Réouverture du square Sarah Bernhardt

 

Les travaux de réaménagement du square Sarah Bernhardt se terminent le mercredi 27 décembre.

Une 1ère phase de travaux s’est déroulée de décembre 2022 à avril 2023 :
🌿 rénovation des massifs d’arbustes
🌿 création d’une nouvelle aire de jeux de 240 m2
🌿 installation de décorations florales autour de l’obélisque

Une 2ème phase de travaux a eu lieu entre septembre et décembre 2023 :
෴ extension et renouvellement des pelouses
෴ rétrécissement des allées au profit de la végétalisation


Sur les grilles du square, une exposition « La résistance des femmes à la dictature militaire au Chili (1973-1990) » est visible jusqu’à fin décembre. Elle est proposée dans le cadre de la commémoration du 50ème anniversaire du coup d’État qui a renversé, le 11 septembre 1973, le gouvernement de Salvador Allende au Chili, laissant place à la dictature militaire de Pinochet.
Exposition "La résistance des femmes à la dictature militaire au Chili (1973-1990)" au square Sarah Bernhardt

Exposition de la Ville de Paris sur les grilles du square Sarah Bernhardt – PG

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 1er août 2023.

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Le square Sarah Bernhardt sur une usine à gaz

 

La « Divine » Sarah Bernhardt, actrice tout autant qu’artiste, première « star » internationale, fait l’objet d’une exposition au Petit Palais jusqu’au 27 août 2023, à l’occasion du centenaire de sa mort.

Un square porte son nom dans notre 20e arrondissement, près du cours de Vincennes.

Ce square accueille près de 200 arbres réunissant 50 espèces différentes, des sophoras du Japon, des ginkgo biloba, des peupliers noirs, des tilleuls, mais aussi des arbustes : noisetiers, forsythias, cornouillers, oliviers, lauriers et photinias.

Des bâtiments en béton rosé dans le square Sarah Bernhardt

 

Le square Sarah Bernhardt - photographie du kiosque à musique

Le square Sarah Bernhardt – le kiosque à musique derrière les arbres – VV

Les différents bâtiments, typiques des années 30, sont construits en béton rosé et présentent d’élégantes lignes courbes.

Le kiosque à musique est orné de décors en mosaïque représentant Orphée sur le mur et des instruments de musique sur le sol.

Dans l’angle nord-est du parc se dresse un grand abri dont le sol est revêtu d’une mosaïque représentant des animaux des différents continents.

Une fontaine de 33 m de diamètre devait constituer la pièce centrale du square, mais sa structure présente des altérations peu de temps après sa mise en service. Elle est rapidement mise hors d’eau, c’est aujourd’hui une aire de jeux pour enfants.

Au sud-est s’élève un obélisque dont l’origine semble mystérieuse : il existait déjà sur les photographies de l’inauguration du square en 1936. La délibération du Conseil Municipal de Paris du 12 juillet 1934 qui décrit les espaces verts projetés spécifie la fontaine, le kiosque à musique et l’abri de l’angle, mais il n’est fait aucune mention d’un obélisque ou d’une pyramide.

Les seules indications fournies actuellement par la Ville de Paris sont les suivantes : « L’obélisque n’est pas sans rappeler celui du square René-Le Gall (13e). Il est typique des années 30». Le square René-Le-Gall a été créé un peu plus tardivement et son obélisque n’est pas en béton mais en pierres meulières, il était même hérissé de petites touffes d’herbes lors de l’inauguration du square Le Gall en 1938. Le mystère reste donc entier….

Le square Sarah Bernhardt - photographie de l'obélisque

Le square Sarah Bernhardt – l’obélisque – VV

 

Sous le square, l’usine à gaz

Le square Sarah Bernhardt et son voisin le square Réjane ont été aménagés sur un terrain moins verdoyant, où était implantée l’usine à gaz de Saint-Mandé : jusqu’à l’annexion de 1860, la toute petite partie de l’actuel 20e arrondissement située au sud de la rue de Lagny appartenait à la commune de Saint-Mandé.

En 1855, la Compagnie Parisienne du Gaz décide de construire de nouvelles usines à gaz sur des sites à l’extérieur de l’enceinte des fermiers généraux. Elle cherche à limiter les nuisances de cette industrie polluante sur les riverains en s’installant dans des quartiers peu urbanisés.

Ainsi, l’usine de Saint-Mandé s’établit le long du cours de Vincennes. Mais l’expansion foncière rattrape rapidement ces implantations.

Pour faire face à une demande croissante, les installations de l’usine à gaz s’étendent sur des terrains adjacents : les deux derniers gazomètres sont construits en 1885.

Emplacement de l'usine à gaz de Saint-Mandé

Emplacement de l’usine à gaz – Fonds de carte OpenStreetMap

Les conditions de travail des ouvriers gaziers sont extrêmement rudes, les accidents sont nombreux, les brûlures causées par les cokes et goudrons sont les principales causes d’accidents du travail.

En 1907, la Société du Gaz de Paris, qui a repris les installations, cherche à améliorer sa rentabilité en fermant progressivement les plus anciennes usines dont fait partie l’usine de Saint-Mandé.

Mais la baisse de production due à la cessation d’activité de ces anciennes installations doit être contrebalancée par l’agrandissement et la modernisation des usines plus récentes. En effet, malgré la concurrence de l’électricité, la consommation de gaz continue à croître à Paris avec le développement de ses utilisations pour le chauffage et la cuisine.

