Les événements en France, à Paris et dans le 20e il y a 50 ans

Comme chaque année depuis deux ans, nous rappelons ce qui s’est passé il y a tout juste 50 ans. Vous pouvez consulter les années antérieures, en cliquant directement sur celles de 1972 et 1973.

Voyons tout d’abord, les événements au plan national. Sans oublier Yves Coppens (au Père Lachaise) et l’Éthiopie. Le 24 novembre, lui et son équipe découvrent le squelette de Lucy datant de plus de trois millions d’années.

1974, regard rapide sur ce qui s’est passé en France

Georges Pompidou décède et Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République. Dès son élection, la majorité civique passe de 21 à 18 ans et la loi Veil légalisant l’IVG est votée. René Dumont se présente comme premier candidat écologiste, il obtient 1,34% des voix.

Parmi les innovations de la vie courante, Roland Moreno invente la carte à puce, les Post-it apparaissent, et le premier article de consommation avec un code-barres est scanné dans un supermarché.

Et dans la rubrique loisir/culture, au cinéma, nous pouvions voir Stavisky (lui-même au Père Lachaise) réalisé par Alain Resnais, et Lacombe Lucien de Louis Malle qui obtient le Prix Méliès (lui-même au Père Lachaise).

"Lacombe Lucien" film de Louis Malla

Lacombe Lucien en dvd-esc distribution

Enfin, comme chanson populaire, celle de Daniel Guichard avec son succès : « Mon vieux ». Elle figure parmi les meilleures ventes de 45 tours avec 554 500 ex. La chanson « Les Mots bleus » de Christophe aura également sa part de succès dans la durée.

Que s’est- il passé à Paris en 1974 ? 

  • Le guide Paris Pas Cher est créé par Anne et Alain Riou
  • L’aéroport de Paris-CDG/Roissy est inauguré le 8 mars. Dénommé aujourd’hui le Terminal 1, le premier avion décollera cinq jours plus tard.
  • Les Halles de Paris ont disparu, les grands travaux démarrent et piétinent, les décisions changent… et les parisiens vont vivre 7 ans avec ce lieu que la presse baptisera comme restant le fameux « trou des Halles »… déjà comparé avec celui de la Sécu qui n’en finit pas
Le trou des halles en place pendant 7 ans

Le trou des Halles en 1973-Archives de Paris

  • La RATP a modernisé son réseau ferré. Elle vient de passer un cap, celui d’avoir renouvelé la moitié de ses 3500 voitures datant d’avant la guerre.
  • Le premier Salon d’art contemporain -dénommée plus tard la FIAC (Foire internationale d’art contemporain)- est créée par des galeristes parisiens à l’ancienne gare de la Bastille. L’artiste Ben, l’auteur d’une peinture murale bien reconnaissable rue de Belleville/place Fréhel, fait partie des premiers exposants. Il vient de décéder en cet été 2024.

Enfin encore plus près du 20e, la prison de la petite Roquette conçue par l’architecte Hippolyte Lebas et inaugurée en 1830, est définitivement fermée. Commence alors sa destruction en mars de cette même année.   

1974 dans le 20e arrondissement

Le journal du conseil du quartier datant de 2012 nous apprend que deux jeunes tunisiens travailleurs sans-papiers entament une grève de la fin pour obtenir la régularisation de leur situation. Ils sont accueillis à l’église Notre-Dame de la Croix. En février, des habitants du quartier forment un comité de soutien, et finalement ils obtiendront satisfaction.

Des immeubles insalubres sur les hauts de Belleville sont détruits en avril.

Toujours dans le 20e, les équipes de chez Bull créent la ligne « GCOS 7 ». Il s’agit de produits d’une nouvelle génération, une avancée industrielle telle que certains éléments matériels ont par la suite intégré le musée des Arts et Métiers. 

Concernant la réforme de l’urbanisme, le conseil de Paris souhaite moins de constructions élevées. Il examine à partir du 12 novembre le plan d’occupation des sols (POS) de la capitale. Ainsi, proposition est faite notamment pour le 20e de ramener le plafonnement de toutes les hauteurs, à l’époque limité à 50 mètres, pour les abaisser à :

  • 37 mètres sur le site de Belleville et Cours de Vincennes.
  • 25 mètres sur le secteur rue des Pyrénées

En ce qui concerne notre théâtre national, le directeur du TEP, Guy Rétoré, ne sera pas remplacé par Marcel Maréchal. Après différentes controverses à l’intérieur du milieu artistique,  Marcel Maréchal, codirecteur du Théâtre du 8e arrondissement de Lyon, ne souhaite finalement plus être candidat,

En août apparaissent des inscriptions antisémites dans les quartiers de Saint-Paul et de Belleville.

L’écrivain Clément Lépidis réalise un reportage « Il était une fois Belleville ». Son documentaire recueille les témoignages d’anciens habitants du quartier.

Le premier gala de l’AMI a lieu en octobre à la Mairie du 20e

Le quartier Saint Blaise métamorphosé

Et puis, il nous reste bien-sûr à nous rappeler la refonte de notre quartier Saint Blaise. Un important projet d’urbanisme avait déjà commencé à être mis en application et les travaux ont été entamés. Mais arrive cette année 1974, avec le changement de président de la République et le changement de décisions qui a suivi.

 

Charonne de 1800 à nos jours

Couverture du bulletin n° 68 « Charonne de 1800 à aujourd’hui »

Avec la mobilisation des habitants du quartier représentés par le CLAD XXe (Comité de Liaison pour l’Animation et le Développement du XXe arrondissement), certaines grandes opérations sont annulées ou revues si elles avaient déjà commencé à être réalisées… annulée, tout comme le projet d’une autoroute pénétrant dans Paris par la rue de Bagnolet.



Les 60 ans du Maitron

 

Qu’y a-t-il de commun entre Madeleine Riffaud, Ambroise Croizat, Missak Manouchian, Joséphine Baker, Jacques Delors ? Ils ont tous un lien avec le 20e arrondissement, nous en avons parlé sur notre site et leur parcours figure dans le Maitron.

Comme le Larousse, le Harrap’s ou le Gaffiot, le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français a pris le nom de son créateur, l’historien Jean Maitron. C’est en 1964 que parait le premier tome d’une série qui comportera plus de 70 volumes dans sa version papier, dictionnaires thématiques et internationaux inclus.

Le Maitron 2e période tomes 4 à 9

Tomes 4 à 9 du Maitron    © Vu du bourbonnais

 

Jean Maitron, un historien militant d’origine populaire

Jean Maitron est né en 1910 dans la Nièvre, son grand-père était cordonnier, ses parents instituteurs. Il est lui-même instituteur jusqu’en 1955 dans la région parisienne, il enseigne ensuite pendant 3 ans dans un collège de Courbevoie, et ce n’est qu’à 48 ans qu’il obtient un détachement au CNRS. Militant communiste depuis 1930, après un aller-retour en 1934 il quitte définitivement le Parti Communiste en 1939 lors du pacte germano-soviétique qui est pour lui un grand choc et une trahison morale. Il décide alors de se consacrer à l’histoire sociale (« Je m’étais accroché à une bouée de sauvetage, l’histoire » écrit-il plus tard). Il entreprend après la guerre une thèse d’État sur l’histoire du mouvement anarchiste, il fonde le Centre d’histoire sociale et crée la revue l’Actualité de l’histoire qui deviendra le Mouvement social. Il est ainsi l’un des premiers introducteurs de l’histoire ouvrière à l’Université.

