Comme chaque année, la mairie du 20e organise une commémoration en hommage au groupe Manouchian. Elle  a lieu :

📅 Vendredi 21 février 2025
🕒 17h30
📍 Passage du Surmelin, puis rue du groupe Manouchian

À l’occasion de  cette commémoration dans notre arrondissement, nous republions cet article paru pour la première fois le 13 février 2024

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Le monument FTP-MOI au Père Lachaise,

l’œuvre associée au groupe Manouchian et son inauguration

Ce 21 février 2024 a lieu la panthéonisation de Missak Manouchian avec sa femme, Mélinée. La ville de Paris commémore chaque année les FTP-MOI dans notre arrondissement, rue du Groupe Manouchian. Au-delà du nom de leur rue, plusieurs œuvres ici nous rappellent à eux : les plaques commémoratives dans cette même rue, l’activité de l’association l’Affiche Verte Manouchian (AVM) toujours pleine de projets sur place pour les mettre en valeur, et non loin une grande fresque de Popof rue du Surmelin.

Après différents articles que nous lui avons consacrés, nous abordons ici tout spécialement la présentation du monument FTP-MOI du Père Lachaise et son inauguration. Missak Manouchian en a été le commandant pour Paris.

Foule monument FTP-MOI - Cimetière Père Lachaise Paris

Rassemblement devant le monument FTP-MOI- PCF

L’origine du sigle « MOI »

Il faut se souvenir qu’en 1925, le PCF avait créé la MOE, une section du parti pour y intégrer -de manière séparée- la Main d’Œuvre Étrangère. Dans les années 1930, cette dénomination sera remplacée par l’acronyme « MOI », Main d’Œuvre Immigrée, jugée moins péjorative.

Elle deviendra une composante des FTP pendant la guerre, d’où le nom accolé, FTP-MOI. Quant à Missak Manouchian, il adhère au PCF en 1934 et intègre la MOI, section qui va plus tard naturellement devenir clandestine. Leur mission est plus précisément d’harceler l’ennemi par des actions terroristes et tenir Paris.

Leurs actions de résistance, puis l’Affiche rouge de la propagande nazie, leur arrestation et leur exécution sont gravés  dans nos mémoires sous différentes formes et à différents endroits.

20 mai 1989 au Père Lachaise, l’hommage des communistes aux combattants FTP-MOI.

L’initiative du monument au Père Lachaise en revient à Rol Tanguy, chef des FFI d’Ile de France, puis membre du comité central du PCF en 1962. Cette année-là il va même lui être demandé de se présenter aux élections législatives dans la circonscription Charonne-Père Lachaise.

Parallèlement en juillet 1962 quatre concessions à perpétuité sont achetées par le PCF, sans affectation, près du mur des fédérés. L’un de ces emplacements sera ainsi disponible en 1989 pour y installer ce cénotaphe.

la mosaïque FTP-MOI

Discours de Georges Marchais, à gauche du monument FTP-MOI- PCF

Sur la tribune montée à côté du monument, Georges Marchais secrétaire national du PCF prend la parole devant la foule rassemblée. Dans son discours, il présente

« Ces héros, ces martyrs (qui) n’étaient pas nés dans notre pays. Juifs, ou révolutionnaires -et, bien souvent, juifs et révolutionnaires-, ils avaient dû fuir leur patrie parce que le fascisme les en avait chassés ».

À la fin des discours, Georges Marchais demande à Rol Tanguy de venir auprès de lui pour dévoiler la stèle ; leurs rapports ne sont pas très bons et selon Jean Vigreux, historien, expert à la Fondation Jean Jaurès et rédacteur à l’Humanité, Rol Tanguy refuse.

 

De son côté, Gaston Plissonnier justifie le choix de l’emplacement, c’est-à-dire celui à la 97ème division face au mur des fédérés. Il se trouve situé entre la tombe dédiée au Comité national du PCF et celle de Waldeck Rochet :

« La MOI …a aujourd’hui une place à elle tout près des tombes des dirigeants du parti communiste, français, de personnalités progressistes, de personnalités illustres, de témoignages d’hommage aux déportés ».

Six ans plus tard, lui-même sera d’ailleurs enterré dans cette tombe mitoyenne du Comité national du PCF.

Le monument présenté par son mosaïste

La stèle du monument est l’œuvre de l’architecte Jean-Michel Daquin et du mosaïste Verdiano Marzi qui explique les choix du lieu retenu et sa composition personnelle.

 

Dernières finitions du monument FTP-MOI

Monument FTP MOI, mosaique en cours de montage-PCF

 

Avec des petits cubes de couleur (tesselles) provenant d’Italie, « le rouge d’Alicante, les marbres marrons d’Europe centrale, le grand bleu d’Argentine et du Brésil, nous avons conçu le monument comme un engagement fait de respect et d’admiration pour les combattants de la MOI, l’un de nous étant lui-même immigré.

L’œuvre s’intègre à la solennité du lieu avec ce qu’il représente comme mémoire de l’histoire française et de sa culture. Lieu de visite très fréquenté, chacun y reconnaîtra des symboles. Ceux qui sont suggérés nous paraissent accessibles à toutes les cultures. »

Morts pour la France, en majuscules

Les strophes d’Aragon gravées au pied de la stèle FTP-MOI-PG

Pourquoi une réalisation si tardive ?

Danielle Tartakowsky, professeure émérite d’histoire contemporaine, constate le fait qu’à coté de cette œuvre se trouve le monument qui date de 1975 « en hommage aux femmes communistes qui ont donné leur vie pour la victoire de la liberté contre le nazisme pour le triomphe de la paix ».

Pourquoi ces deux mémoriaux érigés si tard ? Elle nous fait remarquer qu’« ils ont pour effet pervers de souligner que les deux groupes concernés avaient jusqu’alors été sous-représentés, voire ignorés ».

Peut-être aussi, parce que quatre ans avant l’installation de ce monument, un documentaire très controversé sur cette période passe à la télévision sur Antenne 2 :  il s’intitule « des terroristes à la retraite » de Mosco Boucault, et fait l’objet de polémiques au point d’être censuré pendant près de deux ans. Dans ce long métrage, Mélinée Manouchian met en cause le Parti Communiste, en l’accusant d’avoir sciemment envoyé le groupe à une mort certaine. À signaler la participation de Simone Signoret (au Père Lachaise) en tant que récitante du documentaire.

Pour autant le 20 mai 1989, Mélinée Manouchian sera présente à l’inauguration parmi d’autres personnalités. Elle décédera six mois plus tard.