Le renouvellement des installations est ralenti par la 1ère guerre mondiale et ce n’est qu’après l’hiver 1930-1931 que l’usine à gaz de Saint-Mandé peut cesser de fonctionner.

L'usine à gaz peinte par André Lhote en 1937

L’usine à gaz – André Lhote – 1937
© Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint Denis

 

Un nouveau quartier sous le signe du théâtre

Les terrains libérés par la destruction de l’usine à gaz sont rapidement occupés par des logements HBM (Habitations à Bon Marché) et des immeubles ILM (Immeubles à Loyers Modérés)

En 1935, l’église Saint-Gabriel est bénie par le cardinal Verdier.

En 1936, les squares Réjane et Sarah-Bernhardt sont inaugurés.

En 1937, s’ouvre le premier lycée de Jeunes Filles de l’Est de Paris, le Lycée de Jeunes Filles du Cours de Vincennes, qui va prendre en 1946 le nom de l’aviatrice Hélène Boucher ; son annexe des Maraichers deviendra en 1961 le lycée Maurice Ravel.

En 1939 c’est le terrain de sport Lagny qui est aménagé.

La plupart des nouvelles voies crées en 1934 et 1935 porteront le nom de personnalités théâtrales :

Beaucoup plus tard, en 2022, une allée à l’intérieur du square Sarah Bernhardt prendra le nom de Louise Abbéma, peintre et graveuse française, amie de Sarah Bernhardt.

Le square Réjane a une superficie de 3 650 m2, tandis que celui de Sarah Bernhardt s’étend sur 12 400 m2, ce qui en dit long sur les popularités respectives de ces deux actrices parisiennes qui ont pourtant eu des carrières internationales comparables.

Discours de M. Villey, préfet de la Seine à l'inauguration du square Sarah Bernhardt

Inauguration du square : Achille Villey, préfet de la Seine, prononçant son discours
Le Petit Journal – 10 mai 1936 – © Gallica BnF

Maurice Levillain, conseiller municipal du quartier, déclare lors de l’inauguration des squares Sarah-Bernhardt et Réjane que ce quartier de Charonne est devenu :

par l’effet des réminiscences musicales, théâtrales, littéraires, que font naître les noms donnés à ses voies nouvelles, un de ces lieux dont on peut dire que l’esprit y souffle.

Ainsi, la présence de vastes terrains occupés par des usines à gaz, l’une des industries les plus insalubres qu’ait connu Paris, a été gommée des mémoires. En donnant des noms de célébrités théâtrales aux nouvelles voies du quartier, on a réussi à oublier la noirceur de son passé gazier.

1973, les événements du 20e il y a 50 ans

1973, c’est notamment l’année de l’opération foncière au quartier Saint-Blaise. Mais tout d’abord survolons les événements parisiens de cette année-là avant d’aborder ceux du 20e arrondissement. 

Que s’est- il passé à Paris en 1973 ?

Dans la ville, les Halles de Paris sont entièrement démolies, la tour Montparnasse est inaugurée.

Au Centre de Conférence International, la signature des accords de paix annonce la fin de la guerre au Vietnam. Le journal Libération est créé, la Ligue communiste et l’Ordre Nouveau sont dissouts à la suite de leurs violents affrontements.

La chanteuse Sheila se marie, le film « Le dernier tango à Paris » sort en salle, le réalisateur Jean-Pierre Melville est décédé.

Au niveau des droits des femmes, trois mois après le procès de Bobigny et l’action de Gisèle Halimi, enterrée au Père Lachaise,  Georges Pompidou demande le 9 janvier l’ouverture d’un débat sur la contraception et l’avortement. Selon l’historienne Michelle Perrot : « 1973 est une année charnière pour les droits des femmes ».

Plus près de nous, dans le 19e, deux élèves mettent le feu à leur collège Édouard Pailleron, un bâtiment récent construit à la hâte et hautement inflammable. Bilan, 20 morts.

… et enfin à la RATP, le nouveau ticket de métro magnétique met fin au métier de poinçonneur.

Ticket RATP avant sa magnétisation

Ticket RATP poinçonné-Capture d’écran sur France TV

Il y a 50 ans dans le 20e

L’Arménien, le livre de Clément Lépidis -qui relate la vie à Belleville- va recevoir le prix Lange de l’Académie française et celui de la Société des gens de lettres.

Côté logement et urbanisme, la ville fait disparaître les taudis en achevant 19 opérations foncières soit 64 ha, et en entamant 170 ha dont le Marais. Plus près de nous, la place des Fêtes et dans le 20e, Saint Blaise et Belleville sont également concernés.

Aux élections législatives du 4 mars, Hélène Goldet se présente à Charonne sous la bannière trotskiste, pendant que sa mère, Cécile Goldet, en fait de même mais au quartier latin et en tant que candidate socialiste. La fille : « Ma mère et moi, nous ne parlons jamais politique ». Et la mère, déjà candidate auparavant dans cette circonscription aux législatives de 1967, d’ajouter « Avant ma fille, qui a commencé à militer très jeune, n’hésitait pas à me contredire en public ». Aucune d’entre elles ne sera élue cette année-là.

Le 25 avril, le « périph » est enfin terminé avec l’inauguration du dernier tronçon par le Premier ministre, Pierre Messmer. Celui entre la porte du Pré-Saint-Gervais et la porte de Montreuil avait déjà été achevé en décembre 1969.

