le mènera vers la sortie principale du cimetière.

Et au moment où le porteur de la flamme vient de quitter les lieux, arrive l’instant de la « photo de famille », réalisée sur place devant le mur des Fédérés. À noter, la plaque commémorative avec juste au-dessus les roses déposées juste avant la photo par des personnes présentes.

Les élus et les membres des amies et amis de la Commune de Paris se regroupent derrière leur banderole. 

Une flamme paralympique, au mur des fédérés et les élus parisiens

La « photo de famille » du 28 août 2024, célébrant le départ de la flamme devant le mur des Fédérés-PG

À droite de l’image nous pouvons distinguer Anne Hidalgo maire de Paris. À ses côtés Éric Pliez maire du 20e et, tout à droite, Hamidou Samaké, élu du 20e notamment chargé de la mémoire et des anciens combattants.

Cette photo marquera la fin de la cérémonie, le top du départ où tout doucement les spectateurs se disperseront pour rejoindre lentement les différentes sorties du cimetière.

 

Fontaine des Innocents, fontaines Wallace

Les fontaines à Paris et dans le 20e

À l’heure de l’été, les fontaines parisiennes font l’actualité. Plus particulièrement celles qui offrent l’eau potable. 1200 d’entre elles y sont installées sous la gestion municipale d’Eau de Paris.

Eau de Paris, siège social -PG

Siège social d’Eau de Paris dans le 13e-PG

La mairie du 20e nous rappelle la partie de l’arrondissement à travers son article intitulé « Les poings d’eau », les statues du bd Davout.

Du côté historique, le musée Carnavalet présente une exposition sur la fontaine des Innocents. Cette exposition se termine le 25 août 2024. Notons que dans le jardin du musée, une fontaine Wallace a été posée en 2022, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’installation de ces fontaines.

 

Fontaine Wallace au musée Carnavalet

Fontaine Wallace dans le jardin du musée Carnavalet-PG

Sur la place d’un ancien cimetière

Mais revenons à la fontaine des Innocents, celle qui alimentait en eau le quartier de Halles. Elle vient d’être restaurée tout récemment par la Ville et se situe à l’emplacement de l’ancien cimetière des (saints) innocents, une nécropole particulièrement importante depuis le Moyen-âge et qui restera en place jusqu’en 1785.

Le cimetière des Innocents, musée Carnavalet-

Le cimetière avant la fontaine des Innocents, dessin pour enfants de miss Prickly exposé au musée Carnavalet-PG

Prenant la suite des anciens cimetières, d’abord le Père Lachaise… plus tard dernière demeure de Richard Wallace

À cette date, le cimetière des Saints-Innocents sera définitivement fermé et les ossements transférés dans ce lieu que l’on finira par appeler les Catacombes. À long terme et pour les futurs décès, la solution de remplacement arrivera, avec cette fois-ci une règlementation laïque.

Le Père Lachaise inaugurera en premier lieu cette nouvelle forme de cimetière  -public cette fois-ci- en ouvrant ses portes 20 ans plus tard. Et sur ces terres de Charonne, le lieu disposait déjà de sa propre citerne, installée par les jésuites depuis le XVIIème siècle et qui servait à alimenter sur place leurs fontaines et bassins.

Arrivent les fontaines Wallace en 1872

La fontaine des Innocents aurait-elle inspiré celle créée par Richard Wallace ? En tout cas, la rumeur a couru et objectivement elle lui ressemble en beaucoup de points. Cela dit, la vie de mécène de Richard Wallace va au-delà du don de ses fameuses fontaines parisiennes. Et si pourtant l’homme est très riche, il a voulu être enterré en toute simplicité au Père Lachaise.

L’occasion de reproduire ci-dessous notre article « Les fontaines Wallace, un Paris réussi », paru pour la première fois dans nos actualités le 23 juillet 2021, et mis à jour le 22 mai 2022.

Visite des eaux du 20e par l’AHAV

Enfin, toujours à propos d’histoire d’eau, nous proposons une visite guidée en automne prochain sur : « Les eaux nouvelles et anciennes du 20e ». Une sortie réservée aux adhérents et dont la date sera précisée dans notre prochaine lettre mensuelle. À noter pour les nouveaux adhérents : leur cotisation  à neuf euros leur est proposée, valable pendant la période de ce second semestre.

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Les fontaines Wallace, un Paris réussi

mis à jour le 22 mai 2022.

Dans ses voeux de bonne année, la Mairie de Paris annonce la couleur : « en 2022 Paris mettra en lumière toutes ses fontaines ». À cette occasion, l’Hôtel de Ville  fêtera les 24 et 25 septembre prochains les 150 ans des fontaines Wallace, lui-même enterré volontairement en toute simplicité au Père Lachaise.

Nous reproduisons ci dessous notre article paru le 23 juillet 2021, sur ce mécène, beaucoup moins connu par ailleurs pour son aide aux parisiens pendant la Commune. Dès l’année suivante aparaîtront ses premières fontaines et leur eau potable, gratuite et accessible à tous.

Gobelets des fontaines Wallace

La canicule de 1946 et « la Wallace », avec ses gobelets attachés. Magazine V du 28 juillet 1946

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Mis en ligne le le 23 juillet 2021

Depuis la fin du XIXème siècle, et surtout quand il fait chaud l’été à Paris, nous pouvons boire gratuitement de l’eau près du lieu où nous trouvons.

Cette possibilité nous a été offerte grâce à l’eau potable des fontaines Wallace, ces 120 fontaines qui font partie de l’identité de la capitale en tant que mobilier urbain. Neuf d’entre elles se trouvent dans notre arrondissement.

On doit ces fontaines à la générosité d’un londonien, Richard Wallace, député conservateur anglais par la suite, mais auparavant bien parisien y compris dans l’âme. Son souvenir en tant que bienfaiteur reste « definitely » gravé dans notre ville.

Fréquentation fontaine Wallace début 20e siècle

Près de 120 fontaines Wallace à Paris

Richard Wallace amoureux de Paris

Élevé à Paris à l’âge de 6 ans par sa grand-mère, il est venu ici avec son père naturel, le marquis d’Hertford, qui lui léguera en mourant (le 25 août 1870) son immense fortune.

Richard Wallace épouse une française, Mlle de Castelnau, et leur fils ira combattre dans les rangs français, avant de démissionner après la répression de la Commune.

Quant à sa générosité, elle est multiple, incessante et d’un niveau élevé. Citons dès avril 1870, la création d’un hôpital de l’avenue de Neuilly qui porte le nom de son père. Et la liste de ses dons va régulièrement s’allonger dans les années qui suivent.

À Paris pendant la Commune

Pendant le siège de Paris puis la Commune, et contrairement à la bourgeoisie qui fuit, Richard Wallace non seulement reste à Paris mais va aider les parisiens dans leur quotidien.

Il finance notamment la Société internationale des secours aux blessés, en leur donnant 3oo ooo F pour acheter une ambulance urbaine portant le nom de son père, et une autre ambulance qui suivra le 13ecorps d’armée.

Portrait de Wallace 1890

Portrait de Wallace,, Le Monde illustré du 26 juillet 1890

Après l’armistice, la ville de Londres lui confie la distribution du ravitaillement qu’elle expédie pour les parisiens. En reconnaissance de l’ensemble de ses services, la reine d’Angleterre l’élève au rang de baronnet le 24 décembre 1871. De son côté, dès le 16 juin 1871, le gouvernement français l’a nommé commandeur de la Légion d’honneur.

Par ailleurs à l’occasion de l’exposition universelle, Richard Wallace -collectionneur et marchand d’art- est nommé par l’Angleterre en 1878, correspondant de l’Institut de France, en lien avec l’Académie des beaux-arts.

À l’origine des fontaines

Mais revenons à 1871. À la fin du siège de Paris et de la Commune, certains aqueducs sont détruits, avec comme conséquence le prix de l’eau qui flambe brutalement.