Photographie de Jean Maitron en 1981

Jean Maitron lors d’un entretien en 1981     © Maitron

 

La folle aventure du Maitron

Jean Maitron commence en 1954 la création des fiches biographiques qui constitueront le dictionnaire. Il lance en 1958 un appel en vue d’une collaboration à la réalisation d’un Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français et réunit ainsi une première équipe d’une centaine d’historiens pour bâtir cette œuvre collective ; pendant 60 ans, plus de 1 500 personnes contribuent ou ont contribué au dictionnaire en rédigeant des notices biographiques.

Le dictionnaire comprend aujourd’hui environ 220 000 notices. Il est découpé en cinq périodes :

  • 1789 – 1864 : De la Révolution française à la fondation de la première Internationale
  • 1864 – 1871 : De la fondation de la première Internationale à la Commune
  • 1871 – 1914 : De la Commune à la Grande Guerre
  • 1914 – 1939 : De la Première à la Seconde Guerre mondiale
  • 1940 – 1968 : De l’Occupation à Mai 68

Déjà couramment appelé le Maitron par ses utilisateurs, le dictionnaire prend officiellement le nom de son fondateur en 1981 à la demande de l’éditeur.

 

Notices de la 1ere période du Maitron représentées sur une carte de France par commune d'activité

Répartition géographique des notices de la 1ère période     © Maitron

 

Parallèlement, l’équipe du Maitron publie des dictionnaires biographiques internationaux (Autriche, Grande-Bretagne, Japon, Chine, Maroc, Komintern, La Sociale en Amérique, Algérie…) et thématiques (gaziers-électriciens, cheminots, anarchistes, enseignants et personnels de l’éducation, militants du Val-de-Marne, ouvriers du livre, du papier et du carton…)

 

Le Maitron après Jean Maitron

Claude Pennetier, son plus proche collaborateur, est associé à la direction de l’ensemble de l’œuvre à partir de 1984. Lorsque Jean Maitron décède en 1987, la 4e période 1914-1939 n’est pas encore achevée et Claude Pennetier reprend le flambeau.

A la fin des années 90, les quelques 70 volumes papier deviennent encombrants sur les étagères des bibliothèques, le Maitron prend alors le virage du numérique en éditant des CDRom, puis en créant un site internet à accès restreint. Depuis décembre 2018, le site du Maitron est ouvert gratuitement à tous, les 220 000 notices sont accessibles à tout public. Chaque mois, 100 000 internautes y naviguent.

Pour la 5e période, de l’Occupation à Mai 68, de nouvelles formes d’engagement militant (mouvements anticolonialistes, féministes, anti-nucléaires, …) sont intégrées et Claude Pennetier change l’intitulé de l’ouvrage qui devient Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social.

Si les femmes ne sont pas oubliées, elles représentent malheureusement une faible partie des notices (à peine 12 000 sur un total de 220 000), les sources les concernant étant très restreintes.

 

Statistiques sur les notices du Maitron en 2020

Répartition par période et dictionnaire thématique des 200 000 notices disponibles en ligne en 2020    © Maitron

 

Une œuvre collective plurielle

Depuis 1964, le Maitron est édité par les Éditions Ouvrières, à l’origine maison d’édition de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), devenues en 1993 les Éditions de l’Atelier. Profondément attaché à l’école laïque, Jean Maitron manifeste du respect pour l’apport du christianisme social au mouvement ouvrier ; dès le début, le directeur des Éditions Ouvrières soutient ce projet un peu fou et ils coopèrent donc sans état d’âme.

Jean Maitron a été un maître d’œuvre tenace dont l’autorité intellectuelle et morale a permis de réunir des historiens aux options politiques et sociales différentes (socialistes, communistes, anarchistes, libertaires, chrétiens, libéraux…) et aux formations diverses.

Dans l’avant-propos de la quatrième période, il écrit :

Certes il leur a été promis par moi, à l’aube de tout engagement, que leur serait effectué, lors de l’édition, le versement d’une quote-part de droits d’auteur, mais je leur suis reconnaissant de n’avoir jamais plus soulevé ce problème par la suite. Je tiendrai parole mais je suis cependant fondé à parler, en ce qui les concerne, de travail gratuit, de travail passionné et militant, ce qui en dit toute la valeur et une telle collaboration confère au Dictionnaire une qualité qu’aucun autre genre d’édition ne peut escompter…

 

« Doute et agis »

La dimension militante de l’ouvrage s’accompagne d’une qualité scientifique de renommée internationale.

La singularité de la démarche de Jean Maitron réside dans le choix historiographique de ne pas se contenter de faire figurer les grands dirigeants des organisations du mouvement ouvrier, les noms les plus connus, mais d’aller chercher les oubliés de l’histoire, « les obscurs, les sans-grade », comme il le disait, dont les notices sont parfois réduites à quelques mots, faute d’information disponible sur ces anonymes.

Pour lui, les « grands » et les « petits » ont autant d’importance et méritent leur place dans le dictionnaire. C’est aussi un choix politique dans la manière d’aborder le mouvement ouvrier que de refuser le culte des dirigeants.

Historien de gauche sans sectarisme, Jean Maitron a pris ses distances par rapport à une histoire hagiographique et a fait sienne la maxime « Doute et agis ».

Depuis 60 ans, la folle entreprise du Maitron est une œuvre collective monumentale toujours en construction.

 

Maitron papier 1984 : page d'Ambroise Croizat

Une page du Maitron en 1984    © Maitron

 

Le site Maitron en ligne - notices de personnalités liées au 20e et d'obscurs

Quelques exemples extraits du Maitron en ligne         © Maitron

Madeleine Riffaud nous a quittés à l’âge de 100 ans

Ce 6 novembre, nous apprenons  avec tristesse le décès de Madeleine Riffaud. Elle venait d’avoir 100 ans deux mois plus tôt. Durant sa vie elle s’est engagée jeune dans un parcours de résistante, puis de journaliste et poétesse. Un modèle exceptionnel de courage et d’engagement tout au long de sa vie et un exemple pour les femmes.
Sa vie est très étroitement liée à l’histoire du 20e arrondissement dans la Résistance. Comme nous le rapportions dans notre articcle ci-dessous, un de ses premiers faits d’armes a été d’intercepter, le jour de ses 20 ans,  un train allemand arrivant aux Buttes-Chaumont, via la gare de Ménilmontant. 
Sa vie a récemment fait l’objet d’un roman graphique en 2 volumes, sous forme de bande dessinée inspirée de ses souvenirs, La Rose dégoupillée et L’édredon rouge, par Jean-David Morvan, aux éditions Dupuis, en 2021 et 2023. Tout récemment, le jour de ses 100 ans, paraissait la troisième partie, Madeleine, résistante, les nouilles à la tomate ».
Par un message daté d’hier, la maire de Paris, Anne Hidalgo, nous fait savoir qu’elle « lui rendra hommage et créera un prix Madeleine Riffaud de la Ville de Paris pour la mémoire des femmes résistantes ».
Ci-dessous notre article du 24 août 2024 complétant celui paru pour la première fois le 24 août 2021.

