Escalier donnant sur commerce

2022… c’est l’année Perec dans le 20!

Cette année 2022 marque le 40e anniversaire de la mort de l’écrivain Georges Perec, dont une partie de la vie (courte) et une part de l’œuvre (plus importante) sont intimement liées au 20e arrondissement où il vécut enfant.

Georges Perec- Wikipédia.

Perec, de la rue de l’Atlas à Ivry… en passant par la rue Vilin

Georges Perec naît le 7 mars 1936, au 6 rue de l’Atlas (19e arr.), du mariage de Icek Judko Perec (1909-1940) et de Cyrla Szulewicz (1913-1943), juifs d’origine polonaise. Il passe sa petite enfance au 24 rue Vilin, à Belleville, où sa mère tient un salon de coiffure jusqu’en 1942, dont le souvenir occupe une place importante dans son œuvre.

Rue Vilin en 1959

Gamins de Belleville sous l’escalier de la rue Vilin, Paris, 1959. Médiathèque du Patrimoine, donation W. Ronis

Engagé volontaire contre l’Allemagne, son père est tué dès juin 1940. Sa mère envoie son fils en zone libre, à Villard-de-Lans, où il passe le reste de la guerre auprès de son oncle et de sa tante Bienenfeld, tandis que Cyrla est arrêtée et déportée à Auschwitz en février 1943. En 1945, Georges rentre à Paris et est adopté par les Bienenfeld.

Il devient documentaliste au CNRS et entame en même temps une carrière d’écrivain. En 1965, son premier roman Les Choses remporte le prix Renaudot. En juin 1967, il est coopté pour entrer à l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), cooptation qui marque un point important dans son œuvre littéraire puisque désormais ses textes suivront en général des contraintes de type oulipien. Perec est, avec Raymond Queneau et Italo Calvino, un des membres de l’Ouvroir dont les ouvrages ont eu le plus de succès.

Oulipo, écriture innovante

Basile Morin, ambigramme de l’Oulipo

En 1969, il publie La Disparition, son premier roman oulipien, 300 pages écrites sans utiliser la lettre « e ». Au-delà de cette prouesse lexicographique, Perec reprend aussi sa thématique de l’absence et la douleur qu’elle engendre. Il inverse ensuite la contrainte lipogrammatique dans Les Revenentes, où il n’utilise que la voyelle « e » à l’exclusion de toutes les autres, même au prix de libertés orthographiques.

Ensuite il achève W ou le souvenir d’enfance, qui paraît en 1975. Très estimé, ce grand roman moderne obtient un succès critique qui place Perec parmi les meilleurs de son temps. L’alternance binaire d’une fiction fascisante et d’une écriture autobiographique fragmentaire adosse une histoire collective fantasmée au destin singulier de l’orphelin qu’est l’auteur.

À partir de 1976, il publie des mots croisés dans Le Point, soit un total de 135 grilles jusqu’en 1982.

Perec dessiné par la Poste

Timbre-poste en hommage à G. Pérec, 2002.

Perec atteint la consécration en 1978 avec la publication de La Vie mode d’emploi, qui obtient le prix Médicis et un grand succès public, qui permet à son auteur d’abandonner son travail de documentaliste et de se consacrer à l’écriture. Il y explore de façon méthodique la vie des différents habitants d’un immeuble, selon une contrainte de circulation : la polygraphie du cavalier. À cette première contrainte s’ajoutent de nombreuses autres, ordonnées selon un bi-carré latin orthogonal d’ordre.

Le 3 mars 1982, Georges Perec meurt, à 45 ans, d’un cancer du poumon, à Ivry-sur-Seine, quelques mois seulement après avoir publié « 25 choses à faire avant de mourir »[1]. Ses cendres ont été déposées au columbarium du cimetière du Père-Lachaise (case 382).

Inédit de Perec

Couverture de Lieux, ouvrage inédit de G. Perec publié en 2022 au Seuil.

Et… Surprise !!… En cette présente année 2022, 40 ans après sa mort, vient de paraitre au Seuil un « nouveau » Perec. Il s’agit d’un recueil de 133 textes restés inédits, intitulé Lieux, dans lequel l’auteur explore « douze lieux, des rues, des places, des carrefours, liés à des souvenirs, à des événements ou à des moments importants de mon existence » sur six années, entre descriptions et souvenirs[2].

« En remontant la rue Vilin »

En 1969, date de la publication de La Disparition, Georges Perec se lance le défi de documenter, année après année, la destruction de la rue Vilin, la rue de son enfance qui serpente sur les coteaux escarpés de Belleville.

Rue Vilin, 20e populaire

Georges Pérec rue Vilin-DR.