En urgence dès septembre 1871, Richard Wallace propose à la Ville de Paris de l’eau gratuite à toute heure et pour tous les habitants. Il demande l’autorisation d’installer à ses frais 50 fontaines aux endroits que la Ville aura choisis. La canalisation sera à la charge de la Ville et le choix des lieux se fera finalement d’un commun accord, avec l’eau de la Dhuys pour alimenter ces fontaines.

130e anniversaire des fontaines Wallace. Timbre poste 2001

Fontaine Wallace, timbre poste sorti en 2001

La création et la mise en place des fontaines

La première fontaine est inaugurée en août 1872, sur la place du Combat, boulevard de la Villette.

Haute de 2,71 m pour un poids en fonte de 610 kg, la fontaine est composée de 80 pièces assemblées dans les ateliers. Les croquis ont été dessinés par les soins du bienfaiteur, en s’inspirant de la fontaine des Innocents, dans le quartier des Halles. S’y ajoutent deux gobelets en étain retenus par des chaînettes, gobelets qui seront finalement supprimés en 1952 par mesure d’hygiène.

Du point de vue esthétique, l‘originalité de cet édifice inspire les parisiens au point de lui donner comme surnom populaire : « la brasserie des quatre femmes ». Ces quatre cariatides représentent quatre vertus : simplicité, bonté, charité et… sobriété. Elles rappellent aussi les quatre saisons, pour souligner la mise à disposition d’une eau potable disponible à tout moment de l’année.

Fontaine Wallace

La fontaine Wallace rue Belgrand, avant d’être peinte en rouge

Une couleur unique est imposée, comme tout le mobilier urbain depuis Napoléon III : il s’agit d’un vert profond destiné à s’insérer dans le paysage, la couleur de la nature dans la ville. Le temps a passé et actuellement quelques fontaines parisiennes ont changé de couleur. Celle de la rue Belgrand tout près de la mairie, est peinte en rouge depuis novembre 2019, tout comme antérieurement celle de l’avenue d’Ivry dans le 13e arrondissement.

Richard Wallace au Père Lachaise

Le 23 juillet 1890, jour de son enterrement au Père Lachaise, le journal La Souveraineté Nationale décrivait ainsi cette personnalité discrète qu’était Richard Wallace : « il comprit (et c’est à son honneur) que ceux que la fortune favorise doivent en restituer aux victimes du hasard inégal ».

 sépultures les plus imposantes au Père Lachaise

Angle de la sépulture de la famille Hertford-Wallace,PG

Son enterrement a eu lieu avec une certaine simplicité, à la suite de sa demande répétée de son vivant. Sa volonté a ainsi été respectée et un corbillard de troisième classe suivi de six voitures de deuil sont partis depuis sa propriété, le château de Bagatelle, jusqu’au cimetière du Père Lachaise. Il est inhumé dans sa sépulture de famille à l’entrée sommairement murée.

Richard Wallace au Père Lachaise

Entrée de la sépulture familiale Wallace,PG



Action matrimoniale au Père Lachaise

deux étudiantes au service d’une restauration

 

 

Elles ont réussi, Marie et Violette, nos deux Sciences Po sympas.  Leur challenge de financer la restauration d’un médaillon au Père Lachaise est allé au-delà de leur espérance et elles viennent de nous le faire savoir. Une aventure que nous avons partagée en partie avec elles. Une belle aventure, un excellent souvenir pour nous aussi.
Voici le texte intégral qu’elles nous ont adressé le 28 juin dernier :


Nous voulions simplement vous partager une excellente nouvelle : nous avons réussi à rassembler plus que la somme nécessaire à la tombe de Zoé Alexandrine Cadiot, au Père Lachaise (5370 euros avec un objectif de 4000 euros !), au sujet de laquelle nous nous étions rencontré⋅es cet hiver ! Cette réussite est en grande partie due au mécénat de la Fondation Roc Eclerc et de l’agence AEC, qui ont été sensibles à notre projet. Le surplus financier ira à la restauration de la tombe de l’artiste Claude Vignon elle-même, située à proximité, qui va réintégrer le buste autoportrait de la sculptrice, que l’on a longtemps cru disparu. 
Nous voulions encore vous remercier pour votre aide et votre intérêt pour cette sépulture, l’article a permis d’ancrer le projet localement et de le faire connaître ! Ce fut un vrai plaisir de vous rencontrer et de faire cette belle promenade instructive !

Nous publions ci-dessous l’article paru le 4 mars 2024.




L’action se passe au Père-Lachaise. Coïncidence du calendrier, tout près de la journée de la femme, deux étudiantes de Sciences Po, Marie et Violette, se sont lancées bénévolement dans une opération de préservation du patrimoine au féminin.

Ce sympathique binôme vient plus précisément de s’engager en vue de restaurer le médaillon d’une femme sculpté sur sa stèle. La tombe se situe dans la 86ème division, celle où se trouve notamment Guillaume Apollinaire. Et il ne s’agit pas là de n’importe quelle tombe pour l’auteure célèbre de cette œuvre, puisqu’il s’agit du portrait de sa propre mère.

Recherches, rendez-vous, étude de faisabilité… elles en sont actuellement arrivées à la finalisation du projet : il reste la collecte, le financement destiné à sa restauration. Car l’œuvre sculptée vient de Claude Vignon, sculptrice renommée, écrivaine et féministe. Le montant à collecter pour la restauration s’élève à 4000 €, somme modeste.

Encourageons Violette et Marie dans leur action, faisons connaître ce projet autour de nous. Toute participation, même modeste, est un soutien au patrimoine… ou devrions-nous dire, au matrimoine.

Cimetière Père Lachaise sépulture Zoé Alexandrine Cadiot

Marie et Violette au Père Lachaise devant la sépulture de Zoé Alexandrine Cadiot -PG

La tombe de Zoé Alexandrine Cadiot

Tout ceci est donc une histoire de femmes.
Marie et Violette, toutes deux étudiantes à Sciences Po Paris, ont décidé de choisir la tombe de Zoé-Alexandrine Cadiot pour en restaurer le médaillon. Pas n’importe quel médaillon puisqu’il a été sculpté par sa fille Noémie, dite Claude : Claude Vignon, beaucoup plus connue que sa mère, et dont la tombe est située non loin de la sienne.

Où et qui est monsieur Cadiot ? Sur cette tombe, l’histoire ne le dit pas. Cependant, on trouve trace de nombreux ouvrages d’Histoire politique à la Bibliothèque Nationale.

Sa fille Marie-Noémie Cadiot, dite Claude Vignon (1828-1888), aura une vie haute en couleurs. Et décidera de sculpter ce médaillon de sa mère pour l’apposer sur sa tombe, en hommage à celle-ci. Sculpté en pierre, il a d’abord été exposé au Salon de 1868. La datation du monument est plus tardive et se situe entre 1877 (mort de Zoé-Alexandrine Cadiot) et 1886, soit deux années avant la mort de Claude Vignon elle-même.

 

Tombe de Zoé Alexandrine Cadiot au Père Lachaise

Tombe de Zoé Alexandrine Cadiot – PG

 

Cette initiative part du projet « Le Plus Grand Musée de France étudiant  » (PGMF), issu d’une coopération entre Sciences Po et la fondation de la Sauvegarde de l’Art Français.

Dans la même division que celle de Zoé-Alexandrine Cadiot, on trouve la tombe d’Hélène Bertrand de Beauvoir (1910-2001), peintre et sœur de Simone. Engagée dans la cause féministe, tout comme sa sœur auteure du Deuxième Sexe ; Hélène a créé un foyer pour femmes en Alsace. Élue présidente de SOS Femmes battues à Strasbourg, elle dénonce durant toute sa vie l’oppression des femmes, et notamment à travers ses tableaux.

La sculptrice Claude Vignon

Née le 12 décembre 1828 à Paris et morte le 10 avril 1888 à Villefranche-sur-Mer, Marie-Noémie Cadiot, qui deviendra Claude Vignon, a eu plusieurs vies. Elle sera à la fois sculptrice, critique d’art, journaliste, romancière et féministe française.

