Savez-vous planter les choux à la mode de… Charonne ?

 

A l’heure où les Parisiens réinventent les « fermes urbaines » et se revendiquent « locavores », qui se souvient qu’une partie du 20e arrondissement fut longtemps une terre de jardinage et de maraîchage ? Pourtant, certains noms de rues et quelques bâtiments échappés à la pioche des démolisseurs peuvent nous mettre la puce à l’oreille. De quoi la rue des Maraîchers, la rue des Haies ou celle des Grands Champs… sont-elles le souvenir ?

 

Nourrir Paris en fruits et légumes frais

De tout temps, il a fallu fournir Paris en légumes, « herbages » et fruits frais. Dès le Moyen Âge, Paris est une ville dense et très peuplée : 250 000 habitants, en 1300, qui en font la capitale la plus peuplée d’Europe occidentale. Pour approvisionner les marchés, en ces temps où l’on ignore les transports à longue distance et le froid artificiel, des jardiniers professionnels cultivent à l’intérieur même de la ville des surfaces assez étendues de légumes (choux, salades, concombres, etc.), dont l’actuelle rue du Pont-aux-Choux (3e arr.) est un lointain souvenir.

Tout comme les biens connus « clos à pêches » du Haut Montreuil sont un vestige de la capitale internationale de la pêche de qualité et d’autres fruits, fraises et cerises, qu’a longtemps été ce village voisin de Paris. Au fur et à mesure de l’extension urbaine, ces jardins ont dû reculer, franchir les enceintes successives de Paris et gagner la banlieue proche pour finalement s’éloigner plus loin encore en région parisienne.

 

Estampe de Jacques Callot de 1628 - La vie de la Mère de Dieu représentée par des emblèmes : 9, Le jardinier

Jacques Callot, Le jardinier, 1628 © BnF, Gallica

 

Le travail du jardinier-maraîcher est différent de celui du cultivateur ou du laboureur. C’est un métier très qualifié qui requiert une bonne connaissance des espèces de légumes et de fleurs de coupe et des méthodes (amendement des terres, palissage des arbres, utilisation de serres, châssis ou cloches de verre…) nécessaires pour protéger les plantes, les « forcer » et les faire produire à la fois en quantité abondante et en qualité. Le travail est rude et les journées longues : tôt levés, tard couchés…

À Paris, dès la fin du Moyen Âge, il existe une corporation des « jardiniers, préoliers et maraîchers ». Elle apparaît dans l’ordonnance des Bannières de Louis XI (1467) et gagne ses statuts en 1473, complétés et approuvés par la monarchie à plusieurs reprises. En 1772, elle compte environ 1 200 maîtres jardiniers. Elle disparait avec la Révolution.

 

Une « petite banlieue » maraîchère

Mais ces jardiniers, dont beaucoup sont parisiens de longue date, restent en place, bientôt renforcés de nouveaux venus des campagnes proches. Les activités de jardinage et de maraîchage se poursuivent à Paris et dans sa banlieue proche ou lointaine pendant tout le XIXe siècle et une partie du XXe.

 

Carte postale illustrée - Maison de jardiniers, 17e siècle - 165 rue de Charonne

Ancienne maison de jardiniers, transformée en lavoir industriel, rue de Charonne, début du XXe siècle. Carte postale.

 

Au fur et à mesure que la ville grignote ses faubourgs, les zones jardinières se déplacent hors des limites, de Paris, puis encore au-delà. On se souvient qu’à la fin des années 1970, le choix de Bobigny comme chef-lieu du nouveau département de la Seine-Saint-Denis a entrainé le déménagement de ses maraîchers, partant avec la terre de leurs jardins qui était pour eux un outil de travail et un investissement de qualité.

Nombreux sont les jardiniers et maraîchers qui ont laissé leurs noms inscrits dans la voirie parisienne. Dans le 12e arrondissement voisin, il y a une rue des Jardiniers et une rue Dagorno, et de nombreux passages portent les noms de jardiniers aujourd’hui oubliés. Dans le 20e arrondissement, nous avons aussi le passage Josseaume et l’impasse Dagorno.

 

Qui sont ces gens ?

Dagorno ? Un patronyme qui pourrait bien être breton d’origine. Le premier Dagorneau repéré – la famille adoptera ensuite l’orthographe Dagorno – est Nicolas Dagorneau, décédé à Paris à la fin du XVIIIe siècle. Il est qualifié de jardinier, domicilié rue des Amandiers, dans la paroisse Sainte-Marguerite. On ne sait pas où il est né. Par son mariage, il est lié à des familles bellevilloises comme les Mouroy et les Auroux et certains de ses beaux-frères sont vignerons à Belleville.

Ce couple aura une descendance nombreuse qu’on retrouvera essaimée dans divers quartiers parisiens. Certains s’établissent dans l’actuel 12e arrondissement, rue de Picpus ou rue de Reuilly, ou encore près de la place la Nation ou rues de la Voûte et du Rendez-vous. D’autres s’installent à Charonne, particulièrement à proximité de la rue des Haies. Au début du XXe siècle, d’autres Dagorno iront plus loin en région parisienne (Maisons-Alfort, Alfortville…).

 

Culture sous cloche - Exposition Savez-vous planter les choux (2012) - Parc de Bagatelle, Paris, France

Culture de salades sous cloches en verre. DR.