Mélinée Manouchian, jardin dans le 20e arrondissement

La fresque de Mélinée, rue du groupe Manouchian-PG

Les FTP dans le 20e

À la Libération de Paris, le 23 août 1944, les résistants FTP interviennent à la station de la Petite Ceinture, gare de Ménilmontant. Ceux du réseau Nord-Libération et un groupe local de résistants (le groupe Piat, du nom de la rue voisine) font prisonniers les soldats allemands et s’emparent du train. Dans cet assaut, cinq résistants ont été tués. Aujourd’hui, trois plaques mémorielles restent visibles : sur la passerelle rue de la Mare, rue de Ménilmontant sur la grille au- dessus de la voie ferrée, et au 26 rue Piat.

Sans oublier Salomon Jacob, évadé de l’hôpital Tenon le 23 novembre 1941 après avoir été interné au camp de Drancy, réservé aux juifs. Il rejoindra les FTP-MOI en mars 1943 et décédera en Roumanie en 1988. Un an avant l’inauguration du monument.

Il y a 50 ans nous quittait Pierre Dac

 

 

Comment être sérieux quand on parle de l’inventeur du Schmilblick, un objet « rigoureusement intégral, qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout » ?

Pierre Dac, ce célèbre humoriste, un résistant, un créateur de journal et d’émissions radiophoniques, toujours dans le domaine de son talent. Il est décédé il y a tout juste cinquante ans, le 9 février 1975.

Il est né à Châlons-sur-Marne en 1893, et a très sérieusement demandé que, compte tenu de ses origines juives, elle soit rebaptisée Chalom-sur Marne. Son père Salomon, boucher de profession, était un homme plein d’humour connaissant la langue des bouchers, le louchebem. Il a été pour lui sa première source d’inspiration.

Pierre Dac est un bon élève, mais en 1908 son goût pour les farces lui vaut à l’âge de 15 ans d’être renvoyé de son lycée : il avait accroché un hareng saur à la queue de l’habit d’un professeur, ce qui a marqué la fin de ses études.

Humoriste à partir des années 1920

Au début de la guerre de 14-18, au lendemain de ses vingt ans, Il est mobilisé puis plusieurs fois blessé. Après la Première Guerre mondiale, Pierre Dac vit de petits métiers à Paris. Sa carrière d’humoriste commence dans les années 1920, et il obtient très vite du succès. Un humour tout personnel avec ce genre d’intervention :

À l’éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? » je réponds : « en ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ».

En 1935, il crée une émission humoristique de radio, La Course au Trésor, et en anime une autre, La Société des Loufoques, puis il fonde L’os à moelle, organe officiel des loufoques.

Pierre Dac rejoint Londres en 1943 après beaucoup de péripéties, et travaille dans l’équipe de Radio Londres « Les Français parlent aux Français ».

Il forme après la guerre, avec son ami Francis Blanche, un duo devenu célèbre et qui remportera un immense succès.

En 1965, il se déclare candidat à la présidentielle avec comme dénomination le MOU (Mouvement Ondulatoire Unifié) et comme slogan « Les temps sont durs, votez MOU ! ».

Mais sous son apparence d’amuseur se cache un homme dépressif et désespéré : entre 1958 et 1960, il fait quatre tentatives de suicide.

 

La dernière ligne droite de l’artiste

Pour lui, la fin se rapproche. Le souci de sa santé devient important et il va mourir d’un cancer du poumon après avoir beaucoup fumé durant sa vie. Il aborde le sujet, comme toujours, à travers son humour par l’absurde. Ainsi, à propos de la prison parisienne :

Il vaut mieux, à mon avis, être en bon état de santé qu’en mauvais état d’arrestation. Encore que l’un n’empêche pas l’autre. 

Il meurt en 1975, car :

Si active et si diligente qu’elle soit, la police ne parviendra jamais à arrêter le temps qui s’enfuit.

 

Urne funéraire de Pierre Dac au cimetière du Père Lachaise à Paris

Pierre Dac au colombarium – wikimedia

 

À toutes choses égales, il vaut mieux s’enfoncer dans la nuit qu’un clou dans la fesse droite, ou gauche selon le cas et les circonstances.

 

Il a été crématisé (incinéré dans le langage courant) et ses cendres sont déposées au columbarium du cimetière du Père-Lachaise.

Et en guise de conclusion :

Quand on est passé de vie à trépas, on n’a plus rien à craindre de la mort, car celle-ci ne s’intéresse qu’aux vivants.



« On va mettre Brassens à la poubelle ! »

Le cri d’alarme lancé par l’association Racines du 93…

 

 

En 1957, Georges Brassens chantait Les lilas (album « Je me suis fait tout petit ») :

« Quand je vais chez la fleuriste, je n’achète que des lilas/

Si ma chanson chante triste, c’est que l’amour n’est plus là/

Comme j’étais en quelque sorte, amoureux de ces fleurs-là/

Je suis entré par la porte, par la porte des Lilas. »

 

Trois mosaïques en hommage à Georges Brassens

A la fin des années 1980, en hommage à l’artiste, disparu en 1981, et en clin d’œil à sa chanson, la RATP installait sur les quais de la station Porte des Lilas (ligne 11, direction Châtelet) trois panneaux de mosaïque en grès émaillé de 16 m², insérés dans les cadres de faïence dorée réservés aux anciennes affiches publicitaires. Les voyageurs du métro peuvent toujours les admirer… mais pour combien de temps encore ?

 

Porte des Lilas - quai avec mosaiques Georges Brassens

Quai de la station porte des Lilas sur la ligne 11 – VV

Ces panneaux représentent l’un le portrait de Georges Brassens, tel qu’en lui-même, avec sa moustache, son regard franc, sa fameuse pipe en bouche, l’air légèrement rieur, et les deux autres des branches de lilas en fleurs.

Les trois fresques sont l’œuvre des mosaïstes Pepsy, Michel L’Huillier et leur fille Mathilde L’Huillier. Elles rendent hommage à Georges Brassens et à son iconique chanson Les lilas. Elles rappellent aussi qu’il fut un temps pas si lointain où les espaces champêtres et les débits de boissons des Lilas attiraient les Parisiens en quête de distractions dominicales.

 

Mosaiques de Georges Brassens et de lilas à la station porte des Lilas

Georges Brassens, mosaïques de Pepsy, Michel L’Huillier et Mathilde L’Huillier – VV

 

Attention, travaux…

Dans le cadre du prolongement actuel de la ligne 11 du Métro, la réfection des murs de la station Porte des Lilas a été entreprise. Et les trois belles mosaïques représentant Georges Brassens et les bouquets de lilas sont en DANGER de disparition. Elles sont dégradées par des infiltrations et il semblerait que la réfection en cours n’inclut ni leur remise en état, ni même leur préservation. Pourtant, elles constituent un rare exemple de cette technique sur les murs du Métro parisien, associé au souvenir d’un chanteur et poète anarchiste qui fait aussi partie de notre patrimoine ! 

Alors, l’association Racines du 93, présidée par Sylvain Oerlemans, a décidé de réagir. Elle a lancé une pétition en ligne afin d’attirer l’attention sur cette œuvre patrimoniale et de la sauver de la destruction. Mise en ligne l’été dernier, la pétition récolte pour le moment plus de 7 600 signatures.

