Juillet 1794, place de la Nation

La place de la Nation il y a 230 ans, lieu d’un terrible spectacle

 

Pour les habitants du 20e, la place de la Nation est un lieu important. Du point de vue patrimonial bien-sûr, mais aussi bien pratique au quotidien : elle dispose d’excellentes interconnexions avec ses métros, bus, le RER, les taxis et cinq stations Vélib’.

Pourtant et contrairement à une idée répandue, elle ne figure pas à l’intérieur du périmètre de notre arrondissement. Elle le côtoie seulement.

Le quartier de la place de la Nation - Panneau de la Ville de Paris

Panneau local sur la place de la Nation-PG

 

Les 11e et 12e arrondissements ont eu sa préférence alors qu’elle constituait l’ancien axe royal depuis le château de Vincennes. Avec ses 255 mètres de diamètre, elle nous fait penser à la place de l’Étoile. Quant au cours de Vincennes lui-même – ancien lieu de la Foire du Trône depuis 1830 – il dépasse de 13 mètres la largeur de celle Champs Élysées.

Lieu historique sous la royauté, il deviendra le rendez-vous de manifestations, rassemblements notamment sous le Front populaire, et d’une manière générale de fin de parcours à caractère politique et syndical.

 

14 juillet 1936 à la Nation - extrait du journal Le Petit Parisien du 15 juillet 1936 - Gallica-BnF

14 juillet 1936 à la Nation – Le Petit Parisien du 15 juillet 1936 – Gallica-BnF

 

Mais revenons 230 ans en arrière, sous la Révolution avec ses victimes guillotinées sur place.

 

La France sous le régime de la Terreur

Depuis la loi du 10 juin 1794, les tribunaux révolutionnaires sont expéditifs contre « les ennemis du peuple ». Sans tarder, dès le 14 juin 1794 devant la place du Trône renversé, devenue place de la Nation, la guillotine est installée à côté d’un des deux pavillons construits par Nicolas Ledoux.

 

Barrière de Vincennes / Faubourg S(t) Antoine - Estampe de Charles André Mercier - musée Carnavalet

Nation-barrière de Vincennes vers 1787-Paris Musées

 

La guillotine en mouvement

Il faut savoir qu’auparavant, les premières victimes de la Terreur étaient guillotinées face au Louvre, sur la place du Carrousel. Puis la guillotine est déplacée pour s’installer place de la Révolution, aujourd’hui connue sous le nom de place de la Concorde, et ensuite sera démontée pour être posée à l’emplacement de l’ancienne forteresse de la Bastille.

Les raisons de ces déplacements ? Comme les habitants du voisinage sont mécontents à cause des odeurs qui en résultent, il est donc décidé de l’installer loin des habitations, à l’une des portes de Paris. Et c’est ainsi que la porte de la Nation sera choisie et les exécutions en nombre vont commencer sans tarder.

 

Représentation de la guillotine - eau-forte - 20 mars 1792 - image BnF

Représentation de la guillotine – 1792 – BnF

 

Les Victimes

Le 26 Prairial, c’est-à-dire le 14 juin 1794, 38 premières victimes sont exécutées : il s’agit des magistrats des parlements de Paris et de Strasbourg.

Le 17 juin, 61 nouvelles exécutions de condamnés, connus sous le nom de « chemises rouges ». On les avait vêtus de chemises rouges, les vêtements d’infamie d’alors réservés aux assassins.

Ensuite, les exécutions se poursuivent jusqu’au 27 juillet 1794, date de la dernière charrette. La guillotine sera démontée le soir-même et retournera dès le lendemain sur l’actuelle place de la Concorde… le jour-même où sur place Robespierre finira guillotiné.

Au total, du 14 juin au 27 juillet 1794, 1306 personnes âgées de 16 à 85 ans ont été exécutées place de la Nation : 1109 hommes, 197 femmes, 131 gens d’église dont 23 religieuses. À côté de familles nobles se trouvent en majorité des gens modestes : cochers, cuisiniers, couturières, journaliers, épiciers, boutonniers, etc.

La plupart ont été condamnés pour des motifs inexistants ou dérisoires, comme par exemple l’Abbesse Louise de Montmorency sourde et aveugle, accusée d’avoir comploté « sourdement et aveuglément ».

Ont péri entre autres le poète André de Chénier et 16 carmélites de Compiègne dont l’histoire inspirera « Le Dialogue des Carmélites » adapté sous la plume de Georges Bernanos.

Affiche du film Le dialogue des Carmélites de Philippe Agostini et Raymond Léopold Bruckberger - Unifrance1960.

Affiche du film Le dialogue des Carmélites-Unifrance

 

Que faire des cadavres des personnes exécutées ?

À cette époque, il n’existe pas de cimetière près de la Place de la Nation, et les responsables vont rechercher un lieu proche et discret pour enterrer les cadavres.

À côté se trouve le couvent des Chanoinesses dont elles avaient été chassées et qui possède un grand jardin. Il a donc été décidé d’en réquisitionner une partie. Les corps y seront jetés sans cérémonie dans les fosses communes.