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Ce 23 août 2024, Madeleine Riffaud vient d’avoir 100 ans. Ce même jour et avec sa collaboration, les éditions Dupuis publient sous forme de bande dessinée la troisième partie de ses mémoires : « Madeleine, résistante, les nouilles à la tomate »

La vie de Madeleine Riffaud en BD

BD sur Madeleine Riffaud « Madeleine, résistante, les nouilles à la tomate »-éditions Dupuis

Autre anniversaire, ce 25 août 2024 lié à son action de résistante : les 80 ans de la libération de Paris. Dans le 20e, la commémoration a lieu à 12h30 devant le monument aux Morts de la mairie.

L’occasion de reproduire ci-dessous notre article paru pour la première fois le 24 août 2021 et mis à jour le 19 décembre 2023.

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Madeleine Riffaud, victime mais toujours battante.

Ce 19 décembre 2023 doit avoir lieu le procès pour escroquerie contre l’aide-soignante de Madeleine Riffaud. Notre héroïne, âgée de 99 ans,  avait porté plainte le 7 février dernier.

Mais d’où vient toute l’énergie de Madeleine Riffaud malgré le temps qui passe ?

Déjà, Le 4 septembre 2022 elle avait écrit une lettre ouverte au directeur de l’AP-HP, affirmant être « restée 24 heures sur un brancard, sans rien manger, dans un no man’s land ».

Cette fois-ci, il s’agit de son aide à domicile de 66 ans qui est soupçonnée d’abus de confiance pour un préjudice de plus de 140 000 € (*). Il faut savoir que Madeleine Riffaud est devenue aveugle en 1962 victime d’un attentat à Oran, et est alitée depuis 12 ans.

L’accusée sera jugée au tribunal correctionnel de Paris, mais Madeleine Riffaud est dans l’incapacité de financer sa défense. Son entourage l’aide et a ouvert une cagnotte en ligne pour la soutenir

Soutien de Madeleine Riffaud en 2023

Madeleine Riffaud, l’appel à don sur leetchi.com-capture d’écran PG

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 24 août 2021.

(*) Déclarée coupable le 18 janvier 2024, l’aide à domicile Myriam B , sera condamnée à huit mois de prison avec sursis et 13 000 € d’amende.

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Les mille vies de Madeleine Riffaud,

l’héroïne du 23 août 1944

Résistante à 18 ans, poétesse, reporter de guerre, militante anticolonialiste et pacifiste, amie d’Éluard, d’Aragon, de Picasso, de Vercors et de Hô Chi Minh, Madeleine Riffaud a vécu mille vies et a survécu à toutes.

Résistante à 18 ans

Née le 23 août 1924 dans la Somme, elle est encore mineure quand elle s’engage dans la Résistance à Paris, en 1942, sous le nom de code Rainer, « ce nom d’homme, de poète et d’Allemand », en hommage à Rainer Maria Rilke, et participe à plusieurs coups de main contre l’occupant nazi.

Responsable d’un triangle du Front national des étudiants du Quartier latin, elle entre dans les FTP en mars 1944. Elle obéit au mot d’ordre d’intensifier les actions armées en vue du soulèvement de Paris d’août 1944 : le 23 juillet 1944, en plein jour, elle abat de deux balles dans la tête un officier allemand sur le pont de Solférino.

« Neuf balles dans mon chargeur / Pour venger tous mes frères / Ça fait mal de tuer / C’est la première fois / Sept balles dans mon chargeur / C’était si simple / L’homme qui tirait l’autre nuit / C’était moi. »

Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et emmenée au siège de la Gestapo, où elle est torturée. Elle garde le silence et est condamnée à mort. Promise à la déportation à laquelle elle échappe, sauvée par une femme qui la fait sauter du train, elle est à nouveau arrêtée et bénéficie finalement d’un échange de prisonniers pour être libérée, le 19 août 1944. Elle reprend alors immédiatement son combat dans la Résistance où elle est affectée à la compagnie Saint-Just avec le grade d’aspirant lieutenant.

L’attaque gare Ménilmontant

Sa nouvelle mission, avec seulement trois résistants sous ses ordres, consiste à l’attaque du train arrivant aux Buttes-Chaumont (gare de Ménilmontant) qui aurait pu prendre à revers les résistants, engagés dans les batailles parisiennes.

Lorsqu’ils arrivent sur place, le train est déjà là et ils prennent les caisses d’explosifs qui n’avaient pas encore été utilisées pour les combats de rue. Installés de part et d’autre de la voie, ils envoient l’ensemble d’un coup et lancent des fumigènes et des feux d’artifice dans le tunnel où le train se retranche. La garnison se rend ; elle contribue donc à la capture de 80 soldats allemands et récupère des fusils et des munitions. Nous sommes le 23 août 1944, jour où Madeleine Riffaud fête tout juste ses 20 ans.

 

Madeleine Riffaud toute jeune résistante

Madeleine Riffaud toute jeune résistante

 

Mais pour elle, pas de trêve : le 25 août, toujours à la tête de sa compagnie, elle mène l’assaut du tout dernier bastion allemand, la caserne de la place de la République.

Poétesse, écrivaine, journaliste, correspondante de guerre

Madeleine reçoit de l’État-major des FFI son brevet de lieutenant, mais son engagement s’arrête à la fin des combats pour la Libération de Paris, car l’armée régulière ne l’accepte pas comme femme et mineure. Ses camarades de la compagnie Saint-Just continueront la lutte contre les nazis au sein de la brigade Fabien jusqu’à la victoire finale. Madeleine reçoit alors une citation à l’ordre de l’armée signée De Gaulle.

Devenue majeure en 1945, elle épouse cette année-là Pierre Daix, chef de cabinet du ministre Charles Tillon, dont elle se séparera en 1947 puis divorcera en 1953.

Après 1945, elle travaille pour le quotidien communiste Ce Soir. Elle rencontre Hô Chi Minh, lors de sa visite officielle en France, en 1946, pour la conférence de Paix de Fontainebleau, avant de partir en reportage en Afrique du Sud et à Madagascar.