Le 16 mai, dans la crypte de l’église Notre-Dame-de-la-Croix cinquante-six travailleurs immigrés, dont une jeune femme tunisienne, ont fait la grève de la faim pour obtenir  » la carte de travail dès l’embauche  » et l’ abrogation de la fameuse circulaire Fontanet. Dix français les ont rejoints par solidarité pendant trois jours. Ils suspendent leur mouvement, après avoir reçu le 12 juin, un engagement écrit de la direction départementale du travail, faisant suite au feu vert de son ministère.

Maurice Dekobra est décédé le 1er juin. Enterré au Père-Lachaise, il est l’écrivain français le plus lu de l’entre-deux-guerres.

Rue Fernand Raynaud à Paris 20e

Plaque de la rue Fernand Raynaud-Wikipédia

Fernand Raynaud est mort le 28 septembre à la suite d’un accident de la route. La rue qui porte son nom lui a été dédiée par arrêté municipal du 31 janvier 1994.

Le 10 octobre, Le Monde publie un article qui fait suite aux effets  de la guerre du Kippour dans nos quartiers :

« BELLEVILLE EST CALME, MAIS… » Quand ils se battent là-bas, ici, ce n’est plus comme d’habitude  » .

Face au métro Belleville, un car bleu de la gendarmerie mobile. Un peu plus loin, vers Ménilmontant, un car gris de la police municipale… Dimanche soir déjà, trois hommes sont venus, dans une voiture, tirer une dizaine de balles de revolver dans un bar fréquenté par les Nord-Africains, au passage de la Brie, dans le dix-neuvième arrondissement.

L’acteur Noël Roquevert, est décédé le 18 novembre. Il s’était marié à la mairie du 20e le 2 février 1926 et a habité avec sa femme au 19 rue du Soleil.

Le 7 décembre, deux jeunes militants du Groupe insoumission de Paris (GIP) se sont enfermés, dans le clocher de l’église Notre-Dame-de-la-Croix. Ils « exigent la libération de Bruno Herail et des milliers de déserteurs et d’insoumis en prison ». Huit jours plus tard, une quinzaine d’adolescents sont venus les soutenir à l’extérieur « tract et guitare à la main ». Ils ont été dispersés et arrêtés par une centaine de policiers.

Enfin, en 1973, l’entreprise artisanale Oustry SMTD s’installe au 17 VILLA RIBEROLLE à l’emplacement d’anciennes écuries de Napoléon. Il s’agit d’une des dernières entreprises industrielles de sablage de verre et de métal de la capitale. Elle est dirigée par Jean Oustry et a reçu en janvier 2015 le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV).

Quant au Père Lachaise cette année-là, le prix d’une concession à perpétuité de 2 m2 « en première ligne » vaut 9 643 F. Convertis aujourd’hui en euros et en tenant compte de l’inflation, l’équivalent s’élèverait  à 9 399 €… bien en dessous du tarif actuel, mais c’était il y a 50 ans.

 

Cet article inaugure une série en trois parties, toutes consacrées à l’histoire des kabyles dans le 20e. Vous pouvez y accéder directement  en cliquant directement sur les titres suivants ; Les kabyles en 1871, une histoire «Commune»  et L’arrivée des kabyles au XXème siècle.

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Idir et les kabyles dans le 20e

En hommage au chanteur Idir, le Conseil d’arrondissement du 20e a suivi le vœu du groupe « Paris en Commun ». Il a voté le 29 novembre dernier la dénomination de « square Idir » à la partie centrale de la place de Ménilmontant. Idir habitait Ménilmontant, il nous a quittés en 2020 et a été inhumé au Père-Lachaise.

 

À la mémoire de Idir

Idir, un hommage en forme de pochoir-ACB

Idir, de la Kabylie à Ménilmontant

Idir, ⵃⴰⵎⵉⴷ ⵛⴻⵔⵢⴰⵜ, en tifinagh, alphabet de la langue tamazight, est une légende de la chanson kabyle. Il nait en 1949 dans un village du Djurdjura, à 35 km de Tizi-Ouzou, capitale de la Grande-Kabylie.

Puis il vient en 1975 à Paris, et fait de Ménilmontant et de la rue des Maronites son « quartier général ». On pouvait l’y croiser presque tous les jours « Au Petit balcon » ou à « La Pétanque », des cafés du quartier. Il venait régulièrement rencontrer la communauté Kabyle, à l’ACB (Association de Culture Berbère).

Dans son dernier album, il laisse un message de ce que peut être l’ouverture dans un monde où tout semble être déterminé par le désir du repli, un message de laïcité et de citoyenneté.

Le 20e arrondissement compte une large population venue de Kabylie depuis déjà bien longtemps. Essayons d’en savoir plus.

La vie des kabyles dans le 20e

28 associations Kabyles à Paris sont notées sur le site Gralon, dont on voit ici la répartition et une concentration réelle sur et autour des 19e et 20e arrondissements de Paris.

Plan de Paris avec la localisation des 28 associations kabyles

Associations kabyles à Paris – Gralon

Depuis 1979, l’ACB (Association de Culture Berbère) est la pionnière des associations berbères à vocation socioculturelle.

L’ACB c’est déjà et un peu l’histoire de Ménilmontant, celle qui s’ouvre, peut-être, du côté du 45 boulevard de Ménilmontant avec la fraternité d’Eugène et d’Aziz. Il s’agit de l’ex-communard et le ci-devant insurgé kabyle de 1871. L’histoire se poursuit au Père Lachaise, là où repose le chanteur Idir et où se perpétue, pour l’éternité, son message de Kabyle inscrit dans l’universalité. Voilà du moins quelques-unes des figures tutélaires de cette association du 20e arrondissement.

