La Cour des Lyanes baisse le rideau

L’ancien village de Charonne vient de perdre peut-être la dernière de ses cours artisanales.

La Cour des Lyanes

Naguère encore, au 151 rue de Bagnolet, en face du parc Debrousse, on pouvait découvrir un témoin évocateur du passé industrieux de notre arrondissement. Derrière un portail de métal, de plus en plus rarement ouvert, il est vrai, au fur et à mesure que le temps passait, subsistait un site à la fois étonnant et étroitement inscrit dans le passé industriel ou semi-industriel du quartier, et même dans son histoire politique et sociale. Quand le portail était ouvert, la cour retenait l’œil du passant qui pouvait y accéder pour s’imprégner du charme du lieu…

Cour des Lyanes - rue de Bagnolet

Entrée, 151 rue de Bagnolet (état actuel). CDD.

Blottie derrière l’immeuble de briques rouge bordant la rue de Bagnolet, il y avait en effet une pittoresque cour pavée garnie d’un fouillis d’arbustes qui, au printemps, explosaient de fleurs. Pas de bâtiments industriels imposants, pas d’enseigne… juste une cour artisanale pavée et quelques appentis et hangars ne payant pas de mine, investis ces dernières années par des start-ups et des artistes…

Un grand comédien

En 2012, L’Ami du 20e évoquait les menaces qui pesaient sur cette cour artisanale, à l’occasion du décès du comédien Jean Topart (1922-2012), à Port-Marly (Yvelines). Ses héritiers cherchaient un acheteur pour ce lieu (qui s’ouvre aussi au 6 bis rue des Lyanes) qu’il tenait de son père.

Jean Topart propriétaire dans le 20e

Jean Topart. Wikipedia

On se souvient de Jean Topart et de sa voix si particulière pour l’avoir souvent vu jouer, dans les années 1950-1960, sur scène, avec le TNP. A la télévision aussi, il avait incarné le fameux Cyrano de Bergerac, de Claude Barma à Noël 1960, Sir Williams dans le feuilleton Rocambole de Jean-Pierre Decourt (1964-1965) et Emile Zola dans Emile Zola ou la Conscience humaine, de Stellio Lorenzi (1978). Sans parler de son abondante filmographie…

Mais qui savait qu’il était aussi propriétaire dans l’arrondissement[1] ? On s’étonna… puis on oublia…

Une nouvelle opération immobilière

Eh bien ! voilà !! la cour cachée avec ses pavés mal dégrossis et ses arbustes un peu fous, c’est fini…

Cour des Lyanes

Cour des Lyanes (avant travaux). JPD

En passant par-là maintenant, on lit un grand panneau de publicité immobilière annonçant, sous une accroche suggestive, « L’Insolite. Une nouvelle nature de ville », la prochaine mise en vente d’une « maison de 5 pièces avec cour privative », sans doute échappée à la démolition et restaurée dans un style « atypique », et d’une cinquantaine d’appartements neufs du 2 au 5 pièces… Un point fort est mis en avant par l’opérateur : « Serre et potager en rooftop » !

Le chantier bien sûr est interdit d’accès et le bref coup d’œil qu’on peut y jeter… est désolant.

Cour des Lyanes - rue des Lyanes

Panneau d’informations, rue des Lyanes. CDD

Notre quartier perd là une des dernières traces de son bâti à la fois rural et artisanal qui faisait le charme de l’ancien village de Charonne et qui mériterait des mesures conservatoires vigilantes au même titre que les architectures plus bourgeoises.

A cet égard, on ne peut que se féliciter de la belle réhabilitation de l’immeuble Art Déco de l’ancienne usine Goepfer, qui fabriquait des boutons de manchette au 5 rue Ramus, reconvertie aujourd’hui en appartements.

La Cour des Lyanes dans l’histoire

En plongeant le nez dans les archives, on constate que la Cour des Lyanes réunissait depuis le xixe siècle des artisans serruriers et ferronniers. Dans les années 1880, on y trouvait les ateliers des frères Topart, Pierre Hippolyte (1825-1879) et Edmond Louis (1830-ap. 1886). Fondée en 1853, donc avant le rattachement de Charonne à Paris, cette entreprise spécialisée dans l’imitation des perles fines, corail et pierres précieuses, employait d’abord une vingtaine, puis jusqu’à 800 à 1 000 ouvriers en 1886. Pour eux, en 1878, les frères Topart créèrent une caisse de retraite et furent récompensés par la Légion d’honneur.

