« On va mettre Brassens à la poubelle ! »

Le cri d’alarme lancé par l’association Racines du 93

 

 

En 1957, Georges Brassens chantait Les lilas (album « Je me suis fait tout petit ») :

« Quand je vais chez la fleuriste, je n’achète que des lilas/

Si ma chanson chante triste, c’est que l’amour n’est plus là/

Comme j’étais en quelque sorte, amoureux de ces fleurs-là/

Je suis entré par la porte, par la porte des Lilas. »

 

Trois mosaïques en hommage à Georges Brassens

A la fin des années 1980, en hommage à l’artiste, disparu en 1981, et en clin d’œil à sa chanson, la RATP installait sur les quais de la station Porte des Lilas (ligne 11, direction Châtelet) trois panneaux de mosaïque en grès émaillé de 16 m², insérés dans les cadres de faïence dorée réservés aux anciennes affiches publicitaires. Les voyageurs du métro peuvent toujours les admirer… mais pour combien de temps encore ?

 

Porte des Lilas - quai avec mosaiques Georges Brassens

Quai de la station porte des Lilas sur la ligne 11 – VV

Ces panneaux représentent l’un le portrait de Georges Brassens, tel qu’en lui-même, avec sa moustache, son regard franc, sa fameuse pipe en bouche, l’air légèrement rieur, et les deux autres des branches de lilas en fleurs.

Les trois fresques sont l’œuvre des mosaïstes Pepsy, Michel L’Huillier et leur fille Mathilde L’Huillier. Elles rendent hommage à Georges Brassens et à son iconique chanson Les lilas. Elles rappellent aussi qu’il fut un temps pas si lointain où les espaces champêtres et les débits de boissons des Lilas attiraient les Parisiens en quête de distractions dominicales.

 

Mosaiques de Georges Brassens et de lilas à la station porte des Lilas

Georges Brassens, mosaïques de Pepsy, Michel L’Huillier et Mathilde L’Huillier – VV

 

Attention, travaux…

Dans le cadre du prolongement actuel de la ligne 11 du Métro, la réfection des murs de la station Porte des Lilas a été entreprise. Et les trois belles mosaïques représentant Georges Brassens et les bouquets de lilas sont en DANGER de disparition. Elles sont dégradées par des infiltrations et il semblerait que la réfection en cours n’inclut ni leur remise en état, ni même leur préservation. Pourtant, elles constituent un rare exemple de cette technique sur les murs du Métro parisien, associé au souvenir d’un chanteur et poète anarchiste qui fait aussi partie de notre patrimoine ! 

Alors, l’association Racines du 93, présidée par Sylvain Oerlemans, a décidé de réagir. Elle a lancé une pétition en ligne afin d’attirer l’attention sur cette œuvre patrimoniale et de la sauver de la destruction. Mise en ligne l’été dernier, la pétition récolte pour le moment plus de 7 600 signatures.

Georges Brassens avait un autre lien un peu oublié avec la porte des Lilas : en 1957, il avait accepté par amitié pour René Fallet, de faire l’acteur aux côtés de Henri Vidal, Pierre Brasseur et Dany Carrel dans le film de René Clair intitulé Porte des Lilas ; il y tenait le rôle de l’Artiste, guitariste et chanteur. Ce fut l’unique film auquel Brassens participa.

 

Affiche du film Porte des Lilas

Affiche du film Porte des Lilas (1957)

 

Mais il faut savoir que le film fut tourné aux Studios de Boulogne et qu’on n’y voit donc aucune image réelle du quartier de la porte des Lilas, ni de la fameuse Zone qui existait alors là où passe aujourd’hui le périphérique, ni de la station de métro Porte des Lilas, tels qu’ils étaient dans les années 1950. Et la chanson Les lilas n’y est pas chantée…

 

Pour signer la pétition, c’est par ici : Sauver les 3 mosaïques de Georges Brassens à la station Porte des Lilas

Pour en savoir plus sur l’œuvre des mosaïstes L’Huillier :  Du pixel à la mosaïque, la saga de la famille L’Huillier

Pour voir le reportage de France 3 Paris-Ile-de-France : Non au démontage de la fresque de Brassens

 



De Ménilmontant à Ménilmuche

 

Des trois quartiers qui forment maintenant le 20e arrondissement de Paris, longtemps Ménilmontant n’a pas eu d’existence administrative, au contraire de Belleville et Charonne qui étaient déjà des villages sous l’Ancien Régime.

Et pourtant une identité manifeste s’est élaborée peu à peu lorsque surgit, au XIXème siècle, de la campagne vinicole qui bordait l’Est de Paris, un quartier populaire densément peuplé. L’esprit frondeur de ce monde interlope chanté par Maurice Chevalier imprègne encore maintenant les bars qui s’égrènent à Ménilmuche, depuis la rue Oberkampf tout le long de la rue de Ménilmontant.

 

Rue de Ménilmontant

La rue de Ménilmontant

 

Cette conférence, présentée par Marie-Madeleine Massé, conservatrice honoraire du Patrimoine, s’articule autour de deux approches :

  • un parcours historique montre comment cet espace champêtre décrit par Jean-Jacques Rousseau au 18ème siècle, s’est urbanisé autour des châteaux et « folies » dont le Pavillon Carré de Baudouin reste le témoignage.
  • une découverte géographique en remontant la rue de Ménilmontant pour pointer les manifestations d’une vitalité actuelle remarquable, notamment dans le domaine des arts plastiques et de la scène, ainsi que les vestiges de son passé champêtre.

 

Elle a lieu :

📅  Jeudi 6 février 2025
🕡  À 20h00 précises
🪧  Au Dorothy, café-atelier associatif   85 bis Rue de Ménilmontant, 75020 Paris – bus 96 – métro Ménilmontant ou Gambetta

  Entrée libre dans la limite des places disponibles

 

Le pavillon Carré de Baudouin

Pavillon Carré de Baudouin

 



Le bâti faubourien de Charonne 1820-1920


Bulletin n°83

 

Vers les années 1820, l’urbanisation des territoires de l’Est parisien démarre, avec l’arrivée massive d’entreprises et de manufactures s’installant sur des terres peu peuplées jusque-là.
Prolongement du faubourg Saint Antoine, Charonne écrit une histoire particulière dans le 20e arrondissement, avec un réseau de rues et de passages « en peigne » hérité des terres maraichères et des vignobles. Il donne lieu à un urbanisme marqué par une forte concentration de maisons dites faubouriennes, un patrimoine ouvrier et artisan construit tout au long du XIXème siècle.
Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV, et Delphine Lenicolais nous avaient présenté, lors d’une conférence le 24 octobre 2024 à la mairie du 20e, ce bâti faubourien indissociable de l’histoire de ce quartier et de ses habitants.

Tiroir de vidange des eaux usées dans l’escalier du 51 rue des Orteaux – Photo extraite du livre « Si le quartier Réunion m’était conté » du Dr Longueville

Retrouvez-le dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus, sous format imprimé ou sous format pdf téléchargeable.

Les événements en France, à Paris et dans le 20e il y a 50 ans

Comme chaque année depuis deux ans, nous rappelons ce qui s’est passé il y a tout juste 50 ans. Vous pouvez consulter les années antérieures, en cliquant directement sur celles de 1972 et 1973.