Georges Brassens avait un autre lien un peu oublié avec la porte des Lilas : en 1957, il avait accepté par amitié pour René Fallet, de faire l’acteur aux côtés de Henri Vidal, Pierre Brasseur et Dany Carrel dans le film de René Clair intitulé Porte des Lilas ; il y tenait le rôle de l’Artiste, guitariste et chanteur. Ce fut l’unique film auquel Brassens participa.

 

Affiche du film Porte des Lilas

Affiche du film Porte des Lilas (1957)

 

Mais il faut savoir que le film fut tourné aux Studios de Boulogne et qu’on n’y voit donc aucune image réelle du quartier de la porte des Lilas, ni de la fameuse Zone qui existait alors là où passe aujourd’hui le périphérique, ni de la station de métro Porte des Lilas, tels qu’ils étaient dans les années 1950. Et la chanson Les lilas n’y est pas chantée…

 

Pour signer la pétition, c’est par ici : Sauver les 3 mosaïques de Georges Brassens à la station Porte des Lilas

Pour en savoir plus sur l’œuvre des mosaïstes L’Huillier :  Du pixel à la mosaïque, la saga de la famille L’Huillier

Pour voir le reportage de France 3 Paris-Ile-de-France : Non au démontage de la fresque de Brassens

 



De Ménilmontant à Ménilmuche

 

Des trois quartiers qui forment maintenant le 20e arrondissement de Paris, longtemps Ménilmontant n’a pas eu d’existence administrative, au contraire de Belleville et Charonne qui étaient déjà des villages sous l’Ancien Régime.

Et pourtant une identité manifeste s’est élaborée peu à peu lorsque surgit, au XIXème siècle, de la campagne vinicole qui bordait l’Est de Paris, un quartier populaire densément peuplé. L’esprit frondeur de ce monde interlope chanté par Maurice Chevalier imprègne encore maintenant les bars qui s’égrènent à Ménilmuche, depuis la rue Oberkampf tout le long de la rue de Ménilmontant.

 

Rue de Ménilmontant

La rue de Ménilmontant

 

Cette conférence, présentée par Marie-Madeleine Massé, conservatrice honoraire du Patrimoine, s’articule autour de deux approches :

  • un parcours historique montre comment cet espace champêtre décrit par Jean-Jacques Rousseau au 18ème siècle, s’est urbanisé autour des châteaux et « folies » dont le Pavillon Carré de Baudouin reste le témoignage.
  • une découverte géographique en remontant la rue de Ménilmontant pour pointer les manifestations d’une vitalité actuelle remarquable, notamment dans le domaine des arts plastiques et de la scène, ainsi que les vestiges de son passé champêtre.

 

Elle a lieu :

📅  Jeudi 6 février 2025
🕡  À 20h00 précises
🪧  Au Dorothy, café-atelier associatif   85 bis Rue de Ménilmontant, 75020 Paris – bus 96 – métro Ménilmontant ou Gambetta

  Entrée libre dans la limite des places disponibles

 

Le pavillon Carré de Baudouin

Pavillon Carré de Baudouin

 



Le bâti faubourien de Charonne 1820-1920


Bulletin n°83

 

Vers les années 1820, l’urbanisation des territoires de l’Est parisien démarre, avec l’arrivée massive d’entreprises et de manufactures s’installant sur des terres peu peuplées jusque-là.
Prolongement du faubourg Saint Antoine, Charonne écrit une histoire particulière dans le 20e arrondissement, avec un réseau de rues et de passages « en peigne » hérité des terres maraichères et des vignobles. Il donne lieu à un urbanisme marqué par une forte concentration de maisons dites faubouriennes, un patrimoine ouvrier et artisan construit tout au long du XIXème siècle.
Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV, et Delphine Lenicolais nous avaient présenté, lors d’une conférence le 24 octobre 2024 à la mairie du 20e, ce bâti faubourien indissociable de l’histoire de ce quartier et de ses habitants.

Tiroir de vidange des eaux usées dans l’escalier du 51 rue des Orteaux – Photo extraite du livre « Si le quartier Réunion m’était conté » du Dr Longueville

Retrouvez-le dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus, sous format imprimé ou sous format pdf téléchargeable.

Les événements en France, à Paris et dans le 20e il y a 50 ans

Comme chaque année depuis deux ans, nous rappelons ce qui s’est passé il y a tout juste 50 ans. Vous pouvez consulter les années antérieures, en cliquant directement sur celles de 1972 et 1973.

Voyons tout d’abord, les événements au plan national. Sans oublier Yves Coppens (au Père Lachaise) et l’Éthiopie. Le 24 novembre, lui et son équipe découvrent le squelette de Lucy datant de plus de trois millions d’années.

1974, regard rapide sur ce qui s’est passé en France

Georges Pompidou décède et Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République. Dès son élection, la majorité civique passe de 21 à 18 ans et la loi Veil légalisant l’IVG est votée. René Dumont se présente comme premier candidat écologiste, il obtient 1,34% des voix.

Parmi les innovations de la vie courante, Roland Moreno invente la carte à puce, les Post-it apparaissent, et le premier article de consommation avec un code-barres est scanné dans un supermarché.

Et dans la rubrique loisir/culture, au cinéma, nous pouvions voir Stavisky (lui-même au Père Lachaise) réalisé par Alain Resnais, et Lacombe Lucien de Louis Malle qui obtient le Prix Méliès (lui-même au Père Lachaise).

"Lacombe Lucien" film de Louis Malla

Lacombe Lucien en dvd-esc distribution

Enfin, comme chanson populaire, celle de Daniel Guichard avec son succès : « Mon vieux ». Elle figure parmi les meilleures ventes de 45 tours avec 554 500 ex. La chanson « Les Mots bleus » de Christophe aura également sa part de succès dans la durée.

Que s’est- il passé à Paris en 1974 ? 

  • Le guide Paris Pas Cher est créé par Anne et Alain Riou
  • L’aéroport de Paris-CDG/Roissy est inauguré le 8 mars. Dénommé aujourd’hui le Terminal 1, le premier avion décollera cinq jours plus tard.
  • Les Halles de Paris ont disparu, les grands travaux démarrent et piétinent, les décisions changent… et les parisiens vont vivre 7 ans avec ce lieu que la presse baptisera comme restant le fameux « trou des Halles »… déjà comparé avec celui de la Sécu qui n’en finit pas
Le trou des halles en place pendant 7 ans

Le trou des Halles en 1973-Archives de Paris

  • La RATP a modernisé son réseau ferré. Elle vient de passer un cap, celui d’avoir renouvelé la moitié de ses 3500 voitures datant d’avant la guerre.
  • Le premier Salon d’art contemporain -dénommée plus tard la FIAC (Foire internationale d’art contemporain)- est créée par des galeristes parisiens à l’ancienne gare de la Bastille. L’artiste Ben, l’auteur d’une peinture murale bien reconnaissable rue de Belleville/place Fréhel, fait partie des premiers exposants. Il vient de décéder en cet été 2024.