Pierre Hippolyte Topart (1825-1879) a joué aussi un rôle politique dans l’arrondissement. Il fut conseiller municipal de Paris représentant le quartier de Charonne de 1871 à 1874, sous l’étiquette « Républicain conservateur », puis brièvement maire du 20e arrondissement (nommé en février 1879, peu de temps avant sa mort).

Cour des Lyanes - rue des Lyanes - Plaque

Plaque rue des Lyanes. Wikipedia

La rue… des Lyanes ?

 

La rue des Lyanes est ouverte vers la fin du XIXe siècle sous le nom de « rue Neuve » avant de prendre celui de « rue des Lyannes » (avec 2 n), puis de « rue des Lyanes » (avec 1 seul n). Elle est classée dans la voirie parisienne par un arrêté du 12 mars 1968.

L’origine de ce nom, un brin exotique, est inconnue.

Pour en savoir plus :

http://paris-bise-art.blogspot.com/2015/11/passage-industrieux-rue-de-bagnolet.html

http://sauv-derniere.over-blog.org/article-l-avenir-de-la-cour-des-lyanes-110976741.html

http://lafabriquedeparis.blogspot.com/2021/01/goepfer-un-siecle-de-boutons-lombre-du.html

________________________

[1] Jean Topart et sa sœur, la comédienne Lise Topart, tragiquement disparue en 1952 dans un accident d’avion à Nice, reposent tous deux au cimetière du Père-Lachaise, à Paris (division 57).

La une de l’AMI, été 2021

Dans ce numéro de l’AMI nous propose pour les vacances son grand jeu gratuit de l’été. Cette année : partir à la recherche des escaliers de notre arrondissement.

En plus des informations locales habituelles, chaque mois un nouvel article est consacré au “matrimoine” du Père Lachaise. Il s’agit d’une personnalité qui fait partie de ces femmes célèbres oubliées de l’Histoire. Ce mois-ci : Gerda Taro, militante anti-fasciste et photojournaliste de guerre.

"matrimoine” du Père Lachaise

Parmi les autres articles qui nous intéressent plus particulièrement ce mois-ci, la bande des « demi-siphons » vers 1902, et le « massacre des otages » rue Haxo le 26 mai 1871.

Enfin en page Histoire, « 1955, la rue du groupe Manouchian », l’histoire de ces résistants et leur mémoire prolongée après guerre, jusqu’à aujourd’hui.

Voici le lien du site de l’AMI du 20e, vendu dans la plupart des kiosques de nos quartiers : vous pouvez aussi directement vous le procurer ou vous abonner… Cliquez ici

L’architecte Henri Sauvage à l’honneur

 

Les grands magasins de la Samaritaine viennent de faire beaucoup parler d’eux dans les gazettes. Après 16 années de fermeture et une « rénovation haute couture », ils viennent de rouvrir leurs portes au public.

Un empire commercial au cœur de Paris

 

L’ensemble immobilier, fondé dans les années 1891-1932 par le couple de commerçants Ernest et Marie-Thérèse Cognacq-Jaÿ, par ailleurs philanthropes et collectionneurs d’art, était une suite de « grands magasins » où, selon une publicité très connue, « on trouvait tout ».

Il appartient aujourd’hui au groupe de luxe français LVMH, qui a réduit la taille du grand magasin emblématique par quatre pour laisser place à un palace de 72 chambres (en front de Seine), à des bureaux, une crèche et 96 logements sociaux. Une spectaculaire restauration qui remet aussi en valeur son escalier monumental, ses laves émaillées – c’est l’édifice qui en comporte le plus en France – et sa magnifique fresque des paons naguère repeinte en blanc. La nouveauté est, sur la rue de Rivoli, dans sa façade en verre ondulé de 25 m de haut, signée des architectes de l’agence Saana, Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, lauréats du prix Pritzker 2010.