Voyons tout d’abord, les événements au plan national. Sans oublier Yves Coppens (au Père Lachaise) et l’Éthiopie. Le 24 novembre, lui et son équipe découvrent le squelette de Lucy datant de plus de trois millions d’années.

1974, regard rapide sur ce qui s’est passé en France

Georges Pompidou décède et Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République. Dès son élection, la majorité civique passe de 21 à 18 ans et la loi Veil légalisant l’IVG est votée. René Dumont se présente comme premier candidat écologiste, il obtient 1,34% des voix.

Parmi les innovations de la vie courante, Roland Moreno invente la carte à puce, les Post-it apparaissent, et le premier article de consommation avec un code-barres est scanné dans un supermarché.

Et dans la rubrique loisir/culture, au cinéma, nous pouvions voir Stavisky (lui-même au Père Lachaise) réalisé par Alain Resnais, et Lacombe Lucien de Louis Malle qui obtient le Prix Méliès (lui-même au Père Lachaise).

"Lacombe Lucien" film de Louis Malla

Lacombe Lucien en dvd-esc distribution

Enfin, comme chanson populaire, celle de Daniel Guichard avec son succès : « Mon vieux ». Elle figure parmi les meilleures ventes de 45 tours avec 554 500 ex. La chanson « Les Mots bleus » de Christophe aura également sa part de succès dans la durée.

Que s’est- il passé à Paris en 1974 ? 

  • Le guide Paris Pas Cher est créé par Anne et Alain Riou
  • L’aéroport de Paris-CDG/Roissy est inauguré le 8 mars. Dénommé aujourd’hui le Terminal 1, le premier avion décollera cinq jours plus tard.
  • Les Halles de Paris ont disparu, les grands travaux démarrent et piétinent, les décisions changent… et les parisiens vont vivre 7 ans avec ce lieu que la presse baptisera comme restant le fameux « trou des Halles »… déjà comparé avec celui de la Sécu qui n’en finit pas
Le trou des halles en place pendant 7 ans

Le trou des Halles en 1973-Archives de Paris

  • La RATP a modernisé son réseau ferré. Elle vient de passer un cap, celui d’avoir renouvelé la moitié de ses 3500 voitures datant d’avant la guerre.
  • Le premier Salon d’art contemporain -dénommée plus tard la FIAC (Foire internationale d’art contemporain)- est créée par des galeristes parisiens à l’ancienne gare de la Bastille. L’artiste Ben, l’auteur d’une peinture murale bien reconnaissable rue de Belleville/place Fréhel, fait partie des premiers exposants. Il vient de décéder en cet été 2024.

Enfin encore plus près du 20e, la prison de la petite Roquette conçue par l’architecte Hippolyte Lebas et inaugurée en 1830, est définitivement fermée. Commence alors sa destruction en mars de cette même année.   

1974 dans le 20e arrondissement

Le journal du conseil du quartier datant de 2012 nous apprend que deux jeunes tunisiens travailleurs sans-papiers entament une grève de la fin pour obtenir la régularisation de leur situation. Ils sont accueillis à l’église Notre-Dame de la Croix. En février, des habitants du quartier forment un comité de soutien, et finalement ils obtiendront satisfaction.

Des immeubles insalubres sur les hauts de Belleville sont détruits en avril.

Toujours dans le 20e, les équipes de chez Bull créent la ligne « GCOS 7 ». Il s’agit de produits d’une nouvelle génération, une avancée industrielle telle que certains éléments matériels ont par la suite intégré le musée des Arts et Métiers. 

Concernant la réforme de l’urbanisme, le conseil de Paris souhaite moins de constructions élevées. Il examine à partir du 12 novembre le plan d’occupation des sols (POS) de la capitale. Ainsi, proposition est faite notamment pour le 20e de ramener le plafonnement de toutes les hauteurs, à l’époque limité à 50 mètres, pour les abaisser à :

  • 37 mètres sur le site de Belleville et Cours de Vincennes.
  • 25 mètres sur le secteur rue des Pyrénées

En ce qui concerne notre théâtre national, le directeur du TEP, Guy Rétoré, ne sera pas remplacé par Marcel Maréchal. Après différentes controverses à l’intérieur du milieu artistique,  Marcel Maréchal, codirecteur du Théâtre du 8e arrondissement de Lyon, ne souhaite finalement plus être candidat,

En août apparaissent des inscriptions antisémites dans les quartiers de Saint-Paul et de Belleville.

L’écrivain Clément Lépidis réalise un reportage « Il était une fois Belleville ». Son documentaire recueille les témoignages d’anciens habitants du quartier.

Le premier gala de l’AMI a lieu en octobre à la Mairie du 20e

Le quartier Saint Blaise métamorphosé

Et puis, il nous reste bien-sûr à nous rappeler la refonte de notre quartier Saint Blaise. Un important projet d’urbanisme avait déjà commencé à être mis en application et les travaux ont été entamés. Mais arrive cette année 1974, avec le changement de président de la République et le changement de décisions qui a suivi.

 

Charonne de 1800 à nos jours

Couverture du bulletin n° 68 « Charonne de 1800 à aujourd’hui »

Avec la mobilisation des habitants du quartier représentés par le CLAD XXe (Comité de Liaison pour l’Animation et le Développement du XXe arrondissement), certaines grandes opérations sont annulées ou revues si elles avaient déjà commencé à être réalisées… annulée, tout comme le projet d’une autoroute pénétrant dans Paris par la rue de Bagnolet.

Alfred Nakache le nageur olympique, le champion rescapé et son centre sportif

Le nom d’Alfred Nakache est gravé depuis cinq ans au panthéon mondial de la natation, un musée situé en Floride, à Fort Lauderdale.  Une consécration pour ce champion aux multiples médailles d’avant et après la guerre, arrêté par la Gestapo puis déporté.

Pourtant, peu de gens connaissent cet ancien champion français de natation. Son nom est malgré tout opportunément réapparu en cette année 2024, associé aux exploits olympiques de Léon Marchand.

Il est vrai qu’à ces jeux olympiques en France 2024, les victoires françaises aux épreuves de natation ont été impressionnantes. À sa tête, Léon Marchand quintuple médaillé devenu une star internationale. Au point que pour la deuxième année consécutive, le journal l’Équipe vient ce 26 décembre 2024 de l’élire champion de l’année.

Alfred Nakache et Léon Marchand

Or, cette même année, de nombreux médias ont fait le lien entre lui et Alfred Nakache un peu oublié. Il en était bien autrement au milieu du vingtième siècle, à propos de cet ancien champion de natation au parcours humain et sportif hors du commun. Son nom est revenu aujourd’hui au plan national et même international.

Parmi les médias français qui associent leurs noms, citons France bleu, le Figaro, le Monde, Le Point, le Parisien, le Midi-Libre, le Nouvel Obs, les différentes stations de Radio France… Ainsi dans sa partie magazine, l’article du Monde daté du 29 septembre dernier titrait : « D’Alfred Nakache à Léon Marchand, Toulouse, reine des bassins ».