En 1843, à l’âge de 15 ans, elle quitte le pensionnat pour se lier à un diacre ayant quitté le séminaire avant d’être ordonné prêtre. Lui deviendra à la fois écrivain libre-penseur et artiste. En 1846, à 18 ans, elle vient vivre avec lui, au grand dam des parents. Échappant de peu à une accusation de détournement de mineure par le père de Noémie, ce défroqué est obligé d’épouser civilement la jeune fille, à la mairie du 10e arrondissement de Paris. Elle le quittera cependant une dizaine d’années plus tard pour le marquis Alexandre Sarrazin de Montferrier.

C’est à ce moment-là que Marie-Noémie Cadiot prend des leçons auprès du sculpteur James Pradier, également au Père Lachaise. Sa vie de sculptrice commence alors, et elle mène de front écriture et sculpture. Au Salon de 1852, elle expose une statue de Bacchus, aujourd’hui au Musée de Caen. Elle participe notamment aux travaux de la fontaine Saint-Michel de Paris – le bas-relief central -, à la décoration du Louvre et des Tuileries – dix bas-reliefs sont placés dans l’escalier qui mène à la Bibliothèque du Louvre. À l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, elle réalise les quatre figures du haut-relief du porche : la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance. Elle sculpte de nombreux bustes, dont une statue de Daphné exposée à l’Exposition Universelle de 1867.

Parallèlement, elle écrit dans Le Tintamarre et Le Moniteur du Soir des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de « Claude Vignon » (nom tiré du roman « Béatrix » de Balzac, également au Père Lachaise), pseudonyme qu’elle adopte officiellement en 1866. À partir de 1849, elle développe une activité de critique d’art pour le Journal des femmes.

Durant cette période, Claude Vignon fréquente le club des Femmes d’Eugénie Niboyet (1796-1883) née Eugénie Mouchon. Eugénie Niboyet est saint-simonienne, et côtoie la misère effrayante des faubourgs. Face aux inégalités sociales, Eugénie Niboyet invective : « Riches, ouvrez vos coffres-forts ! » ; écrivaine, elle est la première traductrice de Dickens en France ; pionnière du journalisme, elle fonde cinq journaux dont Le Conseiller des femmes, La Voix des femmes et le Journal pour toutes.

 

Carte postale de la tombe de Claude Vignon

Sépulture de Claude Vignon ornée de son autoportrait en buste (début du XXe siècle) – Wikipedia

C’est dans ce contexte à la fois politique, social, artistique et intime, dans ce XIXème siècle riche en luttes et combats sociaux, que s’inscrit la vie de Claude Vignon. Une époque où peu de femmes trouvent la reconnaissance de leurs œuvres. D’où plus localement pour nous, tout l’intérêt de la sculpture de ce médaillon sur la tombe de Zoé-Alexandrine Cadiot.

Aujourd’hui grâce à l’initiative de Marie et Violette, une souscription est ouverte pour restaurer cette œuvre à perdurer.

La restauration est estimée à 4000 euros. Sur place au Père Lachaise, Arnaud Schoonheere, chef de la cellule du patrimoine, a aidé à identifier cette sculpture et soutient pleinement le projet. La campagne de mécénat est donc lancée.

Merci à toutes et à tous de la contribution que vous pourrez apporter à une telle œuvre et à ce qu’elle représente :

https://www.sauvegardeartfrancais.fr/projets/la-sepulture-de-zoe-alexandrine-cadiot/

Pour contacter les porteuses du projet : 

marie.seigne@sciencespo.fr

violette.lafondgrellety@sciencespo.fr

 

 

Tombe de Claude Vignon au Père Lachaise avant 2006 - aujourd'hui

Tombe de Claude Vignon; À gauche, avant 2006-landrucimeteres.fr / à droite, aujourd’hui-PG

 

Buste de Claude Vignon volé en 2006 puis retrouvé

Buste de Claude Vignon au Père-Lachaise sur sa tombe jusqu’en 2006-www.landrucimetieres.fr
Sculpté par elle-même, il a été volé puis retrouvé et se trouve désormais à la Conservation.

 

Et cette page où vous verrez toutes les œuvres disparues, âmes sensibles s’abstenir !

https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article3114

Il y a 80 ans, très exactement le 22 mars 1944, Pierre Brossolette se suicide. Il refuse de parler sous la torture de la Gestapo et saute par la fenêtre de l’immeuble de l’avenue Foch. L’année précédente avec Jean Moulin, il avait  participé à la constitution du Conseil National de la Résistance. Les cendres de chacun ont été transférées au Panthéon : tout d’abord celles de Jean Moulin le 19 décembre 1964, puis bien plus tard celles de Pierre Brossolette le 27 mai 2015.

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 25 juillet 2023, anniversaire de la naissance du CNR quatre-vingts ans plus tôt.

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80 ans du CNR liés au Père Lachaise

Jean Moulin et Pierre Brossolette

Il y a 80 ans, Jean Moulin chef de la Résistance décédait alors qu’il venait à peine de créer le Conseil National de la Résistance. Il est mort le 8 juillet 1943 en gare de Metz sur le chemin de la déportation.

Ses cendres ont reposé pendant plus de 20 ans au columbarium du Père-Lachaise. Plus tard, la Ville de Paris décidera d’apposer sur sa case une plaque mémorielle : son passage ici reste ainsi gravé depuis 2019, alors que le transfert de ses cendres a eu lieu au Panthéon en 1964. Après lui, plusieurs personnalités liées au Conseil National de la Résistance le suivront dans ce même cimetière.

Début 1943, le besoin d’un Conseil National de Résistance

Il faut nous rappeler qu’en 1942, il existe huit mouvements de Résistance intérieure. Trois d’entre eux éditent un journal clandestin :

  • « Combat » dont le sous-titre du journal est « Organe du mouvement de la Résistance française » fondé par Henri Frenay.
  • « Libération-Sud » créée par Emmanuel d’Astier de la Vigerie qui recrute le plus souvent ses membres dans les milieux syndicaux (CGT) et socialistes. Lucie et Raymond Aubrac en ont fait partie. Leur journal : « Libération ».
  • « Franc-Tireur », avec Jean-Pierre Lévy

Jean Moulin estime essentiel de réaliser l’union de la Résistance, afin d’apporter au chef de la France libre un concours déterminant. Dès le 27 janvier 1943, tous signent l’acte officiel de naissance des « Mouvements unis de Résistance » (MUR).

Il soumet alors un projet au général de Gaulle dont les objectifs sont multiples. La création du CNR permettra dans un premier temps d’unifier et de coordonner toutes les forces et les tendances politiques de la Résistance au sein d’un seul et même organisme. Mais l’objectif est aussi géopolitique soulignant aux Alliés que le Général De Gaulle est le véritable chef de la Résistance.

Cela dit, les avis divergent en interne sur la nouvelle République à mettre en place pour l’après-guerre. C’est dans cette atmosphère disparate et souvent divergente que Jean Moulin convoque la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) le 27 mai 1943.

Salle de réunion du premier CNR, 48 rue du Four à Paris,

La table de l’appartement où s’est déroulée la 1re réunion du CNR, le 27 mai 1943, à Paris.
© Photographie Famille Corbin, droits réservés

Cette réunion regroupe 17 personnes au total avec Jean Moulin. Toutes les composantes de la Résistance sont ainsi fédérées au sein de cet organisme qui apporte son soutien au général de Gaulle pour « préparer en pleine lucidité et en pleine indépendance la renaissance de la Patrie détruite, comme des libertés républicaines déchirées ».

 

Le Conseil National de la Résistance en 1943

Composition du CNR en 1943-Éducation Nationale

Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin et dernier résistant enterré au Père Lachaise nous rapporte son témoignage sur la préparation et la tenue de cette réunion.