Nouvelle façade, prix Pritzker 2010

La Samaritaine d’aujourd’hui avec sa façade en verre

Si la plupart des bâtiments sont l’œuvre de l’architecte belge Frantz Jourdain (1847-1935), un des promoteurs de l’Art nouveau et de l’architecture du fer en France, entre 1891 et 1910, puis en 1930-1932, celui-ci s’est adjoint, en 1926-1928, la collaboration de l’architecte français Henri Sauvage (1873-1932), pour agrandir le bâtiment principal vers la Seine dans un magnifique style Art Déco.

Les « Sauvage » du 20e arrondissement

 

Le 20e arrondissement a aussi le privilège de posséder dans son patrimoine architectural deux édifices remarquables dus à Henri Sauvage, qui fut aussi, il faut le rappeler, l’architecte de la Villa Majorelle à Nancy (1902), de l’immeuble à gradins de la rue Vavin (6e arrondissement) (1912-1913) et de l’immeuble des Amiraux et de sa piscine (18e arrondissement) (1913-1930), entre bien d’autres.

Un de ces édifices est un ensemble d’habitations à Bon Marché (HBM), sis 1 rue de la Chine, construit par Henri Sauvage et Charles Sarazin en 1907-1908 pour la Société des logements hygiéniques, qu’ils avaient créée en 1903. Né au tout début du XXe siècle, le courant hygiéniste en architecture vise à lutter contre la tuberculose et l’insalubrité des logements. Les logements bon marché sont plus spacieux et doivent laisser entrer l’air et la lumière.

Une construction de l'architecte Sauvage dans le 20e

HBM de l’architecte Sauvage au 1 rue de la Chine

Sa façade en briques calco-fer produit une impression de grande austérité, tandis que les volumes des bow-windows surmontés de loggias animent un peu la façade. Cet immeuble de logements populaires s’inscrit alors dans les recherches de H. Sauvage pour produire un type de construction sociale alliant rentabilité et économie maximale. On peut le rapprocher des HBM construites en 1903-1904 par H. Sauvage rue de Trétaigne (18e arrondissement).

L’autre bâtiment est bien connu des habitants de l’arrondissement. C’est le cinéma MK2 Gambetta (ancien « Gambetta-Palace »), 6 rue Belgrand, construit par Henri Sauvage en 1920, à l’emplacement d’un ancien théâtre, dans un style très original conçu et dessiné par lui.

La devanture, à l’architecture très atypique, attire inévitablement le regard, avec sa rotondité et sa façade blanche et quasi aveugle qui évoquent immanquablement un écran de cinéma.

Le MK2 du 20e rénové

La façade du cInéma MK2 Gambetta

La façade est ornée d’un décor égyptisant ou japonisant en stuc, très stylisé, fait de masques de théâtre et de bas-reliefs à motifs végétaux peints à l’or. Les grands masques et marionnettes, disposés à l’origine sur la façade par le décorateur Hellé, ont malheureusement disparu dans les années 1950. A l’intérieur, la salle semi-circulaire était construite en béton et pouvait accueillir 1 500 personnes.

En 1928, la Société Gaumont fait l’acquisition du Gambetta-Palace. En 1970, le cinéma est divisé en trois salles, dénaturant le décor d’origine, et deux salles supplémentaires sont ajoutées en 1980. Depuis 1997, ce cinéma est la propriété du groupe MK2 et dispose de six salles. La devanture actuelle est classée aux monuments historiques depuis 2012.

 

Pour en savoir plus sur Henri Sauvage et son œuvre :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Sauvage

 

Rafle du vel d’hiv dans le 20e : commémoration

 

Le 16 juillet 1942 débute à Paris l’opération « Vent printanier », suivant le nom de code allemand. Le « Jeudi noir » comme l’appelle les Juifs victime ce premier jour de la rafle du Vel’ d’Hiv’ à Paris. Celle-ci aura touché tout particulièrement notre arrondissement, avec ceux avoisinants. Pour commémorer ce drame, quatre lieux de rendez-vous sont prévus ce vendredi 16 juillet 2021.

Pascal JOSEPH, chargé de la Mémoire du 20e et du Monde Combattant, nous en communique le détail.

