Malvina Poulain, une communarde au Père-Lachaise
Malvina Poulain est l’une des rares communardes enterrées au Père-Lachaise, la seule connue jusqu’à présent. Sa tombe a été découverte par l’association des Amies et Amis de la Commune et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) du 19e arrondissement. Camille Paix, qui est venue nous présenter le Père Lachaise au féminin en mars 2025, lui a consacré une note biographique dans son livre Mère Lachaise.
Le 22 mai 2026, un hommage a été rendu à cette femme presque inconnue et, à travers elle, aux milliers de femmes obscures qui se sont engagées dans la Commune de Paris.

Photographie de Jean-Marc Domart
Sylvie Pepino (des Amies et Amis de la Commune), Fabrice Virgili (Directeur de recherche émérite, CNRS) et Serge Sebban (LDH) ont lancé des recherches pour faire en sorte que sa tombe, dans la 41e division, dispose d’une plaque explicative.
Leurs interventions ont été ponctuées par des chants de la chorale de l’Atlas et des poèmes dits par le comédien Franck Guilbert. Une gerbe de fleurs a été déposée sur la tombe.
Voici la présentation de Sylvie Pepino, responsable de la commission Patrimoine aux Amies et Amis de la Commune :
Malvina Poulain repose au Père Lachaise. Sur sa tombe aucune plaque ne fait mention de qui elle était (sauf son nom et dates). Des communardes comme Louise Michel, Nathalie Le Mel, Elisabeth Dmitrieff, André Léo, Victorine Louvet épouse Eudes ont fait l’objet d’études, voire de biographies, mais concernant Malvina on ne sait presque rien. Louise Michel la cite dans ses mémoires sans donner de précisions. Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871, qui ont voulu faire une place particulière aux communardes sur leur site et dans le Petit dictionnaire des Femmes de la Commune, les oubliées de l’histoire, ont cherché à en savoir plus, ainsi que l’autrice Camille Paix qui, dans son ouvrage, Mère Lachaise, lui a consacré une note biographique.
En tant que responsable de la commission Patrimoine aux Amies et Amis de la Commune, avec Fabrice Virgili (Directeur de recherche émérite CNRS) et Serge Sebban (pour la LDH), nous avons eu l’idée de lancer des recherches et des appels à témoins pour compléter nos connaissances sur la personnalité de Malvina et faire en sorte que sa tombe dispose d’une plaque explicative. Il s’agit de rendre un hommage à une femme presque inconnue, comme l’étaient les milliers de femmes engagées dans la Commune de Paris, et plus particulièrement à celles de la « barricade des Femmes » de la place Blanche qu’elles ont vaillamment défendue entre le 21 et le 27 mai.
Malvina Poulain est née le 3 juin 1851 à Pré-en-Pail en Mayenne. Nous ne disposons pas de trace d’elle avant son affectation à Paris, comme aide enseignante – appelée sous-maîtresse – avec Louise Michel à l’école du 18e arrondissement, 24 rue Oudot.
Le 18 mars 1871, Malvina n’a pas encore vingt ans lorsque l’insurrection parisienne éclate. À l’installation de la Commune de Paris, elle participe comme ambulancière auprès de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés au côté de Victorine Brocher, Marie Chiffon, Béatrix Excoffon, Anna Jaclard, Alix Payen et Sophie Poirier. Une plaque mémorielle installée dans le hall de la mairie du 10e rappelle que cette organisation fut créée le 11 avril 1871 pendant la Commune de Paris.

La barricade de la place Blanche défendue par des femmes – Lithographie, musée Carnavalet, Paris
« Pétroleuse » est un terme qualifiant une femme accusée, sans preuve, d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies lors de l’écrasement de la Commune de Paris. Les femmes qui avaient pris part aux combats armés furent affublées de ce terme, particulièrement après l’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris (24 mai 1871), faisant d’elles les boucs émissaires des destructions, qui pour la plupart, avaient été réalisées par les troupes versaillaises, lors de la semaine sanglante. Pour rappel, aucune femme ne fut condamnée à la prison ou à la déportation avec le motif d’avoir provoqué ou allumé des incendies.
Après son emprisonnement dans le camp de Satory, nous perdons la trace de Malvina. Nous la retrouvons en 1873 à Paris lors de son mariage en la Mairie du 8e arrondissement avec Augustin Beaudelot, garçon de magasin, présent dans le caveau. Le certificat de mariage précise qu’elle exerçait à ce moment le métier de cuisinière. De cette union naquirent quatre enfants :
- Camille, Julia le 13 décembre 1873
- Achille le 19 avril 1875,
- Camille, Louis le 18 décembre 1876
- Paul, Eugène le 4 février 1878.
Son époux, Augustin, décède le 13 avril 1886. Malvina se remarie le 20 mars 1887 avec Ferdinand Victor Héloin. L’année suivante, une fille, Gabrielle, voit le jour. Le couple divorce le 14 janvier 1890.
Qu’est devenue Malvina après la Commune ? Elle avait probablement rétabli des contacts avec Louise Michel à son retour du bagne de Nouvelle Calédonie. Louise en fait état dans ses mémoires. Durant son internement, Louise avait adressé un courrier à son notaire sollicitant des nouvelles de Malvina. Sa lettre atteste du lien d’amitié entre les deux femmes. Pour la suite, Malvina Poulain a traversé la 1ère guerre mondiale sans déplorer de pertes de ses enfants. Ses trois garçons, tous mobilisés, sont revenus vivants. Sa fille Camille eut une fille, Jeanne, qui à ton tour se maria le 7 novembre 1926 à Saint-Maur-des-Fossés (94) avec Louis Clavière, puis en secondes noces le 28 septembre 1937 avec Pierre Charles Gaucher. Mais l’arbre aujourd’hui s’arrête pour nous, il nous faudra chercher des descendants car il existe des ayants droits liés à la concession du Père Lachaise.
Malvina décède le 17 janvier 1921 à son domicile du 26 rue Véron dans le 18e arrondissement à l’âge de 70 ans. Elle est inhumée dans le caveau familial auprès de son premier mari.
La tombe de Malvina Poulain est située dans la 41e division, 11e ligne face à la 95e division, 8e ligne de la 42e division.

Photographie Gérard Muller
Malvina Poulain, une communarde au Père-Lachaise


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