Pierre Brossolette, l’autre Résistance

Bien que son mouvement soit représenté à la première réunion du CNR, un autre homme de la Résistance manque à l’appel : Pierre Brossolette, responsable de la Résistance dans la zone Nord.

De Gaulle a chargé Pierre Brossolette et ses compagnons d’une mission centrée notamment sur l’unification de la résistance armée. Cette mission est historique car elle réussit à unifier l’ensemble des mouvements de Résistance de la Zone occupée et elle prépare les réseaux en vue du Débarquement.

Quand Jean Moulin revient de Londres en mars 1943 pour créer le Conseil national de la Résistance (CNR), il est toujours peu reconnu par les mouvements de résistance, en particulier, par le responsable de la zone Nord, Pierre Brossolette, qui s’oppose à lui sur plusieurs sujets. En particulier, sur le fait que les partis politiques soient partie prenante du CNR. Brossolette défend plutôt l’idée de familles spirituelles. Il considère en effet qu’il est trop tôt pour fusionner des éléments qui s’ignorent encore, voire qui se défient. Il pense qu’une organisation unique des mouvements de résistance des deux zones apparait impossible.

À cette époque, la rivalité entre Jean Moulin et Pierre Brossolette devient évidente. Jean Moulin, alors responsable de la zone sud, reproche en plus explicitement à Pierre Brossolette d’avoir interféré auprès de De Gaulle pour l’empêcher de coordonner la Résistance avec la zone nord.

Pourtant, le succès du bilan laissé par Brossolette durant cette période a été salué par les témoins de l’époque. Le BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) dont il est le n°2 a réussi à séparer le renseignement des réseaux d’action et à effectuer un inventaire rigoureux des forces de la résistance en Zone Nord réellement disponibles. De plus, il a fait de Paris occupée la capitale de la Résistance.

Carte d’officier de la France Libre de Pierre Brossolette

Carte militaire de Pierre Brossolette (fausse identité)

Et lorsqu’avec ses avancées le CNR se réunit le 27 mai 1943, les deux hommes intègres persistent dans leur opposition sur l’orientation politique de la France.

Pierre Brossolette reste très critique vis-à-vis de la IIIème République, qu’il rend responsable de la défaite. Il souhaite, après la Libération, la naissance d’un grand parti de la Résistance au pouvoir, appelé à réaliser une politique de transformation sociale ambitieuse.

Pour sa part, Jean Moulin (à qui l’on a reproché de se laisser influencer par le parti communiste) défend aussi les valeurs républicaines mais dans le cadre de la démocratie d’avant-guerre.

Il reste que leurs destins vont se rejoindre. En mars 1944 , au moment de la mort de Brossolette et après celle de Jean Moulin, un programme commun est élaboré par le Conseil national de la Résistance.

Que reste-il du CNR ?

« Les jours heureux »,  ce titre est devenu très rapidement celui du programme ambitieux du CNR, un marqueur social durable dans notre société d’après-guerre.

Extrait du programme du CNR, affiche

Le texte complet du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 est consultable ici.

Et qu’en est-il aujourd’hui ? L’histoire serait évidemment longue à détailler mais par exemple depuis cette date et grâce à Ambroise Croizat (au Père Lachaise), nous avons pu voir naître la Sécurité Sociale (maladie/allocations familiales/retraite). Quant aux deux responsables de la Résistance liés au CNR, ils ont poursuivi le chemin de la reconnaissance de la Nation, en passant du Père-Lachaise au Panthéon.

D’une case « inconnu incinéré » du Père-Lachaise… au Panthéon

La mort de Jean Moulin est rendue publique le 19 octobre 1943, quand un membre de la Gestapo de Montpellier vient l’annoncer à Laure Moulin, la sœur de Jean.

La famille découvre au Père Lachaise une urne avec ce numéro et cette seule mention : « Inconnu incinéré, 09-07-43 ». Elle la fait déplacer dans le carré de la Résistance du cimetière avec une nouvelle inscription : « Cendres présumées de Jean Moulin ». En 1964, l’urne sera transférée au Panthéon, accompagnée des célèbres mots de Malraux : « Entre, ici, Jean Moulin. ».

Tout comme Jean Moulin, Pierre Brossolette a subi la torture. Le 3 février 1944, il doit rejoindre Londres. Sur la route d’Audierne, il est pris à la suite d’une dénonciation. Le 22 mars 1944, pendant la pause-déjeuner de son gardien, Brossolette se lève de sa chaise, menotté dans le dos, il ouvre la fenêtre de la chambre de bonne dans laquelle il est enfermé et se défenestre. Gravement blessé, il est transporté à l’hôpital de la Salpêtrière où il succombe à ses blessures vers 22 heures, sans avoir parlé. Il ne donne qu’un nom, le sien. Le 24 mars, il est crématisé au cimetière du Père-Lachaise.

Case anonyme au Pere Lachaise - cendres de Pierre Brossolette

Cases anonymes (3920 ou 3913) où ont été déposées les cendres de Pierre Brossolette mélangées à celles du Compagnon de la Libération François DELIMAL

Les cendres de Jean Moulin et de Pierre Brossolette se retrouvent au columbarium du Père Lachaise, les unes avec un doute quant à leur identification, les autres mêlées à celles d’un autre résistant, avant de prendre le chemin de la reconnaissance vers le Panthéon.

Enfin, Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin et grand témoin de son histoire, sera le dernier résistant à être inhumé au Père Lachaise.

Tombe de Daniel Cordier, Compagnon de la Libération - Secrétaire de Jean Moulin

Tombe de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, au Père-Lachaise le 25 mai 2023-PG

Depuis 2015 et tous les 9 décembre, les écoles doivent organiser une journée sur la laïcité. Il en est de même depuis la loi du 24 août 2021, qui étend l’action de cette journée au sein de la fonction publique : chaque référent laïcité est chargé d’organiser cette journée.

Rappelons que le 9 décembre 1905, c’est bien-sûr la date de l’adoption de la loi sur la séparation des églises et de l’État, le fondement de la laïcité. Mais avant cette date, et  plus particulièrement, dans nos cimetières, qu’en était-il du chemin parcouru dans ce sens ?

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 7 décembre 2021.

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Ce drame lié à la République a eu lieu pendant la guerre d’Algérie, en juin 1957. Il nous revient en juin 2023. Il s’agit de la disparition de Maurice Audin, de la reconnaissance des faits et de l’action dans la durée de sa femme et ses deux enfants.

Au moment de la bataille d’Alger, Maurice Audin est arrêté, torturé puis assassiné par les parachutistes français. Son corps n’a pas été retrouvé, raison pour laquelle il sera officiellement déclaré mort le

En 2023, son fils Pierre -également mathématicien- meurt à l’âge de 66 ans, après avoir recherché activement toute la vérité sur les circonstances de la mort de son père.

Le 16 juin 2023, sa fille ainée âgée de 69 ans  -elle aussi mathématicienne- nous fait partager sur les ondes, dans l’émission Le Cours de l’histoire, sa passion pour l’histoire… et pas n’importe quelle histoire.

Et sur France Inter, l’émission Affaires sensibles du 18 septembre 2023 retrace sous forme de récit documentaire l’affaire Maurice Audin.

Nous reproduisons ici notre article paru pour la première fois le 8 septembre 2022, dans lequel sont également indiqués les lieux dédiés à leur mémoire près de chez nous.

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Rue de la Mare,  la fresque dédiée à Josette et Maurice Audin

 

L’inauguration de la fresque Josette et Maurice Audin -il a été torturé et assassiné pendant la guerre d’Algérie- a eu lieu cet été rue de la Mare. La date choisie correspond très exactement celle du soixantième anniversaire des accords d’Évian : le 5 juillet 1962, l’Algérie devenait indépendante.

Leurs lieux de mémoire à Paris

En France, une quinzaine de villes le garde en mémoire en attribuant son nom à une rue, une place ou plus modestement une plaque dans un jardin. Il existe également une place Audin à Alger.