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Léon Marchand et Alfred Nakache dans la presse 2024

Léon Marchand et Alfred Nakache-Extrait depuis Google

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Qu’ont-ils effectivement en commun ? Tout d’abord, ils ont fait partie du même club de natation, le Toulouse Olympique Employés Club (TOEC). Tous les deux se sont entraînés dans cette même piscine toulousaine, celle qui portera au moment de la guerre le nom d’Alfred Nakache.

La première piscine au nom d’Alfred Nakache 

Pourquoi cette décision de la dénommer ainsi dès le 9 octobre 1944 ? Il faut savoir qu’en août 1944, la presse vient d’annoncer son décès, et son club -qui a aussi aidé son champion durant cette période tragique- le croit mort. Alors en apprenant la nouvelle, le TOEC prend rapidement la décision d’attribuer son nom à la piscine.

Alfred Nakache donné comme mort

La mort annoncée d’Alfred Nakache-France-soir du 30 août 1944

Et puis, le 28 avril 1945 à la surprise de tous, Alfred Nakache est revenu d’Auschwitz. Il se trouve dans un triste état mais bien vivant. De 85 kilos avant la déportation, il en est revenu avec un poids de 41 kg et il découvre alors la piscine portant son nom. Puis sans attendre, il va reprendre son entrainement et dès l’année suivante, à la surprise de tous, il ira jusqu’à récolter de nouvelles médailles.

Champion de France, déporté juif 

Alfred Nakache est né à Constantine en 1915 dans une famille juive de 11 enfants. Qui peut imaginer ce que confiera son frère Robert, à savoir qu’Alfred tout jeune détestait l’eau. On connait la suite : dès 1935 il remporte le championnat de France en brasse papillon. Au total il obtiendra 21 médailles nationales.

Alfred Nakache aux JO de Berlin en 1936

Relais 4×200 aux JO de Berlin en 1936.  Au centre, Alfred Nakache-Musée National du Sport

 

En 1936, il figure parmi les membres de l’équipe de France aux JO de Berlin alors que les juifs allemands n’ont pas le droit de s’y présenter. En finale du relais 4×100 m nage libre, les français finissent quatrième. Pas de médaille donc pour eux, mais les allemands, chez eux, finissent juste derrière, à la cinquième place. Un échec sous l’Allemagne nazi.

Nakache aux Tourelles en 1938

Nakache aux Tourelles-Le Jour, 28 août 1938

Arrive le régime de Pétain et sa législation antisémite, il perd alors son poste de professeur d’éducation physique au lycée Janson de Sailly.

Et pourtant, ce champion français est vécu comme si indispensable qu’il peut exceptionnellement continuer à nager pendant les premières années de la guerre. Il ira jusqu’à battre le record du monde du 200m en 1941. Et en 1942 il cumule ses records au point de paraître cinq fois en tant que champion de France.

 

La déportation d’Alfred Nakache à Auschwitz

En décembre 1943, il sera finalement raflé. Sa déportation commencera en janvier 1944 à Auschwitz avec sa femme Paule et sa fille Annie âgée de deux ans. Elles finiront toutes les deux tuées sur place comme il l’apprendra plus tard.

Surnommé le nageur d’Auschwitz, les nazis le reconnaissent et il sera victime d’humiliations supplémentaires. Les officiers SS jetaient leurs poignards au fond d’un bassin de rétention d’eau et l’obligeaient à aller les chercher avec les dents. Mais lui, de son côté, en été 1944, allait effectuer en cachette quelques longueurs chaque dimanche dans le dos des SS, avec la complicité d’autres prisonniers qui faisaient le gué.

Livre le Nageur par Pierre Assouline

Le Nageur par Pierre Assouline, éditions Gallimard

Un héros ordinaire, un type bien comme le dit si aimablement l’historien Pierre Assouline. Il avait auparavant intégré la résistance juive à Toulouse avant finalement de se faire arrêter. De forts soupçons se sont alors porté sur son rival, le nageur Jacques Cartonnet, qui l’aurait livré, alors que lui est devenu milicien. Pour l’ensemble de ses faits pendant la guerre, Cartonnet sera condamné à mort par contumace comme milicien en 1945.

Les médailles de l’après-guerre

Dès son retour de déportation, Alfred Nakache revient à la compétition avec succès. Citons simplement sa performance le 8 août 1946 à la piscine des Tourelles. Ce jour-là, il est devenu champion de France et recordman du monde 3 × 100 m trois nages, avec Georges Vallerey -nouveau nom de la piscine des Tourelles– et Alex Jany.

Nakache, record d'Europe au 4x200m en 1946

Nakache et son record d’Europe avec les frères Vallerey-Combat, 25/09/1946

Au total aujourd’hui, la longue liste de ses exploits lui vaut à nouveau sa renommée, lui le spécialiste de la brasse papillon et de la nage libre, également prof de gym et même joueur olympique de water-polo.

En 1983, il meurt à 67 ans d’une crise cardiaque, simplement en nageant comme il le faisait chaque jour.

Yonathan Arfi, petit-neveu d’Alfred Nakache

Ce 4 mai 2024, France Culture a pour invité Yonathan Arfi. Il est le petit-neveu d’Alfred Nakache et actuel président du CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, créé en juillet 1943.

Yonathan Arfi présente son institution comme l’équivalent du CNR pour la communauté juive croyante et non-croyante. Il tient la laïcité comme valeur fondamentale. En début d’émission, nous apprenons qu’il regarde chaque matin dans son bureau la photo de son grand-oncle, celle en couverture de Match datée du 21 juillet 1938.

La récente piscine rue Dénoyez

Quant à la piscine du bas Belleville qui porte son nom, elle a été construite relativement récemment. À l’initiative de la mairie du 20e arrondissement, le Conseil de Paris délibère en avril 2005. Les élus émettent ce vœu, à savoir que : « Le nom d’Alfred Nakache soit donné à la (future ) piscine située au 4-12 rue Dénoyez », avec comme objectif son ouverture en 2007.

Centre sportif Alfred Nakache au bas Belleville

Centre sportif Alfred Nakache-PG

Cette piscine innovante, construite par l’agence Berger et Anziutti, sera finalement inaugurée le 2 avril 2009 par le maire de Paris, Bertrand Delanoë. L’ouverture au public date du 11 avril suivant.

Sur son site, l’architecte Patrick Berger présente son œuvre en débutant ainsi

« Nager sur rue

La piscine est reliée à la rue d’un seul trait. Son volume parallélépipédique croise le volume parallélépipédique de la rue Dénoyez : dehors, on voit des lignes d’eau se diriger vers la chaussée ; dedans, en nageant, on se dirige vers les passants. La tête hors de l’eau est à un mètre au-dessus du niveau du trottoir, si bien que les plans aquatiques et le sol urbain se confondent presque, la natation est en ville. »

Centre sportif Alfred Nakache, dessin de l'architecte

Centre sportif Alfred Nakache, dessin de l’architecte-PB

Ce centre sportif au coût estimé à 28M€, dispose d’un bassin sportif de 25m, un bassin d’apprentissage de 12,50m et une pataugeoire pour les enfants.

L’actualité du centre sportif en 2024

Plus qu’une simple piscine, cet espace est aussi dédié à plusieurs activités sportives animées par des associations sportives locales. Dans une tribune insérée le 12 avril dernier dans Mon petit 20e , nous apprenons un litige en cours : la salle de danse occupe un espace en passe d’être affecté à une autre activité sportive

Une autre compétition en perspective.