L’écrivain projette d’y revenir régulièrement pendant douze ans, ainsi que sur onze autres lieux parisiens, pour conserver la trace d’un triple vieillissement, « celui des lieux eux-mêmes, celui de mes souvenirs et celui de mon écriture » (Espèces d’espaces, 1974). Abandonné en cours de route, ce travail provisoirement intitulé Lieux n’aboutira jamais. Et, le 4 mars 1982, au lendemain de sa mort, les démolisseurs s’attaquaient aux dernières masures de la rue. Ce jour-là tombe le nº 24, la maison où Perec avait vécu avec ses parents.

Escalier donnant sur commerce

La rue Vilin, années 1950 – photo Henri Guérard

Ouverte en 1846 et classée en 1863, puis déclarée îlot insalubre un siècle plus tard, la rue Vilin a disparu dans la réalisation du Parc de Belleville. À l’origine, elle partait de la rue des Couronnes, se poursuivait en ligne droite vers le nord-est, en pente douce, sur 200 mètres environ, avant de se terminer par un escalier d’une cinquantaine de marches qui rejoignait la rue Piat. La chaussée était pavée, les trottoirs étroits, sans arbre. La circulation y était peu importante, du fait de l’escalier au bout, qui la rendait quasiment semblable à une impasse. C’était un terrain de jeu idéal pour les enfants qui aimaient dévaler l’escalier ou jouer tranquillement au ballon dans la rue.

Film de de Robert Bober

En remontant la rue Vilin, de Robert Bober, montage

De la rue Vilin, il ne reste guère que les photos prises par des photographes et les textes de Georges Perec. Le cinéaste Robert Bober s’en est emparé et a reconstitué comme dans un puzzle cette rue disparue. Le film est tout à la fois la reconquête d’un espace, une réflexion sur le regard et un hommage rendu à son ami Perec[3].

Et qui donc est ce M. Vilin qui a donné son nom à la rue Vilin ?

Sans doute un ancien propriétaire des terrains sur lesquels la rue fut ouverte : Pierre Augustin Vilin, né à Paris, section de Popincourt, le 22 juillet 1793 et décédé le 18 mars 1857, à Belleville. Issu d’une famille de tisserands d’Amiens, il fut d’abord vérificateur des bâtiments, tout en étudiant l’architecture à l’École des Beaux-arts de Paris. Il fit une carrière d’architecte et mena des opérations de spéculation foncière qui lui rapportèrent, semble-t-il, une confortable aisance.

Bas de la rue Vilin

9 – Angle de la rue des Couronnes et de la rue Vilin, début du XXe siècle. Carte postale.

Il fut aussi maire de Belleville de la Révolution de février 1848, époque à laquelle il était adjoint, jusqu’aux événements de juin 1848. Il semble être encore conseiller municipal de Belleville en juillet 1853, date à laquelle la sous-préfecture de Saint-Denis le signale comme n’ayant pas prêté serment à l’Empereur.

En 2022, Georges Perec fait encore l’actualité avec le festival Du haut des cimes de Ménilmontant

Printemps de la poésie dans le 20e

Affiche du festival Du Haut des Cimes, édition 2022

Le festival Du haut des cimes de Ménilmontant (6-19 juin 2022) rendra hommage « à l’enfant du quartier, Georges Perec, anniversaire des 40 ans de sa disparition »

le samedi 18 juin, avec 2 spectacles solo, l’un à 18h : L’Encyclopédiste (Conception Encyclopédie de la parole. Texte et interprétation Frédéric Danos) et l’autre à 20h : Beaux présents dorés, ou le voyage dans l’alphabet extraordinaire de Jude Call Mirann (Compagnie belles absentes. Texte et interprétation Julien Marcland) à la MJC des Hauts de Belleville, 43 rue du Borrego.

-le dimanche 19 juin, avec une promenade poétique « Sur les pas de Georges Pérec » avec Stéphane Bouquet et les poétesses Molly Lo Freemann (USA) et Anna Maligon (Ukraine), précédée de la rencontre « Qu’est-ce que tu fabriques ? », avec Stéphane Bouquet (15h-18h). RV entrée du Père-Lachaise, rue des Rondeaux, en face de l’avenue du Père-Lachaise, puis à l’amphithéâtre de verdure du Conservatoire Georges Bizet, 3 place Carmen, rue des Cendriers.

Et, en ouverture du festival, le lundi 6 juin, de 15 à 17h, l’AHAV participera à une visite des poètes du Père-Lachaise. Pour l’AHAV, sortie réservée à ses adhérents et sur inscription.

Rue Vilin et son terrain vague

« Au repos de la Montagne », 53-55 rue Vilin. Image tirée du film « En remontant la rue Vilin » réalisé par Robert Bober en 1992

 

Pour en savoir plus :

Sur Georges Perec et son œuvre : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Perec.