Des membres de la famille de La Fayette ont aussi été exécutés, et c’est la raison pour laquelle La Fayette sera enterré dans ce lieu qui deviendra le cimetière de Picpus.

 

Le cimetière de Picpus, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui

En 1795, le domaine est vendu. Seuls quelques officiels sont au courant de l’existence des fosses communes. La princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmaringen acquiert la parcelle du terrain où se trouvent les deux fosses communes.

Un mur est édifié pour séparer cette parcelle contenant les fosses du reste du jardin. En 1802, Mme de Montagu et ses sœurs organisent une souscription qui permet d’acheter le couvent des chanoinesses et les terrains avoisinants. Un portail est construit pour relier le jardin des Chanoinesses du terrain contenant les fosses communes.

 

Photographie d'une des 2 fosses communes du cimetière de Picpus - PhD

Cimetière de Picpus, une des deux fosses communes-PHD

 

En 1805, une communauté religieuse s’installe dans les bâtiments.

Les familles de nobles exécutés fondent le comité de la Société de Picpus. Un cimetière est créé à côté des sinistres fosses communes – il en est juste séparé par une grille – destiné à accueillir les seuls descendants des familles des personnes exécutées pendant la Révolution. C’est toujours le cas aujourd’hui et constitue ainsi la singularité de ce cimetière.

En 1841, une église toujours existante remplace l’ancienne chapelle.

Dans le cimetière, parmi les tombes célèbres, on trouve celle de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, général de l’armée américaine… dit La Fayette. Il repose à côté de son épouse. Son cercueil est recouvert avec de la terre ramenée des États-Unis et un drapeau américain flotte au-dessus de sa tombe. Chaque 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, l’ambassadeur des États-Unis vient lui rendre hommage, accompagné de représentants de la Ville de Paris, du Sénat et d’autres associations.

 

Photographie de la tombe de La Fayette au cimetière de Picpus - PhD

Cimetière de Picpus, tombe de La Fayette-PHD

 

À noter que l’on trouve également dans le cimetière des plaques commémoratives en mémoire des membres des familles descendantes des personnes exécutées qui ont été déportés et sont morts dans les camps nazis durant la Seconde Guerre Mondiale.

Rappelons enfin que le cimetière situé au 35 rue de Picpus, dans le 12e arrondissement, peut être visité. Les informations du texte proviennent de la brochure éditée par le Cimetière de Picpus.

La rafle du Vel d’hiv dans le 20e en 1942

Dans la cour de la Métairie (métro Pyrénées), la mairie de notre arrondissement commémore chaque 16 juillet la « Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France ».

Ce 16 juillet 2024, Rachel Jedinak était à nouveau présente tout au long des quatre points du chemin, et en fin de parcours au square Édouard Vaillant (photo ci-dessous). Elle nous a rappelé les faits durant cette rafle à travers les moments terribles qu’elle a pu vivre.

Rachel Jedinak square Edouard Vaillant le 16 juillet 2024Rachel Jedinak témoigne devant le panneau rappelant les enfants nés juifs du 20e assassinés-PG

Nous reproduisons ci-dessous notre article paru pour la première fois le 18 juillet 2022,  à l’occasion des 80 ans de cette rafle dans nos quartiers, à destination du Vel d’hiv.

 

_______________________

Comme chaque année, ce samedi 16 juillet 2022 a eu lieu la cérémonie rappelant à notre mémoire la rafle du Vel d’hiv des 16 et 17 juillet 1942. Il s’agit de trois endroits de nos quartiers où ont été arrêtés et regroupés les juifs par la police française sous l’occupation.

Leurs plaques commémoratives ont été successivement fleuries après la prise de parole des survivants qui se souviennent de ces jours-là.

Une cinquantaine de personnes était rassemblée à la Métairie, puis à la Bellevilloise et enfin devant l’ancien commissariat intégré dans le bâtiment de la Mairie du 20e. Par ailleurs la cérémonie finira square Édouard Vaillant où un large panneau nous rappelle la longue liste des enfants qui n’en sont jamais revenus.

Cérémonie du Cel d'hivernal dans le 20e

La cour de la Métaierie devant la plaque mémorielle de la rafle de 1942. 16 juillet 2022-PG

Lieux de drame, lieux de mémoire

Devant la cour de la Métairie, lieu de mémoire tout près du métro Pyrénées, nous pouvons voir sur la photo ci-dessus le maire du 20e, Éric Pliez avec de dos à sa droite Jean-Michel Rosenfeld notre ancien maire adjoint . Jean-Michel Rosenfeld -lui-même survivant de la Shoah- a toujours gardé sur lui son étoile jaune ; cette étoile, il finira par nous la montrer en la sortant de sa poche -lentement et dignement- au cours de cette matinée, après nous avoir rapporté ce qu’il a vécu. Il a 8 ans lorsqu’il va vivre et survivre à cette rafle, alors que moins de deux mois avant cette date, le port de l’étoile venait de devenir obligatoire dès l’âge de 6 ans.

