Il y a tout juste 150 ans, le 26 mars 1875, Agricol Perdiguier décèdait à Paris. Sa tombe au Père Lachaise, originale  par les symboles qui y figurent, se situe non loin de l’entrée Gambetta. Nous republions ici notre article paru pour la première fois le 1er juin 2022.

_____________

Une plaque en hommage à Agricol Perdiguier

Les Compagnons de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis et la Société des Compagnons et Affiliés, Menuisiers et Serruriers du Devoir de Liberté annoncent l’inauguration d’une plaque en hommage à

Agricol PERDIGUIER

le samedi 4 juin 2022, à 14h30,
au 16, passage de la Bonne Graine, Paris 11e

Plaque Perdiguier 4 juin 2022

Invitation à la pose de la plaque à la mémoire d’Agricol Perdiguier

 

Agricol Perdiguier, dit Avignonnais la Vertu (1805-1875)

Compagnon menuisier du Tour de France, écrivain et député, il repose au cimetière du Père-Lachaise (85e division), sous un curieux monument, en forme de ruche symbolisant le travail collectif. Selon sa volonté, il a eu droit à des funérailles civiles. Perdiguier est sans doute le compagnon du devoir (de liberté) le plus connu des historiens et sa tombe fait toujours l’objet de fréquentes commémorations de Compagnons de tous rites.

Perdiguier, une ruche comme symbole

Tombe d’Agricol Perdiguier au cimetière du Père-Lachaise (85e division)-PG

Compagnon du Tour de France

En 1823, à 17 ans, il entre chez les Compagnons d’Avignon pour apprendre le dessin technique (l’art du trait) et devient affilié chez les Compagnons du Devoir de la Liberté. Bientôt, il commence son Tour de France qui va le mener de Marseille à Nîmes, puis à Montpellier, où il est fait compagnon reçu sous le nom d’Avignonnais la Vertu, de Béziers à Bordeaux, enfin de Nantes à Chartres où il devient compagnon fini.

Puis, il gagne Lyon où il est placé à la tête de sa « Société » comme premier compagnon, puis dignitaire.

Dans toutes ces villes, il découvre le combat fratricide des différentes sociétés de compagnonnage, reflet des conflits sociaux de cette époque. Convaincu de l’inutilité des conflits entre compagnons de différents devoirs, pour faire mieux passer ses idées sur « l’indispensable réunification », il compose des chansons qu’il réunit en cahiers et fait distribuer gratuitement à travers la France.

Perdiguier et l'indispensable réunification

La réconciliation des compagnons. Lithographie éditée par A. Perdiguier. Cliché MUCEM

Perdiguier complète son éducation, lit beaucoup, notamment les poètes et Voltaire. En 1839, il publie son célèbre Livre du Compagnonnage, le premier écrit sur les compagnons et par un compagnon, qui attire l’attention d’intellectuels comme Eugène Sue et George Sand, dont il devient un ami très proche. Paru à compte d’auteur, cet ouvrage, tout en décrivant les différents Devoirs compagnonniques,dénonce leur manque de fraternité et propose de moderniser les structures, de développer le rôle de société de secours mutuel et de formation professionnelle.

Livre d'Agricol Perdiguier

Le Livre du Compagnonnage, éd. 1857

À travers ses ouvrages publiés ensuite, Perdiguier se montre l’ardent ouvrier de la réconciliation entre les différentes sociétés de compagnonnage. Pour lui, tout passe par l’éducation et la lecture.

Malade des yeux, blessé à la main, il doit abandonner l’établi pour se consacrer à l’enseignement du trait. Passionné par le livre et l’écriture, il ouvre à Paris, dans le faubourg Saint-Antoine, une librairie où il donne ses cours, fréquentés par Gambetta, Jules Ferry et d’autres acteurs sociaux de l’époque.

Ce travailleur autodidacte qui connaissait et citait Socrate, Platon, Aristote et… Machiavel, admirait chez les Modernes aussi bien Chateaubriand que Victor Hugo, Eugène Sue et George Sand.

Républicain engagé et franc-maçon

Très actif durant la révolution de 1830, il se rapproche de son compatriote François-Vincent Raspail au cours de l’insurrection provoquée par les incidents du 5 juin 1832, lors des funérailles du général Lamarque.

Républicain de conviction, il prend position pour la laïcité de l’enseignement. La fraternité, l’entraide mutuelle et l’accès à l’instruction sont les moteurs de son action qui se déplace sur un terrain plus politique. En 1846, il est initié à la franc-maçonnerie, dans la loge parisienne « Les hospitaliers de la Palestine » du Suprême Conseil de France.