Enfin encore plus près du 20e, la prison de la petite Roquette conçue par l’architecte Hippolyte Lebas et inaugurée en 1830, est définitivement fermée. Commence alors sa destruction en mars de cette même année.   

1974 dans le 20e arrondissement

Le journal du conseil du quartier datant de 2012 nous apprend que deux jeunes tunisiens travailleurs sans-papiers entament une grève de la fin pour obtenir la régularisation de leur situation. Ils sont accueillis à l’église Notre-Dame de la Croix. En février, des habitants du quartier forment un comité de soutien, et finalement ils obtiendront satisfaction.

Des immeubles insalubres sur les hauts de Belleville sont détruits en avril.

Toujours dans le 20e, les équipes de chez Bull créent la ligne « GCOS 7 ». Il s’agit de produits d’une nouvelle génération, une avancée industrielle telle que certains éléments matériels ont par la suite intégré le musée des Arts et Métiers. 

Concernant la réforme de l’urbanisme, le conseil de Paris souhaite moins de constructions élevées. Il examine à partir du 12 novembre le plan d’occupation des sols (POS) de la capitale. Ainsi, proposition est faite notamment pour le 20e de ramener le plafonnement de toutes les hauteurs, à l’époque limité à 50 mètres, pour les abaisser à :

  • 37 mètres sur le site de Belleville et Cours de Vincennes.
  • 25 mètres sur le secteur rue des Pyrénées

En ce qui concerne notre théâtre national, le directeur du TEP, Guy Rétoré, ne sera pas remplacé par Marcel Maréchal. Après différentes controverses à l’intérieur du milieu artistique,  Marcel Maréchal, codirecteur du Théâtre du 8e arrondissement de Lyon, ne souhaite finalement plus être candidat,

En août apparaissent des inscriptions antisémites dans les quartiers de Saint-Paul et de Belleville.

L’écrivain Clément Lépidis réalise un reportage « Il était une fois Belleville ». Son documentaire recueille les témoignages d’anciens habitants du quartier.

Le premier gala de l’AMI a lieu en octobre à la Mairie du 20e

Le quartier Saint Blaise métamorphosé

Et puis, il nous reste bien-sûr à nous rappeler la refonte de notre quartier Saint Blaise. Un important projet d’urbanisme avait déjà commencé à être mis en application et les travaux ont été entamés. Mais arrive cette année 1974, avec le changement de président de la République et le changement de décisions qui a suivi.

 

Charonne de 1800 à nos jours

Couverture du bulletin n° 68 « Charonne de 1800 à aujourd’hui »

Avec la mobilisation des habitants du quartier représentés par le CLAD XXe (Comité de Liaison pour l’Animation et le Développement du XXe arrondissement), certaines grandes opérations sont annulées ou revues si elles avaient déjà commencé à être réalisées… annulée, tout comme le projet d’une autoroute pénétrant dans Paris par la rue de Bagnolet.

Alfred Nakache le nageur olympique, le champion rescapé et son centre sportif

Le nom d’Alfred Nakache est gravé depuis cinq ans au panthéon mondial de la natation, un musée situé en Floride, à Fort Lauderdale.  Une consécration pour ce champion aux multiples médailles d’avant et après la guerre, arrêté par la Gestapo puis déporté.

Pourtant, peu de gens connaissent cet ancien champion français de natation. Son nom est malgré tout opportunément réapparu en cette année 2024, associé aux exploits olympiques de Léon Marchand.

Il est vrai qu’à ces jeux olympiques en France 2024, les victoires françaises aux épreuves de natation ont été impressionnantes. À sa tête, Léon Marchand quintuple médaillé devenu une star internationale. Au point que pour la deuxième année consécutive, le journal l’Équipe vient ce 26 décembre 2024 de l’élire champion de l’année.

Alfred Nakache et Léon Marchand

Or, cette même année, de nombreux médias ont fait le lien entre lui et Alfred Nakache un peu oublié. Il en était bien autrement au milieu du vingtième siècle, à propos de cet ancien champion de natation au parcours humain et sportif hors du commun. Son nom est revenu aujourd’hui au plan national et même international.

Parmi les médias français qui associent leurs noms, citons France bleu, le Figaro, le Monde, Le Point, le Parisien, le Midi-Libre, le Nouvel Obs, les différentes stations de Radio France… Ainsi dans sa partie magazine, l’article du Monde daté du 29 septembre dernier titrait : « D’Alfred Nakache à Léon Marchand, Toulouse, reine des bassins ».

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Léon Marchand et Alfred Nakache dans la presse 2024

Léon Marchand et Alfred Nakache-Extrait depuis Google

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Qu’ont-ils effectivement en commun ? Tout d’abord, ils ont fait partie du même club de natation, le Toulouse Olympique Employés Club (TOEC). Tous les deux se sont entraînés dans cette même piscine toulousaine, celle qui portera au moment de la guerre le nom d’Alfred Nakache.

La première piscine au nom d’Alfred Nakache 

Pourquoi cette décision de la dénommer ainsi dès le 9 octobre 1944 ? Il faut savoir qu’en août 1944, la presse vient d’annoncer son décès, et son club -qui a aussi aidé son champion durant cette période tragique- le croit mort. Alors en apprenant la nouvelle, le TOEC prend rapidement la décision d’attribuer son nom à la piscine.

Alfred Nakache donné comme mort

La mort annoncée d’Alfred Nakache-France-soir du 30 août 1944

Et puis, le 28 avril 1945 à la surprise de tous, Alfred Nakache est revenu d’Auschwitz. Il se trouve dans un triste état mais bien vivant. De 85 kilos avant la déportation, il en est revenu avec un poids de 41 kg et il découvre alors la piscine portant son nom. Puis sans attendre, il va reprendre son entrainement et dès l’année suivante, à la surprise de tous, il ira jusqu’à récolter de nouvelles médailles.

Champion de France, déporté juif 

Alfred Nakache est né à Constantine en 1915 dans une famille juive de 11 enfants. Qui peut imaginer ce que confiera son frère Robert, à savoir qu’Alfred tout jeune détestait l’eau. On connait la suite : dès 1935 il remporte le championnat de France en brasse papillon. Au total il obtiendra 21 médailles nationales.

Alfred Nakache aux JO de Berlin en 1936

Relais 4×200 aux JO de Berlin en 1936.  Au centre, Alfred Nakache-Musée National du Sport

 

En 1936, il figure parmi les membres de l’équipe de France aux JO de Berlin alors que les juifs allemands n’ont pas le droit de s’y présenter. En finale du relais 4×100 m nage libre, les français finissent quatrième. Pas de médaille donc pour eux, mais les allemands, chez eux, finissent juste derrière, à la cinquième place. Un échec sous l’Allemagne nazi.