L’originalité de cette association réside dans son action pour le rayonnement de la culture berbère. Elle propose également un accompagnement juridique, social et administratif.

L’ACB-Paris est agréée Jeunesse et Éducation populaire et, depuis 2017, elle est reconnue par la CAF comme Espace de Vie Sociale ou EVS. Elle a pour engagement la liberté de conscience, le respect du principe de non-discrimination, l’égalité femmes-hommes ou encore le souci des plus jeunes : elle met en place les outils pour pouvoir vivre et partager ses appartenances – et ressources – plurielles. 

Quelques autres associations locales

Citons parmi d’autres :

  • L’AKRED, Association des Kabyles des deux Rives Pour L’entraide Et le Développement,
  • Agir pour la Kabylie,
  • L’Association Matoub Lounès, qui transmet l’art de Matoub Lounès et promeut la culture berbère en France,
  • Kabylie équitable, association engagée dans le commerce équitable, productrice d’émissions de radio et de télévision.

Les cafetiers et la licence IV

Quant aux lieux de convivialité, les « bistrots » en particulier, remontons à la fin des années 50. A l’époque, les bougnats – nom donné aux Auvergnats montés à Paris – sont cafetiers et règnent sur un empire constitué d’hôtels, de restaurants et de bars de la capitale. Peu à peu, ils cèdent certaines affaires de l’est parisien aux Kabyles. L’indépendance de l’Algérie n’arrête en rien le processus. Avant 1962 et les accords d’Évian, seules les personnes de nationalité française pouvaient disposer de la licence IV, permettant de vendre de l’alcool à consommer sur place.

Licence IV, loide 1941

Licence IV, une législation datant de 1941-CHR

Pour éviter la perte de leur licence aux cafetiers déjà installés à Paris, des négociations amènent à ce que les ressortissants algériens soient exemptés de la condition de nationalité. C’est ainsi que les Kabyles commencent à acheter de plus en plus de cafés aux Auvergnats.

Pour la première génération d’hommes venus travailler à Paris, les cafés tenus par les Kabyles étaient des lieux de vie pour ces immigrés qui se retrouvaient isolés. Les ouvriers se retrouvaient dans ces bistrots après le travail, ou même ils habitaient dans l’hôtel au-dessus, ils pouvaient profiter du téléphone pour appeler les leurs en Algérie, ils y recevaient leur courrier, ils pouvaient bénéficier du soutien de personnes lettrées, sorte d’écrivain public, pour écrire à leur famille. Les arrière-salles servaient aussi à accueillir les « djeema », ces assemblées hebdomadaires qui les aidaient à supporter l’exil.

Chanter dans les cafés

Il ne faut pas oublier les chanteurs berbères et particulièrement kabyles qui viennent dans ces cafés pour resserrer le lien de ces immigrés avec leur terre natale, et conserver la culture kabyle. Cette production de la diaspora berbère ou amazighe est ainsi ancrée dans la langue vernaculaire des chanteurs, le tamazight ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ. Les auteurs utilisent et promeuvent la variation linguistique spécifique à leur région d’origine.

Si la critique sociale et la douleur de l’exil sont toujours présentes, notamment dans la production de la première génération des immigrés représentée par Slimane Azem, un grand nombre des chansons peuvent être qualifiées de « chansons de protestation ».

Chanter en kabyle contribue pour les musiciens kabyles au maintien de leur langue et participe à la résistance à l’arabisation imposée au Maghreb[1]. En France, les chanteurs de la diaspora kabyle sont nombreux : Slimane Azem, Idir, Lounis Aït Menguellet, Lounès Matoub, Ferhat Mehenni, Karima, Malika Domrane, le groupe Djurdjura et bien d’autres.  

Parmi les plus anciens cafés :

  • Le Berbère Café devenu Le Berbère Rock Café, au coin du passage Dagorno
  • Ighouraf, à l’angle des rues des Vignoles et Buzenval
  • La Cantine des Hommes libres, rue des Maronites
La Cantine des hommes libres - 6 rue des Maronites

La Cantine des hommes libres-extrait de Ménil’info

Cette première génération fait tourner de modestes affaires, alors que la génération suivante, qui a repris la main dans les années 1990-2000, développe des affaires beaucoup plus prospères, face à la gentrification du quartier. Dans le 20e, ces restaurants, bars et autres cafés tenus par des familles kabyles sont pléthore[2].

Elle reprend peu à peu des lieux mythiques en conservant leur âme historique, comme par exemple les Folies, anciennement les Folies-Belleville.

Ou bien, elle rénove les cafés de quartier pour en faire des lieux fréquentés par la nouvelle population du 20e arrondissement :

  • les Ours,
  • les Rigoles,
  • Mr Culbuto,
  • Les nouveaux sauvages,

… et bien d’autres !

Combien d’histoires cachées de ce Paris kabyle existent encore dans nos quartiers ? À suivre, dans nos deux prochains articles, en 1871 puis au XXème siècle.

 

Pour les membres de l’AHAV, un article long est disponible dans l’espace adhérent : Les Kabyles du XXe
(Merci de vous identifier dans Mon espace adhérent / Connexion avant de cliquer sur le lien pour y accéder)


[1] Voir La chanson kabyle en immigration : une rétrospective, Mehenna Mahfoufi, dans « Hommes & Migrations » 1994 n° 1179 pp. 32-39

[2] Lire : Une communauté aussi bien enracinée que mal connue, Avec les Kabyles de Ménilmontant, par Arezki Metref

Depuis 2015 et tous les 9 décembre, les écoles doivent organiser une journée sur la laïcité. Il en est de même depuis la loi du 24 août 2021, qui étend l’action de cette journée au sein de la fonction publique : chaque référent laïcité est chargé d’organiser cette journée.