Une plaque commémorative au nom de Manu Dibango boulevard de Charonne

En cette année 2024, deux évènements commémoratifs ont eu lieu dans le 20e. Deux artistes mondialement connus, tous deux décédés quatre ans plus tôt ont habité dans nos quartiers : Manu Dibango le 24 mars 2020 et le chanteur Idir le 2 mai de la même année.

Parce qu’ils ont été tous les deux fortement attachés à notre arrondissement, la Ville et sa mairie ont tenu cette année à marquer durablement leur reconnaissance.

Manu Dibango, une plaque commémorative devant son immeuble

Ce 22 juin 2024, une plaque commémorative dédiée à Manu Dibango a été dévoilée au 176 boulevard de Charonne, juste en face du Père-Lachaise. Il a résidé et a travaillé à cette adresse de 1980 à 1993. À propos du cimetière, il avait l’habitude de le surnommer « mon voisin ». En dernier lieu, il est allé rejoindre son  « voisin » pour s’y installer définitivement.

Véritable « homme-orchestre » en tant qu’artiste, Manu Dibango a été à la fois saxophoniste, pianiste, compositeur et chanteur camerounais de renommée mondiale… Mais aussi gérant de club, créateur de son big band, producteur, homme de radio et de télévision.

Manu Dibango au Père Lachaise Photo 2024-PG

Manu Dibango au Père Lachaise Photo 2024-PG

L’inauguration de la plaque à son nom

On le sait peut-être moins mais dès 2004 L’UNESCO l’avait nommé ambassadeur de la Paix. Il était donc normal que la ville associe l’Unesco à l’inauguration de cette plaque en son honneur, en présence de sa famille et de plusieurs personnalités. Aux côtés d’Éric Pliez, maire du 20ᵉ arrondissement, Arnaud Ngatcha -lui-même d’origine camerounaise- était présent en tant qu’adjoint à la maire de Paris chargé de l’Europe, des Relations Internationales et de la Francophonie.

À l’origine, la demande de cette plaque a été présentée à l’Hôtel de Ville sous forme d’un vœu par Éric Pliez maire du 20e, en séance du 5 juillet 2022. En voici un extrait :

« Pour l’ensemble de son œuvre, Manu DIBANGO a été le premier musicien africain à recevoir en 2003 le Grand prix de l’académie Charles Cros. La légion d’honneur lui fut également décernée en 2010…

Parrain de nombreux talents en devenir, il fut artiste de l’UNESCO pour la paix en 2004 « pour sa contribution exceptionnelle au développement des arts, de la paix et du dialogue des cultures dans le monde », grand témoin de la Francophonie aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Rio en 2016 et signataire en 2018 d’une tribune publiée dans le journal Le Monde contre le réchauffement climatique « Le Plus Grand Défi de l’histoire de l’humanité ».

 

Plaque en mémoire de Manu Dibango dans le 20e

Plaque en mémoire de Manu Dibango bvd de Charonne -PG

Au Père-Lachaise et dans le 20e, Manu Dibango non loin de Idir

Autre point commun entre Manu Dibango et Idir : l’Unesco. Trois mois après la mort de Idir, l’Unesco lui rendait hommage sous forme d’un message soulignant la qualité de Idir, «un ambassadeur éminent des cultures kabyle et berbère ». Deux mois avant l’inauguration de la plaque dédiée à Manu Dibango, le chanteur Idir aura obtenu un Square  qui portera son nom rue de Ménilmontant.

Enfin, le hasard a fait que tous deux sont enterrés la même année au Père Lachaise, à cinquante pas l’un de l’autre près de l’entrée Gambetta.

Les autres hommages rendus à Manu Dibango dans le 20e

Toujours localement en hommage à Manu Dibango, le Studio de l’Ermitage a accueilli le 28 mai 2022 un concert organisé par le groupe Anbessa.

Autre forme de reconnaissance, en 2021, l’artiste SEBD, en collaboration avec l’Association le Ratrait, a réalisé rue du Retrait une œuvre de street art. Cette fresque ci-dessous, aujourd’hui recouverte par une peinture de façade, témoigne de l’impact culturel de Manu Dibango dans nos quartiers.

Manu Dibango peint rue du Retrait

Manu Dibango peint sur le mur de la rue du Retrait photo oct 2021 -PG

Et tout récemment en vue de l’inauguration de cette plaque prévue le 22 juin 2024, le Conseil Syndical de l’immeuble a apposé une affiche -illustrée à son image- à destination de ses habitants. La photo ci-dessous étant de mauvaise qualité, en voici le contenu :

LE CONSEIL SYNDICAL

Plaque commémorative MANU DIBANGO

La cérémonie de dévoilement de la plaque en hommage à Manu Dibango, qui a vécu dans l’immeuble jusqu’en 1993, aura lieu le samedi 22 juin á 11h. Seront présents, Éric Pliez, maire du 20e, plusieurs membres de la famille. dont notamment deux de ses enfants ayant grandi ici, sa petite fille Victoria, et peut-être l’ambassadeur du Cameroun.

La cérémonie durera 45 minutes et sera suivie du dévoilement de la plaque qui aura été posée au niveau de l’entrée de l’immeuble. Nous proposons de poursuivre ces moments par une fête des voisins et invitons celles et ceux qui le souhaitent à apporter boissons, tartes salées… Le conseil syndical

 

Manu di Bango annonce de l'inauguration de la plaque

Manu di Bango affiche du Conseil syndical 2024

Tous ces événements mettent fortement en valeur l’empreinte durable de Manu Dibango dans le 20ᵉ.



Les 60 ans du Maitron

 

Qu’y a-t-il de commun entre Madeleine Riffaud, Ambroise Croizat, Missak Manouchian, Joséphine Baker, Jacques Delors ? Ils ont tous un lien avec le 20e arrondissement, nous en avons parlé sur notre site et leur parcours figure dans le Maitron.

Comme le Larousse, le Harrap’s ou le Gaffiot, le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français a pris le nom de son créateur, l’historien Jean Maitron. C’est en 1964 que parait le premier tome d’une série qui comportera plus de 70 volumes dans sa version papier, dictionnaires thématiques et internationaux inclus.

Le Maitron 2e période tomes 4 à 9

Tomes 4 à 9 du Maitron    © Vu du bourbonnais

 

Jean Maitron, un historien militant d’origine populaire

Jean Maitron est né en 1910 dans la Nièvre, son grand-père était cordonnier, ses parents instituteurs. Il est lui-même instituteur jusqu’en 1955 dans la région parisienne, il enseigne ensuite pendant 3 ans dans un collège de Courbevoie, et ce n’est qu’à 48 ans qu’il obtient un détachement au CNRS. Militant communiste depuis 1930, après un aller-retour en 1934 il quitte définitivement le Parti Communiste en 1939 lors du pacte germano-soviétique qui est pour lui un grand choc et une trahison morale. Il décide alors de se consacrer à l’histoire sociale (« Je m’étais accroché à une bouée de sauvetage, l’histoire » écrit-il plus tard). Il entreprend après la guerre une thèse d’État sur l’histoire du mouvement anarchiste, il fonde le Centre d’histoire sociale et crée la revue l’Actualité de l’histoire qui deviendra le Mouvement social. Il est ainsi l’un des premiers introducteurs de l’histoire ouvrière à l’Université.