Sur l’Oulipo : https://www.bing.com/search?q=Oulipo%20wikipedia&form=WIKIRE.

Sur le festival Du haut des cimes de Ménilmontant : https://www.facebook.com/festivalduhautdescimes.

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[1] https://www.youtube.com/watch?v=Gh81fubFMEw. On trouve beaucoup d’interviews de G. Perec en ligne sur Internet.

[2] L’ouvrage est accessible gratuitement sur https://www.seuil.com/ouvrage/lieux-georges-perec/9782021114096

[3] Film documentaire réalisé par Robert Bober,1992, 48 min, couleur ; nombreux extraits sur Internet.

Regard Saint-Martin fin de travaux 2022

Le regard Saint-Martin sous un nouveau jour

À la hauteur du 42 bis rue des Cascades, les travaux de réhabilitation sont prévus pour se terminer fin mars. En ce qui concerne le regard Saint-Martin, la consolidation du mur tout proche  se fait en partenariat avec les services de la Ville et  lui permet ainsi d’assurer sa pérennité.

Il est vrai que le temps avait fait son œuvre, les racines des arbres avaient poussé la terre jusqu’à en bousculer ce mur situé à l’arrière. L’intervention est à la charge de la propriété de la rue de l’Ermitage gérée par la RIVP qui  présente le chantier comme  » indispensable pour sécuriser ce jardin et son mur de soutènement ».

 

Restauration du regard Saint-Martin

L’annonce des travaux de la RIVP en 2021. « Pérenniser le regard Saint-Martin » en bas à droite -PG

 

Rappelons-nous au passage que juste à côté, au n° 44, la scène de la guinguette avec Simone Signoret et Serge Reggiani dans « Casque d’or » a été tournée en 1952 en ces lieux.

Un regard religieusement construit

Le regard Saint Martin a permis le captage des eaux de Belleville. L’aqueduc de Belleville lui-même avait été le premier chantier d’adduction par la ville à l’usage de ses habitants, une construction réalisée vers le 13ème siècle. Notre regard lui-même date du milieu du 17ème siècle à l’initiative des religieux de Saint Martin des Champs, d’où l’origine de son nom.

Il a permis d’accéder à une courte galerie souterraine, et pouvoir ainsi « regarder », surveiller l’eau de Belleville captée pour être destinée à leur enclos.

Le partage avec les religieux du Temple

Mais les religieux de Saint-Martin-des-Champs ont dû partager cette eau avec les religieux du Temple. Ils se sont mis d’accord pour répartir entre eux les frais d’entretien du réseau. La plaque en latin posée à l’entrée du regard nous en fait partager son histoire. En voici la traduction :

« Fontaine coulant d’habitude pour l’usage commun des religieux de Saint-Martin de Cluny et de leurs voisins les Templiers. Après avoir été trente ans négligée et pour ainsi dire méprisée, elle a été recherchée et revendiquée à frais communs et avec grand soin, depuis la source et les petits filets d’eau. Maintenant enfin, insistant avec force et avec l’animation que donne une telle entreprise, nous l’avons remise à neuf et ramenée plus qu’à sa première élégance et splendeur. Reprenant son ancienne destination, elle a recommencé à couler l’an du Seigneur 1633, non moins à notre honneur que pour notre commodité. Les mêmes travaux et dépenses ont été recommencés en commun, comme il est dit ci-dessus, l’an du Seigneur 1722 »

 

Regard Saint-Martin en 1650

Regard Saint Martin, dessin datant de 1650-Archives Nationales

 

Les dessous de ce patrimoine protégé

Pour finir, cet édifice de pierre -propriété de la ville- a dans un premier temps été classé monument historique en 1899, grâce à l’action de la toute nouvelle Commission du Vieux Paris créée deux ans plus tôt.

Comme cette protection légale ne couvrait pas la galerie souterraine alimentant le regard, en 2006 grâce à l’action de l’ASNEP (Association Sources du Nord – Études et Préservation), un nouvel arrêté de classement a permis de combler cet oubli.

À l’occasion de notre prochaine visite guidée du 23 avril, nous passerons devant cet emplacement avec davantage de curiosité.

 

Joséphine Baker au Casino de Paris

Joséphine Baker a habité le 20e

 

J’ai deux Z’amours…

Cet air est revenu sur toutes les lèvres ces dernières semaines quand on ne parlait que de la « panthéonisation » de Joséphine Baker. Mais le souvenir de cette « Grande dame » est peut-être plus proche qu’on ne croit pour les habitants du 20earrondissement.