À Paris, cette fresque est le dernier hommage en date à la mémoire de ce jeune et brillant mathématicien, militant du parti communiste algérien et favorable à son indépendance. Il fait suite au cénotaphe situé au Père Lachaise et par ailleurs au nom d’une place dans le 5e arrondissement.

Pour la petite histoire locale, il faut savoir qu’à l’origine le nom de sa rue devait remplacer celui de la rue des Tourelles, suivant une première décision du Conseil de Paris votée en 2001. Sans doute la proximité volontairement choisie du siège de l’ex SDECE -future DGSE et surnommée « la Piscine »- de cette rue du 20e a-t-elle finalement du poser problème par la suite.

À noter que le 25 janvier 2021 dans un parc de Bagnolet, une plaque leur rendant hommage a été vandalisée, avec l’inscription « OAS ».

Hommage rue de la Mare

Fresque Josette et Maurice Audin-PG

La fresque au nom du couple

Il reste que l’œuvre du graphiste Orel Ruys inaugurée cet été se situe bien dans le 20e, au tout début de la rue de la Mare, tout près de l’ancienne gare de Ménilmontant. Cette partie de la rue est devenue une voie piétonne. Elle reste accessible au public mais protégée dans ses deux entrées qui la délimitent, avec une barrière métallique servant de filtrage individuel : une solution pour préserver la quiétude des habitants des immeubles voisins.

Pour mémoire, la rue de la Mare existe en tant que chemin depuis 1672. Elle a été nommée ainsi parce qu’à l’origine elle était située près du lieu d’une ancienne mare de Belleville. Face au numéro 9, le mur est devenu l’endroit retenu pour y peindre cette fresque au nom du couple Audin ainsi symboliquement réunis.

Josette est ainsi pleinement reconnue aux côtés de Maurice, elle qui a consacré toute sa vie à se battre pour le rétablissement et la transparence de la vérité des faits criminels subis par son mari : les tortures, l’assassinat puis la disparition de son corps par l’armée française en 1957.

La reconnaissance tardive de la République

Finalement ce crime commis en Algérie sera reconnu officiellement en 2018 par le président Emmanuel Macron. Il aura fallu parcourir un très long chemin sinueux à Josette Audin, avec l’aide et le soutien de son entourage, pour arriver à obtenir cette reconnaissance officielle, 61 ans après les faits.

Remise de la décision officielle

Emmanuel Macron chez Josette Audin le 13 septembre 2018

Pour solenniser plus personnellement sa décision, le président de la République s’est rendu le 13 septembre 2018 à Bagnolet chez Josette Audin. Il a ainsi choisi de reconnaître les faits en sa présence et celle de ses invités, cités à nouveau par Le Monde daté du 2 septembre 2020 :

Entouré de la famille Audin, l’aînée, Michèle, et le fils, Pierre, de deux députés, Cédric Villani (LRM) et Sébastien Jumel (PCF), d’historiens, parmi lesquels Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Benjamin Stora, de ceux qui, depuis tant d’années, œuvrent au sein de l’Association Maurice Audin.

Emmanuel Macron est là pour en finir avec un mensonge qui déshonore la République. « Une page s’ouvre aujourd’hui, l’ouverture de toutes les archives, le travail libéré des historiennes et des historiens. Cela va être une nouvelle ère pour nos mémoires et nos histoires avec l’Algérie », assure le président Macron.

La mémoire gravée dans le 20e

Josette Audin est morte le 2 février 2019, à l’âge de 87 ans, elle aura réussi de son vivant à gagner l’essentiel de son combat à la mémoire de son mari.

Et le 11 juin de la même année, un cénotaphe à la mémoire de Maurice Audin est inauguré au Père Lachaise, à la suite de la décision d’Anne Hidalgo maire de Paris.

Audin au Père Lachaise

Pierre Audin dévoile le monument dédié à son père Maurice Audin le 12 juin 2019

Trois mois plus tard, soit très exactement le 10 septembre 2019, un arrêté du Premier ministre permettra enfin d’accéder aux archives publiques relatives à Maurice Audin.

Et désormais aujourd’hui rue de la Mare, Josette  et Maurice se trouvent à nouveau réunis par cette fresque.

Rappelons en passant que le jeune couple a eu une fille née à Alger en 1954, Michèle Audin, Elle aussi est devenue mathématicienne, habite boulevard Voltaire et se passionne plus particulièrement pour la Commune de 1871.  Au point d’en devenir écrivaine avec notamment son livre sur « la semaine sanglante ».

Ramsès et l’Égypte au Père Lachaise

 

À la Grande Halle de La Villette, l’exposition « Ramsès et l’or des Pharaons » se poursuit jusqu’au 10 septembre 2023.

Dans notre article du 18 juin 2022, nous avions déjà cité son nom. Il se trouve que  son portrait figurait alors sur la bâche de l’obélisque en restauration… avec celui de Champollion. Nous fêtions cette année-là les 200 ans du décryptage des hiéroglyphes.

Lui-même enterré au Père Lachaise, Champollion partage notre cimetière-musée avec d’autres personnages liés à l’Égypte ancienne. Ajoutons ici à notre article ci-dessous, celui moins connu de Vivant Denon, fondateur du musée du Louvre, égyptologue et qui a participé à la campagne d’Égypte de Bonaparte.

Vivant Denon au Père Lachaise

La tombe de Vivant Denon en octobre 2022-PG

Les deux hommes se connaissent et au Louvre, Champollion a pu créer et diriger les salles dédiées à l’Égypte. En 1827, le roi inaugure les lieux et donne son nom à cette partie du Louvre : musée Charles X, tout simplement.

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Champollion et l’Égypte il y a 200 ans

Le Père Lachaise est créé en 1804, soit six ans après la campagne d’Égypte décidée par Bonaparte.  La mode égyptienne est entrée par la suite dans notre cimetière :  nous y croisons de nombreuses sépultures en forme d’obélisques et autres pyramides.

Champollion y est pour beaucoup et en premier lieu pour lui-même puisqu’un obélisque est posé sur sa propre tombe. En cet anniversaire des 200 ans de son décodage des hiéroglyphes, plusieurs événements ont lieu cette année .

Pyramide de Champollion

Tombe de Champollion le jeune au Père Lachaise, restaurée en 2021-PG

Champollion et la place de la Concorde

Tout d’abord l’obélisque de la place de la Concorde qui vient d’être restauré en ce premier semestre 2022, et sous la bâche qui recouvre son échafaudage métallique figurent les portraits des quatre grands hommes liés à ce monument : Ramsès II, Méhémet Ali, Charles X et Jean-François Champollion.

Le vice-roi d’Égypte Méhémet-Ali est à l’origine de cet obélisque offert à la France sous Charles X en 1829, et devenu parisien sur la place de la Concorde en 1836. Il offre ce cadeau à la France en reconnaissance notamment de la découverte de Champollion, lui-même en charge des négociations pratiques liées à cette « main tendue ».

La toute récente restauration de cette œuvre égyptienne est réalisée grâce au mécénat signé en 2021 entre le ministère de la Culture et la société Kärcher.

Portrait de Champollion place de la Concorde

Bäche de l’obélisque en restauration place de la Concorde en 2022

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Ile-de-France/Actualites/Actualite-a-la-une/L-Obelisque-de-Louxor-fait-peau-neuve

https://www.kaercher.com/fr/a-propos-de-kaercher/mecenat/mecenat-culturel/restauration-de-l-obelisque-place-de-la-concorde-paris-france.html

Aujourd’hui, l’obélisque est présenté comme « le plus ancien monument de Paris » …  si l’on considère la date de création de l’œuvre. Robert Solé, journaliste et historien français né au Caire en 1946, le souligne ainsi : « L’obélisque de la place de la Concorde a été taillé en Égypte alors que l’ancienne Lutèce n’existait même pas. »

Champollion, l’autodidacte de génie

Champollion est surdoué pour l’apprentissage des langues : il apprend tout jeune l’hébreu, l’arabe, le copte… et même le chinois. Il est ainsi bien prédisposé pour aboutir dans ses recherches.