Les quatre rassemblements du vendredi 16 juillet 2021

 

 

10h30 – rassemblement Cour de la Métairie

Accès par le 92 rue de Belleville, métro Pyrénées

Paroles de témoins, fleurissement et hommage, temps de recueillement.

Regroupement des juifs du 20e avant déportation

Plaque cour de la Métairie 92 rue de Belleville, PG

11h – rassemblement devant la Bellevilloise

19-21 rue Boyer

Paroles de témoins, fleurissement et hommage, temps de recueillement.

11h30 – rassemblement devant l’ancien Commissariat du 20e

Mairie du 20e arrondissement, côté avenue Gambetta

Paroles de témoins, fleurissement et hommage, temps de recueillement.

12h15 – rassemblement square Edouard Vaillant

Au niveau de la plaque commémorative, puis du kiosque

Lecture des 133 noms des enfants, fleurissement et hommage, temps de recueillement.

Allocution d’Eric Pliez, maire du 20e arrondissement.

Rafraîchissements proposés par la mairie du 20earrondissement.

Lieu de rassemblement des juifs au moment de la rafle de 1942

À gauche, la plaque sur la rafle du vel d’hiv au 92 rue de Belleville, cour de la Métairie, PG

Les rafles dans le 20e arrondissement

 

Avant l’occupation, 330 000 Juifs vivent en France, les 2/3 dans Paris, et pour la plupart dans le centre et l’est parisien. Au total, 75 721 d’entre eux seront déportés et seulement 2 500 survivront.

Le 27 septembre 1940, une ordonnance allemande stipule que toute personne juive doit se faire inscrire sur un registre spécial. Dès la semaine suivante, le gouvernement de Vichy promulgue le premier Statut des Juifs. A Paris, ce sont les commissariats de quartier qui enregistrent les déclarations des Juifs.

Deux ans après l’instauration des registres spéciaux, les 16 et 17 juillet 1942, les rafles vont pouvoir être organisées avec méthode. L’organisation de la rafle à Paris se fait à l’appui des 25 334 fiches ainsi constituées.

4 378 d’entre elles concernent notre arrondissement avec les rafles opérées par 255 équipes, composées de gardiens en tenue, d’inspecteurs des Renseignements généraux et/ou d’inspecteurs de police judiciaire. Les juifs ainsi arrêtés seront transférés au veld’hiv et certains à Drancy.

Les « justes » du 20e arrondissement

Dans ces moments dramatiques, souvenons-nous également de l’importance des « «justes » (1) et parmi celles-ci, les 37 personnes courageuses du 20e qui ont réussi à sauver des juifs au péril de leur vie. Cliquez sur l’image.

La rafle et les Justes

Les 37 « justes » parmi les nations dans le 20e, extrait du site « les justes parmi les nations de Paris »

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(1) « Justes parmi les nations » : les personnes reconnues officiellement pour avoir sauvé des Juifs pendant la guerre.

 

 

Belleville et le vin guin-gai

Paris Vingtième, le journal municipal du 20e arrondissement, vient de sortir son numéro 2.

 

Journal municipal 20 arrondissement Paris - Belleville, le vin est guin-gai

Retrouvez cette publication en cliquant sur cette bannière.

En quatrième de couverture de ce nouveau numéro, Christiane Demeulenaere-Douyère, Vice-présidente de l’AHAV, nous présente le village de Belleville au temps de ses guinguettes, l’origine de cette dénomination et les raisons de son déclin. Voici la retranscription de cet article.

À Belleville, le vin est guin-gai !

Au 19e siècle, à Belleville un commerce sur deux est un marchand de vin. Non, les Bellevillois ne sont pas des Pochards notoires. Mais 70% de la population sont des ouvriers habitués à des travaux de force, durs et fatigants, qui boivent facilement plusieurs litres de vin par jour ! Avant 1860, les guinguettes sont déjà nombreuses sur nos côteaux. La « petite banlieue » n’est pas incluse dans l’enceinte financière de Paris et les taxes d’octroi qui pèsent notamment sur les boissons entrantes, y sont moins élevées.