Rappelons que le 9 décembre 1905, c’est bien-sûr la date de l’adoption de la loi sur la séparation des églises et de l’État, le fondement de la laïcité. Mais avant cette date, et  plus particulièrement, dans nos cimetières, qu’en était-il du chemin parcouru dans ce sens ?

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 7 décembre 2021.

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Autour de la place Gambetta, acte 2, visite guidée

 

Nous étions nombreux et dans une bonne ambiance conviviale ce 16 avril dernier, lors de notre visite autour de la place Gambetta. Le temps est vite passé.  Au point que notre guide, Pierre Besson, en propose une seconde partie ce dimanche 3 décembre, comme indiqué ci-dessous.

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Cette balade chemine approximativement autour du quartier Gambetta, au sens du conseil de quartier du même nom.

Faisant suite à notre précédente visite (16 avril dernier), elle nous emmène à la découverte de curiosités topographiques ou architecturales, reflets ou scories d’un passé oublié : un lotissement hétéroclite, quelques ruelles pavillonnaires, le souvenir des nombreuses activités artisanales etc…

  • Date : dimanche 3 décembre 2023
  • Heure de rendez-vous : 10h00
  • Lieu de rendez-vous : il sera précisé par retour du courrier d’inscription
  • Durée : 2 heures

Cette visite guidée est proposée par Pierre Besson de l’AHAV. Elle est réservée aux adhérents et sur inscription.

 

Le destin posthume entre Gambetta et le soldat inconnu a été lié dans les années 1920. Ce 11 novembre 2023 correspond au centième anniversaire de la flamme du Soldat inconnu. Trois ans auparavant jour pour jour, une cérémonie en grande pompe avait eu lieu sous l’Arc de Triomphe pour y transférer le corps du Soldat … accompagné à cette occasion par le cœur de Gambetta.

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru le 13 novembre 2021, année du dépôt réel des restes du Soldat inconnu. Une histoire peu connue, à rebondissements et d’ampleur nationale.

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100 ans de ravivage de la Flamme

Logo du centenaire de la Flamme sous l’Arc de Triomphe

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Gambetta et le Soldat Inconnu : destins croisés.

Entre le Panthéon et l’Arc de Triomphe

Nous sommes en 1920 et la IIIème République a officiellement 50 ans, depuis l’invasion de la France par les prussiens. Comme le pays vient à peine de sortir de la Grande Guerre contre l’Allemagne, les deux évènements se croisent cette année-là pour un même anniversaire voulu par nos parlementaires.

À l’initiative de plusieurs députés, allant du centre-gauche à la droite, une campagne de presse est organisée pour que ce 11 novembre Gambetta et le soldat inconnu puissent entrer ensemble au Panthéon.

L’objectif : rassembler les français sur des valeurs communes 

Dès le mois de juillet 1920 à la Chambre, un budget de 3,5 millions de francs est proposé pour fêter le cinquantenaire de la République. S’ajoutera un projet de loi pour transférer le cœur de Gambetta au Panthéon. Cette loi sera votée le 1er septembre 1920. 

Non sans mal puisque l’année précédente les passions politiques avaient divisé les personnes publiques sur ce projet : au camp des enthousiastes s’oppose celui du refus partiel ou total.

Glorification du Soldat Inconnu : transfert du Cœur de Gambetta. Le Défilé des Chars funèbres sous l'Arc de Triomphe. Cinquantenaire de la République. Anniversaire de l'Armistice, 11 Novembre 1927

Le char de Gambetta derrière celui du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe
Bibliothèque municipale de Nancy-Wikimedia

Controverse à propos du Panthéon pour le Soldat inconnu

Considérant le Panthéon comme inapproprié pour le soldat inconnu, le cardinal Amette a justifié sa position dès 1919 en écrivant :

Je suis bien désireux de favoriser tout ce qui pourrait être un légitime hommage à nos chers morts de la guerre, mais il ne m’est pas possible de m’associer à la pensée que vous m’avez communiquée. Le soldat inconnu dont vous voudriez faire porter les restes au Panthéon pourrait être un soldat catholique, et il ne serait pas conforme aux sentiments d’un soldat catholique ni de sa famille que sa dépouille fût portée dans une église désaffectée et dans une cérémonie qui ne pourrait avoir aucun caractère religieux.

Et dans son édition datée du 16 septembre 1919, L’Action française ajoute :

Les catholiques n’ont pas le droit d’oublier dans quelles conditions le Panthéon a été enlevé au culte.

L’opposition à voir entrer Gambetta au Panthéon

Quant à Gambetta, le directeur de L’Intransigeant -journal tiré à 400 000 exemplaires- écrit dans son édition du 25 octobre 1920 :

Personne ne se dissimule que la fête du 11 novembre promet d’être dépourvue à la fois d’éclat et d’émotion. On s’est battu les flancs pour inventer un symbole propre à regrouper les diverses classes de la population dans un sentiment commun. Ce n’est pas le transport du cœur de Gambetta qui saura réaliser ce but ».

Cérémonie de transfert de l'urne contenant le cœur de Léon Gambetta au Panthéon de Paris

Le cœur de Gambetta porté au Panthéon par un ancien combattant
Auteur inconnu-Wikimedia

Et dans la continuité, l’Action française va plus loin dans la polémique en traitant Gambetta d’« anticlérical patenté » et même de « métèque ».