Madeleine Riffaud journaliste

Madeleine Riffaud avec l’homme d’Etat Vietnamien Hô Chi Minh

Elle reçoit ensuite régulièrement jusqu’en 1949, chez elle, rue Truffaut, Tran Ngoc Danh, membre de la délégation vietnamienne, et rêve d’y partir en reportage, désapprouvée par son mari qui la trouve « gauchiste ». Elle se déclare fermement « ouvriériste », en couvrant les grèves des mineurs, écrit des textes sur l’Indochine en 1948 et milite contre l’emprisonnement de Trân Ngoc Danh, député de la République démocratique du Viêtnam.

Elle passe à La Vie Ouvrière, organe de la CGT, avant les campagnes de l’Appel de Stockholm du 19 mars 1950. Cet hebdomadaire publie ses poèmes dès 1946, tout comme Les Lettres françaises, de 1945 à 1972. Très proche de Hô Chi Minh et du poète Nguyen Dinh Thi, qu’elle a rencontrés à Paris et à Berlin en 1945 puis 1951, elle couvre la guerre d’Indochine, épisode relaté dans Les Trois guerres de Madeleine Riffaud (film de Philippe Rostan, diffusé en 2010). Elle deviendra la compagne de Nguyen Dinh Thi, futur ministre de la Culture.

Grand reporter pour le journal L’Humanité, elle couvre la guerre d’Algérie, au cours de laquelle elle est gravement blessée dans un attentat organisé par l’OAS.

Aussitôt guérie, elle couvre la guerre du Viêt Nam pendant sept ans, dans les maquis du Viêt-Cong sous les bombardements américains. À son retour, elle se fait embaucher comme aide-soignante dans un hôpital parisien, expérience dont elle tire son best-seller, Les Linges de la nuit.

Elle ne fera publiquement part de son engagement dans la Résistance qu’à partir de 1994, pour les 50 ans de la Libération, pour ne pas laisser tomber dans l’oubli ses « copains » morts dans les luttes qu’ils partagèrent.

Elle est titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme (citation à l’ordre de l’armée), décernée pour ses activités de résistance contre l’occupation nazie (6 août 1945), chevalier de la Légion d’honneur (avril 2001) et officier de l’ordre national du Mérite (2008).

Elle laisse une très riche œuvre publiée tant en poésies, contes qu’essais et de très nombreux reportages (Tunisie, Iran, maquis du Viêt-Cong et Nord-Viet Nam).

BD Madeleine résistante

BD Madeleine résistante, sortie le 20 août 2021. © Dominique Bertail Editions Dupuis.

Cette femme de caractère, dont la vie et l’action ont largement dépassé les limites de notre arrondissement, mérite que nos édiles se souviennent par un hommage public que Madeleine Riffaud y fit une des premières démonstrations de son courage et de sa détermination, à la Gare de Ménilmontant, un 23 août 1944, il y a 77 ans…

Pour en savoir plus :

Une flamme paralympique est passée dans le 20e

au Père Lachaise, devant le mur des Fédérés

 

Ce 28 août 2024, Paris a vu arriver 12 flammes paralympiques venues de toute la France, et parmi elles, celle qui a traversé le tunnel sous la Manche. Un évènement rare, particulièrement innovant dans sa mise en scène, d’importance mondiale. Un événement incontournable et toute la presse s’en est largement fait l’écho.

Mais localement, peu d’entre nous ont su qu’une flamme -parmi les douze en mouvement- passerait par le 20e arrondissement… et plus précisément à l’intérieur du Père Lachaise.

Le rendez-vous a eu lieu à 14h. Le lieu choisi ? Devant le mur des Fédérés, un relais situé sur les traces de l’Histoire de France -par son patrimoine- et dont la main est tendue symboliquement ce jour-là par le sportif tenant la flamme.

 

L’origine du sport obligatoire à l’école

Autre lien sur place entre le passé et le sport, Ménil’info nous apprend que Paschal Grousset avait créé en 1888 la Ligue nationale de l’éducation physique. Ce député communard ira jusqu’à « instituer tous les ans un grand concours entre les champions des écoles »

D’une manière générale, la mise en place et l’évolution de l’éducation physique à l’école s’étalera tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle.

 

L’événement du 28 août 2024 en images

Parcours flamme paralympique, fermeture partielle au Père Lachaise

Parcours paralympique, fermeture partielle au Père Lachaise, Affiche sur la barrière provisoire-PG

 

Dès 11h30 ce 28 août, plusieurs barrières bloquent  le passage aux véhicules à certains endroits-clé. Les préparatifs sont en place pour une cérémonie qui débute à 14h devant le mur des fédérés.

 

Flamme paralympique au Père Lachaise

Flamme paralympique devant le mur des Fédérés-PG

 

Pendant un court moment, l’athlète portant la flamme fait face  à la plaque du mur des Fédérés puis  se retourne face à la centaine de personnes présentes à cette occasion. Et dans cet instant, une choriste accompagnée d’un guitariste est venue chanter « le temps des cerises ».

 

Flamme paralympique Athlète  devant le public du Père Lachaise

Flamme paralympique devant le mur des Fédérés, face au public-PG

 

Puis, notre athlète fait face au public et après un nouvelle courte pause  prend le chemin du départ. Il va effectuer le parcours prévu, un parcours qui le mènera vers la sortie principale du cimetière.

Et au moment où le porteur de la flamme vient de quitter les lieux, arrive l’instant de la « photo de famille », réalisée sur place devant le mur des Fédérés. À noter, la plaque commémorative avec juste au-dessus les roses déposées juste avant la photo par des personnes présentes.

Les élus et les membres des amies et amis de la Commune de Paris se regroupent derrière leur banderole. 

Une flamme paralympique, au mur des fédérés et les élus parisiens

La « photo de famille » du 28 août 2024, célébrant le départ de la flamme devant le mur des Fédérés-PG

À droite de l’image nous pouvons distinguer Anne Hidalgo maire de Paris. À ses côtés Éric Pliez maire du 20e et, tout à droite, Hamidou Samaké, élu du 20e notamment chargé de la mémoire et des anciens combattants.

Cette photo marquera la fin de la cérémonie, le top du départ où tout doucement les spectateurs se disperseront pour rejoindre lentement les différentes sorties du cimetière.

 



Les JO de 1924 et la piscine des Tourelles

 

En 2024, Paris accueille les Jeux Olympiques pour la troisième fois.

Son rénovateur, le Baron Pierre de Coubertin, souhaitait que la première édition des Jeux se déroule à Paris en 1900, en raison de l’Exposition universelle. Pour mémoire, les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne auront symboliquement lieu à Athènes en 1896 et seront inaugurés par le roi Georges 1er de Grèce.