Mieux encore, l’Est parisien a une production viticole assez importante, un petit vin blanc aigrelet, que nos palais seraient tentés d’appeler une piquette, le « vin guinguet », celui-là même qui a donné son nom aux guinguettes… C’est dans cette zone encore rurale que les Parisiens viennent se délasser, surtout l’été : en famille le dimanche, le lundi pour les ouvriers fêtant la Saint-Lundi et le jeudi pour les étudiants.

On s’y promène dans les jardins champêtres ou dans les bois des Lilas. On s’y fait même des émotions aux combats d’animaux ou sur les Montagnes russes de la rue Bisson et, le soir venu, on envahit les guinguettes. Dans ces petits bâtiments sans luxe, entourés d’un grand jardin planté, on peut boire le « vin guinguet », manger sur de longues tables rustiques une cuisine simple et revigorante et même danser.

Il suffit de pousser bancs et tables pour dégager la piste de danse et passer une belle soirée. Les guinguettes sont installées près des barrières de Paris, à la Courtille notamment. Journal municipal 20 arrondissement Paris - Belleville, le vin est guin-gai C’est le temps du célèbre Tambour Royal de Ramponneau. Puis elles gravissent la « chaussée de Ménilmontant » et la rue de Paris, actuelle rue de Belleville.

La plupart conservent leur charme simple de cabaret populaire, d’autres s’embourgeoisent comme le Lac Saint-Fargeau, situé tout en haut de la rue de Belleville, dont le propriétaire donne à son établissement une architecture un brin prétentieuse et, comble de luxe, fait creuser dans son parc un « lac » où ses clients peuvent pêcher et canoter.

Belleville a d’ailleurs installé sa mairie dans une ancienne guinguette, L’Ile d’Amour, du nom de son propriétaire M. Damour. En conservant sa décoration pittoresque… pour le moins curieuse dans un bâtiment officiel !

Le développement du chemin de fer a entrainé le déclin des guinguettes de Belleville, qui ont dû céder la place à celles de Nogent, de Joinville-le-Pont, de Robinson ou des bords de Seine…


Dans ce même numéro, un article sur le lycée Lucie Faure et sa plaque mémorielle des enfants déportés. Celle-ci a donné aux professeurs l’occasion de créer un atelier pluridisciplinaire pour leur classe de 3e C. Il s’agit pour les ados d’aller retrouver l’histoire vécue de l’un des noms inscrits : Chana Finkielsztajn, jeune fille déportée.

La une de l’AMI, juin 2021

 

Dans ce numéro de mai, l’AMI propose un article sur le prochain déménagement de la DGSE -autrement appelée « la Piscine »- de son siège actuel boulevard Mortier.

En plus des informations locales habituelles, chaque mois un nouvel article est consacré au “matrimoine” du Père Lachaise. Il s’agit d’une personnalité qui fait partie de ces femmes célèbres oubliées de l’Histoire.

Ce mois-ci : Sarah Bernhardt, avec par ailleurs un témoignage sur les arbres abattus dans le square qui porte son nom, près du lycée Hélène Boucher .

Parmi les autres articles qui nous intéressent plus particulièrement ce mois-ci, le projet d’aménagement de la maison de la petite ceinture (datant du 19e siècle), la fin des travaux du mur des fédérés, Belleville et ses gangs d’apache, l’ancien bâtiment des établissements Goepfer reconverti, et le festival « Du haut des cîmes de Ménilmontant » dans lequel nous intervenons en partie.

Enfin en page Histoire, le portrait du premier maire du 20e, Léon Morel-Fatio, peintre de la Marine. Par Christiane Demulenaere-Douyère, vice-présidente de l’AHAV.

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Le 20e et la semaine sanglante

 

Dans le cadre des Invitations aux Arts et aux Savoirs (IAS), le Pavillon Carré de Baudouin vient de mettre en ligne la conférence du 22 mai, intitulée : « LA SEMAINE SANGLANTE – LIRE LA VILLE »

Les trois intervenants ce jour-là -Denis Goguet, Maxime Braquet et Olivier Loudin- nous en offrent bien davantage que le titre de la conférence ne nous le laisse entrevoir. Tous trois historiens de référence de notre passé local, ils nous font visiter « l’empreinte du 20e à travers la Commune », comme nous le souligne habilement Maxime Braquet.