 

Et les Jossaume ? Ils étaient originaires de l’Avranchin, dans la Manche, qu’ils quittent dans les années 1810. Le premier arrivé à Paris est probablement André Josseaume (1790-1871), qui se marie, en 1813, à Saint-Ambroise. Vers 1819, il est rejoint par un de ses frères, Jacques François Josseaume (ca 1787-1855), qui, en 1846, est jardinier au chemin de ronde de la barrière de Saint-Mandé ; il meurt à environ 68 ans, au 4 rue de la Cour-des-Noues, à Charonne, et est enterré dans le cimetière de Charonne.

Des Josseaume, on en trouve successivement dans l’ancien village de Bercy (vers 1853), rue et boulevard de Reuilly (en 1871) et à Charonne. Au début du XXe siècle, certains sont installés à Créteil (1914).

 

Carte photo ancienne des établissements A. Bernard, horticulteurs à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Maraichage à Saint-Denis (93), Ets A. Bernard, horticulteur, début du XXe siècle. Carte postale.

 

Au fil des générations, les Dagorno et les Josseaume se sont unis par mariage avec la plupart des grandes familles jardinières de Paris et de sa banlieue. C’est en effet une habitude bien ancrée dans ce métier : quand on est enfant de jardinier, on n’épouse qu’un fils ou une fille de jardiniers et, en cas de veuvage, on se remarie dans ce même milieu.

Ils participent ainsi d’une vaste communauté professionnelle qui pratique l’endogamie, partage ses savoirs de métier, travaille dans l’ensemble de la région francilienne et finit par constituer une sorte d’« aristocratie » jardinière et maraîchère. Ainsi, dans leur parentèle proche ou plus lointaine, les Dagorno ont des liens familiaux qui les relient à des familles de maîtres jardiniers déjà présentes à Paris au début du XVIIIe siècle, comme les Robert ou les Dulac.

 

 

Photo : 15-17 rue Florian, propositions de sites et bâtiments remarquables à protéger © Association Paris historique

15-17 rue Florian, propositions de sites et bâtiments remarquables à protéger © Association Paris historique

 

Pour mieux connaître le bâti faubourien du 20e arrondissement

L’Association d’Histoire et d’Archéologie du 20e arrondissement de Paris vous propose, le jeudi 24 octobre 2024, à 18h30, à la Mairie du 20e arrondissement, la conférence :

 

Le bâti faubourien de Charonne (1820-1920)

 

Présentée par Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV, et Delphine Lenicolais, dans le cadre de son master 2 Histoire, cette conférence vous permettra de découvrir un patrimoine bâti bien délaissé qui nous vient en grande partie de l’activité jardinière et maraîchère du quartier de Charonne, et les problématiques qui entourent aujourd’hui sa reconnaissance et sa préservation.

Donc… rendez-vous le jeudi 24 octobre 2024, à 18h30, à la Mairie du 20e arrondissement, salle du Conseil, 6 place Gambetta, 75020 Paris.



Serpollet pionnier de l’automobile

 

Du 14 au 20 octobre, la 90ème édition du « Mondial de l’Auto » se déroule à Paris, porte de Versailles. Les constructeurs automobiles y présentent leurs derniers modèles de véhicules électriques dont les performances rivalisent avec celles des voitures à moteur thermique.

On a un peu oublié les voitures à vapeur; heureusement, dans le 20e, la rue Serpollet nous rappelle qu’un record mondial de vitesse a été atteint par Léon Serpollet en 1902 au volant d’un véhicule à vapeur construit dans les usines de la rue Stendhal.

 

Les premières automobiles roulent à la vapeur

En 1770, Cugnot expérimente à l’intérieur de l’Arsenal de Paris un chariot sur trois roues, muni d’une chaudière à haute pression, destiné au transport de canons ou matériel d’artillerie, le fardier de Cugnot. Ses recherches s’arrêtent en 1771 lorsque son soutien, le duc de Choiseul, secrétaire d’État de la Guerre sous Louis XV, tombe en disgrâce.

En 1873, Amédée Bollée père construit le premier véhicule routier à vapeur, l’Obéissante, qui transporte 12 passagers jusqu’à 40km/h en pointe, puis toute une série d’automobiles à vapeur (La Mancelle, La Nouvelle, La Rapide…).  Ses deux fils Léon et Amédée vont ensuite abandonner la vapeur et se tourner vers les moteurs à essence.

 

Dessin de l'illustrateur Lapin représentant L’Obéissante

L’Obéissante     © Carnet d’inventions de l’illustrateur Lapin – Musée des Arts et Métiers

En 1883, la société De Dion, Bouton & Trépardoux, se lance à son tour dans les véhicules à vapeur ; en 1895, après le départ de Trépardoux, De Dion-Bouton va adopter les moteurs à essence.

 

Les frères Serpollet à Culoz, dans l’Ain

En 1879, dans l’atelier familial de menuiserie, Léon et Henri Serpollet inventent le générateur à vaporisation instantanée, un perfectionnement du moteur à vapeur, afin de faire fonctionner leurs machines à découper le bois.

Léon et Henri « montent » à Paris mais Henri ne supporte pas la vie dans la capitale et retourne rapidement à Culoz. Les deux frères vont poursuivre leur collaboration par correspondance pendant 25 ans pour perfectionner leur invention.