Nakache aux Tourelles en 1938

Nakache aux Tourelles-Le Jour, 28 août 1938

Arrive le régime de Pétain et sa législation antisémite, il perd alors son poste de professeur d’éducation physique au lycée Janson de Sailly.

Et pourtant, ce champion français est vécu comme si indispensable qu’il peut exceptionnellement continuer à nager pendant les premières années de la guerre. Il ira jusqu’à battre le record du monde du 200m en 1941. Et en 1942 il cumule ses records au point de paraître cinq fois en tant que champion de France.

 

La déportation d’Alfred Nakache à Auschwitz

En décembre 1943, il sera finalement raflé. Sa déportation commencera en janvier 1944 à Auschwitz avec sa femme Paule et sa fille Annie âgée de deux ans. Elles finiront toutes les deux tuées sur place comme il l’apprendra plus tard.

Surnommé le nageur d’Auschwitz, les nazis le reconnaissent et il sera victime d’humiliations supplémentaires. Les officiers SS jetaient leurs poignards au fond d’un bassin de rétention d’eau et l’obligeaient à aller les chercher avec les dents. Mais lui, de son côté, en été 1944, allait effectuer en cachette quelques longueurs chaque dimanche dans le dos des SS, avec la complicité d’autres prisonniers qui faisaient le gué.

Livre le Nageur par Pierre Assouline

Le Nageur par Pierre Assouline, éditions Gallimard

Un héros ordinaire, un type bien comme le dit si aimablement l’historien Pierre Assouline. Il avait auparavant intégré la résistance juive à Toulouse avant finalement de se faire arrêter. De forts soupçons se sont alors porté sur son rival, le nageur Jacques Cartonnet, qui l’aurait livré, alors que lui est devenu milicien. Pour l’ensemble de ses faits pendant la guerre, Cartonnet sera condamné à mort par contumace comme milicien en 1945.

Les médailles de l’après-guerre

Dès son retour de déportation, Alfred Nakache revient à la compétition avec succès. Citons simplement sa performance le 8 août 1946 à la piscine des Tourelles. Ce jour-là, il est devenu champion de France et recordman du monde 3 × 100 m trois nages, avec Georges Vallerey -nouveau nom de la piscine des Tourelles– et Alex Jany.

Nakache, record d'Europe au 4x200m en 1946

Nakache et son record d’Europe avec les frères Vallerey-Combat, 25/09/1946

Au total aujourd’hui, la longue liste de ses exploits lui vaut à nouveau sa renommée, lui le spécialiste de la brasse papillon et de la nage libre, également prof de gym et même joueur olympique de water-polo.

En 1983, il meurt à 67 ans d’une crise cardiaque, simplement en nageant comme il le faisait chaque jour.

Yonathan Arfi, petit-neveu d’Alfred Nakache

Ce 4 mai 2024, France Culture a pour invité Yonathan Arfi. Il est le petit-neveu d’Alfred Nakache et actuel président du CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, créé en juillet 1943.

Yonathan Arfi présente son institution comme l’équivalent du CNR pour la communauté juive croyante et non-croyante. Il tient la laïcité comme valeur fondamentale. En début d’émission, nous apprenons qu’il regarde chaque matin dans son bureau la photo de son grand-oncle, celle en couverture de Match datée du 21 juillet 1938.

La récente piscine rue Dénoyez

Quant à la piscine du bas Belleville qui porte son nom, elle a été construite relativement récemment. À l’initiative de la mairie du 20e arrondissement, le Conseil de Paris délibère en avril 2005. Les élus émettent ce vœu, à savoir que : « Le nom d’Alfred Nakache soit donné à la (future ) piscine située au 4-12 rue Dénoyez », avec comme objectif son ouverture en 2007.

Centre sportif Alfred Nakache au bas Belleville

Centre sportif Alfred Nakache-PG

Cette piscine innovante, construite par l’agence Berger et Anziutti, sera finalement inaugurée le 2 avril 2009 par le maire de Paris, Bertrand Delanoë. L’ouverture au public date du 11 avril suivant.

Sur son site, l’architecte Patrick Berger présente son œuvre en débutant ainsi

« Nager sur rue

La piscine est reliée à la rue d’un seul trait. Son volume parallélépipédique croise le volume parallélépipédique de la rue Dénoyez : dehors, on voit des lignes d’eau se diriger vers la chaussée ; dedans, en nageant, on se dirige vers les passants. La tête hors de l’eau est à un mètre au-dessus du niveau du trottoir, si bien que les plans aquatiques et le sol urbain se confondent presque, la natation est en ville. »

Centre sportif Alfred Nakache, dessin de l'architecte

Centre sportif Alfred Nakache, dessin de l’architecte-PB

Ce centre sportif au coût estimé à 28M€, dispose d’un bassin sportif de 25m, un bassin d’apprentissage de 12,50m et une pataugeoire pour les enfants.

L’actualité du centre sportif en 2024

Plus qu’une simple piscine, cet espace est aussi dédié à plusieurs activités sportives animées par des associations sportives locales. Dans une tribune insérée le 12 avril dernier dans Mon petit 20e , nous apprenons un litige en cours : la salle de danse occupe un espace en passe d’être affecté à une autre activité sportive

Une autre compétition en perspective.

Une plaque commémorative au nom de Manu Dibango boulevard de Charonne

En cette année 2024, deux évènements commémoratifs ont eu lieu dans le 20e. Deux artistes mondialement connus, tous deux décédés quatre ans plus tôt ont habité dans nos quartiers : Manu Dibango le 24 mars 2020 et le chanteur Idir le 2 mai de la même année.

Parce qu’ils ont été tous les deux fortement attachés à notre arrondissement, la Ville et sa mairie ont tenu cette année à marquer durablement leur reconnaissance.

Manu Dibango, une plaque commémorative devant son immeuble

Ce 22 juin 2024, une plaque commémorative dédiée à Manu Dibango a été dévoilée au 176 boulevard de Charonne, juste en face du Père-Lachaise. Il a résidé et a travaillé à cette adresse de 1980 à 1993. À propos du cimetière, il avait l’habitude de le surnommer « mon voisin ». En dernier lieu, il est allé rejoindre son  « voisin » pour s’y installer définitivement.

Véritable « homme-orchestre » en tant qu’artiste, Manu Dibango a été à la fois saxophoniste, pianiste, compositeur et chanteur camerounais de renommée mondiale… Mais aussi gérant de club, créateur de son big band, producteur, homme de radio et de télévision.

Manu Dibango au Père Lachaise Photo 2024-PG

Manu Dibango au Père Lachaise Photo 2024-PG

L’inauguration de la plaque à son nom

On le sait peut-être moins mais dès 2004 L’UNESCO l’avait nommé ambassadeur de la Paix. Il était donc normal que la ville associe l’Unesco à l’inauguration de cette plaque en son honneur, en présence de sa famille et de plusieurs personnalités. Aux côtés d’Éric Pliez, maire du 20ᵉ arrondissement, Arnaud Ngatcha -lui-même d’origine camerounaise- était présent en tant qu’adjoint à la maire de Paris chargé de l’Europe, des Relations Internationales et de la Francophonie.