 

port de l'étoile juive dès 6 ans

Ordonnance du chef suprême des SS sur le port étoile juive dès 6 ans, extrait du 28 mai 1942- PG

Simplement parce qu’ils étaient juifs

Déjà en 1941 à Paris, une grande rafle avait été effectuée du 20 au 24 août, au cours de laquelle 4 232 hommes juifs ont été arrêtés. Simplement parce qu’ils étaient juifs.

Mais en juillet 1942, les autorités allemandes ordonnent plus largement l’arrestation d’hommes et de femmes juifs en âge de travailler, c’est-à-dire âgés de 16 à 60 ans (55 ans pour les femmes). La France de Vichy va plus loin encore dès le 13 juillet : dans la circulaire d’application de la Préfecture de Police n°173-42 -dactylographiée « secret »- elle va prendre l’initiative d’ajouter cette courte phrase dans un nouveau paragraphe :

« les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents ».

Pas un seul soldat allemand n’a pris part à cette rafle, seule la police française était à la manœuvre sous l’autorité du régime de Vichy. Nos témoins survivants seront victimes de cette circulaire, ils avaient alors bien moins de 16 ans.

De la Bellevilloise jusqu’au square Édouard Vaillant

Ainsi, devant la Bellevilloise, Rachel Jedinak -rescapée à l’âge de 8 ans- se souvient devant nous de ce qu’elle a vécu :

« À la Bellevilloise, « nous étions peut-être plusieurs centaines. Nous étions serrés comme des sardines ». Elle souligne ce qui l’a marqué à vie : « ma mère m’a demandé de partir, je voulais rester avec elle, et elle a fini par me gifler… sur le coup je n’ai pas compris mais plus tard j’ai su que par cette gifle, elle m’avait sauvé la vie ».

Rachel Jedinak témoigne devant la Bellevilloise

Les témoignages de Rachel Jedinak et Ginette Kolinka à sa droite, devant La Bellevilloise le 16 juillet 2022-PG

Puis dans l’ancien commissariat de la Mairie du 20e, Rachel sera enfermée dans la cave et elle nous montrera sur place d’un geste de la main le soupirail où elle se trouvait, cet endroit donnant sur le trottoir fermé par des barreaux.

Ses mots sont simples, sa voix posée appuyant doucement et bien distinctement sur chacun d’entre eux, l’ensemble de ses paroles décrit très précisément les faits, comme le témoignage d’une enfant abordant calmement et intensément ce qu’elle venait de subir. Rachel tient d’ailleurs chaque année à témoigner régulièrement devant les élèves des écoles, tout comme à ses côtés Ginette Kolinka survivante du camp d’Auschwitz-Birkenau et passeuse de mémoire.

Et puis derrière la Mairie, la dernière étape de cette matinée : à l’intérieur du square Édouard Vaillant un grand panneau de novembre 2004 rappelle  la liste des jeunes victimes avec en préambule ce texte en majuscules :

 

Arrêtés par la police du gouvernement de Vichy, complice de l’occupant nazi – Plus de 11 000 enfants furent déportés de France de 1942 à 1944 – Et assassinés à Auschwitz parce qu’ils étaient nés juifs – Plus de 1000 de ses enfants vivaient dans le 20e arrondissement – Parmi eux 133 tout-petits n’ont pas eu le temps de fréquenter une école – Passant, lis leur nom, ta mémoire est leur unique sépulture. Ne les oublions jamais.

suivent les noms de chaque enfant avec leur âge

Stèle des enfants déportés derrière la Mairie du 20e

Square Edouard Vaillant à la mémoire des enfants juifs déportés du 20e – PG

« Ils n’avaient pas de sépulture mais un nom et un âge » rappelle Pascal Joseph, chargé de la Mémoire du 20et du Monde Combattant, avant que chaque volontaire lise chacun successivement cinq noms d’enfants, jusqu’à la fin de la liste.

Enfin plus globalement à l’échelle de notre arrondissement, l’historien Michel Dreyfus présente ainsi dans les Cahiers de la mémoire vivante du 20e datée de 2002, le bilan macabre de ce génocide.

« Le 16 juillet 1942 la plaque dans l’entrée de la mairie le rappelle, 3500 habitants du 20e, dont 1000 enfants, ont été « raflés », par la police parisienne. Déportés, la quasi-totalité d’entre eux n’est jamais revenu, n’ayant pas dépassé, à la fin des trois jours d’un terrible voyage en wagons à bestiaux, le quai des sélections de Birkenau, camp de la mort. Au lycée Hélène Boucher a été inauguré, il y a quelques années, une des premières plaques posées dans un établissement scolaire parisien. Elle porte le nom de 14 lycéennes juives déportées. Le souvenir des enfants est commémoré sur les murs de plusieurs écoles. »

  • À écouter également  le témoignage d’Esther SENOT sur le site de la ville de Paris, une jeune fille de 14 ans qui habitait passage Ronce, dans le 20e avec sa famille et sa communauté d’immigrés polonais. Elle a échappé à la Rafle mais a été prise et déportée quelques mois plus tard à Birkenau, dont elle est malgré tout revenue (lire ici les marches de la mort).