 

Serpollet et Larsonneau, rue des Cloys, Paris 18e

Léon s’associe en 1888 avec un homme d’affaires, Larsonneau : la Société des Moteurs Serpollet Frères commence la fabrication de moteurs à vapeur dans les ateliers de Larsonneau, rue des Cloys, et se lance dans la réalisation d’un tricycle à vapeur. Ce tricycle effectue le trajet de la rue des Cloys jusqu’à Enghien à la vitesse moyenne de 30km/h.

Serpollet et Peugeot présentent à l’Exposition Universelle de 1889 la Serpollet Peugeot, ou tricycle Peugeot type 1.

 

Le tricycle à vapeur Serpollet Peugeot ou Peugeot type 1 exposé au Musée des Arts et Métiers

Tricycle à vapeur Serpollet Peugeot – Musée des Arts et Métiers – Wikimedia Commons

 

En 1890, Serpollet part pour Lyon avec un nouveau tricycle ; il arrivera dix jours plus tard après quelques incidents techniques mais sous les ovations du public.

En 1891, il commercialise un quadricycle ; ses premiers clients sont prestigieux : l’industriel Gaston Menier, le comte de Greffulhe (tous deux au Père Lachaise), l’écrivain Robert de Montesquiou. Il profite du mariage de sa sœur à l’église Saint-Ambroise en janvier 1892 pour faire parader cinq de ses véhicules dans le cortège.

 

Page de couverture du Petit journal illustré du 21 mai 1933

La première voiture Serpollet, dite « voiture miracle » © Gallica BnF

 

Cependant ses modestes usines de la rue des Cloys ne peuvent rivaliser avec ses puissants concurrents, comme Panhard-Levassor et Peugeot, qui adoptent le moteur à essence : en 1893, il abandonne ses recherches sur l’automobile pour se consacrer à la propulsion des tramways et des trains.

De nombreuses compagnies de tramways européennes adoptent le moteur Serpollet. Dans les chemins de fer, les rames Serpollet circulent en France, en Allemagne et au Japon. Mais quand les tramways et les chemins de fer se tournent vers l’électrification, les commandes s’espacent et la situation de la société Serpollet devient catastrophique.

 

Serpollet et Gardner, rue Stendhal, Paris 20e

En 1898, Serpollet s’associe avec un magnat américain, Franck-Lacroix Gardner. La société Gardner-Serpollet s’installe rue Stendhal dans une usine louée par Léonard Paupier, fabricant d’instruments de pesage et de matériel de chemin de fer.

 

Bâtiments industriels en activité sur le site des usines Gardner-Serpollet : avant - Ateliers de Léonard Paupier / après - Imprimerie Henon

Bâtiments industriels en activité sur le site des usines Gardner-Serpollet
Avant (1898) Ateliers de Léonard Paupier – Wikimedia  –  Après (1913) Imprimerie Henon – Art et Industrie
© Delcampe                 –      © Gallica BnF

 

Serpollet revient à la construction automobile et à sa passion de la compétition. Ses automobiles à vapeur obtiennent la Médaille d’or à l’Exposition Universelle de 1900. Gaston Menier lui remet en 1901 les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.

 

Lithographie de Philippe Chapellier - Affiche pour les automobiles à vapeur Gardner-Serpollet - environ 1899

Affiche de Philippe Chapellier 1899 © Musée de l’automobiliste, Mougins

 

Il gagne trois années de suite la Coupe Rothschild. En 1902, à Nice, il est au volant de l’Œuf de Pâques, véhicule prototype qui doit son nom à sa forme aérodynamique et à la date de l’épreuve (13 avril 1902). En couvrant un kilomètre à 120 km/h, Serpollet bat de 15km/h le record de vitesse établi en 1899 par Camille Jenatzi sur son engin électrique, la Jamais-Contente.

 

Serpollet au volant de l’Œuf de Pâques sur la promenade des Anglais à Nice en 1902

Serpollet au volant de l’Œuf de Pâques à Nice en 1902 © Guy Dürrenmatt

Ses victoires en compétition stimulent la commercialisation de ses automobiles. Le roi d’Angleterre, le chah de Perse, Louis Lumière et le docteur Yersin au Vietnam roulent en Serpollet. Une usine de montage est inaugurée à Londres en 1903, une filiale italienne est créée à Milan en 1906.

 

Serpollet au volant du Torpilleur en 1903 à Nice, coupe Rothschild.

Serpollet au volant du Torpilleur en 1903  (*)
© Andrew Stewart / Bridgeman Images

Serpollet et Darracq, à Suresnes

Cependant la concurrence des voitures à essence provoque le déclin des commandes. En 1906, Gardner cède ses parts à Alexandre Darracq. Cet entrepreneur a investi les bénéfices de sa fabrique de cycles Gladiator dans une usine d’automobiles à Suresnes. Darracq est l’un des premiers constructeurs à fabriquer des véhicules « en série ». Il veut profiter de l’essor des transports en commun en s’associant avec Serpollet pour construire des véhicules commerciaux, fourgons, camions et omnibus.

Deux camions et un omnibus Darracq-Serpollet prennent les trois premières places de la course de poids-lourds Paris-Marseille-Paris, ce qui apporte des retombées financières et commerciales immédiates.