 

Artiste de music-hall de grand renom, Joséphine Baker (1906-1975) a été danseuse, chanteuse, actrice, meneuse de revue, et une icône des Années folles. Elle a fait le succès de la Revue nègre au Théâtre des Champs-Elysées (1925) et a contribué grandement à l’introduction du charleston en Europe.

Joséphine Baker au Panthéon

Joséphine Baker au Panthéon le 30 novembre 2021 par Plantu

Elle est aussi une femme libre et courageuse qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, choisit la France et participe à la résistance. Et elle utilise sa grande popularité au service de la lutte contre le racisme et pour l’émancipation des Noirs, en particulier en soutenant le mouvement américain des droits civiques.

Ce que l’on ne sait moins, c’est qu’elle a aussi été un temps liée à notre arrondissement. Dans les années 1960, elle pose ses valises et celles de sa famille « arc-en ciel » (12 enfants adoptés de toutes origines) dans une jolie maison de briques rouges, à deux pas de la Campagne à Paris, au coin des rues du lieutenant Chauré et Alphonse Pénaud. On va même jusqu’à parler de l’« hôtel particulier » de Joséphine Baker.

 Joséphine Baker dans le 20e arrondissement

Maison-pignon habitée par Joséphine Baker et sa famille dans les années 1960. CDD

Notre Association d’histoire a peu de renseignements sur le séjour de Joséphine Baker et des siens dans le 20e arrondissement. Si les souvenirs vous reviennent, si vous en savez plus notamment sur cette belle maison, si vous avez envie de partager avec nous, nous vous attendons…

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Pour en savoir (beaucoup) plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9phine_Baker

https://www.franceinter.fr/emissions/france-inter/france-inter-11-mars-2020

3 Plaques du groupe Manoukian dans le 20e

Manouchian : une rue, un monument, une cérémonie

 

Depuis 1996, le 21 février donne lieu à une commémoration annuelle dans notre arrondissement. À cette date en 1944, 23 membres du groupe FTP-MOI ont été fusillés par l’Allemagne nazie.

Ce groupe a été appelé groupe Manouchian depuis la création de « l’Affiche rouge » apposée dans Paris. Le 20e en garde la mémoire avec le nom d’une rue, une fresque murale et un monument au Père Lachaise.

Rue du groupe Manouchian

Rue du groupe Manouchian, cérémonie du 21 février 2022 devant les trois plaques commémoratives. La plaque à la mémoire des membres du groupe sera inaugurée en 1999 par Michel Charzat, sénateur-maire du 20e. PG

À l’origine des FTP-MOI

Dès 1924, le Parti Communiste choisit de créer un organisme spécifique « permettant de développer l’action solidaire des travailleurs français et immigrés » (1).

Cette section s’est d’abord appelée la « section de Main-d’Oeuvre Étrangère », la MOE, qui deviendra en 1936 la MOI, « section de Main d’Œuvre Immigrée », période où beaucoup d’entre eux sont partis rejoindre les Brigades internationales en Espagne.

Les FTP-MOI étaient composés de communistes et sympathisants d’origine immigré -avec la section communiste juive-  en relation étroite avec la direction des FTP français.

Le récit de ce mouvement de résistance a été diffusé sur France 3 : il fait partie de l’excellente série documentaire produite par Patrick Rotman en 1994 « les brûlures de l’histoire ». En fin d’émission, l’historien Stéphane Courtois, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du mouvement communiste, nous affirme à l’appui des derniers documents connus que « le groupe n’a pas été trahi. Ni par la direction communiste, ni par des responsables communistes ».

Procès du groupe Manouchian dans la presse

La une du Matin daté du 20 février 1944

Sur les 24 accusés qui font face au tribunal militaire allemand, 1 accusé est transféré devant une juridiction française. Les 23 autres sont condamnés à mort sans possibilité d’appel, et 22 sont fusillés le 21 février, au fort du Mont-Valérien ; la 23ème, Olga Bancic voit sa condamnation suspendue pour supplément d’enquête. Elle sera rejugée le 10 mai 1944 à Stuttgart et exécutée par décapitation le jour de ses 32 ans.

Les lieux mémoriels du groupe Manouchian dans le 20e

Au Père Lachaise, un large espace appelé parfois « le panthéon des communistes » s’étire près du mur des Fédérés. C’est à cet endroit que le monument (cénotaphe) des FTP MOI a été érigé, entre la tombe de Waldeck-Rochet et le caveau du PCF.

La mosaïque posée sur la stèle est l’œuvre du mosaïste Verdiano Marzi ; sur la pierre tombale nous pouvons lire un extrait du poème d’Aragon écrit en 1956 qui leur est dédié. Ces vers seront mis en musiques et chantées en 1959 par Léo Ferré sous le titre « l’Affiche Rouge »,puis repris par Marc Ogeret, Leny Escudero et Bernard Lavilliers.