Elle a écrit un livre de souvenirs, « la Petite fille du passage Ronce » (Editions Grasset). 

 

Témoignage d'Esther Senot

Esther Senot, rescapée de la rafle du Vél d’Hiv, témoigne-Photo Ville de Paris

https://www.paris.fr/pages/80-ans-apres-la-rafle-du-vel-d-hiv-le-temoignage-d-esther-senot-21524

https://memoiresdesdeportations.org/personne/senot-esther

Samedi 22 juin de 14h à 17h, la mairie du 20e inaugure le bois de Charonne avec de nombreuses activités prévues sur place. Cet espace vert est situé à l’emplacement de La Petite Ceinture, entre la rue de Volga et le Cours de Vincennes.

À cette occasion, nous republions notre article paru pour la première fois le 7 février 2023. De son côté, l’AHAV a prévu pour 2025 une conférence sur la Petite Ceinture à Paris et dans le 20e.

__________________________

La prochaine « forêt urbaine de Charonne »

Une ancienne gare de marchandises transformée en espace vert

Actuellement, des travaux sont en cours pour créer un espace arboré sur le tronçon de la Petite Ceinture situé entre le 56 rue du Volga et le 103 Cours de Vincennes.

La mairie appelle ce projet « forêt urbaine de Charonne ». L’opération s’étend sur 3,5 hectares d’espace vert, elle comprendra une prairie de 1200m2 et plus de 1000 arbres devraient être plantés. Ce projet est possible grâce au rachat par la Ville de Paris à la SNCF de la surlargeur le long des rails et à la récupération des zones servant de dépôt de bus pour la RATP.

Lire la suite



 Les débuts du logement social dans le 20e

Bulletin n°81

 

 

La révolution industrielle du début du 19ème siècle a entraîné un afflux de population dans les villes et en particulier à Paris, qui était alors la capitale industrielle de la France.

Des centaines de fabriques et d’ateliers se sont installées dans tout Paris et ont attiré une importante population de paysans pauvres venant de toutes les provinces cherchant un travail et une vie meilleure.

Les grands travaux du baron Haussmann ont entraîné la démolition de centaines d’immeubles, les propriétaires ont été indemnisés.

Mais les ouvriers, qui ne sont généralement pas propriétaires, ne pouvaient plus payer des loyers qui avaient considérablement augmenté.

Ils ont été obligés de partir et se sont concentrés dans l’Est parisien et en particulier dans notre arrondissement. Les ouvriers habitaient ainsi le plus près possible de leur lieu de travail et l’Est parisien est devenu très vite surpeuplé.

Paris, qui avait été une ville où toutes les classes sociales se mélangeaient (les bourgeois habitaient dans les étages bas et les autres dans les étages hauts), est devenue une ville avec ses quartiers bourgeois et ses quartiers pauvres.

Philippe Dubuc, vice-président de l’AHAV, nous avait présenté l’histoire des débuts du logement social à Paris, et principalement dans le 20e arrondissement, lors d’une conférence le 18 avril 2024 à la mairie du 20e.

Retrouvez cette histoire dans notre nouveau bulletin qui vient de paraître.

Les bulletins sont envoyés gratuitement sous format papier à nos adhérents au fur et à mesure de leur parution.
Vous pouvez commander en ligne ce bulletin et tous les bulletins déjà parus, sous format imprimé ou sous format pdf téléchargeable.




L’AMI passe le cap des 800 numéros

 

Notre journal local l’AMI du 20e a fini son année 2023 avec la publication de son numéro 800. Au point d’en avoir fait sa « une ». Ce mensuel vendu en kiosque dans notre arrondissement est le plus ancien journal local de la région parisienne. Créé avant 1939, il a survécu à la guerre puis à la « boboïsation » de nos quartiers.

 

Une du numéro 1 de l'AMI de Ménilmontant, novembre 1945

Numéro 1 de l’AMI de Ménilmontant, novembre 1945 – PG

 

À l’origine, un bulletin devenu journal

Avant la deuxième guerre mondiale, la paroisse de Notre Dame de la Croix de Ménilmontant publiait son bulletin sous le titre de l’Ami de Ménilmontant, bulletin qui va se saborder en juin 1940 après avoir publié 107 numéros. Il reparaît en novembre 1945, une nouvelle aventure animée par l’abbé Meuillet et un militant chrétien, Jean Simon.

Le changement est marqué sous forme d’un numéro 1, et il devient à la fois un journal chrétien comme l’indique le sous-titre « Courrier de la Chrétienté Paroissiale », journal militant et journal d’informations locales :

 

  • Un journal chrétien

Comme l’exprime l’éditorial du numéro 1 écrit après-guerre par l’abbé Meuillet, il s’agit d’abord d’un journal chrétien :

Dans le quartier, chaque jour ou presque un enterrement […….]. L’administration dira du disparu : « il est décédé ». Le concierge dira autour d’elle, rondement : « il est mort », le voyou gouailleur : « crevé », l’église elle dira : « le défunt »[…….] Pour nous chrétiens, la mort n’est pas le trou noir sans espérance. Ce n’est pas le néant. C’est la porte mystérieuse qui donne sur la vie éternelle.