 

La dernière résistance des vaporistes

Atteint d’un cancer de la gorge, Léon Serpollet meurt en 1907 à 48 ans. Son discret frère Henri, avec qui il a mené toutes ses recherches et qui est toujours resté loin des milieux automobiles parisiens, assiste au triomphe du moteur à explosion avant de mourir en 1915.

Les usines Darracq continuent la fabrication de véhicules utilitaires à vapeur jusqu’en 1920.

Aux Etats-Unis, avec les frères Stanley, les voitures à vapeur résistent encore jusqu’en 1924. L’un des points faibles du moteur à vapeur était sans doute la complexité du processus de démarrage, comme en témoigne cette vidéo où un ingénieur passionné nous emmène sur les routes des Alpes-Maritimes avec sa voiture à vapeur de marque Stanley … après ¾ d’heure de mise en route.

 

La rue Serpollet

Les fortifications de Paris sont déclassées en 1919 et progressivement détruites jusqu’en 1929. Un décret de 1925 prévoit le rattachement à Paris des territoires de l’ancienne zone militaire non ædificandi. Cette annexion est réalisée en trois étapes dont la dernière ampute le territoire de Bagnolet de 17 ha en 1930.

A la demande d’Alphonse Loyau, conseiller municipal qui dans sa jeunesse a travaillé comme mécanicien chez Gardner-Serpollet, une rue – ouverte en 1933 dans la zone annexée de Bagnolet – porte le nom de Serpollet.

 

 

 

Panneau rue Serpollet

Rue Serpollet donnant vers le boulevard Davout – VV

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(*) Michelin House, 81 Fulham Road, à Londres, est le premier siège social de la filiale britannique de Michelin. Sur les façades de ce bâtiment Art Nouveau, 34 panneaux décoratifs montrent de célèbres voitures qui utilisaient des pneus Michelin. Cette céramique a été réalisée par Gilardoni fils et Cie de Paris d’après un dessin d’Ernest Montaut.

Bibliographie :
Dürrenmatt, Guy. Les frères Serpollet précurseurs de l’automobile : Éditions La Mirandole, 1997
Dubarry de Lasalle, Pierre. Le clos Serpollet :  Éditions Decoopman, 2023



1860… Paris annexe ses faubourgs – L’exemple de Belleville et de Charonne


Bulletin n°82

 

1860 représente un moment capital dans l’histoire de Paris : la ville, à l’étroit depuis la fin du XVIIIème siècle dans le corset de son Mur des Fermiers généraux, étend ses limites administratives et fiscales jusqu’à ses fortifications militaires édifiées vers 1840, et de ce fait elle absorbe l’intégralité des onze communes administrativement autonomes de sa proche banlieue et des portions plus ou moins étendues de treize autres communes.

Par cette mesure, la superficie de Paris passe d’environ 3 300 hectares à 7 000 hectares et la ville gagne 600 000 habitants nouveaux, soit une augmentation de 55% de sa population. C’est l’acte de naissance officiel du Paris actuel et des 20 arrondissements que nous connaissons aujourd’hui.

La banlieue annexée à Paris est encore plutôt rurale et peu peuplée, à l’exception de Belleville qui compte alors 65 000 habitants – c’est la deuxième ville du département de la Seine juste après Paris. Cette mesure bouleverse la figure de la capitale et bien sûr la vie des Parisiens, anciens et nouveaux.

On promet de faire de ce Paris agrandi une ville harmonieuse et confortable, dotée d’une voirie moderne, et riche. Après l’haussmannisation du centre de la capitale, spéculation, construction et industrialisation vont s’emparer de ces nouveaux territoires parisiens.

Le 20e arrondissement, qui a été créé sur les anciennes communes de Charonne et de Belleville (en partie), va subir le sort commun, à cette différence toutefois que le territoire de Belleville est partagé entre deux arrondissements, les 19e et 20e. Belleville est la seule commune annexée à connaître ce sort.

Christiane Demeulenaere-Douyère, vice-présidente de l’AHAV, nous avait présenté, lors d’une conférence le 15 février 2024 à la mairie du 20e, l’histoire de cette grande mutation et les réactions des habitants de l’Est parisien qui ont été, au fil du temps, de trois ordres : d’abord inquiétudes, ensuite espérances, puis insatisfactions.

Retrouvez cette histoire dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus, sous format imprimé ou sous format pdf téléchargeable.


Le bâti faubourien de Charonne (1820-1920)

  

Vers les années 1820, l’urbanisation des territoires de l’Est parisien démarre, avec l’arrivée massive d’entreprises et de manufactures s’installant sur des terres peu peuplées jusque-là … Prolongement du faubourg Saint Antoine, Charonne écrit une histoire particulière dans le XXe arrondissement, avec un réseau de rues et de passages « en peigne » hérité des terres maraichères et des vignobles, donnant lieu à un urbanisme marqué par une forte concentration de maisons dites faubouriennes, un patrimoine ouvrier et artisan construit tout au long du XIXe siècle.

Cette conférence est présentée par Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV, et Delphine Lenicolais dans le cadre de son master 2 Histoire, Civilisations, Patrimoine, parcours Ville Architecture Patrimoine, à la Faculté Paris Cité, UFR Géographie, Histoire, Économie et Sociétés (GHES).