Le Baron Pierre de Coubertin en 1915

Baron Pierre de Coubertin-Wikimédia

Dans le prolongement d’Athènes donc, Paris prend la suite avec ses premiers Jeux dans la capitale en 1900, puis une nouvelle fois en 1924… Et à cette occasion, la ville construira la piscine des Tourelles devenue « Georges Vallerey » (voir notre article Les JO 2024 et la piscine Georges Vallerey)

Piscine Georges Vallerey, site d'entrainement pour les JO 2024

La piscine Georges Vallerey, site d’entrainement pour les JO 2024 – VV

À souligner à propos des JO de 1900

En 1900, pour la première fois, 22 femmes s’affrontent dans 95 épreuves olympiques, même si Coubertin et d’autres sont hostiles à la participation des femmes.

Parmi les compétitions reconnues, certains sports comme la pelote basque, le cricket et le croquet (l’ancêtre du golf) et plusieurs épreuves (par exemple le saut en longueur à cheval et la natation avec obstacles) font leur seule apparition de l’histoire au programme olympique. Il y a des compétitions non reconnues comme la pêche à la ligne et le tir au canon.

Les principales épreuves ont lieu à Paris et dans les bois de Vincennes et de Boulogne, et les sports nautiques (aviron, natation, water-polo) ont lieu le long de la Seine.

Cette année-là, la France remporte le plus de médailles devant les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Les Jeux Olympiques de 1924

La septième édition des Jeux Olympiques a lieu à Paris du 5 au 27 juillet 1924.

La participation atteint le record, pour l’époque, de 44 nations et 3 089 athlètes (dont 135 femmes) qui s’affrontent dans 17 sports et 23 disciplines.

Comme lors des deux éditions précédentes, les États-Unis arrivent en tête des nations les plus médaillées (99 médailles), suivis par la Finlande… et la France qui remporte trente-huit médailles, dont treize en or.

Le baron Pierre de Coubertin se retire à l’occasion de ces Jeux et meurt en 1937.

Carte postale : compétition de water-polo à la piscine des Tourelles - JO de 19124

Match de water-polo à la piscine des Tourelles – JO de 1924 – carte postale

La piscine des Tourelles parmi les nouvelles constructions

Le premier village olympique est construit à cette occasion, un ensemble de baraquements en bois ainsi qu’un stade olympique de 45 000 places à Colombes.

Parmi les autres constructions réalisées en vue de ces Jeux, citons la piscine des Tourelles située dans notre arrondissement, au 148 avenue Gambetta. Le complexe comprend un bassin aux dimensions olympiques (50 × 21 m), qui peut être divisé en deux piscines de 25 m ou 37,5 m + 12,5 m grâce à une cloison mobile.

Il peut accueillir des compétitions de natation et de water-polo et possède des gradins pour une capacité de 1 500 spectateurs.

Départ de la finale du 400 mètres nage libre à la piscine des Tourelles le 18 juillet 1924

Départ de la finale du 400 mètres nage libre à la piscine des Tourelles le 18 juillet 1924 – Wikimédia

La piscine des Tourelles est rénovée entre 1986 et 1989 sur les plans de l’architecte Roger Taillibert. La piscine porte depuis 1959 le nom du nageur Georges Vallerey décédé en octobre 1954.
Durant ces jeux de 1924, le nageur américain Johnny Weissmuller, qui venait d’avoir 20 ans, remporte dans cette piscine trois médailles d’or et une de bronze. Son exceptionnel palmarès s’élève à 52 titres nationaux et 67 records du monde. Il mettra un terme à sa carrière en n’ayant jamais perdu une course. À partir de 1929, Johnny Weissmuler interprète le rôle de Tarzan au cinéma et obtient un grand succès.

Podium du 400 mètres nage libre aux JO de 1924 : Andrew Charlton 3e - Johnny Weissmuller 1er - Arne Borg 3e

JO 1924, Johnny Weissmuller 1er sur le podium du 400 m nage libre-Wikipédia

Les JO de 1924, un succès médiatique

Cette année là, environ sept cents journalistes sont présents à Paris pour suivre les compétitions. Pour la première fois, des épreuves olympiques sont commentées en direct à la radio. C’est le début d’un intérêt pour les Jeux qui va grandissant avec l’arrivée de la retransmission des épreuves par la télévision en 1936 à Berlin.

Aujourd’hui, les Jeux Olympiques sont regardés par des milliards de téléspectateurs et le CIO (Comité International Olympique), qui possède tous les droits de retransmission, en retire là sa principale source de financement.



Juillet 1794, place de la Nation

La place de la Nation il y a 230 ans, lieu d’un terrible spectacle

 

Pour les habitants du 20e, la place de la Nation est un lieu important. Du point de vue patrimonial bien-sûr, mais aussi bien pratique au quotidien : elle dispose d’excellentes interconnexions avec ses métros, bus, le RER, les taxis et cinq stations Vélib’.

Pourtant et contrairement à une idée répandue, elle ne figure pas à l’intérieur du périmètre de notre arrondissement. Elle le côtoie seulement.

Le quartier de la place de la Nation - Panneau de la Ville de Paris

Panneau local sur la place de la Nation-PG

 

Les 11e et 12e arrondissements ont eu sa préférence alors qu’elle constituait l’ancien axe royal depuis le château de Vincennes. Avec ses 255 mètres de diamètre, elle nous fait penser à la place de l’Étoile. Quant au cours de Vincennes lui-même – ancien lieu de la Foire du Trône depuis 1830 – il dépasse de 13 mètres la largeur de celle Champs Élysées.

Lieu historique sous la royauté, il deviendra le rendez-vous de manifestations, rassemblements notamment sous le Front populaire, et d’une manière générale de fin de parcours à caractère politique et syndical.

 

14 juillet 1936 à la Nation - extrait du journal Le Petit Parisien du 15 juillet 1936 - Gallica-BnF

14 juillet 1936 à la Nation – Le Petit Parisien du 15 juillet 1936 – Gallica-BnF

 

Mais revenons 230 ans en arrière, sous la Révolution avec ses victimes guillotinées sur place.

 

La France sous le régime de la Terreur

Depuis la loi du 10 juin 1794, les tribunaux révolutionnaires sont expéditifs contre « les ennemis du peuple ». Sans tarder, dès le 14 juin 1794 devant la place du Trône renversé, devenue place de la Nation, la guillotine est installée à côté d’un des deux pavillons construits par Nicolas Ledoux.

 

Barrière de Vincennes / Faubourg S(t) Antoine - Estampe de Charles André Mercier - musée Carnavalet

Nation-barrière de Vincennes vers 1787-Paris Musées

 

La guillotine en mouvement

Il faut savoir qu’auparavant, les premières victimes de la Terreur étaient guillotinées face au Louvre, sur la place du Carrousel. Puis la guillotine est déplacée pour s’installer place de la Révolution, aujourd’hui connue sous le nom de place de la Concorde, et ensuite sera démontée pour être posée à l’emplacement de l’ancienne forteresse de la Bastille.

Les raisons de ces déplacements ? Comme les habitants du voisinage sont mécontents à cause des odeurs qui en résultent, il est donc décidé de l’installer loin des habitations, à l’une des portes de Paris. Et c’est ainsi que la porte de la Nation sera choisie et les exécutions en nombre vont commencer sans tarder.