Monument FTP MOI groupe Manouchian

Monument FTP-MOI au Père Lachaise. PG

Ce monument à l’initiative du Parti communiste français a été inauguré le 20 mai 1989 par Georges Marchais, secrétaire du PCF et Henri Rol-Tanguy, entourés de la direction du parti et Mélinée, la veuve de Missak Manouchian.

Henri ROL-TANGUY, responsable des FFI de la région parisienne, a pris la parole pour notamment rappeler les faits sur les derniers jours de leur vie :

… Les nazis vont alors reprendre l’idée d’un procès public ; dans l’impossibilité de détruire la Résistance, ils vont tenter de la diviser. Ce sera le procès dit de l’Affiche rouge. La Résistance focalisée sur les étrangers et les juifs…

Procès Manouchian par la presse

La une de Paris Soir daté du 21 février 1944

Le 17 février 1944, à l’Hôtel Continental à Paris, vingt-trois FTP-MOI ayant participé à cent cinquante actions, de janvier à novembre 1943, défiaient la cour martiale.

Le 21 février, ils tomberont au Mont-Valérien… L’Affiche rouge se couvrit d’inscriptions : « martyrs », « Morts pour la France ».

L'affiche rouge, verso du tract

L’Affiche Rouge a été décliné sous form de  tract. Ci-dessus le texte imprimé au verso  « L’armée du crime »  . Wikipédia

 

En plus du cénotaphe au Père Lachaise, vous pouvez lire notre article sur la rue du groupe Manouchian, son histoire, son projet en cours et sa fresque toute proche qui lui est dédiée.

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(1) Extrait du discours de Georges Marchais le 20 mai 1989 au Père Lachaise.

Pavillon Carré de Baudoui en travaux

Rénovation du Pavillon Carré de Baudouin

Le Pavillon Carré de Baudouin avait besoin d’être réhabilité dans sa partie réservée au public. Le début des travaux est finalement programmé en juillet 2022 pour durer environ 6 mois.

Aucune exposition n’aura donc lieu pendant cette période. Cette initiative a été rendue possible grâce à deux projets issus des budgets participatifs de 2019 et 2021.

Pour mémoire, l’AHAV a été à l’origine de la sauvegarde du lieu voué à la promotion immobilière. Le PCB a finalement été racheté  par la ville. Longtemps caché aux regards des passants, cette folie  du 18ème  siècle a été restaurée puis ouverte au public en 2007.

La nature des besoins de réhabilitation

Pour restituer le détail de cette toute prochaine réalisation, Éric Pliez maire du 20e a invité les associations concernées et ceux qui ont contribué à la vie du PCB à une réunion d’information.

Celle-ci s’est tenue le 18 février en présence du maire du 20e arrondissement, de membres de la municipalité et du cabinet d’architecture JAGG situé rue de Belleville.

À l’intérieur du PCB, Il s’agit d’en améliorer l’entrée, la circulation interne, la signalétique, l’espace d’accueil vieux et non fonctionnel, l’auditorium en mauvais état (acoustique, qualité d’image, besoin de remise aux normes…) et les salles d’expositions.

PCB, présentation de la rénovation

Prochains travaux au PCB 2022 : exposé du cabinet JAGG

L’extérieur du PCB aussi concerné

Madame Jeanne Gerbeaud, architecte du cabinet JAGG en charge du projet, a également présenté les autres interventions à l’extérieur du PCB :

  • La façade « Palladio » sera visible depuis la rue grâce au remplacement partiel du mur par une grille d’une longueur de 7,5 mètres.
  • Un « pavé enherbé » sera posé entre le PCB et le début du jardin
  • Une grille basse séparera le Pavillon Carré de Baudouin du jardin.
Pavillon Carré de Baudoui en travaux

PCB projet de grille donnant rue de Menilmontant

Après le feu vert de tous les intervenants et celui de l’Architecte des Bâtiments de France, le permis de construire -qui n’a pas fait l’objet d’oppositions- devrait être obtenu tout prochainement.

La présentation illustrée de madame Jeanne Gerbeaud a été suivie par plusieurs questions-réponses et seul un opposant au projet a regretté un manque de concertation, affirmation  contestée sur place par les représentants de la municipalité.

Enfin à propos de ces toutes prochaines améliorations, retenons la formule poétique exprimée ainsi sur place : ce bâtiment unique à Paris deviendra après sa rénovation, le phare culturel de l’arrondissement. L’annonce d’une ambition déjà en germe dans les progrès de sa programmation actuelle.