Conférence Semaine sanglante

Denis Goguet et Maxime Braquet au PCB le 22 mai 2021

Ils nous emmènent dans nos quartiers anciens et nous font partager le parcours de plusieurs personnalités, que celles-ci soient connues ou à découvrir. L’occasion enfin de nous retrouver dans le Ménilmontant des années 1870, avec les plans et photos de l’époque.

À voir en cliquant sur le l’image ci-dessous :

Conférence - Pavillon Carré de Baudouin - La semaine sanglante

 

 

 

 

Loudin, guide du Père Lachaise

Olivier Loudin lisant pour la conférence devant la tombe d’Auguste Blanqui

La une de l’AMI, mai 2021

Dans ce numéro de mai, l’AMI propose un article sur le souvenir du 20e industriel, l’ensemble Continsouza, anciennement situé vers le 401 rue des Pyrénées.

En plus des informations locales habituelles, chaque mois un nouvel article est consacré au “matrimoine” du Père Lachaise. Il s’agit d’une personnalité qui fait partie de ces femmes célèbres oubliées de l’Histoire.

Ce mois-ci : Sophie Germain, la boss » des maths. C’est une toute jeune autodidacte juste après la Révolution, une génie scientifique au parcours incroyable.

Enfin en page Histoire, le protrait du père François d’Aix de la Chaise -dit le père Lachaise- et l’origine de ses terres devenues cimetière. Par Philippe Dubuc de l’AHAV.

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Napoléon et le Père-Lachaise

 

2021, c’est aussi l’année où l’on commémore en France le 200e anniversaire de la mort de Napoléon Ier, le 5 mai 1821, sur l’île de Sainte-Hélène. Mais pourquoi parler de Napoléon Ier à propos du 20e arrondissement ?… Eh bien, parce que sans lui, nous n’aurions sans doute pas le cimetière du Père-Lachaise, ses 75 000 sépultures et ses 3 millions de visiteurs par an qui en font le cimetière le plus visité du monde…

 

L’empreinte de Napoléon sur Paris

Paris porte l’empreinte profonde de Napoléon Ier qui rêvait d’en faire « la nouvelle Rome ». Mais les monuments majestueux qu’on peut encore admirer : la Colonne Vendôme, faite du bronze de centaines des canons autrichiens et russes sur le modèle de la colonne Trajane, La Madeleine, temple à la gloire des armées, l’Arc de Triomphe de l’Etoile qu’il ne verra jamais achevé, etc. – autant de clins d’œil à l’Italie – sont plutôt implantés dans l’Ouest parisien.

Napoléon a fait aussi œuvre d’urbaniste. Paris, dont la monarchie s’était peu occupée à la fin de l’Ancien Régime et qui a perdu près de 150 000 habitants après 1789, regagne à partir de 1805 des habitants, atteignant la densité de plus de 40 000 personnes au km2. Une population plus nombreuse pose des problèmes cruciaux comme celui de l’approvisionnement en eau, auquel il répond par le chantier pharaonique du percement d’un canal de 108 km depuis Mareuil-sur-Ourcq (Oise). Les canaux Saint-Denis et Saint-Martin permettent de mettre en œuvre dans la capitale un programme ambitieux de fontaines publiques.

Une autre facette de l’œuvre d’assainissement public de Napoléon a directement influé sur l’organisation et le paysage d’un petit village rural de l’Est parisien, Charonne (600 habitants en 1800).

Vue du Père-Lachaise à sa création

Vue du Père-Lachaise depuis l’entrée, par Courvoisier

Et c’est ainsi que le Père Lachaise a été créé

Dans la suite des réflexions hygiénistes de la fin du XVIIIe siècle et de la fermeture du cimetière des Innocents le 1er décembre 1780, Napoléon prend la décision d’exclure les cimetières de Paris. Un premier décret du consul Bonaparte prescrit que « chaque citoyen a le droit d’être enterré quelle que soit sa race ou sa religion ». Puis, le 12 juin 1804, un décret impérial sur les sépultures fixe définitivement les règles à appliquer pour l’emplacement et l’organisation des cimetières.