Photographie de Jean Maitron en 1981

Jean Maitron lors d’un entretien en 1981     © Maitron

 

La folle aventure du Maitron

Jean Maitron commence en 1954 la création des fiches biographiques qui constitueront le dictionnaire. Il lance en 1958 un appel en vue d’une collaboration à la réalisation d’un Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français et réunit ainsi une première équipe d’une centaine d’historiens pour bâtir cette œuvre collective ; pendant 60 ans, plus de 1 500 personnes contribuent ou ont contribué au dictionnaire en rédigeant des notices biographiques.

Le dictionnaire comprend aujourd’hui environ 220 000 notices. Il est découpé en cinq périodes :

  • 1789 – 1864 : De la Révolution française à la fondation de la première Internationale
  • 1864 – 1871 : De la fondation de la première Internationale à la Commune
  • 1871 – 1914 : De la Commune à la Grande Guerre
  • 1914 – 1939 : De la Première à la Seconde Guerre mondiale
  • 1940 – 1968 : De l’Occupation à Mai 68

Déjà couramment appelé le Maitron par ses utilisateurs, le dictionnaire prend officiellement le nom de son fondateur en 1981 à la demande de l’éditeur.

 

Notices de la 1ere période du Maitron représentées sur une carte de France par commune d'activité

Répartition géographique des notices de la 1ère période     © Maitron

 

Parallèlement, l’équipe du Maitron publie des dictionnaires biographiques internationaux (Autriche, Grande-Bretagne, Japon, Chine, Maroc, Komintern, La Sociale en Amérique, Algérie…) et thématiques (gaziers-électriciens, cheminots, anarchistes, enseignants et personnels de l’éducation, militants du Val-de-Marne, ouvriers du livre, du papier et du carton…)

 

Le Maitron après Jean Maitron

Claude Pennetier, son plus proche collaborateur, est associé à la direction de l’ensemble de l’œuvre à partir de 1984. Lorsque Jean Maitron décède en 1987, la 4e période 1914-1939 n’est pas encore achevée et Claude Pennetier reprend le flambeau.

A la fin des années 90, les quelques 70 volumes papier deviennent encombrants sur les étagères des bibliothèques, le Maitron prend alors le virage du numérique en éditant des CDRom, puis en créant un site internet à accès restreint. Depuis décembre 2018, le site du Maitron est ouvert gratuitement à tous, les 220 000 notices sont accessibles à tout public. Chaque mois, 100 000 internautes y naviguent.

Pour la 5e période, de l’Occupation à Mai 68, de nouvelles formes d’engagement militant (mouvements anticolonialistes, féministes, anti-nucléaires, …) sont intégrées et Claude Pennetier change l’intitulé de l’ouvrage qui devient Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social.

Si les femmes ne sont pas oubliées, elles représentent malheureusement une faible partie des notices (à peine 12 000 sur un total de 220 000), les sources les concernant étant très restreintes.

 

Statistiques sur les notices du Maitron en 2020

Répartition par période et dictionnaire thématique des 200 000 notices disponibles en ligne en 2020    © Maitron

 

Une œuvre collective plurielle

Depuis 1964, le Maitron est édité par les Éditions Ouvrières, à l’origine maison d’édition de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), devenues en 1993 les Éditions de l’Atelier. Profondément attaché à l’école laïque, Jean Maitron manifeste du respect pour l’apport du christianisme social au mouvement ouvrier ; dès le début, le directeur des Éditions Ouvrières soutient ce projet un peu fou et ils coopèrent donc sans état d’âme.

Jean Maitron a été un maître d’œuvre tenace dont l’autorité intellectuelle et morale a permis de réunir des historiens aux options politiques et sociales différentes (socialistes, communistes, anarchistes, libertaires, chrétiens, libéraux…) et aux formations diverses.

Dans l’avant-propos de la quatrième période, il écrit :

Certes il leur a été promis par moi, à l’aube de tout engagement, que leur serait effectué, lors de l’édition, le versement d’une quote-part de droits d’auteur, mais je leur suis reconnaissant de n’avoir jamais plus soulevé ce problème par la suite. Je tiendrai parole mais je suis cependant fondé à parler, en ce qui les concerne, de travail gratuit, de travail passionné et militant, ce qui en dit toute la valeur et une telle collaboration confère au Dictionnaire une qualité qu’aucun autre genre d’édition ne peut escompter…

 

« Doute et agis »

La dimension militante de l’ouvrage s’accompagne d’une qualité scientifique de renommée internationale.

La singularité de la démarche de Jean Maitron réside dans le choix historiographique de ne pas se contenter de faire figurer les grands dirigeants des organisations du mouvement ouvrier, les noms les plus connus, mais d’aller chercher les oubliés de l’histoire, « les obscurs, les sans-grade », comme il le disait, dont les notices sont parfois réduites à quelques mots, faute d’information disponible sur ces anonymes.

Pour lui, les « grands » et les « petits » ont autant d’importance et méritent leur place dans le dictionnaire. C’est aussi un choix politique dans la manière d’aborder le mouvement ouvrier que de refuser le culte des dirigeants.

Historien de gauche sans sectarisme, Jean Maitron a pris ses distances par rapport à une histoire hagiographique et a fait sienne la maxime « Doute et agis ».

Depuis 60 ans, la folle entreprise du Maitron est une œuvre collective monumentale toujours en construction.

 

Maitron papier 1984 : page d'Ambroise Croizat

Une page du Maitron en 1984    © Maitron

 

Le site Maitron en ligne - notices de personnalités liées au 20e et d'obscurs

Quelques exemples extraits du Maitron en ligne         © Maitron

À l’occasion de ce 11 novembre 2024, nous republions cet article paru le 8 novembre 2022. Retour sur 1934 au Père Lachaise,  devant le tout nouveau monument  « AUX GARIBALDIENS DE L’ARGONNE ET VOLONTAIRES ITALIENS». Pourquoi garibaldien ? Une explication et un acte criminel le jour de l’inauguration.

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Le maréchal Pétain présent à l’inauguration

le jour de l’attentat à la bombe derrière le monument 

Chaque 11 novembre, le maire du 20e dépose -avec d’autres institutions représentatives- une gerbe devant tous les monuments au Père Lachaise dédiés aux combattants étrangers morts pour la France.

Parmi eux se trouve celui à la mémoire des garibaldiens et des volontaires italiens de la Grande guerre. Il a été inauguré le 27 mai 1934 en présence du Maréchal Pétain, alors tout nouveau ministre de la Guerre depuis le 9 février 1934.

Première cérémonie militaire au Père Lachaise

Inauguration en 1934 du monument garibaldien-extrait du journal L’Illustration

Pétain à l’Hôtel de Ville la veille de l’inauguration

Entré pour la première fois dans un gouvernement, le maréchal Pétain est nommé ministre de la guerre le 9 février 1934.