 

Représentation de la guillotine - eau-forte - 20 mars 1792 - image BnF

Représentation de la guillotine – 1792 – BnF

 

Les Victimes

Le 26 Prairial, c’est-à-dire le 14 juin 1794, 38 premières victimes sont exécutées : il s’agit des magistrats des parlements de Paris et de Strasbourg.

Le 17 juin, 61 nouvelles exécutions de condamnés, connus sous le nom de « chemises rouges ». On les avait vêtus de chemises rouges, les vêtements d’infamie d’alors réservés aux assassins.

Ensuite, les exécutions se poursuivent jusqu’au 27 juillet 1794, date de la dernière charrette. La guillotine sera démontée le soir-même et retournera dès le lendemain sur l’actuelle place de la Concorde… le jour-même où sur place Robespierre finira guillotiné.

Au total, du 14 juin au 27 juillet 1794, 1306 personnes âgées de 16 à 85 ans ont été exécutées place de la Nation : 1109 hommes, 197 femmes, 131 gens d’église dont 23 religieuses. À côté de familles nobles se trouvent en majorité des gens modestes : cochers, cuisiniers, couturières, journaliers, épiciers, boutonniers, etc.

La plupart ont été condamnés pour des motifs inexistants ou dérisoires, comme par exemple l’Abbesse Louise de Montmorency sourde et aveugle, accusée d’avoir comploté « sourdement et aveuglément ».

Ont péri entre autres le poète André de Chénier et 16 carmélites de Compiègne dont l’histoire inspirera « Le Dialogue des Carmélites » adapté sous la plume de Georges Bernanos.

Affiche du film Le dialogue des Carmélites de Philippe Agostini et Raymond Léopold Bruckberger - Unifrance1960.

Affiche du film Le dialogue des Carmélites-Unifrance

 

Que faire des cadavres des personnes exécutées ?

À cette époque, il n’existe pas de cimetière près de la Place de la Nation, et les responsables vont rechercher un lieu proche et discret pour enterrer les cadavres.

À côté se trouve le couvent des Chanoinesses dont elles avaient été chassées et qui possède un grand jardin. Il a donc été décidé d’en réquisitionner une partie. Les corps y seront jetés sans cérémonie dans les fosses communes.

Des membres de la famille de La Fayette ont aussi été exécutés, et c’est la raison pour laquelle La Fayette sera enterré dans ce lieu qui deviendra le cimetière de Picpus.

 

Le cimetière de Picpus, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui

En 1795, le domaine est vendu. Seuls quelques officiels sont au courant de l’existence des fosses communes. La princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmaringen acquiert la parcelle du terrain où se trouvent les deux fosses communes.

Un mur est édifié pour séparer cette parcelle contenant les fosses du reste du jardin. En 1802, Mme de Montagu et ses sœurs organisent une souscription qui permet d’acheter le couvent des chanoinesses et les terrains avoisinants. Un portail est construit pour relier le jardin des Chanoinesses du terrain contenant les fosses communes.

 

Photographie d'une des 2 fosses communes du cimetière de Picpus - PhD

Cimetière de Picpus, une des deux fosses communes-PHD

 

En 1805, une communauté religieuse s’installe dans les bâtiments.

Les familles de nobles exécutés fondent le comité de la Société de Picpus. Un cimetière est créé à côté des sinistres fosses communes – il en est juste séparé par une grille – destiné à accueillir les seuls descendants des familles des personnes exécutées pendant la Révolution. C’est toujours le cas aujourd’hui et constitue ainsi la singularité de ce cimetière.

En 1841, une église toujours existante remplace l’ancienne chapelle.

Dans le cimetière, parmi les tombes célèbres, on trouve celle de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, général de l’armée américaine… dit La Fayette. Il repose à côté de son épouse. Son cercueil est recouvert avec de la terre ramenée des États-Unis et un drapeau américain flotte au-dessus de sa tombe. Chaque 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, l’ambassadeur des États-Unis vient lui rendre hommage, accompagné de représentants de la Ville de Paris, du Sénat et d’autres associations.

 

Photographie de la tombe de La Fayette au cimetière de Picpus - PhD

Cimetière de Picpus, tombe de La Fayette-PHD

 

À noter que l’on trouve également dans le cimetière des plaques commémoratives en mémoire des membres des familles descendantes des personnes exécutées qui ont été déportés et sont morts dans les camps nazis durant la Seconde Guerre Mondiale.

Rappelons enfin que le cimetière situé au 35 rue de Picpus, dans le 12e arrondissement, peut être visité. Les informations du texte proviennent de la brochure éditée par le Cimetière de Picpus.

La rafle du Vel d’hiv dans le 20e en 1942

Dans la cour de la Métairie (métro Pyrénées), la mairie de notre arrondissement commémore chaque 16 juillet la « Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France ».

Ce 16 juillet 2024, Rachel Jedinak était à nouveau présente tout au long des quatre points du chemin, et en fin de parcours au square Édouard Vaillant (photo ci-dessous). Elle nous a rappelé les faits durant cette rafle à travers les moments terribles qu’elle a pu vivre.

Rachel Jedinak square Edouard Vaillant le 16 juillet 2024Rachel Jedinak témoigne devant le panneau rappelant les enfants nés juifs du 20e assassinés-PG

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 18 juillet 2022,  à l’occasion des 80 ans de cette rafle dans nos quartiers, à destination du Vel d’hiv.

 

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Comme chaque année, ce samedi 16 juillet 2022 a eu lieu la cérémonie rappelant à notre mémoire la rafle du Vel d’hiv des 16 et 17 juillet 1942. Il s’agit de trois endroits de nos quartiers où ont été arrêtés et regroupés les juifs par la police française sous l’occupation.

Leurs plaques commémoratives ont été successivement fleuries après la prise de parole des survivants qui se souviennent de ces jours-là.

Une cinquantaine de personnes était rassemblée à la Métairie, puis à la Bellevilloise et enfin devant l’ancien commissariat intégré dans le bâtiment de la Mairie du 20e. Par ailleurs la cérémonie finira square Édouard Vaillant où un large panneau nous rappelle la longue liste des enfants qui n’en sont jamais revenus.

Cérémonie du Cel d'hivernal dans le 20e

La cour de la Métaierie devant la plaque mémorielle de la rafle de 1942. 16 juillet 2022-PG

Lieux de drame, lieux de mémoire

Devant la cour de la Métairie, lieu de mémoire tout près du métro Pyrénées, nous pouvons voir sur la photo ci-dessus le maire du 20e, Éric Pliez avec de dos à sa droite Jean-Michel Rosenfeld notre ancien maire adjoint . Jean-Michel Rosenfeld -lui-même survivant de la Shoah- a toujours gardé sur lui son étoile jaune ; cette étoile, il finira par nous la montrer en la sortant de sa poche -lentement et dignement- au cours de cette matinée, après nous avoir rapporté ce qu’il a vécu. Il a 8 ans lorsqu’il va vivre et survivre à cette rafle, alors que moins de deux mois avant cette date, le port de l’étoile venait de devenir obligatoire dès l’âge de 6 ans.