 

  • Un journal militant

L’Ami de Ménilmontant s’engage aussi dans les actions locales. Le 20e est un quartier très populaire où les taudis sont nombreux après-guerre, les personnes âgées livrées à elles-mêmes et le logement précaire. Le journal informe et lance des actions de solidarité pour récolter charbon, nourriture, vêtements. Il aborde les problèmes de santé, de travail. Il enquête sur les maladies infantiles dans le 20e. On trouve également dans le journal une rubrique dédiée aux personnes en grande difficulté à aider dans le 20e. De nombreux jeunes travailleurs chrétiens bénévoles, souvent membres de la CFTC, vont participer à ces actions solidaires.

 

  • Un journal d’informations locales

Le journal s’ouvre aux actualités du quartier pouvant intéresser les habitants.

Et puis en mai 1947, la paroisse de Charonne rejoint l’équipe et le journal devient « L’Ami de Ménilmontant et de Charonne », avec comme sous-titre « courrier de la chrétienté du 20e ».

Jean Simon et Jean Vanballinghem, fondateurs de l'AMI en 1945

Jean Simon et Jean Vanballinghem, parmi les fondateurs de l’AMI en 1945 – PG

 

Dernier changement de titre : L’AMI du 20e

L’année suivante, l’administration du journal déménage et toutes les paroisses de l’arrondissement rejoignent le journal. Le titre change et devient en 1948 « l’Ami du 20e » avec comme sous-titre « Journal chrétien d’information locale ».
Ce titre ne changera plus, mais son sous-titre est aujourd’hui devenu « Journal d’informations locales, culturelles et chrétiennes ».

Outre les informations locales et paroissiales, le journal continue des actions de solidarité comme les « brouettes de l’Ami » pour récolter et distribuer aux personnes âgées dans le besoin des vêtements, du charbon et des biens alimentaires.

Son action sociale menée par de jeunes chrétiens bénévoles durera près de 10 ans; par exemple, en mars 1955, il promeut une campagne pour aider les enfants à partir en vacances. L’action religieuse reste aussi très présente, par exemple, en novembre 1960, le journal lance une souscription pour financer le voyage de malades à Lourdes.

 

La crise financière de l’AMI en 1990

Progressivement, le quartier s’embourgeoise et les actions sociales mobilisent beaucoup moins les lecteurs, au point que celles-ci seront progressivement réduites : les lecteurs ont tendance à s’intéresser davantage aux problèmes de propreté et de sécurité, moins à l’aide aux plus démunis.

Le journal lui-même entre dans de grandes difficultés financières en 1990, et doit en conséquence réduire le nombre de pages. En réponse à ces difficultés, une souscription est lancée en septembre 1991 et permettra de réunir les fonds nécessaires à la survie et à la relance du journal.

Une du numéro 800 de l'Ami du 20e

Une du numéro 800 de l’Ami du 20e-PHD

 

L’AMI du 20e d’aujourd’hui

Issu d’un bulletin paroissial et du mouvement ouvrier chrétien, le journal conserve une relation forte avec les paroisses du 20e et trois pages restent consacrées à la vie religieuse.
Le journal informe de tous les grands et petits évènements du quartier, en particulier ceux concernant les travaux d’aménagement et de transport. Il dispose de représentants dans les conseils de quartier dont il relate régulièrement l’activité. Plusieurs pages sont dédiées à la vie culturelle. Quant à la page « histoire », elle est rédigée par un membre de l’AHAV et expose chaque mois un sujet lié au 20e : il peut s’agir d’un lieu, un évènement ou une personne.

 

L’an prochain l’Ami fêtera ses 80 ans. Souhaitons-lui longue vie !

Groupe Manouchian, foot et Résistance

Conférence à la mairie du 20e

Nous commémorons cette année le 80ème anniversaire de l’exécution des 23 résistant(e)s  du groupe Manouchian (Francs-Tireurs et Partisans – Main d’Œuvre Immigrée). En leur mémoire, ce 21 février 2024 est l’occasion de voir entrer au Panthéon leur chef Missak Manouchian et sa femme résistante, Mélinée Manouchian.