Sa désignation fait suite aux émeutes sanglantes place de la Concorde le 6 février 1934, lors d’une manifestation de droite/extrême droite. Il acceptera ce portefeuille  en y mettant une condition : « Je suis à la disposition de la France. Mais je n’ai jamais fait de politique et je ne veux pas en faire »

Une contre-manifestation des partis de gauche  aura lieu le 12 février avec comme lieu de rendez-vous, l’angle de la rue des Pyrénées et du cours de Vincennes.. L’Excelsior nous en rend compte en première page :

1934 deux ans avant le front populaire

Manifestation de la Gauche en réaction à celle du 6 février-Excelsior 13 février 1934

Une partie de la colonne, désirant remonter vers Belleville et Ménilmontant, se dirigea vers la place Gambetta où, depuis de longues heures déjà, deux pelotons de gardes à cheval tournaient en rond afin d’empêcher tout rassemblement. A quelques centaines de mètres avant d’arriver à la place, les manifestants rencontrèrent un barrage d’agents et de gardes mobiles. Aucune bagarre ne se produisit cependant, grâce à la présence d’esprit des éléments du service d’ordre.

… Et pourtant Pétain en appelle au rapprochement des deux nations. Nous sommes alors le 26 mai 1934 à l’Hôtel de Ville, lors de la cérémonies anniversaire offerte en l’honneur des garibaldiens invités par la France, 

Mussolini est déjà à la tête de l’Italie depuis octobre 1922… et très exactement cent ans plus tard, son nom reste toujours d’actualité, comme la référence d’extrême droite revendiquée par Giorgia Meloni, sa toute nouvelle première ministre.

La cérémonie juste après l'attentat

L’inauguration. En bas, des garibaldiens à l’endroit de l’explosion et  le suspect, Ange Frascoya- Excelsior du 28 mai 1934

L’attentat au Père Lachaise juste avant la cérémonie

Ce 27 mai 1934 tout est prêt pour inaugurer le monument sur le terrain concédé par la ville de Paris

AUX GARIBALDIENS DE L’ARGONNE ET VOLONTAIRES ITALIENS

MORTS POUR LA FRANCE 1914 ET 1918

DANS TOUS LES COMBATS POUR LA LIBERTÉ

Et c’est alors que sur place juste avant la cérémonie, une bombe artisanale explose. Le journal La République daté du 28 mai 1934 nous fait part du témoignage d’un fossoyeur présent au moment de l’explosion :

Voici le récit qu’a fait de l’attentat un fossoyeur, M. Ange Perruche, qui, avec un de ses collègues, fut légèrement blessé par des éclats et des graviers :

« À 9 heures 30, ce matin, a déclaré M. Perruche, j’en avais terminé de mon travail, ainsi que plusieurs camarades — le dimanche d’ailleurs nous nous livrons à des travaux de cantonniers — et tranquillement nous nous dirigions vers la sortie du cimetière donnant du côté de la place Gambetta lorsque, soudain, au moment où nous approchions de l’estrade dressée pour la cérémonie et du monument qui lui fait face, nous fûmes arrêtés sur place, saisis, à demi étourdis, par une détonation semblable à un coup de canon.

Une fumée intense enveloppait le monument. Moi et mon camarade Robin étions atteints par plusieurs éclats de la bombe et par des graviers. En vérité, nous n’avions rien vu. Ce n’est qu’après que nous aperçûmes un homme qui s’enfuyait derrière un talus et un rideau de fusains »

Ange Perruche. âgé de 35 ans, demeurant 21, rue Carmen, à Bobigny, et Eugène Robin, âgé de 32 ans, domicilié 2. rue de la Sablière. à Drancy(…) ont pu, après pansement, regagner leur domicile.

L’enquête et l’arrestation du suspect

Après l’explosion de l’engin, très peu de dégâts matériels sont constatés : « quelques branches de fusains cassées, une petite excavation derrière le monument et des éclats dans les troncs d’arbres voisins. » selon le même journal.

Portrait du suspect

Ange Frascoya, le suspect de l’attentat

De son côté, le Matin daté du 28 mai 1934 nous apporte cette précision :  » Selon les enquêteurs du laboratoire municipal (…) l’appareil pensent-ils était muni d’un mouvement d’horlogerie, qui devait provoquer l’éclatement une heure plus tard, durant la cérémonie d’inauguration. »

Cela dit, huit fossoyeurs et jardiniers ont tout de même été blessés par l’explosion.

Enfin le jour-même, un suspect sera arrêté : Ange Frascoya, aide-monteur de son métier, lui-même né en Italie. Il sera conduit au commissariat du Père Lachaise place Gambetta, puis interrogé pendant 23 heures durant lesquelles il persistera à nier les faits :

« J’étais venu là en curieux, a-t-il déclaré aux enquêteurs, je n’avais aucune raison d’en vouloir aux garibaldiens. D’ailleurs, j’appartiens à une ligue fasciste et je ne lis aucun journal politique. »

Et finalement, nous n’en connaîtrons pas le mobile.

L’inauguration du monument garibaldien

À la suite de cet attentat heureusement sans trop de conséquences, le monument a pu être inauguré comme prévu, en présence du maréchal Pétain, et à ses côtés l’ambassadeur de Mussolini en France.

Monument vue d'angle gauche

Monument garibaldien avec à gauche une flamme avec la mention »Justitia »-PG

Rappelons la signification du monument dédié « AUX GARIBALDIENS DE L’ARGONNE ET VOLONTAIRES ITALIENS ». Dans le discours M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants nous remémore en 2015 les événements de 1915 en Argonne, région naturelle située près du département de la Meuse.

« Dès 1914, des volontaires italiens viennent combattre aux côtés de l’armée française. Parmi eux, 6 des petits fils de Giuseppe Garibaldi formeront alors le régiment des garibaldiens… En 1915, 2 200 soldats dont 1 800 volontaires garibaldiens sont engagés sous le commandement de Peppino Garibaldi (petit-fils de Giuseppe Garibaldi). L’Argonne nous raconte aussi l’histoire de tous ceux qui n’en revinrent pas. 590 Garibaldiens sont morts sur cette terre. »

Lors de la cérémonie, les représentants italiens ont fait le salut fasciste, y compris Ezio Garibaldi. Il faut dire qu’il existait alors trois associations garibaldiennes concurrentes, comme nous le rappelle Le Monde daté du 10 septembre 2014 :

« l’une fasciste, l’autre mémorielle et la troisième antifasciste. Cette dernière fournit de forts bataillons aux Républicains espagnols puis de nombreux Résistants. Cette mouvance était incarnée par un autre petit-fils de Garibaldi, Sante, qui se battit dans l’Argonne, s’engagea à nouveau dans l’armée française en 1940 puis devint résistant, fut déporté à Dachau et s’éteignit près de Bordeaux »

Cette cérémonie a lieu devant une troupe en armes, « une première dans un cimetière parisien » comme nous le précise le site de la ville de Paris.

Cérémonie annuelle au Père Lachaise

Devant le monument aux garibaldiens et italiens le 11 novembre 2022-PG

Le monument en lui-même

Il s’agit du monument en granit sculpté par Alberto Cappabianca,  un statuaire italien installé à Paris et qui a réalisé deux autres œuvres au Père Lachaise : celle du lieutenant d’escadrille Albert Rapilly, et du buste de la tombe Devé et Gautier.