L’idée du lieu pour le soldat inconnu et pour Gambetta est donc particulièrement controversée : le soldat inconnu sera finalement inhumé le même jour que Gambetta mais là où nous le connaissons aujourd’hui, à savoir au pied de l’Arc de Triomphe.

Gambetta au cœur de la République

Pourquoi seulement le cœur de Gambetta au Panthéon ? Gambetta est décédé le 31 décembre 1882 à la suite d’une blessure mystérieuse depuis la fin novembre.  Au cours de son autopsie, son cœur est placé dans un coffret à l’intérieur de sa maison des Jardies à Sèvres (92) acquise quatre ans avant sa mort. Avant lui, Honoré de Balzac avait habité cette même maison et celle-ci est devenue actuellement le musée Gambetta, propriété de l’État.

Une cérémonie commune en deux lieux

Le cœur de Gambetta et le corps du Soldat inconnu se rejoignent ce 11 novembre 1920 pour former un même cortège depuis la place Denfert-Rochereau, sous le Lion de Belfort, symbole de la guerre de 1870. Puis, direction le Panthéon.

Le cœur de Gambetta à Denfert-Rocherreau le 11 novembre 1920 - Les fêtes du cinquantenaire de la République - Carte postale ancienne 1920

Le cœur de Gambetta à Denfert-Rochereau, lieu de départ commun du cortège avec le Soldat Inconnu-Carte postale AP

Au Panthéon, Alexandre Millerand, président de la République, prononce un discours en l’honneur de Gambetta, du Soldat inconnu et de la République. Une fois le discours et la cérémonie au Panthéon terminés, le cœur de Gambetta n’y reste pas pour autant :  il repart pour accompagner le Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, lieu de la seconde cérémonie… où le Soldat inconnu ne sera par ailleurs réellement déposé qu’au mois de janvier 1921. Quant au cœur de Gambetta, il était retourné au Panthéon le jour-même de la cérémonie  de 1920.

 Gambetta et le 11 novembre 1920

Le char du cœur de Gambetta traversant Paris-Carte postale LL

Une plaque mémorielle pour Bull, née dans le 20e arrondissement      

Ce 25 octobre 2023 à 14h30, une délégation de la FEB (Fédération des Équipes Bull) Région parisienne, et deux membres de l’AHAV ont procédé à la pose de la plaque à côté de celle indiquant le « 94 » avenue Gambetta.

Bull le premier employeur de l’arrondissement.

Bull a vécu dans le 20e de 1931 à 1993, date du départ de ses derniers collaborateurs. Il a été le premier employeur de l’arrondissement.  La Fédération des Équipes Bull (FEB) a mis près de vingt ans avant de pouvoir apposer une plaque souvenir destinée aux passants. Pourtant, c’est bien ici, dans ce bâtiment de l’avenue Gambetta, qu’est née l’informatique européenne avec la Compagnie des Machines Bull (CMB).

Inauguration du 25 octobre 2023

Sous la plaque Bull le jour de l’inauguration-FEB

C’est également dans ses ateliers que la première machine française à cartes perforées, la tabulatrice T30, a été fabriquée. Celle-ci est désormais classée monument historique.

Le T30 classé au patrimoine national

Le fameux T30 de Bull conservé par la FEB

Le 9 mars 1931, la Société EGLI-BULL est créée Avenue Gambetta

Débutant avec un effectif de 50 personnes en 1931, Bull va croître au fil des années jusqu’à un effectif de 15 600 personnes en 1964, réparties en France et dans le monde.

Cette entreprise si innovante, liée à l’indépendance nationale, a aussi vécu par la suite de nombreuses tourmentes financières : de Bull-General Electric, en passant par Honeywell-Bull, CII-Honeywell-Bull, puis à nouveau Bull pour finir actuellement chez Atos/Eviden.

 

L’inauguration de la plaque aboutissement d’un long parcours

L’initiative de cette plaque en revient uniquement à la FEB. Le chemin a été particulièrement long jusqu’à son succès d’aujourd’hui ; la réussite est due à la volonté et la détermination de cette fédération.

Plaque mémorielle Bull dans le 20e

Texte de la plaque commémorative de Bull Gambetta-FEB

En effet, son président Daniel Humblot en est le témoin principal :

«  pas facile d’obtenir l’autorisation d’apposer, en face du N° 94 de l’avenue. Gambetta une plaque souvenir de la Cie des Machines Bull, pourtant berceau de l’Informatique européenne. Il a fallu convaincre, pendant de longues années, la Mairie du XXème, puis les propriétaires des Murs (cinq depuis le départ en 1993 de Bull), puis les occupants des lieux (Rectorat de Paris, Carrefour Market, Publicis) ».

Cette plaque commémorative a effectivement une longue histoire. Déjà en 2005, un projet de plaque existait. Il a été reproduit dans le bulletin de l’AHAV dédié à Bull dans le 20e arrondissement. Ce bulletin écrit par François HOLVOET-VERMAUT (ancien dirigeant de Bull et membre de la FEB), faisait suite à sa conférence sur l’histoire de Bull, conférence que nous avions en son temps organisée à la mairie du 20e.

Pour sa part et loin d’être découragé par les lenteurs administratives, et après de nombreuses séances, l’ensemble du Bureau FEB a fini par réaliser et faire valider le projet. Au total, cinq propositions ont dû être soumises, avant d’aboutir à une validation définitive.