Perdiguier en bande dessinée

Agricol Perdiguier en BD par François Icher et Mor, Cairn, 2021

Défenseur des ouvriers charpentiers lors de la grève de 1845, combattant inlassablement la présence du « troisième ordre » (caste aristocratique et patronale) dans le compagnonnage, Perdiguier est conscient que la défense des travailleurs nécessite une action politique. Il répond à l’appel de Raspail, le 24 février 1848, lorsqu’il proclame la République à l’Hôtel de Ville de Paris.

Perdiguier se présente à la députation et, avec l’appui de Béranger, de Lamartine et de George Sand, il est élu dans la Seine et dans le Vaucluse. Il choisit la Seine et siège sur les bancs de la Montagne. Son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851 lui vaut l’exil politique en Belgique. Il rejoint Genève, où il reprend son métier de menuisier et ses cours de dessin, et entretient une correspondance avec d’autres proscrits comme Victor Hugo et il écrit Mémoires d’un Compagnon en 1854.

Après la proclamation de la République, en septembre 1870, il est nommé maire-adjoint du 12e arrondissement de Paris, fonction qu’il occupe pendant le siège de la capitale. En tant qu’adjoint, il préside à l’élection des chefs de sections d’un grand nombre de compagnies de Gardes Nationaux et tente d’organiser la défense de Paris dans son secteur.

La maladie le contraint à démissionner et il continue ses combats par la plume pour le suffrage universel, l’abolition de la peine de mort, la liberté de la presse et la suppression du budget des cultes.

Agricol Perdiguier meurt à Paris, le 25 mars 1875, dans une grande pauvreté, laissant le souvenir d’un homme qui n’a travaillé qu’à un seul but : le bonheur et le bien-être des travailleurs.

Livre d'Agricol Perdiguier

Perdiguier, Mémoires d’un Compagnon, 1854

___________

Pour en savoir plus :

https://fr.wikipedia.org/w iki/Agricol_Perdiguier

Les Mémoires d’un compagnon ont été rééditées par Alain Faure, Maspero, 1977, La Découverte, 2002.

Les 2 tomes du « Livre du compagnonnage » (édition 1857) d’Agricol Perdiguier sont accessibles et téléchargeables ici :

Tome 1  : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5684793z?rk=42918;4  (322 pages)
Tome 2 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5684841k?rk=21459;2# (310 pages)

Dans le cadre de notre partenariat avec Histoire et Patrimoine du 12e, Jean-Marc Cholet, administrateur de l’association, nous propose cette visite guidée.

Découverte du faubourg Saint-Antoine… ou du travail du bois à la start-up

A l’origine de cette rue, un chemin traversait un hameau et des marécages où se trouvait l’abbaye Saint Antoine qui va donner son nom à cet axe. Axe devenu majeur dans les liaisons Est–Ouest. C’était le lien entre les châteaux royaux de Vincennes, Paris et Saint Germain en Laye.

C’est le chemin royal après les couronnements à Reims avant d’entrer dans Paris par la porte Saint Antoine. Cette rue de 1 800 m entre la place du Trône (Nation de nos jours) et la Bastille voit sa largeur varier entre 17 m et 30 m, un lieu idéal pour dresser des barricades…

Notre visite se concentrera sur un quadrilatère de 500 m de côté. Le clou de cette promenade réside dans la découverte d’une dizaine de cours et de passages. Ce sont des endroits où l’on peut imaginer le Paris artisanal et industrieux des siècles passés dans un calme absolu.

Plan de l'abbaye St Antoine

Plan de l’abbaye St Antoine

Ces temps calmes nous permettront d’aborder par séquences :

  • l’histoire de l’Abbaye aux Dames de Saint Antoine des Champs fondée au début du XIIIème siècle et disparue en 1795 ;
  • un écosystème avant l’heure constitué par la proximité de stocks de bois disponible sur le quai de la Rapée, une exemption royale pour les artisans de se dispenser de dépendre des corporations et de ce fait de pouvoir inventer de nouveaux meubles avec une variété d’essence (ex : les placages en ébène feront les ébénistes) ;
  • l’histoire du quartier ne se résume pas à la seule activité du meuble. Il faut ajouter le textile (toile, bas) les miroirs, le travail des métaux, le papier peint…
  • la visite de la cour du Bel-Air sera l’occasion d’évoquer la présence des Mousquetaires Noirs qui résidaient depuis 1699 dans une caserne située rue de Charenton. La caserne sera transformée à la fin du XVIIIème siècle en hospice pour les aveugles, les Quinze-Vingts…
  • le passé agité du quartier sera évoqué avec les révoltes du XVIIIème et XIXème siècle.