Au moment de l’expédition de Bonaparte, les soldats français découvrent en 1799 une pierre à Rosette. Lui n’avait alors que 9 ans, et il ne partira en Égypte qu’en août 1828.

Mais son frère Jacques-Joseph -bibliophile et féru d’antiquité, futur conservateur de la Bibliothèque royale puis professeur à l’école des Chartes- fera tout pour participer à cette expédition : sans succès pour autant.

Les 200 ans de Champollion

Bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, logo du Musée du Louvre

Cette pierre de Rosette va faciliter grandement ses recherches en lui donnant une clé de compréhension, les repères grâce à un même texte traduit en trois langues sur ce même support : en grec ancien, en démotiques et en hiéroglyphes.

Avec l’aide d’une copie de cette pierre, de son génie érudit et le soutien permanent de son frère Jacques-Joseph dit « Champollion l’ainé », la recherche de « Champollion le jeune » finira par porter ses fruits.

À 32 ans, en déchiffrant la pierre de Rosette, il finit par découvrir enfin le mystère des hiéroglyphes. Nous sommes alors le 14 septembre 1822 et, bien après l’expédition de Bonaparte. Son immense découverte va prendre une place majeure dans la création d’une nouvelle science : l’égyptologie. https://sfe-egyptologie.website

L’exposition Champollion  à la Bibliothèque nationale de France

Actuellement dans le cadre du bicentenaire de sa découverte, La BNF lui consacre une exposition riche et également conçue à l’attention des plus jeunes.

Le titre de l’exposition : L’AVENTURE CHAMPOLLION, dans le secret des hiéroglyphes. Du 12 avril au 24 juillet 2022. https://www.bnf.fr/fr/agenda/laventure-champollion

Champollion exposé pour les jeunes

Bulle à l’exposition de la BNF sur l’hiéroglyphe destinée aux jeunes -PG

Les prochaines conférences parisiennes sur Champollion

Au Collège de France

Comme nous le souligne l’un des panneaux de l’exposition à la BNF, le 12 mars 1831 Champollion est nommé par Louis-Philippe à la chaire d’archéologie nouvellement créée au Collège de France. Par ailleurs, il aura sa statue dans la cour du Collège en 1875, une sculpture d’Auguste Bartholdi.

En sa mémoire, le  Collège de France  lui consacre un cycle de conférences du 15 septembre au 28 octobre 2022, ayant comme titre provisoire Champollion au Collège de France.

Au calendrier :

  • Le 22 septembre, lecture de la leçon inaugurale de J.-Fr. Champollion
  • Les mardis, du 27 septembre au 28 octobre : cinq conférences sur J.-Fr. Champollion et son œuvre.

Et au musée du Louvre

  • Les 1er et 2 décembre : 1822/2022 – Autour de Champollion. Déchiffrements d’hier et d’aujourd’hui (titre provisoire), organisée par l’EPHE et le musée du Louvre (Auditorium du Louvre).

 

Champollion, Fourier et Lebas au Père Lachaise

Champollion au Père Lachaise

Détail de la tombe de Champollion avec un chat miniature, simplement posé sur le rebord en bas, symbole de la déesse maternelle et protectrice-PG

« Champollion le jeune » meurt le 4 mars 1832. Il avait alors 41 ans. La cause exacte de sa mort n’est pas connue, probablement du choléra, qui s’abat sur Paris en mars.  Les obsèques ont lieu le 7 mars à l’église Saint-Roch.

Le journal La France nouvelle datée du 8 mars 1832 nous en rend compte :

le comte de Forbin, M. Silvestre de Sacy, M. de Humboldt, M. Arago , portaient les quatre coins du drap mortuaire, et ont accompagné le corps de l’illustre défunt jusqu’au cimetière de l’Est , où MM. Walckenaër et Letronne, de l’Institut , ont prononcé des discours funèbres…

Champollion meurt sans fortune, et ne laisse à sa jeune famille que son nom qui la recommande à la protection du Gouvernement. Nous apprenons en ce moment que M. de Forbin, directeur des Musées royaux, vient de s’adresser au Roi pour lui demander l’autorisation de faire exécuter en marbre le buste de M. Champollion jeune, pour être placé dans le Musée égyptien, dont il est le fondateur. (Journal des Débats.)

Il est enterré, selon sa volonté, près de son ami Joseph Fourier décédé deux ans avant lui, un mathématicien qui a fait partie de la campagne d’Égypte avant de devenir préfet. Fourier s’était lié avec les frères Champollion et avait soutenu « le jeune » dans l’aboutissement de ses recherches.

Fourier proche de Champollion

Tombe de Fourrier  -près de celle de Champollion- restaurée en 2022, en attendant son buste-PG

Enfin, en ce qui concerne l’obélisque de la place de la Concorde, il aura fallu 5 ans à l’ingénieur polytechnicien Apollinaire Lebas (au Père Lachaise, lui aussi avec un obélisque sur sa tombe) pour faire ériger ce monument, en commençant en 1831 par la construction d’un bateau sur mesure, jusqu’à sa mise en place finale en 1836.

Le Bas fait venir l'obélisque

Tombe d’Apollinaire Le Bas, avec au bas de son obélisque un bas-relief représentant l’érection du monument place de la Concorde-PG

Missak et Mélinée Manouchian entreront au Panthéon le 21 février 2024

 

C’est officiel depuis ce 18 juin 2023, Missak et Mélinée Manouchian entreront au Panthéon le 21 février 2024.

Le 20e les garde également en mémoire dans plusieurs lieux : leur rue au nom du groupe Manouchian, une commémoration annuelle organisée par la Ville dans cette rue, la fresque rue du Surmelin et un monument au Père Lachaise.

Nous leur avions consacré trois articles dont celui-ci -daté du 28 février 2023-  incluant les deux autres sous forme de liens.

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Hommage aux membres du groupe Manouchian

 

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant…

Le 21 février dernier, dans la lumière dorée d’un soleil d’hiver déclinant, le 20e arrondissement a commémoré le 79ème anniversaire de la mort de Missak Manouchian (1906-1944) et de ses camarades de l’organisation FTP – MOI (Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée), fusillés, le 21 février 1944, comme résistants au Mont-Valérien.

Les membres du groupe Manouchian

Réseau Manouchian, montage photo-Internet

Ce soir-là, la rue du Groupe Manouchian, la rue du Surmelin et leurs abords ont retenti des noms de ces 23 hommes et femme*, communistes, anarchistes, juifs, arméniens, polonais, hongrois, italien, espagnol, roumain… ces 23 étrangers « morts pour la France ».

Ils ont aussi retenti des vers du poète Louis Aragon, écrits en hommage aux résistants de « l’affiche rouge » et mis en musique par Léo Ferré**. Qu’on la fredonne doucement comme une chanson d’amour, ou qu’on la chante avec ardeur comme un chant révolutionnaire, cette chanson ne s’est jamais tue.

Les ombres de Missak et de Mélinée Manouchian étaient présents aussi parmi nous : leurs visages peints sur les deux magnifiques fresques murales que leur ont consacrées les street-artistes de Art Azoï veillaient avec bienveillance sur la réunion.

Fresque Manouchian dans le 20e arrondissement

Fresque représentant Mélinée Manouchian-CDD

Bien sûr, il y avait les drapeaux des Anciens Combattants, des gerbes de fleurs, des écharpes tricolores, des prises de parole officielles – Madame l’Ambassadrice d’Arménie à Paris, Madame Hidalgo, Maire de Paris, la municipalité du 20e arrondissement et d’autres –, et les bravos nourris d’un auditoire nombreux… Et aussi un grand sentiment réconfortant, celui d’appartenir à une vaste communauté rassemblée là, dans les valeurs de la République : la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.