À l’origine, la demande de cette plaque a été présentée à l’Hôtel de Ville sous forme d’un vœu par Éric Pliez maire du 20e, en séance du 5 juillet 2022. En voici un extrait :

« Pour l’ensemble de son œuvre, Manu DIBANGO a été le premier musicien africain à recevoir en 2003 le Grand prix de l’académie Charles Cros. La légion d’honneur lui fut également décernée en 2010…

Parrain de nombreux talents en devenir, il fut artiste de l’UNESCO pour la paix en 2004 « pour sa contribution exceptionnelle au développement des arts, de la paix et du dialogue des cultures dans le monde », grand témoin de la Francophonie aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Rio en 2016 et signataire en 2018 d’une tribune publiée dans le journal Le Monde contre le réchauffement climatique « Le Plus Grand Défi de l’histoire de l’humanité ».

 

Plaque en mémoire de Manu Dibango dans le 20e

Plaque en mémoire de Manu Dibango bvd de Charonne -PG

Au Père-Lachaise et dans le 20e, Manu Dibango non loin de Idir

Autre point commun entre Manu Dibango et Idir : l’Unesco. Trois mois après la mort de Idir, l’Unesco lui rendait hommage sous forme d’un message soulignant la qualité de Idir, «un ambassadeur éminent des cultures kabyle et berbère ». Deux mois avant l’inauguration de la plaque dédiée à Manu Dibango, le chanteur Idir aura obtenu un Square  qui portera son nom rue de Ménilmontant.

Enfin, le hasard a fait que tous deux sont enterrés la même année au Père Lachaise, à cinquante pas l’un de l’autre près de l’entrée Gambetta.

Les autres hommages rendus à Manu Dibango dans le 20e

Toujours localement en hommage à Manu Dibango, le Studio de l’Ermitage a accueilli le 28 mai 2022 un concert organisé par le groupe Anbessa.

Autre forme de reconnaissance, en 2021, l’artiste SEBD, en collaboration avec l’Association le Ratrait, a réalisé rue du Retrait une œuvre de street art. Cette fresque ci-dessous, aujourd’hui recouverte par une peinture de façade, témoigne de l’impact culturel de Manu Dibango dans nos quartiers.

Manu Dibango peint rue du Retrait

Manu Dibango peint sur le mur de la rue du Retrait photo oct 2021 -PG

Et tout récemment en vue de l’inauguration de cette plaque prévue le 22 juin 2024, le Conseil Syndical de l’immeuble a apposé une affiche -illustrée à son image- à destination de ses habitants. La photo ci-dessous étant de mauvaise qualité, en voici le contenu :

LE CONSEIL SYNDICAL

Plaque commémorative MANU DIBANGO

La cérémonie de dévoilement de la plaque en hommage à Manu Dibango, qui a vécu dans l’immeuble jusqu’en 1993, aura lieu le samedi 22 juin á 11h. Seront présents, Éric Pliez, maire du 20e, plusieurs membres de la famille. dont notamment deux de ses enfants ayant grandi ici, sa petite fille Victoria, et peut-être l’ambassadeur du Cameroun.

La cérémonie durera 45 minutes et sera suivie du dévoilement de la plaque qui aura été posée au niveau de l’entrée de l’immeuble. Nous proposons de poursuivre ces moments par une fête des voisins et invitons celles et ceux qui le souhaitent à apporter boissons, tartes salées… Le conseil syndical

 

Manu di Bango annonce de l'inauguration de la plaque

Manu di Bango affiche du Conseil syndical 2024

Tous ces événements mettent fortement en valeur l’empreinte durable de Manu Dibango dans le 20ᵉ.



Les 60 ans du Maitron

 

Qu’y a-t-il de commun entre Madeleine Riffaud, Ambroise Croizat, Missak Manouchian, Joséphine Baker, Jacques Delors ? Ils ont tous un lien avec le 20e arrondissement, nous en avons parlé sur notre site et leur parcours figure dans le Maitron.

Comme le Larousse, le Harrap’s ou le Gaffiot, le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français a pris le nom de son créateur, l’historien Jean Maitron. C’est en 1964 que parait le premier tome d’une série qui comportera plus de 70 volumes dans sa version papier, dictionnaires thématiques et internationaux inclus.

Le Maitron 2e période tomes 4 à 9

Tomes 4 à 9 du Maitron    © Vu du bourbonnais

 

Jean Maitron, un historien militant d’origine populaire

Jean Maitron est né en 1910 dans la Nièvre, son grand-père était cordonnier, ses parents instituteurs. Il est lui-même instituteur jusqu’en 1955 dans la région parisienne, il enseigne ensuite pendant 3 ans dans un collège de Courbevoie, et ce n’est qu’à 48 ans qu’il obtient un détachement au CNRS. Militant communiste depuis 1930, après un aller-retour en 1934 il quitte définitivement le Parti Communiste en 1939 lors du pacte germano-soviétique qui est pour lui un grand choc et une trahison morale. Il décide alors de se consacrer à l’histoire sociale (« Je m’étais accroché à une bouée de sauvetage, l’histoire » écrit-il plus tard). Il entreprend après la guerre une thèse d’État sur l’histoire du mouvement anarchiste, il fonde le Centre d’histoire sociale et crée la revue l’Actualité de l’histoire qui deviendra le Mouvement social. Il est ainsi l’un des premiers introducteurs de l’histoire ouvrière à l’Université.

Photographie de Jean Maitron en 1981

Jean Maitron lors d’un entretien en 1981     © Maitron

 

La folle aventure du Maitron

Jean Maitron commence en 1954 la création des fiches biographiques qui constitueront le dictionnaire. Il lance en 1958 un appel en vue d’une collaboration à la réalisation d’un Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français et réunit ainsi une première équipe d’une centaine d’historiens pour bâtir cette œuvre collective ; pendant 60 ans, plus de 1 500 personnes contribuent ou ont contribué au dictionnaire en rédigeant des notices biographiques.

Le dictionnaire comprend aujourd’hui environ 220 000 notices. Il est découpé en cinq périodes :

  • 1789 – 1864 : De la Révolution française à la fondation de la première Internationale
  • 1864 – 1871 : De la fondation de la première Internationale à la Commune
  • 1871 – 1914 : De la Commune à la Grande Guerre
  • 1914 – 1939 : De la Première à la Seconde Guerre mondiale
  • 1940 – 1968 : De l’Occupation à Mai 68

Déjà couramment appelé le Maitron par ses utilisateurs, le dictionnaire prend officiellement le nom de son fondateur en 1981 à la demande de l’éditeur.