La promenade se terminera par une observation et une réflexion sur ce qui reste du domaine du meuble après six siècles d’activité.

Commode réalisée rue de Charenton

Commode réalisée par Pierre MIGEON IV (1696 – 1758) – L’atelier de cet ébéniste-marchand était situé rue de Charenton – Ce meuble est conservé au musée Louis VOULAND à Avignon

Jeudi 3 avril à 14h30
15 personnes maxi
Date limite d’inscription : 27 mars
 

Les visites guidées sont réservées à nos adhérents ; le lieu de rendez-vous sera indiqué après inscription sur ahav.paris20@gmail.com.



Le Père Lachaise au féminin

Conférence animée par Camille Paix

Mère Lachaise en 100 portraits. Éditions Cambourakis

 

Si les allées du Père-Lachaise sont désormais une promenade parisienne incontournable, le cimetière du XXe arrondissement doit surtout sa popularité aux hommes célèbres qui y sont enterrés. Et pourtant, nombreuses sont les femmes, écrivaines, peintres, comédiennes, cinéastes, acrobates, mathématiciennes, résistantes ou encore militantes féministes, qui ont pour dernière demeure le cimetière parisien. Au Père-Lachaise, à côté des Molière, Oscar Wilde ou Jim Morrison, elles attirent peu les touristes.

Notre conférencière, Camille Paix, journaliste à Libération, s’est lancée sur leurs traces et compulse depuis plusieurs années les archives pour exhumer leur passé.

La conférence a lieu :

📅 Mercredi 19 mars 2025
🕡 À 18h30 précises
🪧 À la Mairie du 20e arrondissement, 6 place Gambetta, salle des mariages

     Entrée gratuite, nombre de places limité, uniquement sur inscription par mail à ahav.paris20@gmail.com

 

Père Lachaise au féminin conférence

Père Lachaise au féminin, affiche de la conférence

 

Le Père-Lachaise revient vers nous en actualité  à l’occasion des 120 ans de la loi de 1905. Un rappel  à propos de notre loi de séparation des églises et de l’État votée très précisément le 9 décembre 1905. Dès le début de cette année 2025, l’événement est déjà largement médiatisé et le sera tout au long de ces prochains mois.

Père-Lachaise : religion et laïcité au 19ème siècle

 

Il faut savoir qu’en France et dans chaque service public, une action sur la laïcité doit être organisée en ce jour anniversaire. 

Il en est ainsi depuis 2015 à l’Éducation nationale : chaque 9 décembre est l’occasion de mettre en place pour les élèves une action liée à la laïcité. Cette journée a été étendue à toute la Fonction publique depuis 2021.

Plus localement, nous avons la chance de disposer dans notre arrondissement de ce cimetière-musée pas comme les autres et entièrement géré  par la mairie de Paris.

Le Père-Lachaise et l’intégration des croyances

Alors, laïc notre cimetière ? En tout cas il s’agit bien du premier cimetière en tant que tel et qui ait jamais existé en France. Mais pas si simple tout au long du 19ème  siècle. En fait, le Père Lachaise a dû s’adapter et se développer suivant les décisions des différents régimes politiques qui se sont succédés.

L’intégration des croyances se déroule progressivement dès sa création en 1804. Elle se poursuit jusqu’au tout début du 20ème siècle.

Le Père-Lachaise - Tombes crématorium

Tombes du Père-Lachaise près du crématorium-PG

Les anciens enclos et les monuments -religieux et laïcs- au Père-Lachaise

L’intérêt de cette balade est bien évidemment de nous guider uniquement vers son approche historique, celle de l’évolution du cimetière à travers le temps. Pas de croyance, uniquement la connaissance des faits dans le passé.

Deux heures de balade à travers les enclos, les monuments et quelques tombes pour mieux comprendre l’aventure de notre cimetière… avant d’aboutir à celui que nous connaissons aujourd’hui.

Philippe Gluck, président de l’AHAV, propose cette visite guidée, gratuite sur inscription (cliquez ci-dessous) et réservée  aux adhérent-e-s.