Et Daniel Humblot d’ajouter en conclusion

« Après de nombreux refus, des absences de réponse, puis des contraintes tatillonnes, puis des tentatives d’épuisement et de découragement… j’ai enfin abouti ! Le gros avantage du retraité, supporté par une bonne équipe, c’est -avec la détermination- le temps disponible »

Enfin en novembre 2022, l’autorisation a pu être accordée avec un engagement précis sur le cahier des charges de la plaque : matériau, dimensions, emplacement précis, coloris, police de caractères, mode de fixation, etc. 

À propos du 94 avenue Gambetta

Tout d’abord, un fait divers : un attentat à la bombe a lieu le dimanche 30 septembre 1990 vers 6h30, revendiqué par le groupe  » Gracchus Babeuf « . L’explosif a légèrement endommagé la façade du 94. Les dégâts ont été peu importants.

Plusieurs locaux autour du siège de Bull

Plan des locaux de Bull dans le 20e en 1983-FEB

Ensuite, que deviennent les locaux ? Le Rectorat de Paris vient s’y installer puis partira dans le 19e arrondissement.

  • En 2015, l’assureur Allianz vend le bâtiment à la multinationale américaine Cargill (135 Md de dollars de chiffre d’affaires)
  • En 2016, il est prévu un Carrefour Market de 1950 m2 ; rappelons qu’au total les locaux ont une superficie totale de 20 000 m2.
  • Le 12 mai 2017, Icade (société semi-publique) signe une promesse de rachat des 20 000 m² pour un montant de 137 millions d’euros. Le projet d’installation de Carrefour Market est contesté localement, il met en péril l’activité des petits commerçants.

L’affaire devient politique jusqu’à l’hôtel de ville. Après les écologistes, le groupe communiste/Front de Gauche demande également à ce que la Semaest (société d’économie mixte de la Ville de Paris, spécialisée dans l’animation économique des quartiers) se porte acquéreur de tout ou partie des locaux de l’ancien rectorat. Les choses en resteront là comme nous pouvons le voir ici.

La dernière ligne droite de Bull

Bull est entièrement privatisé en 1997, mais le 27 janvier 1998 Bull confie pour cinq ans la gestion de ses services de télécommunications en France à France Télécom,  actionnaire à 17 % de son capital.

Le 27 février 1999 sur Radio Classique, le PDG de Bull, Guy de Panafieu, annonce la suppression de 1 800 postes net en 1999. C’est le début d’une grande page qui se tourne.

Aujourd’hui il ne nous reste de Bull que le nom d’une gamme de serveurs «BullSequana» baptisée ainsi par son dernier acheteur, le groupe Atos. Sans oublier le musée Bull et de la mécanographie à Belfort, avec ses machines à cartes perforées toujours en état de fonctionnement. Ce musée est géré par la Fédération des Équipes Bull et France Bleue nous le fait découvrir.

 

Quand les murs racontent l’histoire de la guerre 

Bulletin n°80 – Les plaques commémoratives du 20e arrondissement

 

Le 25 août 1944 marque la fin de l’occupation de Paris par les troupes allemandes commandées par le régime nazi. Depuis l’arrivée de l’occupant le 14 juin 1940, Paris a été le théâtre de nombreux drames dont les murs témoignent.

Riche d’environ 150 plaques commémoratives, le 20e arrondissement continue largement à raconter cette histoire : mémoire de la Résistance, notamment communiste, mémoire de la persécution des populations juives implantées dans cet arrondissement populaire, en particulier des enfants, mais aussi traces de l’insurrection pour la libération de Paris.

Céline LARGIER VIÉ, Maître de conférences en linguistique allemande et française à Sorbonne Nouvelle, nous avait présenté l’histoire de cette période, à travers ce que nous disent les plaques, et l’histoire de ces dernières, lors d’une conférence le 19 janvier 2023 à la mairie du 20e.

Retrouvez cette histoire dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus,
sous format imprimé ou sous format pdf

Réfection des marches menant au mur des Fédérés, septembre 2023-PG

Le Père Lachaise, patrimoine vivant

Cette conférence a lieu le

 

📅 Jeudi 19 octobre 2023
🕒 à 18h30 précises
📍 à la Mairie du 20e

 

Le Père Lachaise tient une place originale dans le 20e en tant que cimetière le plus

visité au monde. Un “musée à ciel ouvert” également bien vivant. Sa faune et sa flore,

l’activité humaine de ce service public méritent d’être mieux connues.

Le Père Lachaise, comment ça marche ?

 

Par Benoît GALLOT, conservateur du lieu et auteur de “la vie secrète d’un cimetière”

Livre sur le Père Lachaise

La vie secrète d’un cimetière, par Benoit Gallot-Les Arènes

Ce drame lié à la République a eu lieu pendant la guerre d’Algérie, en juin 1957. Il nous revient en juin 2023. Il s’agit de la disparition de Maurice Audin, de la reconnaissance des faits et de l’action dans la durée de sa femme et ses deux enfants.

Au moment de la bataille d’Alger, Maurice Audin est arrêté, torturé puis assassiné par les parachutistes français. Son corps n’a pas été retrouvé, raison pour laquelle il sera officiellement déclaré mort le

En 2023, son fils Pierre -également mathématicien- meurt à l’âge de 66 ans, après avoir recherché activement toute la vérité sur les circonstances de la mort de son père.

Le 16 juin 2023, sa fille ainée âgée de 69 ans  -elle aussi mathématicienne- nous fait partager sur les ondes, dans l’émission Le Cours de l’histoire, sa passion pour l’histoire… et pas n’importe quelle histoire.