 

Notices de la 1ere période du Maitron représentées sur une carte de France par commune d'activité

Répartition géographique des notices de la 1ère période     © Maitron

 

Parallèlement, l’équipe du Maitron publie des dictionnaires biographiques internationaux (Autriche, Grande-Bretagne, Japon, Chine, Maroc, Komintern, La Sociale en Amérique, Algérie…) et thématiques (gaziers-électriciens, cheminots, anarchistes, enseignants et personnels de l’éducation, militants du Val-de-Marne, ouvriers du livre, du papier et du carton…)

 

Le Maitron après Jean Maitron

Claude Pennetier, son plus proche collaborateur, est associé à la direction de l’ensemble de l’œuvre à partir de 1984. Lorsque Jean Maitron décède en 1987, la 4e période 1914-1939 n’est pas encore achevée et Claude Pennetier reprend le flambeau.

A la fin des années 90, les quelques 70 volumes papier deviennent encombrants sur les étagères des bibliothèques, le Maitron prend alors le virage du numérique en éditant des CDRom, puis en créant un site internet à accès restreint. Depuis décembre 2018, le site du Maitron est ouvert gratuitement à tous, les 220 000 notices sont accessibles à tout public. Chaque mois, 100 000 internautes y naviguent.

Pour la 5e période, de l’Occupation à Mai 68, de nouvelles formes d’engagement militant (mouvements anticolonialistes, féministes, anti-nucléaires, …) sont intégrées et Claude Pennetier change l’intitulé de l’ouvrage qui devient Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social.

Si les femmes ne sont pas oubliées, elles représentent malheureusement une faible partie des notices (à peine 12 000 sur un total de 220 000), les sources les concernant étant très restreintes.

 

Statistiques sur les notices du Maitron en 2020

Répartition par période et dictionnaire thématique des 200 000 notices disponibles en ligne en 2020    © Maitron

 

Une œuvre collective plurielle

Depuis 1964, le Maitron est édité par les Éditions Ouvrières, à l’origine maison d’édition de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), devenues en 1993 les Éditions de l’Atelier. Profondément attaché à l’école laïque, Jean Maitron manifeste du respect pour l’apport du christianisme social au mouvement ouvrier ; dès le début, le directeur des Éditions Ouvrières soutient ce projet un peu fou et ils coopèrent donc sans état d’âme.

Jean Maitron a été un maître d’œuvre tenace dont l’autorité intellectuelle et morale a permis de réunir des historiens aux options politiques et sociales différentes (socialistes, communistes, anarchistes, libertaires, chrétiens, libéraux…) et aux formations diverses.

Dans l’avant-propos de la quatrième période, il écrit :

Certes il leur a été promis par moi, à l’aube de tout engagement, que leur serait effectué, lors de l’édition, le versement d’une quote-part de droits d’auteur, mais je leur suis reconnaissant de n’avoir jamais plus soulevé ce problème par la suite. Je tiendrai parole mais je suis cependant fondé à parler, en ce qui les concerne, de travail gratuit, de travail passionné et militant, ce qui en dit toute la valeur et une telle collaboration confère au Dictionnaire une qualité qu’aucun autre genre d’édition ne peut escompter…

 

« Doute et agis »

La dimension militante de l’ouvrage s’accompagne d’une qualité scientifique de renommée internationale.

La singularité de la démarche de Jean Maitron réside dans le choix historiographique de ne pas se contenter de faire figurer les grands dirigeants des organisations du mouvement ouvrier, les noms les plus connus, mais d’aller chercher les oubliés de l’histoire, « les obscurs, les sans-grade », comme il le disait, dont les notices sont parfois réduites à quelques mots, faute d’information disponible sur ces anonymes.

Pour lui, les « grands » et les « petits » ont autant d’importance et méritent leur place dans le dictionnaire. C’est aussi un choix politique dans la manière d’aborder le mouvement ouvrier que de refuser le culte des dirigeants.

Historien de gauche sans sectarisme, Jean Maitron a pris ses distances par rapport à une histoire hagiographique et a fait sienne la maxime « Doute et agis ».

Depuis 60 ans, la folle entreprise du Maitron est une œuvre collective monumentale toujours en construction.

 

Maitron papier 1984 : page d'Ambroise Croizat

Une page du Maitron en 1984    © Maitron

 

Le site Maitron en ligne - notices de personnalités liées au 20e et d'obscurs

Quelques exemples extraits du Maitron en ligne         © Maitron

À l’occasion de ce 11 novembre 2024, nous republions cet article paru le 8 novembre 2022. Retour sur 1934 au Père Lachaise,  devant le tout nouveau monument  « AUX GARIBALDIENS DE L’ARGONNE ET VOLONTAIRES ITALIENS». Pourquoi garibaldien ? Une explication et un acte criminel le jour de l’inauguration.

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Le maréchal Pétain présent à l’inauguration

le jour de l’attentat à la bombe derrière le monument 

Chaque 11 novembre, le maire du 20e dépose -avec d’autres institutions représentatives- une gerbe devant tous les monuments au Père Lachaise dédiés aux combattants étrangers morts pour la France.

Parmi eux se trouve celui à la mémoire des garibaldiens et des volontaires italiens de la Grande guerre. Il a été inauguré le 27 mai 1934 en présence du Maréchal Pétain, alors tout nouveau ministre de la Guerre depuis le 9 février 1934.

Première cérémonie militaire au Père Lachaise

Inauguration en 1934 du monument garibaldien-extrait du journal L’Illustration

Pétain à l’Hôtel de Ville la veille de l’inauguration

Entré pour la première fois dans un gouvernement, le maréchal Pétain est nommé ministre de la guerre le 9 février 1934.

Sa désignation fait suite aux émeutes sanglantes place de la Concorde le 6 février 1934, lors d’une manifestation de droite/extrême droite. Il acceptera ce portefeuille  en y mettant une condition : « Je suis à la disposition de la France. Mais je n’ai jamais fait de politique et je ne veux pas en faire »…

Une contre-manifestation des partis de gauche  aura lieu le 12 février avec comme lieu de rendez-vous, l’angle de la rue des Pyrénées et du cours de Vincennes.. L’Excelsior nous en rend compte en première page :

1934 deux ans avant le front populaire

Manifestation de la Gauche en réaction à celle du 6 février-Excelsior 13 février 1934

Une partie de la colonne, désirant remonter vers Belleville et Ménilmontant, se dirigea vers la place Gambetta où, depuis de longues heures déjà, deux pelotons de gardes à cheval tournaient en rond afin d’empêcher tout rassemblement. A quelques centaines de mètres avant d’arriver à la place, les manifestants rencontrèrent un barrage d’agents et de gardes mobiles. Aucune bagarre ne se produisit cependant, grâce à la présence d’esprit des éléments du service d’ordre.