 

La Dépêche, 22 février 1944

La Dépêche, 22 février 1944

 

Plus localement, l’association l’Affiche Verte Manouchian organise, en partenariat avec la Mairie du 20e, une conférence exceptionnelle :

 

Foot et Résistance(s)  « Rino Della Negra et Sócrates, deux footballeurs résistants »

 

📅 Samedi 9 mars 2024

🕒 À 13h45

📍 À la Mairie du 20e arrondissement, salle des Fêtes

  Entrée gratuite sur préinscription via Helloasso

QRcode HelloAsso

 

 

Rino Della Negra. Footballeur et partisan (éd. Libertalia)

Rino Della Negra. Footballeur et partisan-éd. Libertalia

Football et politique au Brésil

La démocratie portée par le football populaire au Brésil-Le Comptoir

 

 

Déroulé prévisionnel

  • Introduction d’Éric Pliez, maire du 20e, des élus, et des organisateurs Affiche Verte Manouchian
  • Première partie : Rino Della Negra Footballeur et partisan du Groupe Manouchian

Avec :

      • Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne Franche-Comté,
      • Dimitri Manessis, docteur en Histoire,
        • auteurs de « Rino Della Negra Footballeur et partisan » Edition Libertalia (2022)
      • Un responsable du Red Star FC, ancien footballeur international français, conseiller du président au Red Star FC.
Dimitri Manessis et Jean Vigreux

Dimitri Manessis et Jean Vigreux

  • Intermède : Diffusion de l’épisode du film d’Éric Cantona « les rebelles du foot » consacré à Sócrates
  • Seconde partie : Sócrates, la démocratie corinthiane face à la dictature au Brésil
Raí Souza Vieira de Oliveira

Raí Souza Vieira de Oliveira

      • Avec Raï Souza Vieira de Oliveira (frère cadet de Sócrates) emblématique ancien capitaine de la Seleção remportant le Mondial 1994 et du Paris Saint Germain (1993-1998) dont il a été élu meilleur joueur de tous les temps
      • Animation : Chérif Ghemmour,  journaliste et fondateur du magazine So Foot
  • Buffet convivial et dédicace des ouvrages

Contacts organisation Affiche Verte Manouchian : affichevertemanouchian@gmail.com 

Programme autour de Missak et Mélinée Manouchian dans le 20e :  https://mairie20.paris.fr/pages/il-etait-une-fois-le-20e-la-rue-du-groupe-manouchian-20448

Au restaurant « Le Ramus », portrait du grand-père en uniforme qui s’est battu pour la France-PG

L’arrivée des kabyles au XXème siècle

 

Après Idir et les kabyles dans le 20e et Les kabyles en 1871, une histoire « Commune », nous terminons notre enquête sur les kabyles et le 20e arrondissement en prenant connaissance de leur arrivée en France au XXème siècle.

À l’origine de leur venue, la guerre et le manque de main-d’œuvre. Les autorités françaises vont alors se tourner vers leur recrutement depuis les colonies.

Lire la suite



Édouard Vaillant, une conférence proposée par

Histoire et Patrimoine du 12e

 

L’association Histoire et Patrimoine du 12e organise une conférence sur

 

Édouard Vaillant, par Claude Pennetier, chercheur au CNRS,

le jeudi 8 février 2024 à 18h30,

à la salle des fêtes de la Mairie du 12e arrondissement

130 avenue Daumesnil, 75012 Paris

 

Vous retrouverez la présentation de cette conférence sur le site de l’association Histoire et Patrimoine du 12e :

https://www.histoireetpatrimoinedu12.fr/edouard-vaillant

L’inscription préalable est obligatoire : histoire.patrimoine.12@gmail.com

 

 

Portrait du député Edouard Vaillant

Édouard Vaillant © Assemblée nationale

Né en 1840 à Vierzon et décédé en 1915, villa du Bel Air dans le 12e arrondissement, ingénieur des Arts et Manufactures, militant blanquiste, Édouard Vaillant a été l’un des acteurs importants de la Commune de Paris, notamment en tant que délégué à l’instruction publique dans la commission exécutive. Il a formé, avec Jean Jaurès, Jules Guesde et Jean Allemane, le quatuor majeur du socialisme français de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle.

Les liens d’Édouard Vaillant avec le 20e arrondissement 

  • Édouard Vaillant est conseiller municipal en 1884. Cette année-là, il est élu simultanément conseiller municipal à Vierzon, sa ville natale, et dans le 20e arrondissement. Il opte pour ce dernier mandat qui lui sera renouvelé en 1887 et qu’il n’abandonnera qu’après son élection à la Chambre des députés.
  • Le 3 septembre 1893, il est élu député de la Seine  dans la 2ème circonscription du 20e arrondissement, et y sera régulièrement réélu jusqu’à sa mort en 1915.
  • Le square situé entre la mairie du 20e et l’hôpital Tenon porte le nom d’Édouard Vaillant.
Édouard Vaillant mur des Fédérés Cimetière du Père Lachaise Paris 20e

Édouard Vaillant devant le mur des Fédérés inauguré le 24 mai 1908-BnF



Enfant de Ménilmontant, Jacques Delors nous a quittés

 

Jacques Delors vient de mourir ce 27 décembre 2023 et la presse nationale et européenne s’en est émue. Elle a rappelé son parcours d’homme politique arrivé jusqu’à la présidence de la Commission européenne entre 1985 et 1995. Jacques Delors, le favori des sondages aux présidentielles de 1994 et qui a pourtant décidé de « ne pas y aller ».