Elle est limitée à 20 membres et le lieu de rendez-vous  sera envoyé en retour avec la confirmation de votre inscription.

samedi 29 mars 2025 à 10h précises

15 personnes maximum

(Date limite d’inscription : 22 mars)



Un historien de Belleville s’en est allé : Maxime BRAQUET (1945-2025)

 

Nous apprenons avec grand regret le décès à Paris, le 27 janvier 2025, de notre ami Maxime Braquet, qui fut un historien passionné et prolifique de Belleville et de ses environs.

Né en 1945, Maxime Braquet avait été correcteur puis réviseur pour diverses revues et journaux, dont le magazine gastronomique Le Gault & Millau, Jeune Afrique, Usine Nouvelle, Courrier international, le Chasseur français…

Ainsi, il était un « homme de lettres ». Il entretenait aussi une relation passionnée avec les livres, des livres dont la lecture alimentait une autre de ses passions : la connaissance du passé nos quartiers de l’Est parisien. Maxime Braquet était un curieux infatigable et un bon connaisseur de notre arrondissement. On lui doit un nombre considérable d’articles très bien documentés sur divers aspects de l’histoire de Belleville et de Ménilmontant. Un travail titanesque de recherche et de rédaction qu’il a continué en permanence à enrichir.

S’il n’était pas historien de formation, il maitrisait parfaitement la recherche documentaire et connaissait bien les bibliothèques patrimoniales et les archives parisiennes, dans lesquelles il passa beaucoup d’heures heureuses…

Maxime Braquet aimait à partager sa passion et son savoir. Il a ainsi collaboré avec générosité avec plusieurs groupes d’histoire locale de l’Est parisien, dont l’AHAV, et, dès 1990, avec le magazine Quartiers Libres en version papier. Il a aussi longuement et étroitement coopéré avec le site www.des-gens.net, sur lequel nombre de ses articles sont toujours accessibles. On en trouvera aussi sur le site  habitantsduplateaudesbutteschaumont.blogspot.com

 

Maxime Braquet sur la butte Bergeyre en 2019

Maxime Braquet sur la butte Bergeyre en 2019

 

L’Association d’histoire et d’archéologie du 20arrondissement de Paris a eu, à plusieurs reprises, le plaisir d’accueillir Maxime Braquet dans ses réunions à la Mairie du 20e arrondissement. Ces conférences, toujours suivies avec intérêt par un public curieux de mieux connaître l’histoire de notre arrondissement, ont été publiées dans notre Bulletin :

  • « Jean Dolent, l’amoureux d’art, un Bellevillois remarquable du XIXe siècle », n° 27, 3e trim. 2003.
  • « La gloire de la Courtille. Des cabarets aux cinémas de quartier (1800-1975) », n° 30, 3e trim. 2004.
  • « Le site Carré de Baudouin. 300 ans d’histoire d’un lieu inspiré de Ménilmontant », n° 37, 3e trim. 2006.
  • « Ménilmontant en goguettes. A l’aube du mouvement ouvrier (1815-1850) », n° 38, 4e trim. 2007.
  • « Belleville – Ménilmontant, une grande page du mouvement ouvrier : juin 1848 », n° 41, 4e trim. 2008.
  • « Souvenirs du Théâtre de Belleville », n° 45, 2e trim. 2010.
  • « De Belleville à Romainville dans les romans de Paul de Koch », n° 54, 2e trim. 2013.
  • « Les bals musette de Belleville-Ménilmontant », n° 63, 2e trim. 2016.
  • « Un grand peintre à la rencontre de notre Montagne : Eugène Carrière » (avec Sylvie Legratiet), n° 65, 2e trim. 2017.

Il est possible de se procurer ces bulletins sur cette page.

Nous nous associons à tous ceux qui rendent aujourd’hui hommage à Maxime Braquet et à l’œuvre qu’il nous laisse.

La crémation de Maxime Braquet se déroulera le lundi 24 février 2025, à 11h00, au Crématorium du cimetière du Père-Lachaise, 71 rue des Rondeaux, 75020 Paris. Une occasion de rendre un dernier hommage à l’ami Maxime !