 

Elle a lieu :

📅 Jeudi 24 octobre 2024
🕡 À 18h30 précises
🪧 À la Mairie du 20e arrondissement, salle du Conseil

  Entrée libre dans la limite des places disponibles

 

 

Cet automne, nous inaugurons notre partenariat avec notre consœur du 12e arrondissement.
Les 8 et 15 octobre à 15h, notre nouveau partenaire Histoire et Patrimoine du 12e  invite l’AHAV (5 adhérents par date) à visiter gratuitement la Fondation Eugène Napoléon. Nous leur transmettrons la liste des inscrits. 
Pour notre part avec eux… et en pensant aussi à nos nouveaux membres, nous proposons une visite générale du Père Lachaise :


Voyage au bout du Père Lachaise

 

À travers le cimetière-musée, aborder l’histoire du quartier, de Paris… et de la France.

Découvrir ce cimetière le plus visité au monde avec ses personnages célèbres, mais aussi son origine, les enjeux/conflits entre l’Église et l’État… et aujourd’hui comment ça marche.

Cette visite gratuite réservée aux adhérents aura lieu :

📅 Samedi 12 octobre et samedi 16 novembre 2024 (même visite aux deux dates)

🕙 À 10h00

⏳ Durée 2h

Le lieu de rendez-vous sera précisé par retour du courrier d’inscription

Sortie Père Lachaise signalée au métro Gambetta- PG




Les eaux nouvelles et anciennes du 20e

 

Nous vous proposons une visite sur Les eaux nouvelles et anciennes du 20e

📅 Dimanche 27 octobre 2024

🕙 À 10h

⏳ Durée environ 2h30mn – 3,5km

Cette visite guidée par Jacques Paulic est réservée à nos adhérents sur inscription à notre courriel : ahav.paris20@gmail.com
Le lieu de rendez-vous sera précisé en retour.

 

L’alimentation en eau potable de Paris partage une longue histoire avec le 20e arrondissement.
Dans ce parcours original, nous évoquerons en premier lieu l’approvisionnement en eau, récent et présent.
Puis nous remonterons dans le temps pour découvrir des captages historiques des Sources du Nord.

Portrait d'Eugène Belgrand

Eugène Belgrand

Une personne a bien connu les eaux nouvelles et anciennes au 19ème  siècle : il s’agit du grand ingénieur Eugène Belgrand.

Il a conçu une grande partie du réseau moderne et actuel de Paris. Il avait aussi étudié les réseaux anciens et écrivait en 1877 :

« Lorsque j’aurai disparu avec trois ou quatre collaborateurs et autant d’anciens serviteurs qui surveillent les tronçons d’aqueducs comme une chose sacrée, qui en jaugent l’eau comme si elle était encore indispensable à Paris, il ne restera pas même un souvenir de ces vieilles choses ».

Venez voir !

Châteaux d'eau du réservoir de Ménilmontant

Châteaux d’eau rue du Télégraphe-PG

Depuis l’an dernier, le théâtre de la Ville a pris à nouveau le nom de son ancienne directrice Sarah Bernhardt, nom qui lui est désormais acollé. Mais aujourd’hui il s’agit de (re)découvrir L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt grâce à la nouvelle pièce qui se joue actuellement … au théâtre du Palais Royal.

Sarah Bernhardt revient régulièrement dans nos actualités. Excellente occasion de mettre en avant notre article paru pour la première fois le 11 juin 2021. Il traite un peu de son parcours et surtout de sa popularité lors de son enterrement au Père Lachaise.

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mise à jour du 23 mars 2023

À une jeune comédienne qui lui disait  : «Moi, je n’ai jamais le trac sur scène»,  Sarah Bernhardt lui aurait répondu: «Ne vous inquiétez pas ma petite, ça vous viendra avec le talent».

Sarah Bernhardt, la première « mégavedette internationale » comme l’intitule aimablement  Radio Canada, est morte il y a cent ans,  le 26 mars 1923. Un hommage national lui est rendu tout prochainement sous différentes formes, avec en particulier une exposition ouverte au Petit Palais jusqu’au 27 août 2023.

De notre côté, plus modestement, nous reproduisons ici notre article paru le 11 juin 2021.

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Sarah Bernhardt : la presse, les ondes et Vénus

Elle est née « officiellement » le 25 septembre 1844. En tout cas, d’après son état civil reconstitué, les archives de l’Hôtel de Ville ayant été brûlées lors des derniers jours de la Commune.

Elle est la première actrice de théâtre à avoir fait des tournées dans le monde entier

Elle a atteint des sommets de sa célébrité… au point même que son nom est choisi en 1985 désigner un cratère sur Vénus.

Et enfin, elle reste encore ces mois-ci d’actualité, on ne sait pas pourquoi. Ainsi, dans son numéro de juin, L’ami du 20e lui consacre deux articles : celui dans sa série sur le Matrimoine du Père-Lachaise (extrait du livre le Matrimoine de Paris), et le second à propos du square du 20e qui porte son nom… et des arbres qui y sont abattus.

Le matrimoine de Paris, un itinéraire dans le 20e

Le matrimoine de Paris, éditions Bonneton

Autre support, ce 9 juin 2021 sur France Culture, dans son émission le cours de l’histoire, Sarah Bernhardt fait l’objet d’une émission entière à propos de son éloquence, d’un autre temps, avec comme titre : « Sarah Bernhardt en faisait-t-elle trop ? ». Nous pouvons y entendre un court extrait de sa voix enregistrée à cette époque.