Sans doute plus anciens, son engagement religieux et son action syndicale ont été moins abordés, et tout commence dans le 20e. Son engagement en tant que chrétien social l’a poussé à vouloir déconfessionnaliser la CFTC. Avec d’autres responsables, il a participé à la création de la CFDT en 1964, ainsi laïcisée, c’est-à-dire en toute indépendance de l’Église.

Le mensuel le Pèlerin cite son proche collaborateur, Jérôme Vignon, qui se souvient d’un échange à Bruxelles en 1985 entre Jacques Delors et le pape : « Le pape lui en a voulu de laisser tomber la CFTC. Pour lui, il fallait revendiquer de manière visible sa foi chrétienne ».

Un riche parcours européen et français, celui d’un jeune qui avait déjà commencé à s’engager  dans nos quartiers.

Le jeune catholique pratiquant dans le 20e

Plus localement donc, Jacques Delors est né à Paris en 1925 et c’est un enfant de Ménilmontant, là où habitaient ses parents. Ses grands parents tenaient un restaurant bar, maintenant disparu, dans le 20e.

Élève brillant d’une école du quartier, il obtient son certificat d’études avec la mention « très bien », et puis il poursuit ses études au lycée Voltaire.

Jacques Delors avec ses parents en 1933

Jacques Delors avec ses parents en 1933 – Institut Jacques Delors

Ses parents étaient des catholiques pratiquants et Jacques Delors allait à une église catholique située au 130 rue Pelleport, Notre-Dame-de-Lourdes. L’église qu’il fréquentait a été détruite pour raison de sécurité et à sa place, une nouvelle église sera construite et bénie en 1980. Comme beaucoup d’enfants du quartier, il allait au patronage les jeudis et dimanches.

 À cette époque, deux patronages catholiques se partagent la rue de Ménilmontant :

– La « Jeanne d’Arc de Ménilmontant » dans le haut de la rue, créée en 1899 et liée à la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes,

– Les « Ménilmontagnards » dans le bas de la rue, créée en 1898.

Ces patronages permettaient aux jeunes de pratiquer du sport et des activités culturelles.
Lui a fréquenté « La Jeanne d’Arc de Ménilmontant » et joué au basket. Il était considéré comme un bon joueur mais préférait le football, et allait, avec des camarades, taper le ballon dans les terrains vagues du 20e.

Sa jeune vie de cinéphile à Ménilmontant

L’une de ses passions était le cinéma ; il a créé le « Ciné-club de la Jeanne d’Arc » dans les locaux du patronage et, sous l’œil attentif du curé, projeté des films qui lui plaisaient. Il louait un projecteur de 16mm et un film. Lors de la séance, il présentait le film puis, après la projection, il animait une discussion. Ses préférences allaient aux films du néoréalisme Italien, aux films français comme « La règle du jeu » et au cinéma américain, en particulier les films d’Orson Wells et de John Houston dont la « philosophie de l’échec » l’intéressaient beaucoup. Sa mère l’a d’ailleurs inscrit à l’école du cinéma l’IDHEC, mais il cède finalement à la pression de son père et renonce à y aller. Dans une interview il disait « on devrait avoir plusieurs vies ».

Voilà pour sa jeunesse dans nos quartiers, mais sa modestie sans doute ne nous a pas permis d’en savoir davantage.

Livre "Jacques Delors" de Gabriel Milesi

Jacques Delors par Gabriel Milesi paru en 1985

 

Après Idir et les Kabyles dans le 20e, nous poursuivons notre série d’articles sur les kabyles dans le 20e. Nous abordons cette fois-ci l’origine de leur venue, le lien entre deux événements historiques parallèles qui finiront par se rejoindre. 

La troisième et dernière partie sera consacrée à L’arrivée des kabyles au XXème siècle.

_____________

1871, une histoire «Commune»

 

Azziz El Haddad est mort le 22 août 1895, juste en face du Père Lachaise. Figure emblématique de la révolte kabyle de 1871, il habitait au 45 boulevard de Ménilmontant chez son ami et compagnon de déportation Eugène Mourot.  Il est le fils du Cheick de la Rahmaniya, et a été recherché par toutes les polices à la suite de son évasion de Nouvelle-Calédonie.

La rencontre des déportés en Nouvelle Calédonie

Azziz El Haddad est une des deux figures de proue du groupe de déportés en Nouvelle-Calédonie. Il a rencontré ses compagnons d’infortune dont Louise Michel, et Eugène Mourot, tous deux anticolonialistes, ce qui était rare à l’époque… même chez les communards. Dans ses mémoires, Louise Michel écrit :

« Un matin, dans les premiers temps de la déportation, nous vîmes arriver dans leurs grands burnous blancs, des Arabes déportés pour s’être, eux aussi, soulevés contre l’oppression. Ces orientaux, emprisonnés loin de leurs tentes et de leurs troupeaux étaient simples et bons et d’une grande justice ».