 

Un historien de Belleville s’en est allé : Maxime BRAQUET

Comme chaque année, la mairie du 20e organise une commémoration en hommage au groupe Manouchian. Elle  a lieu :

📅 Vendredi 21 février 2025
🕒 17h30
📍 Passage du Surmelin, puis rue du groupe Manouchian

À l’occasion de  cette commémoration dans notre arrondissement, nous republions cet article paru pour la première fois le 13 février 2024

____________________

Le monument FTP-MOI au Père Lachaise,

l’œuvre associée au groupe Manouchian et son inauguration

Ce 21 février 2024 a lieu la panthéonisation de Missak Manouchian avec sa femme, Mélinée. La ville de Paris commémore chaque année les FTP-MOI dans notre arrondissement, rue du Groupe Manouchian. Au-delà du nom de leur rue, plusieurs œuvres ici nous rappellent à eux : les plaques commémoratives dans cette même rue, l’activité de l’association l’Affiche Verte Manouchian (AVM) toujours pleine de projets sur place pour les mettre en valeur, et non loin une grande fresque de Popof rue du Surmelin.

Après différents articles que nous lui avons consacrés, nous abordons ici tout spécialement la présentation du monument FTP-MOI du Père Lachaise et son inauguration. Missak Manouchian en a été le commandant pour Paris.

Foule monument FTP-MOI - Cimetière Père Lachaise Paris

Rassemblement devant le monument FTP-MOI- PCF

L’origine du sigle « MOI »

Il faut se souvenir qu’en 1925, le PCF avait créé la MOE, une section du parti pour y intégrer -de manière séparée- la Main d’Œuvre Étrangère. Dans les années 1930, cette dénomination sera remplacée par l’acronyme « MOI », Main d’Œuvre Immigrée, jugée moins péjorative.

Elle deviendra une composante des FTP pendant la guerre, d’où le nom accolé, FTP-MOI. Quant à Missak Manouchian, il adhère au PCF en 1934 et intègre la MOI, section qui va plus tard naturellement devenir clandestine. Leur mission est plus précisément d’harceler l’ennemi par des actions terroristes et tenir Paris.

Leurs actions de résistance, puis l’Affiche rouge de la propagande nazie, leur arrestation et leur exécution sont gravés  dans nos mémoires sous différentes formes et à différents endroits.

20 mai 1989 au Père Lachaise, l’hommage des communistes aux combattants FTP-MOI.

L’initiative du monument au Père Lachaise en revient à Rol Tanguy, chef des FFI d’Ile de France, puis membre du comité central du PCF en 1962. Cette année-là il va même lui être demandé de se présenter aux élections législatives dans la circonscription Charonne-Père Lachaise.

Parallèlement en juillet 1962 quatre concessions à perpétuité sont achetées par le PCF, sans affectation, près du mur des fédérés. L’un de ces emplacements sera ainsi disponible en 1989 pour y installer ce cénotaphe.

la mosaïque FTP-MOI

Discours de Georges Marchais, à gauche du monument FTP-MOI- PCF

Sur la tribune montée à côté du monument, Georges Marchais secrétaire national du PCF prend la parole devant la foule rassemblée. Dans son discours, il présente

« Ces héros, ces martyrs (qui) n’étaient pas nés dans notre pays. Juifs, ou révolutionnaires -et, bien souvent, juifs et révolutionnaires-, ils avaient dû fuir leur patrie parce que le fascisme les en avait chassés ».

À la fin des discours, Georges Marchais demande à Rol Tanguy de venir auprès de lui pour dévoiler la stèle ; leurs rapports ne sont pas très bons et selon Jean Vigreux, historien, expert à la Fondation Jean Jaurès et rédacteur à l’Humanité, Rol Tanguy refuse.

 

De son côté, Gaston Plissonnier justifie le choix de l’emplacement, c’est-à-dire celui à la 97ème division face au mur des fédérés. Il se trouve situé entre la tombe dédiée au Comité national du PCF et celle de Waldeck Rochet :

« La MOIa aujourd’hui une place à elle tout près des tombes des dirigeants du parti communiste, français, de personnalités progressistes, de personnalités illustres, de témoignages d’hommage aux déportés ».

Six ans plus tard, lui-même sera d’ailleurs enterré dans cette tombe mitoyenne du Comité national du PCF.

Le monument présenté par son mosaïste

La stèle du monument est l’œuvre de l’architecte Jean-Michel Daquin et du mosaïste Verdiano Marzi qui explique les choix du lieu retenu et sa composition personnelle.

 

Dernières finitions du monument FTP-MOI

Monument FTP MOI, mosaique en cours de montage-PCF

 

Avec des petits cubes de couleur (tesselles) provenant d’Italie, « le rouge d’Alicante, les marbres marrons d’Europe centrale, le grand bleu d’Argentine et du Brésil, nous avons conçu le monument comme un engagement fait de respect et d’admiration pour les combattants de la MOI, l’un de nous étant lui-même immigré.