Dans leur lettre d’information daté de mai 2021, nos amis de la Société historique du VIe arrondissement nous parlent aussi d’elle, dans le cadre du Paris assiégé en 1871, avec comme sous-titre : Quand Sarah Bernhardt joue les infirmières. Nous y apprenons, en détail et au quotidien, son rôle premier et son implication dans la transformation du théâtre de l’Odéon en hôpital.

Enfin -mais cette fois-ci pour mémoire- lors de ses funérailles similaires à celles des funérailles nationales, cinq chars ont défilé, couverts d’un ensemble de gerbes et de couronnes.

cortège lors du décès Sarah Bernhardt

Début de cortège lors du décès Sarah Bernhardt, bnf

Obsèques de Sarah Bernhart

La foule lors des obsèques de Sarah Bernhart, bnf

Le quotidien Le Siècle, daté du 31 mars 1923, avance le fait que « de l’église (Saint-François-de-Sales) au cimetière, l’on a évalué à plus d’un million le nombre des assistants… Au coin des rues, des marchands de cartes postales vendaient le portrait de la grande artiste. » Au Père Lachaise, des milliers de personnes l’attendaient.

 Enterrement de Sarah Bernhardt au Père Lachaise

Enterrement de Sarah Bernhardt au Père Lachaise, bnf

 Père Lachaise tombe de Sarah Bernhardt

Au Père Lachaise, en attendant le cercueil de Sarah_Bernhardt, bnf

Tombe de Sarah Bernhardt au Père Lachaise en 2021

Tombe de Sarah Bernhardt au Père Lachaise, PG

Une flamme paralympique est passée dans le 20e

au Père Lachaise, devant le mur des Fédérés

 

Ce 28 août 2024, Paris a vu arriver 12 flammes paralympiques venues de toute la France, et parmi elles, celle qui a traversé le tunnel sous la Manche. Un évènement rare, particulièrement innovant dans sa mise en scène, d’importance mondiale. Un événement incontournable et toute la presse s’en est largement fait l’écho.

Mais localement, peu d’entre nous ont su qu’une flamme -parmi les douze en mouvement- passerait par le 20e arrondissement… et plus précisément à l’intérieur du Père Lachaise.

Le rendez-vous a eu lieu à 14h. Le lieu choisi ? Devant le mur des Fédérés, un relais situé sur les traces de l’Histoire de France -par son patrimoine- et dont la main est tendue symboliquement ce jour-là par le sportif tenant la flamme.

 

L’origine du sport obligatoire à l’école

Autre lien sur place entre le passé et le sport, Ménil’info nous apprend que Paschal Grousset avait créé en 1888 la Ligue nationale de l’éducation physique. Ce député communard ira jusqu’à « instituer tous les ans un grand concours entre les champions des écoles »

D’une manière générale, la mise en place et l’évolution de l’éducation physique à l’école s’étalera tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle.

 

L’événement du 28 août 2024 en images

Parcours flamme paralympique, fermeture partielle au Père Lachaise

Parcours paralympique, fermeture partielle au Père Lachaise, Affiche sur la barrière provisoire-PG

 

Dès 11h30 ce 28 août, plusieurs barrières bloquent  le passage aux véhicules à certains endroits-clé. Les préparatifs sont en place pour une cérémonie qui débute à 14h devant le mur des fédérés.

 

Flamme paralympique au Père Lachaise

Flamme paralympique devant le mur des Fédérés-PG

 

Pendant un court moment, l’athlète portant la flamme fait face  à la plaque du mur des Fédérés puis  se retourne face à la centaine de personnes présentes à cette occasion. Et dans cet instant, une choriste accompagnée d’un guitariste est venue chanter « le temps des cerises ».

 

Flamme paralympique Athlète  devant le public du Père Lachaise

Flamme paralympique devant le mur des Fédérés, face au public-PG

 

Puis, notre athlète fait face au public et après un nouvelle courte pause  prend le chemin du départ. Il va effectuer le parcours prévu, un parcours qui le mènera vers la sortie principale du cimetière.

Et au moment où le porteur de la flamme vient de quitter les lieux, arrive l’instant de la « photo de famille », réalisée sur place devant le mur des Fédérés. À noter, la plaque commémorative avec juste au-dessus les roses déposées juste avant la photo par des personnes présentes.

Les élus et les membres des amies et amis de la Commune de Paris se regroupent derrière leur banderole. 

Une flamme paralympique, au mur des fédérés et les élus parisiens

La « photo de famille » du 28 août 2024, célébrant le départ de la flamme devant le mur des Fédérés-PG

À droite de l’image nous pouvons distinguer Anne Hidalgo maire de Paris. À ses côtés Éric Pliez maire du 20e et, tout à droite, Hamidou Samaké, élu du 20e notamment chargé de la mémoire et des anciens combattants.

Cette photo marquera la fin de la cérémonie, le top du départ où tout doucement les spectateurs se disperseront pour rejoindre lentement les différentes sorties du cimetière.

 



Les JO de 1924 et la piscine des Tourelles

 

En 2024, Paris accueille les Jeux Olympiques pour la troisième fois.