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Pour en savoir plus :

https://mairie20.paris.fr/pages/les-travaux-de-rehabilitation-du-pavillon-carre-de-baudouin-20420

La Passion à Ménilmontant depuis 1932

La «Passion à Ménilmontant» fête ses 90 ans en 2022

 

Le 20e arrondissement a toujours été une terre d’élection du théâtre. Une des expressions les plus populaires et les plus originales en a été, depuis 1932, la fameuse « Passion à Ménilmontant », qui met en scène le procès et la mort de Jésus. Cette œuvre collective conçue, mise en scène et jouée par des habitants du quartier, de tous âges, de toutes origines et de toutes conditions sociales, a longtemps été représentée au Théâtre de Ménilmontant, 15 rue de Retrait.

La Passion à Ménilmontant théâtre

La Passion à Ménilmontan, le final

La fermeture brutale du théâtre à la fin de 2018, puis les vicissitudes imposées par la pandémie avaient semblé en marquer la fin définitive.

Eh bien, non… Heureuse nouvelle ! la Passion de Ménilmontant va renaître en cette année 2022, date anniversaire des 90 ans de sa création, les samedi 26 mars et dimanche 27 mars à 16h00, les samedi 2 avril et dimanche 3 avril à 16h00, et les samedi 9 avril et dimanche 19 avril à 16h00

Les représentations se dérouleront cette année dans la crypte de l’église Saint-François d’Assise, 16 rue du Général Brunet, 75019 Paris.

Les réservations sont d’ores et déjà ouvertes !

Vous pouvez déjà réserver sur le site lapassion.fr ou directement sur BilletReduc.com.

J-B Clémaent au Père Lachaise

Bulletin n° 77

En 2021, la commémoration du 150e anniversaire de la Commune de Paris a marqué profondément l’héritage de l’Est parisien et particulièrement de notre arrondissement.

Ce bulletin n° 77 complète et enrichit notre bulletin n° 75, publié en mars 2021 sous la coordination de la même autrice, Christiane Demeulenaere-Douyère.

Précédement sur le même sujet, le bulletin n° 76 nous présente Félix Pyat, républicain engagé par ceux qui l’ont connu, par Guy Sabatier.

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Pour mémoire, en 1870 la Prusse envahit la France, Paris encerclé résiste. En 1871, le Gouvernement provisoire négocie avec les Prussiens et se charge de « prendre » Paris : là débute la Commune.

Le 20e arrondissement y a pris une place toute particulière, d’où cette première compilation  de 10 articles sur les 20 concernant la Commune, et qui sont extraits des 34 « actualités » publiées sur notre site internet.

La Commune de Paris et le 20e

Gabriel Ranvier, maire du 20e pendant la Commune, in No 1 de Paris 20e, magazine de la Mairie

Au sommaire de ce numéro :

Nos articles parus en 2020

 Décembre 1870, que la vie est dure à Belleville 

 Noël 2020… Noël 1870  

 

Nos articles parus en 2021

 L’Affiche rouge du 7 janvier 1871                    

Paris et l’armistice du 26 janvier 1871 

66 ballons pour sauver Paris… en 1870 et 1871

Législatives du 8 février 1871 : « Ruraux » contre Parisiens                                                                                                                              

La Commune divise l’Hôtel de Ville 

La « vache à Gambon » 

Gabriel Ranvier dans le journal de la Mairie du 20

Main-basse sur les canons de Montmartre 

Transfert de la Taverne rue de Belleville

 

Et le 31 décembre, qu’est-ce qu’on fait ?

La Taverne du Bagne… ça vous dit ?

 

Discothèques et cabarets interdits en cette fin d’année 2021 ? Qu’importe… Belleville a toujours été un lieu de divertissements et de plaisirs. Alors, histoire de finir joyeusement l’année du 150e anniversaire de la Commune de Paris, nous vous proposons une soirée à la Taverne du Bagne.

En février 1884, est inauguré, au 12 rue de Belleville, à un jet de pierre des Folies-Belleville, un drôle de cabaret : La Taverne du Bagne et des Ratapoils.

« Le d’Artagnan de la Commune »

Le directeur en est Maxime Lisbonne, ancien colonel de la Commune, qu’un de ses biographes a surnommé pour son courage « le d’Artagnan de la Commune ». Cluseret disait de lui : « Qui ne se souvient de Lisbonne, caracolant sur son cheval arabe, vêtu mi-partie en garde national et mi-partie en je ne sais quoi de grenadier de Sambre et Meuse ? D’une bravoure hors ligne… ». Né à Paris, en 1839, il a d’abord connu la vie militaire, notamment en Crimée. Puis, en 1864, il s’est lancé dans le théâtre aux Folies-Saint-Antoine.

En 1871, il s’est engagé avec bravoure pour défendre la Commune. Il a été blessé, pris et condamné aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie, puis amnistié en 1880.

Lisbonne, fondateur de la Taverne du Bagne

Maxime Lisbonne, photo.