L’œuvre s’intègre à la solennité du lieu avec ce qu’il représente comme mémoire de l’histoire française et de sa culture. Lieu de visite très fréquenté, chacun y reconnaîtra des symboles. Ceux qui sont suggérés nous paraissent accessibles à toutes les cultures. »

Morts pour la France, en majuscules

Les strophes d’Aragon gravées au pied de la stèle FTP-MOI-PG

Pourquoi une réalisation si tardive ?

Danielle Tartakowsky, professeure émérite d’histoire contemporaine, constate le fait qu’à coté de cette œuvre se trouve le monument qui date de 1975 « en hommage aux femmes communistes qui ont donné leur vie pour la victoire de la liberté contre le nazisme pour le triomphe de la paix ».

Pourquoi ces deux mémoriaux érigés si tard ? Elle nous fait remarquer qu’« ils ont pour effet pervers de souligner que les deux groupes concernés avaient jusqu’alors été sous-représentés, voire ignorés ».

Peut-être aussi, parce que quatre ans avant l’installation de ce monument, un documentaire très controversé sur cette période passe à la télévision sur Antenne 2 :  il s’intitule « des terroristes à la retraite » de Mosco Boucault, et fait l’objet de polémiques au point d’être censuré pendant près de deux ans. Dans ce long métrage, Mélinée Manouchian met en cause le Parti Communiste, en l’accusant d’avoir sciemment envoyé le groupe à une mort certaine. À signaler la participation de Simone Signoret (au Père Lachaise) en tant que récitante du documentaire.

Pour autant le 20 mai 1989, Mélinée Manouchian sera présente à l’inauguration parmi d’autres personnalités. Elle décédera six mois plus tard.

Mélinée Manouchian, jardin dans le 20e arrondissement

La fresque de Mélinée, rue du groupe Manouchian-PG

Les FTP dans le 20e

À la Libération de Paris, le 23 août 1944, les résistants FTP interviennent à la station de la Petite Ceinture, gare de Ménilmontant. Ceux du réseau Nord-Libération et un groupe local de résistants (le groupe Piat, du nom de la rue voisine) font prisonniers les soldats allemands et s’emparent du train. Dans cet assaut, cinq résistants ont été tués. Aujourd’hui, trois plaques mémorielles restent visibles : sur la passerelle rue de la Mare, rue de Ménilmontant sur la grille au- dessus de la voie ferrée, et au 26 rue Piat.

Sans oublier Salomon Jacob, évadé de l’hôpital Tenon le 23 novembre 1941 après avoir été interné au camp de Drancy, réservé aux juifs. Il rejoindra les FTP-MOI en mars 1943 et décédera en Roumanie en 1988. Un an avant l’inauguration du monument.

Il y a 50 ans nous quittait Pierre Dac

 

 

Comment être sérieux quand on parle de l’inventeur du Schmilblick, un objet « rigoureusement intégral, qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout » ?

Pierre Dac, ce célèbre humoriste, un résistant, un créateur de journal et d’émissions radiophoniques, toujours dans le domaine de son talent. Il est décédé il y a tout juste cinquante ans, le 9 février 1975.

Il est né à Châlons-sur-Marne en 1893, et a très sérieusement demandé que, compte tenu de ses origines juives, elle soit rebaptisée Chalom-sur Marne. Son père Salomon, boucher de profession, était un homme plein d’humour connaissant la langue des bouchers, le louchebem. Il a été pour lui sa première source d’inspiration.

Pierre Dac est un bon élève, mais en 1908 son goût pour les farces lui vaut à l’âge de 15 ans d’être renvoyé de son lycée : il avait accroché un hareng saur à la queue de l’habit d’un professeur, ce qui a marqué la fin de ses études.

Humoriste à partir des années 1920

Au début de la guerre de 14-18, au lendemain de ses vingt ans, Il est mobilisé puis plusieurs fois blessé. Après la Première Guerre mondiale, Pierre Dac vit de petits métiers à Paris. Sa carrière d’humoriste commence dans les années 1920, et il obtient très vite du succès. Un humour tout personnel avec ce genre d’intervention :

À l’éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? » je réponds : « en ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ».

En 1935, il crée une émission humoristique de radio, La Course au Trésor, et en anime une autre, La Société des Loufoques, puis il fonde L’os à moelle, organe officiel des loufoques.