 

port de l'étoile juive dès 6 ans

Ordonnance du chef suprême des SS sur le port étoile juive dès 6 ans, extrait du 28 mai 1942- PG

Simplement parce qu’ils étaient juifs

Déjà en 1941 à Paris, une grande rafle avait été effectuée du 20 au 24 août, au cours de laquelle 4 232 hommes juifs ont été arrêtés. Simplement parce qu’ils étaient juifs.

Mais en juillet 1942, les autorités allemandes ordonnent plus largement l’arrestation d’hommes et de femmes juifs en âge de travailler, c’est-à-dire âgés de 16 à 60 ans (55 ans pour les femmes). La France de Vichy va plus loin encore dès le 13 juillet : dans la circulaire d’application de la Préfecture de Police n°173-42 -dactylographiée « secret »- elle va prendre l’initiative d’ajouter cette courte phrase dans un nouveau paragraphe :

« les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents ».

Pas un seul soldat allemand n’a pris part à cette rafle, seule la police française était à la manœuvre sous l’autorité du régime de Vichy. Nos témoins survivants seront victimes de cette circulaire, ils avaient alors bien moins de 16 ans.

De la Bellevilloise jusqu’au square Édouard Vaillant

Ainsi, devant la Bellevilloise, Rachel Jedinak -rescapée à l’âge de 8 ans- se souvient devant nous de ce qu’elle a vécu :

« À la Bellevilloise, « nous étions peut-être plusieurs centaines. Nous étions serrés comme des sardines ». Elle souligne ce qui l’a marqué à vie : « ma mère m’a demandé de partir, je voulais rester avec elle, et elle a fini par me gifler… sur le coup je n’ai pas compris mais plus tard j’ai su que par cette gifle, elle m’avait sauvé la vie ».

Rachel Jedinak témoigne devant la Bellevilloise

Les témoignages de Rachel Jedinak et Ginette Kolinka à sa droite, devant La Bellevilloise le 16 juillet 2022-PG

Puis dans l’ancien commissariat de la Mairie du 20e, Rachel sera enfermée dans la cave et elle nous montrera sur place d’un geste de la main le soupirail où elle se trouvait, cet endroit donnant sur le trottoir fermé par des barreaux.

Ses mots sont simples, sa voix posée appuyant doucement et bien distinctement sur chacun d’entre eux, l’ensemble de ses paroles décrit très précisément les faits, comme le témoignage d’une enfant abordant calmement et intensément ce qu’elle venait de subir. Rachel tient d’ailleurs chaque année à témoigner régulièrement devant les élèves des écoles, tout comme à ses côtés Ginette Kolinka survivante du camp d’Auschwitz-Birkenau et passeuse de mémoire.

Et puis derrière la Mairie, la dernière étape de cette matinée : à l’intérieur du square Édouard Vaillant un grand panneau de novembre 2004 rappelle  la liste des jeunes victimes avec en préambule ce texte en majuscules :

 

Arrêtés par la police du gouvernement de Vichy, complice de l’occupant nazi – Plus de 11 000 enfants furent déportés de France de 1942 à 1944 – Et assassinés à Auschwitz parce qu’ils étaient nés juifs – Plus de 1000 de ses enfants vivaient dans le 20e arrondissement – Parmi eux 133 tout-petits n’ont pas eu le temps de fréquenter une école – Passant, lis leur nom, ta mémoire est leur unique sépulture. Ne les oublions jamais.

suivent les noms de chaque enfant avec leur âge

Stèle des enfants déportés derrière la Mairie du 20e

Square Edouard Vaillant à la mémoire des enfants juifs déportés du 20e – PG

« Ils n’avaient pas de sépulture mais un nom et un âge » rappelle Pascal Joseph, chargé de la Mémoire du 20et du Monde Combattant, avant que chaque volontaire lise chacun successivement cinq noms d’enfants, jusqu’à la fin de la liste.

Enfin plus globalement à l’échelle de notre arrondissement, l’historien Michel Dreyfus présente ainsi dans les Cahiers de la mémoire vivante du 20e datée de 2002, le bilan macabre de ce génocide.

« Le 16 juillet 1942 la plaque dans l’entrée de la mairie le rappelle, 3500 habitants du 20e, dont 1000 enfants, ont été « raflés », par la police parisienne. Déportés, la quasi-totalité d’entre eux n’est jamais revenu, n’ayant pas dépassé, à la fin des trois jours d’un terrible voyage en wagons à bestiaux, le quai des sélections de Birkenau, camp de la mort. Au lycée Hélène Boucher a été inauguré, il y a quelques années, une des premières plaques posées dans un établissement scolaire parisien. Elle porte le nom de 14 lycéennes juives déportées. Le souvenir des enfants est commémoré sur les murs de plusieurs écoles. »

  • À écouter également  le témoignage d’Esther SENOT sur le site de la ville de Paris, une jeune fille de 14 ans qui habitait passage Ronce, dans le 20e avec sa famille et sa communauté d’immigrés polonais. Elle a échappé à la Rafle mais a été prise et déportée quelques mois plus tard à Birkenau, dont elle est malgré tout revenue (lire ici les marches de la mort).

Elle a écrit un livre de souvenirs, « la Petite fille du passage Ronce » (Editions Grasset). 

 

Témoignage d'Esther Senot

Esther Senot, rescapée de la rafle du Vél d’Hiv, témoigne-Photo Ville de Paris

https://www.paris.fr/pages/80-ans-apres-la-rafle-du-vel-d-hiv-le-temoignage-d-esther-senot-21524

https://memoiresdesdeportations.org/personne/senot-esther

Samedi 22 juin de 14h à 17h, la mairie du 20e inaugure le bois de Charonne avec de nombreuses activités prévues sur place. Cet espace vert est situé à l’emplacement de La Petite Ceinture, entre la rue de Volga et le Cours de Vincennes.

À cette occasion, nous republions notre article paru pour la première fois le 7 février 2023. De son côté, l’AHAV a prévu pour 2025 une conférence sur la Petite Ceinture à Paris et dans le 20e.

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La prochaine « forêt urbaine de Charonne »

Une ancienne gare de marchandises transformée en espace vert

Actuellement, des travaux sont en cours pour créer un espace arboré sur le tronçon de la Petite Ceinture situé entre le 56 rue du Volga et le 103 Cours de Vincennes.

La mairie appelle ce projet « forêt urbaine de Charonne ». L’opération s’étend sur 3,5 hectares d’espace vert, elle comprendra une prairie de 1200m2 et plus de 1000 arbres devraient être plantés. Ce projet est possible grâce au rachat par la Ville de Paris à la SNCF de la surlargeur le long des rails et à la récupération des zones servant de dépôt de bus pour la RATP.