En 1880, la vie à Paris n’est pas facile pour qui revient de dix années de bagne à l’autre bout du monde. Heureusement, Lisbonne a de la ressource. Il reprend les Bouffes du Nord et monte des pièces militantes de Louise Michel, d’Emile Zola et de Victor Hugo. Chaque soir, son théâtre est le rendez-vous des vieux communards et des jeunes collectivistes. Il crée un journal, L’Ami du Peuple – Seul journal qui ose dire la vérité, qui ne dure pas. Comme il a de l’imagination et de l’humour à revendre, il se lance dans le cabaret, à Montmartre et à Belleville.

Forçats et Ratapoils

Rue de Belleville, sa Taverne du Bagne ne manque pas d’originalité. Son décor est directement inspiré d’une caserne de Nouméa. Au-dessus de la porte, une lanterne rouge. Sur la toiture, à droite et à gauche, deux canons. L’intérieur est d’un minable à faire fuir. Les murs sont décorés de scènes de bagne, de paysages de Nouvelle-Calédonie ou de portraits de forçats célèbres comme Henri Rochefort.

Le service est confié à des « forçats », ayant au pied une chaîne terminée par un boulet. Mais le boulet est creux, il s’accroche à la ceinture, s’ouvre et contient… la serviette avec laquelle le serveur essuie les tables. Le bock s’appelle un boulet et sont au menu « soupe canaque, gourgane de Toulon et Badinguet ». On ne sort de l’établissement qu’avec un « certificat de libération » attestant que « le Condamné a consommé et s’est bien conduit ».

Taverne du bagne, "certificat de libération"

Taverne du bagne, « certificat de libération »

A Belleville, Lisbonne ajoute une attraction supplémentaire : les Ratapoils, « beaux messieurs en redingote, ayant sur le chef un chapeau haut de forme. Au-dessus de celui-ci planait un aigle empaillé dont le bec tenait un morceau de lard ». Il y a aussi du spectacle : par moments, une dispute s’engage entre forçats et ratapoils. « Cinq ou six forçats se jetaient sur un ratapoil, s’en emparaient et le poussaient sur un petit théâtre simulant une forge. Ils le couchaient de force sur un banc et lui mettaient les fers aux pieds. C’était la revanche de l’opprimé ! » (C. Chincholle, Les Mémoires de Paris, 1889).

Déceptions et revers de fortune

Quand La Taverne du Bagne de Belleville doit fermer, Lisbonne lui donne une longue descendance d’autres cabarets tout aussi fantaisistes : La Taverne de la Révolution française, aux Halles (1886), Les Frites révolutionnaires, boulevard de Clichy, La Brioche politique, rue du faubourg-Montmartre (1893), ou encore Le Casino des Concierges (1894). En 1898, ce sera Le Jokey-Club de Montmartre, à l’inauguration duquel on sert des « maquereaux pêchés dans le bassin de la place Pigalle ».

Mais la fortune ne sourit pas à Maxime Lisbonne. Il finit sa vie, en 1905, dans l’oubli d’un bureau de tabac à la Ferté-Alais (Essonne), où il est enterré et où une rue porte son nom.

Maxime Lisbonne, portrait dans la rue. Taverne du Bagne

Maxime Lisbonne, par Morèje-République.

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Pour en savoir plus :

Charles Chincholle, « Les Fantaisies de Maxime Lisbonne », Les Mémoires de Paris, Paris, Librairie moderne, 1889, p. 61-79.

Marcel Cerf, Le D’Artagnan de la Commune (Le Colonel Maxime Lisbonne), Bienne, Editions du Panorama, 1967 ; rééd. Paris, Dittmar, 2014.

Sur Internet : https://www.lafertealais.com/les-personnages-de-la-ferte-alais-au-temps-des-cabarets/maxime-lisbonne/

 

Cet article a été cliqué de nombreuses fois ces derniers jours, nous vous le proposons donc à nouveau. Il avait été mis en ligne le 11 novembre 2020.

 

 

Le boxeur « gueule cassée » de Belleville

Comme chaque année, nous commémorons aujourd’hui la fin de la première guerre mondiale, mais cette fois-ci en version confinée. Au moment de cette date anniversaire, rappelons-nous cette époque qui est aussi celle de ceux que nous avons appelé les « gueules cassées ».

La semaine dernière, France Culture a eu la riche idée de nous proposer un documentaire sur la vie d’un bellevillois populaire aujourd’hui méconnu, celle d’Eugène Criqui. Apprenti tourneur-décolleteur, à 16 ans, il se lance dans le monde de la boxe, en deviendra un champion puis sera mobilisé en 1914.