Pierre Dac rejoint Londres en 1943 après beaucoup de péripéties, et travaille dans l’équipe de Radio Londres « Les Français parlent aux Français ».

Il forme après la guerre, avec son ami Francis Blanche, un duo devenu célèbre et qui remportera un immense succès.

En 1965, il se déclare candidat à la présidentielle avec comme dénomination le MOU (Mouvement Ondulatoire Unifié) et comme slogan « Les temps sont durs, votez MOU ! ».

Mais sous son apparence d’amuseur se cache un homme dépressif et désespéré : entre 1958 et 1960, il fait quatre tentatives de suicide.

 

La dernière ligne droite de l’artiste

Pour lui, la fin se rapproche. Le souci de sa santé devient important et il va mourir d’un cancer du poumon après avoir beaucoup fumé durant sa vie. Il aborde le sujet, comme toujours, à travers son humour par l’absurde. Ainsi, à propos de la prison parisienne :

Il vaut mieux, à mon avis, être en bon état de santé qu’en mauvais état d’arrestation. Encore que l’un n’empêche pas l’autre

Il meurt en 1975, car :

Si active et si diligente qu’elle soit, la police ne parviendra jamais à arrêter le temps qui s’enfuit.

 

Urne funéraire de Pierre Dac au cimetière du Père Lachaise à Paris

Pierre Dac au colombarium – wikimedia

 

À toutes choses égales, il vaut mieux s’enfoncer dans la nuit qu’un clou dans la fesse droite, ou gauche selon le cas et les circonstances.

 

Il a été crématisé (incinéré dans le langage courant) et ses cendres sont déposées au columbarium du cimetière du Père-Lachaise.

Et en guise de conclusion :

Quand on est passé de vie à trépas, on n’a plus rien à craindre de la mort, car celle-ci ne s’intéresse qu’aux vivants.



« On va mettre Brassens à la poubelle ! »

Le cri d’alarme lancé par l’association Racines du 93

 

 

En 1957, Georges Brassens chantait Les lilas (album « Je me suis fait tout petit ») :

« Quand je vais chez la fleuriste, je n’achète que des lilas/

Si ma chanson chante triste, c’est que l’amour n’est plus là/

Comme j’étais en quelque sorte, amoureux de ces fleurs-là/

Je suis entré par la porte, par la porte des Lilas. »

 

Trois mosaïques en hommage à Georges Brassens

A la fin des années 1980, en hommage à l’artiste, disparu en 1981, et en clin d’œil à sa chanson, la RATP installait sur les quais de la station Porte des Lilas (ligne 11, direction Châtelet) trois panneaux de mosaïque en grès émaillé de 16 m², insérés dans les cadres de faïence dorée réservés aux anciennes affiches publicitaires. Les voyageurs du métro peuvent toujours les admirer… mais pour combien de temps encore ?

 

Porte des Lilas - quai avec mosaiques Georges Brassens

Quai de la station porte des Lilas sur la ligne 11 – VV

Ces panneaux représentent l’un le portrait de Georges Brassens, tel qu’en lui-même, avec sa moustache, son regard franc, sa fameuse pipe en bouche, l’air légèrement rieur, et les deux autres des branches de lilas en fleurs.

Les trois fresques sont l’œuvre des mosaïstes Pepsy, Michel L’Huillier et leur fille Mathilde L’Huillier. Elles rendent hommage à Georges Brassens et à son iconique chanson Les lilas. Elles rappellent aussi qu’il fut un temps pas si lointain où les espaces champêtres et les débits de boissons des Lilas attiraient les Parisiens en quête de distractions dominicales.

 

Mosaiques de Georges Brassens et de lilas à la station porte des Lilas

Georges Brassens, mosaïques de Pepsy, Michel L’Huillier et Mathilde L’Huillier – VV

 

Attention, travaux…

Dans le cadre du prolongement actuel de la ligne 11 du Métro, la réfection des murs de la station Porte des Lilas a été entreprise. Et les trois belles mosaïques représentant Georges Brassens et les bouquets de lilas sont en DANGER de disparition. Elles sont dégradées par des infiltrations et il semblerait que la réfection en cours n’inclut ni leur remise en état, ni même leur préservation. Pourtant, elles constituent un rare exemple de cette technique sur les murs du Métro parisien, associé au souvenir d’un chanteur et poète anarchiste qui fait aussi partie de notre patrimoine ! 