Sur le socle au-dessus de l’épitaphe, un vers d’Edmond Rostand avait été gravé : LA FRANCE S’AGENOUILLE AUPRÈS DE LUI, REGARDE ET GRAVE, SE RELÈVE EN DISANT, IL MEURT BIEN

La sculpture elle-même représente un Garibaldien dévêtu, allongé et la tête posée sur les genoux d’une Marianne. Elle s’inspire de la pietà de Michel-Ange, à la basilique Saint-Pierre du Vatican, celle de la vierge Marie tenant le corps du Christ. La religion du Vatican liée à la laïcité française sans doute. 

Sur le socle du mémorial, nous pouvons également lire l’inscription « Justitia » à gauche et « Libertas » à droite.

Madeleine Riffaud nous a quittés à l’âge de 100 ans

Ce 6 novembre, nous apprenons  avec tristesse le décès de Madeleine Riffaud. Elle venait d’avoir 100 ans deux mois plus tôt. Durant sa vie elle s’est engagée jeune dans un parcours de résistante, puis de journaliste et poétesse. Un modèle exceptionnel de courage et d’engagement tout au long de sa vie et un exemple pour les femmes.
Sa vie est très étroitement liée à l’histoire du 20e arrondissement dans la Résistance. Comme nous le rapportions dans notre articcle ci-dessous, un de ses premiers faits d’armes a été d’intercepter, le jour de ses 20 ans,  un train allemand arrivant aux Buttes-Chaumont, via la gare de Ménilmontant. 
Sa vie a récemment fait l’objet d’un roman graphique en 2 volumes, sous forme de bande dessinée inspirée de ses souvenirs, La Rose dégoupillée et L’édredon rouge, par Jean-David Morvan, aux éditions Dupuis, en 2021 et 2023. Tout récemment, le jour de ses 100 ans, paraissait la troisième partie, Madeleine, résistante, les nouilles à la tomate ».
Par un message daté d’hier, la maire de Paris, Anne Hidalgo, nous fait savoir qu’elle « lui rendra hommage et créera un prix Madeleine Riffaud de la Ville de Paris pour la mémoire des femmes résistantes ».
Ci-dessous notre article du 24 août 2024 complétant celui paru pour la première fois le 24 août 2021.

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Ce 23 août 2024, Madeleine Riffaud vient d’avoir 100 ans. Ce même jour et avec sa collaboration, les éditions Dupuis publient sous forme de bande dessinée la troisième partie de ses mémoires : « Madeleine, résistante, les nouilles à la tomate »

La vie de Madeleine Riffaud en BD

BD sur Madeleine Riffaud « Madeleine, résistante, les nouilles à la tomate »-éditions Dupuis

Autre anniversaire, ce 25 août 2024 lié à son action de résistante : les 80 ans de la libération de Paris. Dans le 20e, la commémoration a lieu à 12h30 devant le monument aux Morts de la mairie.

L’occasion de reproduire ci-dessous notre article paru pour la première fois le 24 août 2021 et mis à jour le 19 décembre 2023.

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Madeleine Riffaud, victime mais toujours battante.

Ce 19 décembre 2023 doit avoir lieu le procès pour escroquerie contre l’aide-soignante de Madeleine Riffaud. Notre héroïne, âgée de 99 ans,  avait porté plainte le 7 février dernier.

Mais d’où vient toute l’énergie de Madeleine Riffaud malgré le temps qui passe ?

Déjà, Le 4 septembre 2022 elle avait écrit une lettre ouverte au directeur de l’AP-HP, affirmant être « restée 24 heures sur un brancard, sans rien manger, dans un no man’s land ».

Cette fois-ci, il s’agit de son aide à domicile de 66 ans qui est soupçonnée d’abus de confiance pour un préjudice de plus de 140 000 € (*). Il faut savoir que Madeleine Riffaud est devenue aveugle en 1962 victime d’un attentat à Oran, et est alitée depuis 12 ans.

L’accusée sera jugée au tribunal correctionnel de Paris, mais Madeleine Riffaud est dans l’incapacité de financer sa défense. Son entourage l’aide et a ouvert une cagnotte en ligne pour la soutenir

Soutien de Madeleine Riffaud en 2023

Madeleine Riffaud, l’appel à don sur leetchi.com-capture d’écran PG

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 24 août 2021.

(*) Déclarée coupable le 18 janvier 2024, l’aide à domicile Myriam B , sera condamnée à huit mois de prison avec sursis et 13 000 € d’amende.

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Les mille vies de Madeleine Riffaud,

l’héroïne du 23 août 1944

Résistante à 18 ans, poétesse, reporter de guerre, militante anticolonialiste et pacifiste, amie d’Éluard, d’Aragon, de Picasso, de Vercors et de Hô Chi Minh, Madeleine Riffaud a vécu mille vies et a survécu à toutes.

Résistante à 18 ans

Née le 23 août 1924 dans la Somme, elle est encore mineure quand elle s’engage dans la Résistance à Paris, en 1942, sous le nom de code Rainer, « ce nom d’homme, de poète et d’Allemand », en hommage à Rainer Maria Rilke, et participe à plusieurs coups de main contre l’occupant nazi.

Responsable d’un triangle du Front national des étudiants du Quartier latin, elle entre dans les FTP en mars 1944. Elle obéit au mot d’ordre d’intensifier les actions armées en vue du soulèvement de Paris d’août 1944 : le 23 juillet 1944, en plein jour, elle abat de deux balles dans la tête un officier allemand sur le pont de Solférino.

« Neuf balles dans mon chargeur / Pour venger tous mes frères / Ça fait mal de tuer / C’est la première fois / Sept balles dans mon chargeur / C’était si simple / L’homme qui tirait l’autre nuit / C’était moi. »

Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et emmenée au siège de la Gestapo, où elle est torturée. Elle garde le silence et est condamnée à mort. Promise à la déportation à laquelle elle échappe, sauvée par une femme qui la fait sauter du train, elle est à nouveau arrêtée et bénéficie finalement d’un échange de prisonniers pour être libérée, le 19 août 1944. Elle reprend alors immédiatement son combat dans la Résistance où elle est affectée à la compagnie Saint-Just avec le grade d’aspirant lieutenant.

L’attaque gare Ménilmontant

Sa nouvelle mission, avec seulement trois résistants sous ses ordres, consiste à l’attaque du train arrivant aux Buttes-Chaumont (gare de Ménilmontant) qui aurait pu prendre à revers les résistants, engagés dans les batailles parisiennes.

Lorsqu’ils arrivent sur place, le train est déjà là et ils prennent les caisses d’explosifs qui n’avaient pas encore été utilisées pour les combats de rue. Installés de part et d’autre de la voie, ils envoient l’ensemble d’un coup et lancent des fumigènes et des feux d’artifice dans le tunnel où le train se retranche. La garnison se rend ; elle contribue donc à la capture de 80 soldats allemands et récupère des fusils et des munitions. Nous sommes le 23 août 1944, jour où Madeleine Riffaud fête tout juste ses 20 ans.