Blessé l’année suivante, il fera partie de ceux que l’on appellera « les gueules cassées ». Malgré son handicap, il voudra continuer sa carrière et arrivera jusqu’au plus haut sommet de la réussite.

Le boxeur prêt au combat

Eugène Criqui au visage refait

Une série de France Culture en deux épisodes de 28mn chacun.

Pour les écouter, cliquez sur le bouton à gauche de l’image :

Épisode 1 : Eugène Criqui, de Belleville à Verdun

Épisode 2 : Eugène Criqui, le boxeur à la mâchoire de fer

Les gueules cassées nous rappellent bien-sûr la cruauté de la guerre, la douloureuse situation des victimes devant vivre ensuite « réparées » au mieux grâce aux extraordinaires innovations des chirurgiens de l’époque.

Beaucoup de ces personnalités médicales sont enterrées au Père Lachaise : citons notamment les docteurs Henry DELAGENIÉRE,Hippolyte MORESTIN, PONROY, Maurice VIRENQUE, et l’infirmière Bernadette de BEAUCHENE.

Journal des "gueules cassées"

Bimensuel « La Greffe générale » du 15 décembre 1917 – RetroNews BnF

 

 

Belleville et le vin guin-gai

Paris Vingtième, le journal municipal du 20e arrondissement, vient de sortir son numéro 2.

 

Journal municipal 20 arrondissement Paris - Belleville, le vin est guin-gai

Retrouvez cette publication en cliquant sur cette bannière.

En quatrième de couverture de ce nouveau numéro, Christiane Demeulenaere-Douyère, Vice-présidente de l’AHAV, nous présente le village de Belleville au temps de ses guinguettes, l’origine de cette dénomination et les raisons de son déclin. Voici la retranscription de cet article.

À Belleville, le vin est guin-gai !

Au 19e siècle, à Belleville un commerce sur deux est un marchand de vin. Non, les Bellevillois ne sont pas des Pochards notoires. Mais 70% de la population sont des ouvriers habitués à des travaux de force, durs et fatigants, qui boivent facilement plusieurs litres de vin par jour ! Avant 1860, les guinguettes sont déjà nombreuses sur nos côteaux. La « petite banlieue » n’est pas incluse dans l’enceinte financière de Paris et les taxes d’octroi qui pèsent notamment sur les boissons entrantes, y sont moins élevées.

Mieux encore, l’Est parisien a une production viticole assez importante, un petit vin blanc aigrelet, que nos palais seraient tentés d’appeler une piquette, le « vin guinguet », celui-là même qui a donné son nom aux guinguettes… C’est dans cette zone encore rurale que les Parisiens viennent se délasser, surtout l’été : en famille le dimanche, le lundi pour les ouvriers fêtant la Saint-Lundi et le jeudi pour les étudiants.

On s’y promène dans les jardins champêtres ou dans les bois des Lilas. On s’y fait même des émotions aux combats d’animaux ou sur les Montagnes russes de la rue Bisson et, le soir venu, on envahit les guinguettes. Dans ces petits bâtiments sans luxe, entourés d’un grand jardin planté, on peut boire le « vin guinguet », manger sur de longues tables rustiques une cuisine simple et revigorante et même danser.

Il suffit de pousser bancs et tables pour dégager la piste de danse et passer une belle soirée. Les guinguettes sont installées près des barrières de Paris, à la Courtille notamment. Journal municipal 20 arrondissement Paris - Belleville, le vin est guin-gai C’est le temps du célèbre Tambour Royal de Ramponneau. Puis elles gravissent la « chaussée de Ménilmontant » et la rue de Paris, actuelle rue de Belleville.

La plupart conservent leur charme simple de cabaret populaire, d’autres s’embourgeoisent comme le Lac Saint-Fargeau, situé tout en haut de la rue de Belleville, dont le propriétaire donne à son établissement une architecture un brin prétentieuse et, comble de luxe, fait creuser dans son parc un « lac » où ses clients peuvent pêcher et canoter.

Belleville a d’ailleurs installé sa mairie dans une ancienne guinguette, L’Ile d’Amour, du nom de son propriétaire M. Damour. En conservant sa décoration pittoresque… pour le moins curieuse dans un bâtiment officiel !

Le développement du chemin de fer a entrainé le déclin des guinguettes de Belleville, qui ont dû céder la place à celles de Nogent, de Joinville-le-Pont, de Robinson ou des bords de Seine…


Dans ce même numéro, un article sur le lycée Lucie Faure et sa plaque mémorielle des enfants déportés. Celle-ci a donné aux professeurs l’occasion de créer un atelier pluridisciplinaire pour leur classe de 3e C. Il s’agit pour les ados d’aller retrouver l’histoire vécue de l’un des noms inscrits : Chana Finkielsztajn, jeune fille déportée.