Alors, l’association Racines du 93, présidée par Sylvain Oerlemans, a décidé de réagir. Elle a lancé une pétition en ligne afin d’attirer l’attention sur cette œuvre patrimoniale et de la sauver de la destruction. Mise en ligne l’été dernier, la pétition récolte pour le moment plus de 7 600 signatures.

Georges Brassens avait un autre lien un peu oublié avec la porte des Lilas : en 1957, il avait accepté par amitié pour René Fallet, de faire l’acteur aux côtés de Henri Vidal, Pierre Brasseur et Dany Carrel dans le film de René Clair intitulé Porte des Lilas ; il y tenait le rôle de l’Artiste, guitariste et chanteur. Ce fut l’unique film auquel Brassens participa.

 

Affiche du film Porte des Lilas

Affiche du film Porte des Lilas (1957)

 

Mais il faut savoir que le film fut tourné aux Studios de Boulogne et qu’on n’y voit donc aucune image réelle du quartier de la porte des Lilas, ni de la fameuse Zone qui existait alors là où passe aujourd’hui le périphérique, ni de la station de métro Porte des Lilas, tels qu’ils étaient dans les années 1950. Et la chanson Les lilas n’y est pas chantée…

 

Pour signer la pétition, c’est par ici : Sauver les 3 mosaïques de Georges Brassens à la station Porte des Lilas

Pour en savoir plus sur l’œuvre des mosaïstes L’Huillier :  Du pixel à la mosaïque, la saga de la famille L’Huillier

Pour voir le reportage de France 3 Paris-Ile-de-France : Non au démontage de la fresque de Brassens

 



De Ménilmontant à Ménilmuche

 

Des trois quartiers qui forment maintenant le 20e arrondissement de Paris, longtemps Ménilmontant n’a pas eu d’existence administrative, au contraire de Belleville et Charonne qui étaient déjà des villages sous l’Ancien Régime.

Et pourtant une identité manifeste s’est élaborée peu à peu lorsque surgit, au XIXème siècle, de la campagne vinicole qui bordait l’Est de Paris, un quartier populaire densément peuplé. L’esprit frondeur de ce monde interlope chanté par Maurice Chevalier imprègne encore maintenant les bars qui s’égrènent à Ménilmuche, depuis la rue Oberkampf tout le long de la rue de Ménilmontant.

 

Rue de Ménilmontant

La rue de Ménilmontant

 

Cette conférence, présentée par Marie-Madeleine Massé, conservatrice honoraire du Patrimoine, s’articule autour de deux approches :

  • un parcours historique montre comment cet espace champêtre décrit par Jean-Jacques Rousseau au 18ème siècle, s’est urbanisé autour des châteaux et « folies » dont le Pavillon Carré de Baudouin reste le témoignage.
  • une découverte géographique en remontant la rue de Ménilmontant pour pointer les manifestations d’une vitalité actuelle remarquable, notamment dans le domaine des arts plastiques et de la scène, ainsi que les vestiges de son passé champêtre.

 

Elle a lieu :

📅  Jeudi 6 février 2025
🕡  À 20h00 précises
🪧  Au Dorothy, café-atelier associatif   85 bis Rue de Ménilmontant, 75020 Paris – bus 96 – métro Ménilmontant ou Gambetta

  Entrée libre dans la limite des places disponibles

 

Le pavillon Carré de Baudouin

Pavillon Carré de Baudouin

 



Le bâti faubourien de Charonne 1820-1920


Bulletin n°83

 

Vers les années 1820, l’urbanisation des territoires de l’Est parisien démarre, avec l’arrivée massive d’entreprises et de manufactures s’installant sur des terres peu peuplées jusque-là.
Prolongement du faubourg Saint Antoine, Charonne écrit une histoire particulière dans le 20e arrondissement, avec un réseau de rues et de passages « en peigne » hérité des terres maraichères et des vignobles. Il donne lieu à un urbanisme marqué par une forte concentration de maisons dites faubouriennes, un patrimoine ouvrier et artisan construit tout au long du XIXème siècle.
Frédérique Gaudin, secrétaire générale de l’AHAV, et Delphine Lenicolais nous avaient présenté, lors d’une conférence le 24 octobre 2024 à la mairie du 20e, ce bâti faubourien indissociable de l’histoire de ce quartier et de ses habitants.

Tiroir de vidange des eaux usées dans l’escalier du 51 rue des Orteaux – Photo extraite du livre « Si le quartier Réunion m’était conté » du Dr Longueville

Retrouvez-le dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus, sous format imprimé ou sous format pdf téléchargeable.