Nicolas Frochot et Alexandre Brongniart en charge de la mise en place

Chargé de mettre en œuvre ces décisions, le préfet de la Seine Nicolas Frochot (1761-1828) décide d’affecter à la création du « cimetière de l’Est », le premier envisagé, les 17 hectares de l’ancien domaine de Mont-Louis. Il s’agit de la maison de repos et de convalescence des Jésuites de Paris jusqu’à leur expulsion, en 1762, et la demeure entre autres du Père François de la Chaize d’Aix (1624-1709), confesseur du roi Louis XIV.

Alexandre Brongniart architecte créateur du Père Lachaise

Alexandre Théodore Brongniart par Béranger

En 1804, c’est Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813), par ailleurs auteur de la Bourse de Paris, qui est chargé de la conception du nouveau cimetière. Cet architecte reconnu, inspecteur général en chef de la deuxième section des travaux publics du département de la Seine et de la Ville de Paris, dessine les grands axes du cimetière sous la forme, pour la première fois, d’un immense jardin à l’anglaise, aux allées accidentées, bordées de diverses essences d’arbres et de plantes et de sépultures sculptées. Brongniart crée un parc tout en courbes, exploitant les dénivelés du terrain, ménageant les surprises et les vues sur la capitale. Il opte pour un style néoclassique très en vogue à l’époque, riche d’éléments gréco-romains et se caractérisant par une grande sobriété des formes pouvant s’accompagner de discrets décors sculptés.

Le nouveau « cimetière de l’Est » est ouvert aux inhumations le 21 mai 1804, et la première personne inhumée en « fosse temporaire individuelle » est une petite fille de cinq ans, Adélaïde Paillard de Villeneuve.

Les premières années difficiles

Mais l’engouement pour le nouveau cimetière n’est pas immédiat. Les Parisiens hésitent à faire ensevelir leurs défunts si loin de Paris. Il faudra se livrer à une véritable campagne de promotion pour redorer l’image du cimetière : en 1825, les pouvoirs publics organisent le transfert des dépouilles d’Héloïse et d’Abélard, ainsi que de Molière et La Fontaine.

Dans les années suivantes, cette politique sera poursuivie par la Restauration avec la création de plusieurs nouveaux cimetières hors des limites de la capitale : à l’ouest, le cimetière de Passy (vers 1820), le cimetière du Montparnasse au sud (1824) et le cimetière de Montmartre au nord (1825).

 

Le cimetière du Père Lachaise en 1813

Plan du cimetière Mont-Louis en 1813 par Brongniart

 

Pour en savoir plus :

Le site Internet « Père-Lachaise 1804-1824. Naissance du cimetière moderne » (notamment, https://perelachaisehistoire.fr/que-reste-t-il-du-mont-louis/ et https://perelachaisehistoire.fr/la-premiere-inhumation/).

Nous avons plaisir de vous annoncer que la conférence « La Commune de Paris… vue du 20e arrondissement » , prononcée par Christiane Demeulenaere-Douyère, vice-présidente de l’AHAV, pour la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile de France le 6 avril dernier, a été enregistrée et est accessible sur YouTube :

En voici le résumé:
L’histoire locale nous rend plus familière et aisée l’approche de la Grande Histoire. On a dit que la Commune avait gouverné « au raz des pavés ». Ici, ce sera une lecture « au raz des pavés » que nous proposerons de cet événement, à la fois si bref (72 jours) mais dont le retentissement fut immédiatement mondial.
Nous nous posterons sur les collines de Belleville, des Buttes-Chaumont et de Ménilmontant. Nous suivrons le petit peuple de l’Est Parisien qui retrouve dans les clubs politiques et sur les barricades son enthousiasme pour les idées sociales de la fin de l’Empire.
Enrôlé en masse dans la Garde nationale, indiscipliné et valeureux, il est de tous les combats. « Belleville est bruyant, expansif, débraillé », écrit le journal La Liberté du 8 mai 1871. Bientôt ce sera la Semaine sanglante (21-28 mai 1871) qui s’achève dans le sang et les larmes au Père-Lachaise, puis devant le Mur des Fédérés, sur les pontons de la déportation ou dans l’exil de la proscription.