Son rénovateur, le Baron Pierre de Coubertin, souhaitait que la première édition des Jeux se déroule à Paris en 1900, en raison de l’Exposition universelle. Pour mémoire, les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne auront symboliquement lieu à Athènes en 1896 et seront inaugurés par le roi Georges 1er de Grèce.

Le Baron Pierre de Coubertin en 1915

Baron Pierre de Coubertin-Wikimédia

Dans le prolongement d’Athènes donc, Paris prend la suite avec ses premiers Jeux dans la capitale en 1900, puis une nouvelle fois en 1924… Et à cette occasion, la ville construira la piscine des Tourelles devenue « Georges Vallerey » (voir notre article Les JO 2024 et la piscine Georges Vallerey)

Piscine Georges Vallerey, site d'entrainement pour les JO 2024

La piscine Georges Vallerey, site d’entrainement pour les JO 2024 – VV

À souligner à propos des JO de 1900

En 1900, pour la première fois, 22 femmes s’affrontent dans 95 épreuves olympiques, même si Coubertin et d’autres sont hostiles à la participation des femmes.

Parmi les compétitions reconnues, certains sports comme la pelote basque, le cricket et le croquet (l’ancêtre du golf) et plusieurs épreuves (par exemple le saut en longueur à cheval et la natation avec obstacles) font leur seule apparition de l’histoire au programme olympique. Il y a des compétitions non reconnues comme la pêche à la ligne et le tir au canon.

Les principales épreuves ont lieu à Paris et dans les bois de Vincennes et de Boulogne, et les sports nautiques (aviron, natation, water-polo) ont lieu le long de la Seine.

Cette année-là, la France remporte le plus de médailles devant les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Les Jeux Olympiques de 1924

La septième édition des Jeux Olympiques a lieu à Paris du 5 au 27 juillet 1924.

La participation atteint le record, pour l’époque, de 44 nations et 3 089 athlètes (dont 135 femmes) qui s’affrontent dans 17 sports et 23 disciplines.

Comme lors des deux éditions précédentes, les États-Unis arrivent en tête des nations les plus médaillées (99 médailles), suivis par la Finlande… et la France qui remporte trente-huit médailles, dont treize en or.

Le baron Pierre de Coubertin se retire à l’occasion de ces Jeux et meurt en 1937.

Carte postale : compétition de water-polo à la piscine des Tourelles - JO de 19124

Match de water-polo à la piscine des Tourelles – JO de 1924 – carte postale

La piscine des Tourelles parmi les nouvelles constructions

Le premier village olympique est construit à cette occasion, un ensemble de baraquements en bois ainsi qu’un stade olympique de 45 000 places à Colombes.

Parmi les autres constructions réalisées en vue de ces Jeux, citons la piscine des Tourelles située dans notre arrondissement, au 148 avenue Gambetta. Le complexe comprend un bassin aux dimensions olympiques (50 × 21 m), qui peut être divisé en deux piscines de 25 m ou 37,5 m + 12,5 m grâce à une cloison mobile.

Il peut accueillir des compétitions de natation et de water-polo et possède des gradins pour une capacité de 1 500 spectateurs.

Départ de la finale du 400 mètres nage libre à la piscine des Tourelles le 18 juillet 1924

Départ de la finale du 400 mètres nage libre à la piscine des Tourelles le 18 juillet 1924 – Wikimédia

La piscine des Tourelles est rénovée entre 1986 et 1989 sur les plans de l’architecte Roger Taillibert. La piscine porte depuis 1959 le nom du nageur Georges Vallerey décédé en octobre 1954.
Durant ces jeux de 1924, le nageur américain Johnny Weissmuller, qui venait d’avoir 20 ans, remporte dans cette piscine trois médailles d’or et une de bronze. Son exceptionnel palmarès s’élève à 52 titres nationaux et 67 records du monde. Il mettra un terme à sa carrière en n’ayant jamais perdu une course. À partir de 1929, Johnny Weissmuler interprète le rôle de Tarzan au cinéma et obtient un grand succès.

Podium du 400 mètres nage libre aux JO de 1924 : Andrew Charlton 3e - Johnny Weissmuller 1er - Arne Borg 3e

JO 1924, Johnny Weissmuller 1er sur le podium du 400 m nage libre-Wikipédia

Les JO de 1924, un succès médiatique

Cette année là, environ sept cents journalistes sont présents à Paris pour suivre les compétitions. Pour la première fois, des épreuves olympiques sont commentées en direct à la radio. C’est le début d’un intérêt pour les Jeux qui va grandissant avec l’arrivée de la retransmission des épreuves par la télévision en 1936 à Berlin.

Aujourd’hui, les Jeux Olympiques sont regardés par des milliards de téléspectateurs et le CIO (Comité International Olympique), qui possède tous les droits de retransmission, en retire là sa principale source de financement.

Août 1944, la libération de Belleville

 

Ce dimanche 25 août 2024, la mairie du 20e commémore la Libération de Paris et de l’arrondissement. Il s’agit cette année de son 80ème anniversaire et l’événement a lieu à 12h30 dans le hall d’entrée, devant le monument aux Morts. À cette occasion, nous reproduisons notre article  paru le 24 août 2022.