1871 Maison Carrée, Alger - Départ des forçats pour la nouvelle Calédonie

1871 Départ des forçats d Alger pour la nouvelle Calédonie – Photo J. Geiser

Puis, l’amnistie générale est déclarée en juillet 1880 pour « tous les condamnés pour faits relatifs aux insurrections de 1871 et à tous les condamnés pour crimes ou délits relatifs à des faits politiques ». Tous sauf les algériens qui, au contraire des parisiens, sont maintenus en résidence en Nouvelle-Calédonie. Azziz El Haddad, lui, décide alors de s’enfuir via l’Australie.

De son côté, Eugène Mourot, devenu conseiller municipal de Nouméa et vice-président de l’Union démocratique de propagande anticléricale, préférera ne rentrer en France qu’en 1884.

C’est ainsi que, fidèle aux amitiés nouées en captivité, à son retour en France, Eugène Mourot offre l’hospitalité à Azziz El Haddad. Celui-ci mourra en 1895, le jour-même où quelques rares survivants de la « Commune kabyle » enfin graciés, embarquaient à Nouméa pour rentrer au pays.

Une collecte effectuée parmi les anciens communards déportés a permis le rapatriement du corps du défunt en Algérie.

À l’origine,  les décisions coloniales

En Algérie, plusieurs mouvements de révolte préludent à la grande insurrection. La politique française tend à morceler les tribus et à diminuer l’influence des grandes familles. Avant tout autre, les notables se sentent menacés par la promesse de mesures telles que la libération des khammès (métayers qui recevaient le cinquième de la récolte contre leur force de travail), la confiscation de leurs terres ou des impôts considérables.

Peu à peu la révolte nobiliaire enfle précédant de peu la révolte populaire, celle des djouad ou noblesse d’épée qui possède souvent des terres [1].

Outre celles déjà citées, plusieurs causes à cette révolte dont une famine et un appauvrissement des foyers kabyles à la suite d’un hiver rigoureux en 1868-69. Et surtout, c’est la fin des « bureaux arabes », ces structures administratives mises en place par la France après la conquête de l’Algérie en 1830. Ceux-ci sont remplacés par un régime civil qui allait coûter cher aux populations locales, par une domination accrue des colons, et une aggravation de la spoliation de leurs terres.

1871, la mobilisation forcée des spahis contre la Prusse

Cette insurrection de 1871 va prendre son essor dans l’Est du pays, particulièrement dans les régions berbérophones de Kabylie. Cette révolte provient d’abord de l’échec de la politique française depuis 1830 notamment sous le Second Empire.

Le premier mouvement éclate le 20 janvier 1871, il est sans doute le plus significatif.

Il met en cause une institution, celle des spahis (régiment de cavalerie algérien), qu’on veut faire venir en France pour faire la guerre contre la Prusse, alors qu’il était entendu que ceux-ci ne devaient pas quitter leur pays.

La révolte de Soukaras - 24 février 1871

Révolte des spahis à Soukaras in Le Petit Moniteur universel – 24 février 1871

En février, d’autres révoltes apparaissent, et l’autorité française semble incapable de maintenir l’ordre, ce qui encourage un homme, comme le bachaga Mokrani, à déclencher la grande révolte.

Le 15 mars, la révolte est menée depuis le massif montagneux des Bibans en Kabylie par le cheikh El Mokrani et son frère BouMezrag, tous deux rejoints par le cheikh El Haddad. Elle soulève environ 250 tribus, soit un tiers de la population de l’Algérie. El Mokrani se retrouve à la tête de 120 000 combattants (200 000 selon les chiffres de l’Armée française).

La répression est terrible. Après en avoir fini avec les communards, des troupes françaises arrivent en renfort fin mai 1871. Le 30 juin, le fils Aziz al-Haddad se rend et le 13 juillet le cheikh al-Haddad est capturé. L’insurrection ne prend définitivement fin qu’après la capture de BouMezrag, le 20 janvier 1872.

Outre une contribution de guerre de 36,5 millions de francs-or imposée aux tribus insurgées, 446 000 hectares de terres sont séquestrés. Les kabyles sont rejetés vers les montagnes, les principaux chefs sont déportés en Guyane française ou en Nouvelle-Calédonie.

Les défenseurs de Paris - Spahis au Cours-la-Reine en février 1871

Spahis à Paris in Le Monde illustré – 18 février 1871

Il faudra attendre 1928 pour que le régime de l’indigénat français soit modifié. Ce régime, appliqué dans les territoires du second empire colonial, finira par être aboli en 1946. Un aboutissement après une demande du mouvement des Jeunes-Algériens de la suppression de ce code d’exception en 1908 et 1912, suivie d’une autre de la Ligue des droits de l’homme lors de son 20ème Congrès, en 1924.

[1] Avec les lignages maraboutiques, cette classe sociale constitue l’une des deux castes aristocratiques de la société algérienne traditionnelle

 

Prochain article : L’arrivée des kabyles en France, de la guerre 1914-1918 aux années 1950

 

Pour les membres de l’AHAV, un article long est disponible dans l’espace adhérent : Les Kabyles du XXe
(Merci de vous identifier dans Mon espace adhérent / Connexion avant de cliquer sur le lien pour y accéder)