… Et pourtant Pétain en appelle au rapprochement des deux nations. Nous sommes alors le 26 mai 1934 à l’Hôtel de Ville, lors de la cérémonies anniversaire offerte en l’honneur des garibaldiens invités par la France, 

Mussolini est déjà à la tête de l’Italie depuis octobre 1922… et très exactement cent ans plus tard, son nom reste toujours d’actualité, comme la référence d’extrême droite revendiquée par Giorgia Meloni, sa toute nouvelle première ministre.

La cérémonie juste après l'attentat

L’inauguration. En bas, des garibaldiens à l’endroit de l’explosion et  le suspect, Ange Frascoya- Excelsior du 28 mai 1934

L’attentat au Père Lachaise juste avant la cérémonie

Ce 27 mai 1934 tout est prêt pour inaugurer le monument sur le terrain concédé par la ville de Paris

AUX GARIBALDIENS DE L’ARGONNE ET VOLONTAIRES ITALIENS

MORTS POUR LA FRANCE 1914 ET 1918

DANS TOUS LES COMBATS POUR LA LIBERTÉ

Et c’est alors que sur place juste avant la cérémonie, une bombe artisanale explose. Le journal La République daté du 28 mai 1934 nous fait part du témoignage d’un fossoyeur présent au moment de l’explosion :

Voici le récit qu’a fait de l’attentat un fossoyeur, M. Ange Perruche, qui, avec un de ses collègues, fut légèrement blessé par des éclats et des graviers :

« À 9 heures 30, ce matin, a déclaré M. Perruche, j’en avais terminé de mon travail, ainsi que plusieurs camarades — le dimanche d’ailleurs nous nous livrons à des travaux de cantonniers — et tranquillement nous nous dirigions vers la sortie du cimetière donnant du côté de la place Gambetta lorsque, soudain, au moment où nous approchions de l’estrade dressée pour la cérémonie et du monument qui lui fait face, nous fûmes arrêtés sur place, saisis, à demi étourdis, par une détonation semblable à un coup de canon.

Une fumée intense enveloppait le monument. Moi et mon camarade Robin étions atteints par plusieurs éclats de la bombe et par des graviers. En vérité, nous n’avions rien vu. Ce n’est qu’après que nous aperçûmes un homme qui s’enfuyait derrière un talus et un rideau de fusains »

Ange Perruche. âgé de 35 ans, demeurant 21, rue Carmen, à Bobigny, et Eugène Robin, âgé de 32 ans, domicilié 2. rue de la Sablière. à Drancy(…) ont pu, après pansement, regagner leur domicile.

L’enquête et l’arrestation du suspect

Après l’explosion de l’engin, très peu de dégâts matériels sont constatés : « quelques branches de fusains cassées, une petite excavation derrière le monument et des éclats dans les troncs d’arbres voisins. » selon le même journal.

Portrait du suspect

Ange Frascoya, le suspect de l’attentat

De son côté, le Matin daté du 28 mai 1934 nous apporte cette précision :  » Selon les enquêteurs du laboratoire municipal (…) l’appareil pensent-ils était muni d’un mouvement d’horlogerie, qui devait provoquer l’éclatement une heure plus tard, durant la cérémonie d’inauguration. »

Cela dit, huit fossoyeurs et jardiniers ont tout de même été blessés par l’explosion.

Enfin le jour-même, un suspect sera arrêté : Ange Frascoya, aide-monteur de son métier, lui-même né en Italie. Il sera conduit au commissariat du Père Lachaise place Gambetta, puis interrogé pendant 23 heures durant lesquelles il persistera à nier les faits :

« J’étais venu là en curieux, a-t-il déclaré aux enquêteurs, je n’avais aucune raison d’en vouloir aux garibaldiens. D’ailleurs, j’appartiens à une ligue fasciste et je ne lis aucun journal politique. »

Et finalement, nous n’en connaîtrons pas le mobile.

L’inauguration du monument garibaldien

À la suite de cet attentat heureusement sans trop de conséquences, le monument a pu être inauguré comme prévu, en présence du maréchal Pétain, et à ses côtés l’ambassadeur de Mussolini en France.

Monument vue d'angle gauche

Monument garibaldien avec à gauche une flamme avec la mention »Justitia »-PG

Rappelons la signification du monument dédié « AUX GARIBALDIENS DE L’ARGONNE ET VOLONTAIRES ITALIENS ». Dans le discours M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants nous remémore en 2015 les événements de 1915 en Argonne, région naturelle située près du département de la Meuse.

« Dès 1914, des volontaires italiens viennent combattre aux côtés de l’armée française. Parmi eux, 6 des petits fils de Giuseppe Garibaldi formeront alors le régiment des garibaldiens… En 1915, 2 200 soldats dont 1 800 volontaires garibaldiens sont engagés sous le commandement de Peppino Garibaldi (petit-fils de Giuseppe Garibaldi). L’Argonne nous raconte aussi l’histoire de tous ceux qui n’en revinrent pas. 590 Garibaldiens sont morts sur cette terre. »

Lors de la cérémonie, les représentants italiens ont fait le salut fasciste, y compris Ezio Garibaldi. Il faut dire qu’il existait alors trois associations garibaldiennes concurrentes, comme nous le rappelle Le Monde daté du 10 septembre 2014 :

« l’une fasciste, l’autre mémorielle et la troisième antifasciste. Cette dernière fournit de forts bataillons aux Républicains espagnols puis de nombreux Résistants. Cette mouvance était incarnée par un autre petit-fils de Garibaldi, Sante, qui se battit dans l’Argonne, s’engagea à nouveau dans l’armée française en 1940 puis devint résistant, fut déporté à Dachau et s’éteignit près de Bordeaux »

Cette cérémonie a lieu devant une troupe en armes, « une première dans un cimetière parisien » comme nous le précise le site de la ville de Paris.

Cérémonie annuelle au Père Lachaise

Devant le monument aux garibaldiens et italiens le 11 novembre 2022-PG

Le monument en lui-même

Il s’agit du monument en granit sculpté par Alberto Cappabianca,  un statuaire italien installé à Paris et qui a réalisé deux autres œuvres au Père Lachaise : celle du lieutenant d’escadrille Albert Rapilly, et du buste de la tombe Devé et Gautier.

Sur le socle au-dessus de l’épitaphe, un vers d’Edmond Rostand avait été gravé : LA FRANCE S’AGENOUILLE AUPRÈS DE LUI, REGARDE ET GRAVE, SE RELÈVE EN DISANT, IL MEURT BIEN

La sculpture elle-même représente un Garibaldien dévêtu, allongé et la tête posée sur les genoux d’une Marianne. Elle s’inspire de la pietà de Michel-Ange, à la basilique Saint-Pierre du Vatican, celle de la vierge Marie tenant le corps du Christ. La religion du Vatican liée à la laïcité française sans doute. 

Sur le socle du mémorial, nous pouvons également lire l’inscription « Justitia » à gauche et « Libertas » à droite.