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Maurice Arnoult, le bottier de Belleville… nous raconte la libération de Belleville

Sur notre site, vous avez pu lire ici un article consacré à la « bataille du rail » de la gare de Ménilmontant, héroïquement menée, le 23 août 1944, par Madeleine Riffaut à la tête d’une poignée de résistants.

Un autre Bellevillois nous a laissé un témoignage sur cette période mouvementée. Maurice ARNOULT (1908-2010) a passé presque toute sa vie dans le quartier de Belleville ; il y est arrivé en 1922, s’y est formé et y a travaillé comme artisan bottier, pendant plusieurs décennies, pour les grandes maisons de couture parisiennes. Dans son modeste atelier de la rue de Belleville, il a observé la vie quotidienne de son quartier, particulièrement pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a donc vécu la guerre, avec les horreurs de l’Occupation, les restrictions, le marché noir, la collaboration et les déportations…

Maurice Arnoult résistant du 20e

Maurice Arnoult après la guerre, bottier à Belleville dans son atelier

Lui, il a protégé et caché plusieurs familles juives de son quartier menacées par les rafles[1]Il témoigne aussi de l’excitation et de la pagaille joyeuse qui s’emparent du quartier quand les troupes américaines, lancées aux trousses des Allemands, le traversent, au matin du 30 août 1944… Autant de souvenirs qu’il consigne au soir de sa vie dans son livre, Moi, Maurice, bottier à Belleville. Souvenirs d’une vie, écrit avec Michel Bloit et publié chez L’Harmattan en 1993.

Passons la parole à Maurice ARNOULT 

La 2division blindée à Paris

« Avec le mois d’août [1944], chaque jour apporte son cortège de rumeurs sur l’arrivée des troupes alliées. Enfin, le 25 août c’est sûr ; les premiers éléments de la 2e division blindée du général Leclerc |…] roule vers l’Hôtel de ville et la préfecture de police. Des combats d’arrière-garde ont lieu dans tous les quartiers entre les Alliés et les résistants d’un côté et les troupes allemandes de l’autre. La confusion la plus extrême règne faute d’informations précises.»

Les barricades des bellevillois

« Le bruit court qu’il faut partout élever des barricades. Le jeudi 28 août, je me joins aux groupes qui se forment au carrefour de la rue des Pyrénées et de la rue de Belleville. Armé d’une barre de fer j’arrache les petits pavés parisiens en granit gris, à quelques mètres de mon atelier. Des dizaines d’hommes et de femmes du quartier sont là, heureux, après 4 ans d’oppression, de faire quelque chose de défendu, tout en regardant si les Frisés comme on les appelle, ne risquent pas d’arriver. Des troupes ennemies étaient, disait-on, massées dans les banlieues nord.

Dépavement pour barricade

Du 22 au 24 août 1944, des enfants préparant une barricade. Musée Carnavalet

À 3h de l’après-midi, la barricade a fière allure. Les enfants grimpent dessus. Un agent de police, porteur d’un brassard tricolore, y plante un drapeau français. Tout le monde applaudit.

« Le lendemain, 29 août […], il faut l’enlever au plus vite car une division américaine doit passer par Belleville dans les heures qui viennent, à la poursuite des Allemands qui, regroupés dans le nord et l’est de Paris, préparent une contre-attaque. Je me rends aussitôt au carrefour de la rue des Pyrénées qui a servi de point de ralliement pendant la construction de la barricade et où des groupes nombreux commentent les événements. Je leur annonce la nouvelle et n’ai pas trop de mal à les convaincre qu’il faut démolir aujourd’hui ce qu’on a construit hier. […] La barricade est plus vite démolie que construite ; c’est moins excitant et tout le monde est vaguement inquiet. Et si c’était une fausse nouvelle et si c’était une division allemande qui arrivait ? »

Les américains entrent dans Belleville

« Le lendemain matin, vers 6h, le quartier est réveillé par un roulement énorme et continu. Ce sont des chars américains facilement reconnaissables à leur grande étoile blanche. […] Nous nous habillons rapidement et voyons les premiers blindés remonter la rue de Belleville dans un fracas étourdissant. Après les tanks, ce sont des jeeps, des camions, des voitures dépanneuses, de gigantesques remorques, porteuses de pontons pour traverser les rivières. La colonne avance par secousses, s’arrête cinq minutes puis repart.

« Les trottoirs sont maintenant noirs de monde : les enfants en pyjamas, les femmes en chemises de nuit et peignoirs, les hommes en pantalons et tricots de corps. Dès que les chars s’arrêtent, on monte dessus pour embrasser les soldats américains qui vident les verres de vin qu’on leur tend. […] Jamais on n’avait vu une telle armée. Pas un homme à pied ; tout le monde sur des roues, et quelles roues ! On comprend que l’armée allemande ait été complètement enfoncée par de tels engins.

« […] Au café de la rue des Pyrénées, on vide toutes les bouteilles dans les quarts des Américains qui, en échange, jettent à la foule des paquets de cigarettes, de vraies américaines comme on n’en avait pas vu depuis 4 ans. A midi, passent les dernières jeeps. On crie et on chante : good bye, good bye, vive la France. »

Aout 1944, le 20e libéré

Soldats de la 4e division d’infanterie américaine devant la mairie du 20e. Henri Guérard, Paris Musée

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[1] https://www.cercleshoah.org/spip.php?article740. Il a été reconnu Juste parmi les Nations en 1994.