L’année prochaine, comme tous les 21 février, nous nous retrouverons encore rue du Groupe Manouchian. Et peut-être même avant, à l’occasion de l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian et de sa compagne Mélinée… actuellement en discussion.

Rue du groupe Manouchian le 21 février 2023

Cérémonie dédiée au groupe Manouchian en 2023, vue générale-CDD

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*Le réseau Manouchian comptait une femme, Olga Bancic, roumaine, qui fut non pas fusillée avec ses camarades de lutte, mais transférée en Allemagne et guillotinée à la prison de Stuttgart, le 10 mai 1944.

**Le poème d’Aragon, Groupe Manouchian, paraît en une du journal L’Humanité et est publié un an plus tard sous le titre Strophes pour se souvenir dans Le Roman inachevé. II est mis en musique par Léo Ferré, en 1959, sous le titre L’Affiche Rouge ; la chanson restera censurée, interdite à la radio et la télévision françaises jusqu’en 1981.

Si en ce mois de juin 2023, une nouvelle page se tourne dans la guerre en Ukraine, les conflits entre les deux pays ne datent pas d’aujourd’hui. La contre-offensive ukrainienne actuelle et à haute intensité, entamée sur leur territoire occupé, nous donne l’occasion de reproduire ici notre article paru le 21 avril 2022. Un rappel, à travers notre arrondissement et le Père Lachaise, des conflits russes liés à l’Ukraine… et à la France au 19ème et 20ème siècle.

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L’Ukraine, la Russie et le Père Lachaise

L’Ukraine est un État indépendant qui a fait partie des membres fondateurs de l’ONU en 1945. Dans son histoire, elle a vécu plusieurs conflits militaires avec la Russie. Rappelons également qu’au 19ème siècle la France avait fait face à la Russie à pusieurs occasions.

À travers le Père Lachaise, nous pouvons en retracer quelques liens, y compris celui des russes et de l’URSS comme alliés lors de la seconde guerre mondiale. En voici la chronologie.

Le tsar envahit Paris

Déjà en 1814, la France napoléonienne est attaquée par la Russie avec la majeure partie des forces européennes coalisées. Une guerre qui se terminera par  la bataille de Paris  : le 31 mars, le tsar Alexandre 1erentre pour la première fois dans la capitale à la tête de huit troupes alliées.

Cette guerre atteindra le haut de la colline de Charonne. Les élèves des écoles militaires de Polytechnique et d’Alfort (école vétérinaire) se retranchent dans le cimetière du Père Lachaise et perdront cette bataille. Plus globalement, cette guerre aboutira quelques jours plus tard à l’abdication de Napoléon.

Balzac a vécu deux ans en Ukraine

Au Père Lachaise, la tombe d’Honoré de Balzac fait partie de celles qui sont les plus visitées du cimetière. Balzac a passé deux ans de sa vie en Ukraine, au village de Verkhivnia. Il a rejoint la noble polono-ukrainienne Eve Hanska et tous deux finiront par se marier dans ce pays. À Paris, il nous reste aussi la Maison de Balzac, petit musée ouvert au public et qui propose des. expositions temporaires.

L’empire français et la Crimée

Quarante ans après son oncle conquérant, Napoléon III se retrouve avec le même ennemi russe, mais cette fois-ci en Crimée et seulement en soutien. En 1853, la guerre de Crimée est déclarée contre l’empire russe et sa volonté d’expansion territoriale, avec les anglais venus  aussi protéger l’empire ottoman contre l’envahisseur.

 

La guerre de Crimée en 1853

La Crimée au 19e siècle

Cette même année à Paris, à la faveur de ce soutien français, l’ambassade ottomane négocie l’ouverture d’un carré musulman au sein du Père Lachaise. Le conseil municipal du 17 juin 1853 en autorise sa création qui sera validée trois ans plus tard par un arrêté du préfet de la Seine Haussmann « pour l’inhumation des personnes décédées à Paris professant la religion mahométane ».

 

enclos musulman au Père Lachaise

L’enclos musulman et sa mosquée à la fin du 19ème siècle -bnf

Deux communards liés à la Russie

Puis en 1871 arrive la Commune de Paris dont nous avons commémorée le 150ème anniversaire l’an dernier. Et pour mémoire, une célèbre militante féministe russe, Élisabeth Dmitrieff, était venue ici y participer activement. Cette révolutionnaire s’ était engageé auprès des communards et, avec Nathalie Lemel, avait fondé l’Union des femmes pour la Défense de Paris et les soins à donner aux blessés.

Au Père Lachaise, un autre acteur de la Commune : Adrien Lejeune. Né à Bagnolet, il a brandi à Belleville le drapeau rouge et a été par la suite considéré comme le dernier d’entre eux à avoir vécu aussi longtemps après la Commune. Il finira sa vie en URSS, depuis son arrivée en 1928 jusqu’à  sa mort en 1942. Il était alors agé de 94 ans.

À Moscou, un monument à la gloire d’Adrien Lejeune a été érigéautour du kremlin. Enfin, à l’occasion du centenaire de la Commune, le Parti communiste français fait rapatrier ses cendres au Père-Lachaise le 23 mai 1971.

Adrien Lejeune Père Lachaise

Adrien Lejeune dernier communard près du mur des fédérés-PG

Nestor Makhno, de l’Ukraine à Paris

Au columbarium, nous trouvons la case où se trouve l’urne de Nestor Makhno, célèbre communiste libertaire ukrainien qui a dû fuir son pays. En 1918, Makhno rencontre Lénine à Moscou et s’allie avec les bolcheviques contre les armées blanches ukrainiennes.

Lui-même était parvenu à lever une « armée insurrectionnelle d’Ukraine » de 50 000 hommes, appelée la Makhnovtchina (1), et après leur victoire commune sur les russes blancs, l’armée rouge se retourne contre lui. Nestor Makhno doit alors se résigner à fuir en traversant l’est de l’Europe. Il finira par arriver à Paris en avril 1925, affaibli et pauvre en ayant travaillé un temps comme ouvrier chez Renault. Il est décédé en 1934 au pavillon des tuberculeux de l’hôpital Tenon.

Portrait de Makhno

Nestor Makhno vers 1920-Maitron

Les Combattants russes et soviétiques alliés à la Résistance Française

À l’occasion du 60ème anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale, un monument a été inauguré à l’entrée Gambetta du Père Lachaise le 3 mai 2005, en hommage aux soldats russes et soviétiques ayant combattu dans la Résistance française.

Voici un extrait de la déclaration ce jour-là de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants :

Enfin, comment oublier les 4 000 citoyens soviétiques, russes, mais aussi ukrainiens, géorgiens, arméniens, tadjiks ou azeris qui désertent la WEHRMACHT, dans laquelle ils avaient été enrôlés de force, pour rejoindre les rangs de la résistance française… Au total, 35 000 combattants russes ou issus des ex-républiques soviétiques ont lutté à nos côtés contre les Nazis. 6 000 d’entre eux sont tombés au combat.

 

Mémoriel russe au Père Lachaise

Monument aux combattants russes au Père Lachaise, entrée Gambetta-PG

Ce monument de maquisard en bronze a été réalisé à Moscou par le sculpteur Vladimir Sourovtsev.

Le camps de Rawa Ruska

Toujours au Père Lachaise et près du mur des fédérés, le 14 octobre 2016 a eu lieu l’inauguration de la stèle en hommage à « Ceux de Rawa-Ruska« . Il s’agit du camp de déportation en Ukraine tout près de la frontière polonaise. Le monument est dédié à la mémoire des résistants déportés français et belges en Ukraine.

Catherine Vieu-Charrier, adjointe à la Mairie de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde combattant, a pris la parole ce jour-là en y soulignant plus spécialement le lien de cet emplacement avec l’histoire de notre arrondissement :

Le choix de ce lieu et de cet emplacement n’est pas anodin : c’est même tout un symbole.