Et sur France Inter, l’émission Affaires sensibles du 18 septembre 2023 retrace sous forme de récit documentaire l’affaire Maurice Audin.

Nous reproduisons ici notre article paru pour la première fois le 8 septembre 2022, dans lequel sont également indiqués les lieux dédiés à leur mémoire près de chez nous.

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Rue de la Mare,  la fresque dédiée à Josette et Maurice Audin

 

L’inauguration de la fresque Josette et Maurice Audin -il a été torturé et assassiné pendant la guerre d’Algérie- a eu lieu cet été rue de la Mare. La date choisie correspond très exactement celle du soixantième anniversaire des accords d’Évian : le 5 juillet 1962, l’Algérie devenait indépendante.

Leurs lieux de mémoire à Paris

En France, une quinzaine de villes le garde en mémoire en attribuant son nom à une rue, une place ou plus modestement une plaque dans un jardin. Il existe également une place Audin à Alger.

À Paris, cette fresque est le dernier hommage en date à la mémoire de ce jeune et brillant mathématicien, militant du parti communiste algérien et favorable à son indépendance. Il fait suite au cénotaphe situé au Père Lachaise et par ailleurs au nom d’une place dans le 5e arrondissement.

Pour la petite histoire locale, il faut savoir qu’à l’origine le nom de sa rue devait remplacer celui de la rue des Tourelles, suivant une première décision du Conseil de Paris votée en 2001. Sans doute la proximité volontairement choisie du siège de l’ex SDECE -future DGSE et surnommée « la Piscine »- de cette rue du 20e a-t-elle finalement du poser problème par la suite.

À noter que le 25 janvier 2021 dans un parc de Bagnolet, une plaque leur rendant hommage a été vandalisée, avec l’inscription « OAS ».

Hommage rue de la Mare

Fresque Josette et Maurice Audin-PG

La fresque au nom du couple

Il reste que l’œuvre du graphiste Orel Ruys inaugurée cet été se situe bien dans le 20e, au tout début de la rue de la Mare, tout près de l’ancienne gare de Ménilmontant. Cette partie de la rue est devenue une voie piétonne. Elle reste accessible au public mais protégée dans ses deux entrées qui la délimitent, avec une barrière métallique servant de filtrage individuel : une solution pour préserver la quiétude des habitants des immeubles voisins.

Pour mémoire, la rue de la Mare existe en tant que chemin depuis 1672. Elle a été nommée ainsi parce qu’à l’origine elle était située près du lieu d’une ancienne mare de Belleville. Face au numéro 9, le mur est devenu l’endroit retenu pour y peindre cette fresque au nom du couple Audin ainsi symboliquement réunis.

Josette est ainsi pleinement reconnue aux côtés de Maurice, elle qui a consacré toute sa vie à se battre pour le rétablissement et la transparence de la vérité des faits criminels subis par son mari : les tortures, l’assassinat puis la disparition de son corps par l’armée française en 1957.

La reconnaissance tardive de la République

Finalement ce crime commis en Algérie sera reconnu officiellement en 2018 par le président Emmanuel Macron. Il aura fallu parcourir un très long chemin sinueux à Josette Audin, avec l’aide et le soutien de son entourage, pour arriver à obtenir cette reconnaissance officielle, 61 ans après les faits.

Remise de la décision officielle

Emmanuel Macron chez Josette Audin le 13 septembre 2018

Pour solenniser plus personnellement sa décision, le président de la République s’est rendu le 13 septembre 2018 à Bagnolet chez Josette Audin. Il a ainsi choisi de reconnaître les faits en sa présence et celle de ses invités, cités à nouveau par Le Monde daté du 2 septembre 2020 :

Entouré de la famille Audin, l’aînée, Michèle, et le fils, Pierre, de deux députés, Cédric Villani (LRM) et Sébastien Jumel (PCF), d’historiens, parmi lesquels Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Benjamin Stora, de ceux qui, depuis tant d’années, œuvrent au sein de l’Association Maurice Audin.

Emmanuel Macron est là pour en finir avec un mensonge qui déshonore la République. « Une page s’ouvre aujourd’hui, l’ouverture de toutes les archives, le travail libéré des historiennes et des historiens. Cela va être une nouvelle ère pour nos mémoires et nos histoires avec l’Algérie », assure le président Macron.

La mémoire gravée dans le 20e

Josette Audin est morte le 2 février 2019, à l’âge de 87 ans, elle aura réussi de son vivant à gagner l’essentiel de son combat à la mémoire de son mari.

Et le 11 juin de la même année, un cénotaphe à la mémoire de Maurice Audin est inauguré au Père Lachaise, à la suite de la décision d’Anne Hidalgo maire de Paris.

Audin au Père Lachaise

Pierre Audin dévoile le monument dédié à son père Maurice Audin le 12 juin 2019

Trois mois plus tard, soit très exactement le 10 septembre 2019, un arrêté du Premier ministre permettra enfin d’accéder aux archives publiques relatives à Maurice Audin.

Et désormais aujourd’hui rue de la Mare, Josette  et Maurice se trouvent à nouveau réunis par cette fresque.

Rappelons en passant que le jeune couple a eu une fille née à Alger en 1954, Michèle Audin, Elle aussi est devenue mathématicienne, habite boulevard Voltaire et se passionne plus particulièrement pour la Commune de 1871.  Au point d’en devenir écrivaine avec notamment son livre sur « la semaine sanglante ».