 

Madeleine Riffaud toute jeune résistante

Madeleine Riffaud toute jeune résistante

 

Mais pour elle, pas de trêve : le 25 août, toujours à la tête de sa compagnie, elle mène l’assaut du tout dernier bastion allemand, la caserne de la place de la République.

Poétesse, écrivaine, journaliste, correspondante de guerre

Madeleine reçoit de l’État-major des FFI son brevet de lieutenant, mais son engagement s’arrête à la fin des combats pour la Libération de Paris, car l’armée régulière ne l’accepte pas comme femme et mineure. Ses camarades de la compagnie Saint-Just continueront la lutte contre les nazis au sein de la brigade Fabien jusqu’à la victoire finale. Madeleine reçoit alors une citation à l’ordre de l’armée signée De Gaulle.

Devenue majeure en 1945, elle épouse cette année-là Pierre Daix, chef de cabinet du ministre Charles Tillon, dont elle se séparera en 1947 puis divorcera en 1953.

Après 1945, elle travaille pour le quotidien communiste Ce Soir. Elle rencontre Hô Chi Minh, lors de sa visite officielle en France, en 1946, pour la conférence de Paix de Fontainebleau, avant de partir en reportage en Afrique du Sud et à Madagascar.

Madeleine Riffaud journaliste

Madeleine Riffaud avec l’homme d’Etat Vietnamien Hô Chi Minh

Elle reçoit ensuite régulièrement jusqu’en 1949, chez elle, rue Truffaut, Tran Ngoc Danh, membre de la délégation vietnamienne, et rêve d’y partir en reportage, désapprouvée par son mari qui la trouve « gauchiste ». Elle se déclare fermement « ouvriériste », en couvrant les grèves des mineurs, écrit des textes sur l’Indochine en 1948 et milite contre l’emprisonnement de Trân Ngoc Danh, député de la République démocratique du Viêtnam.

Elle passe à La Vie Ouvrière, organe de la CGT, avant les campagnes de l’Appel de Stockholm du 19 mars 1950. Cet hebdomadaire publie ses poèmes dès 1946, tout comme Les Lettres françaises, de 1945 à 1972. Très proche de Hô Chi Minh et du poète Nguyen Dinh Thi, qu’elle a rencontrés à Paris et à Berlin en 1945 puis 1951, elle couvre la guerre d’Indochine, épisode relaté dans Les Trois guerres de Madeleine Riffaud (film de Philippe Rostan, diffusé en 2010). Elle deviendra la compagne de Nguyen Dinh Thi, futur ministre de la Culture.

Grand reporter pour le journal L’Humanité, elle couvre la guerre d’Algérie, au cours de laquelle elle est gravement blessée dans un attentat organisé par l’OAS.

Aussitôt guérie, elle couvre la guerre du Viêt Nam pendant sept ans, dans les maquis du Viêt-Cong sous les bombardements américains. À son retour, elle se fait embaucher comme aide-soignante dans un hôpital parisien, expérience dont elle tire son best-seller, Les Linges de la nuit.

Elle ne fera publiquement part de son engagement dans la Résistance qu’à partir de 1994, pour les 50 ans de la Libération, pour ne pas laisser tomber dans l’oubli ses « copains » morts dans les luttes qu’ils partagèrent.

Elle est titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme (citation à l’ordre de l’armée), décernée pour ses activités de résistance contre l’occupation nazie (6 août 1945), chevalier de la Légion d’honneur (avril 2001) et officier de l’ordre national du Mérite (2008).

Elle laisse une très riche œuvre publiée tant en poésies, contes qu’essais et de très nombreux reportages (Tunisie, Iran, maquis du Viêt-Cong et Nord-Viet Nam).

BD Madeleine résistante

BD Madeleine résistante, sortie le 20 août 2021. © Dominique Bertail Editions Dupuis.

Cette femme de caractère, dont la vie et l’action ont largement dépassé les limites de notre arrondissement, mérite que nos édiles se souviennent par un hommage public que Madeleine Riffaud y fit une des premières démonstrations de son courage et de sa détermination, à la Gare de Ménilmontant, un 23 août 1944, il y a 77 ans…

Pour en savoir plus :

La Toussaint à Paris et au Père Lachaise en 1921

La Toussaint est devenue un jour férié depuis 1801. En 1921, la fin de la Première Guerre mondiale est encore bien vivante dans la mémoire de nos concitoyens. D’où l’importance de la fréquentation des cimetières parisiens en ce 1er novembre 1921, à l’occasion des 120 ans de ce jour devenu légal.

Les chiffres par cimetière communiqués par la Préfecture de Paris -dont le Père Lachaise- nous en donne plus précisément une évaluation officielle. Cet article ci-dessous a été publié le 1er novembre 2021.

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Jour férié catholique devenu légal, la Toussaint fête ces 120 ans en 1921. À l’origine de cette décision, le Concordat signé en 1801 à l’initiative de Bonaparte qui souhaitait pacifier les relations entre l’État français et la Papauté.

Et cette année-là, la Toussaint tombe un mardi. Conséquence à Paris, les administrations publiques et la grande majorité des établissements privés ont donné congé à leur personnel. Les parisiens concernés peuvent ainsi faire « le pont », expression déjà courante à cette époque.

Ce jour-là, la mémoire de la « grande guerre » 1914-1918 est toujours bien vivante : les représentants du Conseil municipal de Paris, du Conseil général de la Seine, ainsi que ceux de la préfecture de la Seine et de la préfecture de police se sont rendus dans les grands cimetières parisiens et de son côté, le président Millerand s’est rendu sur la tombe du Soldat inconnu.

Millerand place de l'Étoile

Le président Alexandre Millerand, le 1er novembre 1921 devant la tombe du soldat inconnu. Gallica

La Toussaint au Père-Lachaise en 1921

À l’entrée du Père-Lachaise, un grand marché aux fleurs s’est installé et dans Le Gaulois daté du 2 novembre 1921, on peut lire :

HENRI KARCHER, maire du 20e arrondissement, a prononcé, devant le monument aux morts (Victimes du devoir) un discours préconisant l’institution d’une cérémonie annuelle qui aurait lieu le même jour, chez nos alliés et chez nous, pour témoigner la dette de reconnaissance de l’humanité envers ceux qui furent les artisans héroïques et glorieux de la victoire. Beaucoup de sociétés patriotiques, anciens combattants, mutilée, travailleurs municipaux, sapeurs-pompiers, etc., ont également rendu visite, dans les cimetières, aux tombes et aux monuments des morts pour la patrie.

Les cimetières parisiens en ce jour de la Toussaint 

À propos de ce jour-là, la Préfecture de Police communique à la presse la fréquentation dans les cimetières parisiens:

    • Père-Lachaise 86.759,
    • Montmartre 16.860,
    • Montparnasse 52.405,
    • Saint-Ouen nouveau 50.483,
    • Saint-Ouen ancien 5.720,
    • Ivry parisien 46.480,
    • Ivry ancien 40.400,
    • Pantin parisien 108.517,
    • Passy 4.630,
    • La Chapelle 8.000,
    • Saint-Pierre de Montmartre 1.560,
    • La Villette 1.670,
    • Bagneux parisien 58.000. 

Comment la Préfecture a-t-elle pu réaliser un chiffrage aussi précis ? Mystère.