Un symbole d’abord, parce que nous nous trouvons dans le XXe arrondissement, et que l’un de ses anciens Maires ne fut autre que Raymond Bossus, déporté́ et rescapé de Rawa Ruska. À travers cette figure emblématique, Paris et le XXe arrondissement ont donc un lien très fort avec l’histoire du « camp de la goutte d’eau et de la mort lente », et portent en héritage le message de Résistance de ceux qui y furent déportés et qui, malgré́ la faim, la soif, et l’emprisonnement, ont continué de lutter contre la barbarie.

 

Rawa Ruska. près du mur des fédérés

Rawa Ruska, le monument au Père Lachaise en avril 2022-PG

De ces événements passés dont il nous reste la trace… nous pensons surtout aujourd’hui à l’histoire immédiate :  ce que vivent chaque jour actuellement les ukrainiens dans cette guerre qu’ils subissent.

(1)  » Il est à noter qu’à l’origine le diminutif « tchina » est péjoratif. Cette formulation dépréciative est par exemple utilisée par Trotski en juin 1919. Elle sera retenue par l’historiographie soviétique. » in https://wikirouge.net/Arm%C3%A9e_r%C3%A9volutionnaire_insurrectionnelle_ukrainienne

Georges Kiejman, un gamin de Belleville

Nous connaissons bien Georges Kiejman, l’avocat et figure emblématique du monde judidiciaire au parcours exceptionnel. Il a été le défenseur de nombreuses personnalités médiatiques. Il vient de nous quitter le 9 mai 2023 à l’âge de 90 ans et il est utile de nous rappeler la carrière du célèbre avocat. 

Georges Kiejman a également joué un rôle politique en tant que proche collaborateur de Pierre Mendès-France et en a été un de ses secrétaires. Il a plus modestement assuré une carrière ministérielle, avec trois portefeuilles différents en deux ans, entre 1990 et 1993..

Kiejman, un proche de Mendes-France

Georges Kiejman travaillant avec Pierre Mendes-France-extrait LCP

Jeunesse et origines modestes à Belleville

Fils d’une famille juive polonaise, il est né à Paris et a passé une partie de sa jeunesse dans nos quartiers. Il se présente lui-même comme un enfant de Belleville.

Sa biographie a été écrite avec lui par Vanessa Schneider  L’homme qui voulait être aimé. Elle a été co-signée et publiée deux ans avant sa mort. En audio et produit ici par l’INA et la Fondation pour la mémoire de la Shoah, son témoignage direct -sous forme de quatre épisodes de 15 mn- se trouve également très facilement accessible sur plusieurs sites internet.

Issu d’une famille de prolétaires immigrés

Ses parents, arrivés en France en 1931, étaient des immigrants de la région de Varsovie, et c’est l’année suivante que va naître à Paris le petit Georges. Son père exerçait un ou plusieurs métiers inconnus, dont il n’a jamais révélé les détails à la famille. La mère est illettrée et il la décrit comme « incapable d’instinct maternel ». 

Malheureusement, le père quitte le foyer familial avant la guerre, lorsque Georges avait 3 ou 4 ans, et si Georges l’a peu connu, il dit malgré tout l’avoir beaucoup aimé. Il en apprendra sa mort seulement en 1945, gazé à Auschwitz deux ans plus tôt.

Dans ses récits, Georges Kiejman partage une anecdote révélatrice de sa situation : « J’ai toujours porté les vêtements des autres ». Dès l’âge de 4 ans, il a appris à lire grâce aux livres empruntés à ses deux sœurs. Sa jeunesse a été marquée par des grandes difficultés financières, un challenge à relever pour nourrir ses grandes ambitions.

 

Les racines juives en héritage

Bien que ses parents étaient juifs, ils n’étaient pas pratiquants, et Georges Kiejman n’a pas été élevé dans la tradition religieuse. Lui se considère comme un « petit juif » immigré, mais la véritable conscience de son identité juive s’est surtout développée en réaction à la Shoah. Il se décrit lui-même comme étant à la fois profondément laïque et viscéralement juif.

Le gamin de Belleville

« Je suis né près de la rue des Rosiers que je n’ai pas fréquentée. J’ai vécu à Belleville beaucoup plus tard… Je suis un enfant de Belleville »

Georges Kiejman enfant

Georges Kiejman avec sa mère-extrait LCP

« Avant la guerre, j’ai vécu dans une toute petite pièce avec ma mère, une petite pièce que je retrouverai après la guerre, qui était une chambre d’hôtel de passe reconverti en immeuble dit d’habitation. Et j’allais à l’école du boulevard de Belleville »

Avant la guerre, à la suite des démarches de ses parents, il a pu acquérir la nationalité française.

Comme son père avait déjà quitté sa mère et, en 1939, s’était engagé en tant qu’étranger dans l’armée française, sa mère accepte de suivre la décision administrative de partir avec leur fils et ses deux sœurs dans le Berry… où le petit Georges deviendra même très brièvement enfant de chœur ; il retrouvera sa mère à Paris en 1946, pour habiter à nouveau dans cette minuscule chambre de Belleville du 11e arrondissement, très précisément au 13 rue de la Présentation. Il entrera quelques années plus tard au lycée Voltaire en classe de première.

Georges Kiejman, photo de classe

Georges Kiejman au lycée Voltaire-extrait LCP

À l’époque où il vit seul avec sa mère, ses deux sœurs habitent au 94 rue de Charonne, dans l’immeuble du Palais de la Femme géré par l’Armée du Salut.

Lorsque le jeune Georges est devenu étudiant, il donne à sa mère l’argent qu’il gagne  et une fois adulte, il s’en occupera jusqu’à la mort de celle-ci en 1974

Modifier son nom à double sens

Le nom paternel Kiejzman s’écrit à l’origine avec un « z » après le « j ». Il faut savoir que dans l’alphabet polonais, il existe une lettre double qui s’appelle le « jz ». Alors une fois devenu tout jeune avocat, il souhaite supprimer le « z » de son nom. Il le justifie ainsi :

« Ce « z » avait fait l’objet de beaucoup d’éclat de rire auprès de mes petits camarades quand j’épelais mon nom ».

Il relate cette anecdote à Pierre Assouline qui l’interroge un an avant sa mort : l’historien -ici en tant qu’animateur de l’émission d’Akadem TV- rebondit complaisamment sur le sujet. Pierre Assouline lui propose une formulation donnant un sens plus profond à cette modification du nom : « vous l’avez dépolonisé, mais vous ne l’avez pas déjudaïsé ».

Georges Kiejman en apprécie immédiatement l’idée, au point de se l’approprier en le répétant avec un sourire complice.

Sa vocation d’avocat

Au début de sa jeunesse, il a dû exercer plusieurs petits métiers pour pouvoir vivre. Mais à l’heure du choix de sa carrière, en quoi le métier d’avocat correspond-il à sa vocation ? Il y répond très simplement :

« Je n’avais pas conscience ni connaissance du droit, mais on me disait : il cause bien le petit Georges, il sera avocat, et cette idée m’est restée en tête. »

Et c’est ainsi qu’en décembre 1953, Georges Kiejman prête serment au barreau de Paris, alors qu’il a seulement 21 ans, et dès l’année suivante il obtient la coupe d’éloquence des jeunes avocats. Tout cela se passait il y a tout juste 70 ans, une longue carrière s’en est suivie. Elle se terminera à l’âge de 90 ans.

Ci-dessous au Père Lachaise, les différentes personnalités qu’il a représentées

Tombe de Montand et Signoret au Père Lachaise-PG

Montand et Signoret au Père Lachaise-PG

 

Tombe de Tignous

Charlie Hebdo, Tignous au Père Lachaise

Tombe de Malik Oussekine

Stèle de Malik Oussekine au Père Lachaise-PG

Tombe de Pierre Goldman

Pierre Goldman au Père Lachaise-PG

Tombe de Marie Trintignant

Marie Trintignant au Père Lachaise-PG