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 Les débuts du logement social dans le 20e

Bulletin n°81

 

 

La révolution industrielle du début du 19ème siècle a entraîné un afflux de population dans les villes et en particulier à Paris, qui était alors la capitale industrielle de la France.

Des centaines de fabriques et d’ateliers se sont installées dans tout Paris et ont attiré une importante population de paysans pauvres venant de toutes les provinces cherchant un travail et une vie meilleure.

Les grands travaux du baron Haussmann ont entraîné la démolition de centaines d’immeubles, les propriétaires ont été indemnisés.

Mais les ouvriers, qui ne sont généralement pas propriétaires, ne pouvaient plus payer des loyers qui avaient considérablement augmenté.

Ils ont été obligés de partir et se sont concentrés dans l’Est parisien et en particulier dans notre arrondissement. Les ouvriers habitaient ainsi le plus près possible de leur lieu de travail et l’Est parisien est devenu très vite surpeuplé.

Paris, qui avait été une ville où toutes les classes sociales se mélangeaient (les bourgeois habitaient dans les étages bas et les autres dans les étages hauts), est devenue une ville avec ses quartiers bourgeois et ses quartiers pauvres.

Philippe Dubuc, vice-président de l’AHAV, nous avait présenté l’histoire des débuts du logement social à Paris, et principalement dans le 20e arrondissement, lors d’une conférence le 18 avril 2024 à la mairie du 20e.

Retrouvez cette histoire dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus, sous format imprimé ou sous format pdf téléchargeable.




L’AMI passe le cap des 800 numéros

 

Notre journal local l’AMI du 20e a fini son année 2023 avec la publication de son numéro 800. Au point d’en avoir fait sa « une ». Ce mensuel vendu en kiosque dans notre arrondissement est le plus ancien journal local de la région parisienne. Créé avant 1939, il a survécu à la guerre puis à la « boboïsation » de nos quartiers.

 

Une du numéro 1 de l'AMI de Ménilmontant, novembre 1945

Numéro 1 de l’AMI de Ménilmontant, novembre 1945 – PG

 

À l’origine, un bulletin devenu journal

Avant la deuxième guerre mondiale, la paroisse de Notre Dame de la Croix de Ménilmontant publiait son bulletin sous le titre de l’Ami de Ménilmontant, bulletin qui va se saborder en juin 1940 après avoir publié 107 numéros. Il reparaît en novembre 1945, une nouvelle aventure animée par l’abbé Meuillet et un militant chrétien, Jean Simon.

Le changement est marqué sous forme d’un numéro 1, et il devient à la fois un journal chrétien comme l’indique le sous-titre « Courrier de la Chrétienté Paroissiale », journal militant et journal d’informations locales :

 

  • Un journal chrétien

Comme l’exprime l’éditorial du numéro 1 écrit après-guerre par l’abbé Meuillet, il s’agit d’abord d’un journal chrétien :

Dans le quartier, chaque jour ou presque un enterrement […….]. L’administration dira du disparu : « il est décédé ». Le concierge dira autour d’elle, rondement : « il est mort », le voyou gouailleur : « crevé », l’église elle dira : « le défunt »[…….] Pour nous chrétiens, la mort n’est pas le trou noir sans espérance. Ce n’est pas le néant. C’est la porte mystérieuse qui donne sur la vie éternelle.

 

  • Un journal militant

L’Ami de Ménilmontant s’engage aussi dans les actions locales. Le 20e est un quartier très populaire où les taudis sont nombreux après-guerre, les personnes âgées livrées à elles-mêmes et le logement précaire. Le journal informe et lance des actions de solidarité pour récolter charbon, nourriture, vêtements. Il aborde les problèmes de santé, de travail. Il enquête sur les maladies infantiles dans le 20e. On trouve également dans le journal une rubrique dédiée aux personnes en grande difficulté à aider dans le 20e. De nombreux jeunes travailleurs chrétiens bénévoles, souvent membres de la CFTC, vont participer à ces actions solidaires.

 

  • Un journal d’informations locales

Le journal s’ouvre aux actualités du quartier pouvant intéresser les habitants.

Et puis en mai 1947, la paroisse de Charonne rejoint l’équipe et le journal devient « L’Ami de Ménilmontant et de Charonne », avec comme sous-titre « courrier de la chrétienté du 20e ».

Jean Simon et Jean Vanballinghem, fondateurs de l'AMI en 1945

Jean Simon et Jean Vanballinghem, parmi les fondateurs de l’AMI en 1945 – PG

 

Dernier changement de titre : L’AMI du 20e

L’année suivante, l’administration du journal déménage et toutes les paroisses de l’arrondissement rejoignent le journal. Le titre change et devient en 1948 « l’Ami du 20e » avec comme sous-titre « Journal chrétien d’information locale ».
Ce titre ne changera plus, mais son sous-titre est aujourd’hui devenu « Journal d’informations locales, culturelles et chrétiennes ».

Outre les informations locales et paroissiales, le journal continue des actions de solidarité comme les « brouettes de l’Ami » pour récolter et distribuer aux personnes âgées dans le besoin des vêtements, du charbon et des biens alimentaires.

Son action sociale menée par de jeunes chrétiens bénévoles durera près de 10 ans; par exemple, en mars 1955, il promeut une campagne pour aider les enfants à partir en vacances. L’action religieuse reste aussi très présente, par exemple, en novembre 1960, le journal lance une souscription pour financer le voyage de malades à Lourdes.

 

La crise financière de l’AMI en 1990

Progressivement, le quartier s’embourgeoise et les actions sociales mobilisent beaucoup moins les lecteurs, au point que celles-ci seront progressivement réduites : les lecteurs ont tendance à s’intéresser davantage aux problèmes de propreté et de sécurité, moins à l’aide aux plus démunis.

Le journal lui-même entre dans de grandes difficultés financières en 1990, et doit en conséquence réduire le nombre de pages. En réponse à ces difficultés, une souscription est lancée en septembre 1991 et permettra de réunir les fonds nécessaires à la survie et à la relance du journal.

Une du numéro 800 de l'Ami du 20e

Une du numéro 800 de l’Ami du 20e-PHD

 

L’AMI du 20e d’aujourd’hui

Issu d’un bulletin paroissial et du mouvement ouvrier chrétien, le journal conserve une relation forte avec les paroisses du 20e et trois pages restent consacrées à la vie religieuse.
Le journal informe de tous les grands et petits évènements du quartier, en particulier ceux concernant les travaux d’aménagement et de transport. Il dispose de représentants dans les conseils de quartier dont il relate régulièrement l’activité. Plusieurs pages sont dédiées à la vie culturelle. Quant à la page « histoire », elle est rédigée par un membre de l’AHAV et expose chaque mois un sujet lié au 20e : il peut s’agir d’un lieu, un évènement ou une personne.

 

L’an prochain l’Ami fêtera ses 80 ans. Souhaitons-lui longue vie !