1918 et après ? Commémorer les morts dans le 20ème arrondissement
par Frédéric Jiméno
Docteur en histoire de l’art
Secrétariat général du Comité d’histoire de la Ville de Paris

Monument de la Grande Guerre de la Ville de Paris. © DICOM / Mairie de Paris.
À la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918), la France compte 39 millions d’habitants, elle vient de perdre 1 397 000 soldats pendant le conflit, il faut ajouter à cela 300 000 civils. Ce conflit a aussi laissé à la France quelques 600 000 veuves, 1 100 000 orphelins, 1 300 000 mères ou pères ayant perdu au moins un enfant.
L’énormité de ces chiffres explique l’importance des commémorations qui se mettent en place immédiatement après la guerre et qui devaient permettre aux pays de faire le deuil de ses enfants. En effet, ce sont essentiellement des jeunes qui sont morts, alors que les parents vivaient souvent éloignés du front. La mort au combat est bien souvent une mort loin des siens.
On constate ainsi une volonté forte de la communauté d’ériger des monuments en hommage à ceux qui sont morts pour elle. Les monuments aux morts revêtent deux fonctions principales : ils sont à la fois la tombe symbolique de ceux qui ont défendu la Nation et ils désignent un lieu de commémoration. La « journée nationale pour la commémoration de la Victoire et de la paix » a lieu le 11 novembre depuis la loi du 24 octobre 1922.
Dans le 20e arrondissement de Paris, une dizaine de monuments ont déjà été recensés. Cet article propose un premier bilan de l’inventaire que la Mairie de Paris prépare actuellement.
Un premier monument pour notre mairie
Le monument aux morts de la Mairie du 20e arrondissement est situé dans le hall d’entrée du bâtiment. Il fut inauguré le 14 février 1932 en présence d’Auguste Champetier de Ribes, ministre des Pensions et du général Henri Gouraud, gouverneur militaire de Paris. Le monument célébrait la mémoire des 6 052 enfants du 20e arrondissement morts pendant le conflit.

Monument aux morts de la Mairie du 20e arrondissement en 1950. © COARC / Mairie de Paris
La partie centrale du monument qui a été conservée, est constituée d’une grande plaque en marbre fortement saillante, avec une bordure de marbre gris. Elle était alors encadrée par deux colonnes en plâtre simili pierre couronnées de chapiteaux en verre dépoli. Le soubassement formant une jardinière était dans le même matériau.
De part et d’autre du monument, 2 grandes plaques en marbre recensaient les noms de tous les soldats défunts. Les monuments nominatifs sont très rares dans les mairies d’arrondissement, seules celles du 6e et du 7e en possèdent.
L’érection du moment a été à la charge d’un comité composé d’anciens combattants, processus très habituel pour les mairies d’arrondissement. Une souscription a sans doute été organisée à cette occasion, complétée par un concours afin de sélectionner le sculpteur et l’architecte, dessinant le projet.
Après la Seconde Guerre mondiale, le monument a été transformé, processus que l’on retrouve aussi pour celui de l’église Notre-Dame-des Otages où deux grandes stèles de marbre blanc honorent la mémoire des paroissiens morts durant les deux conflits.
Des monuments dans les églises : l’exemple de Notre-Dame de la Croix
L’histoire des monuments situés dans les églises peut être assez bien retracée aujourd’hui. Dès le début de la guerre, le cardinal-archevêque de Paris, Léon-Adolphe Amette, demanda à ce que des listes de victimes soient préparées dans chaque paroisse, exprimant le désir qu’à la fin des hostilités, des plaques de marbre rassemblant les noms de tous les paroissiens morts pour la France soient apposées dans chaque église. À titre d’exemple, l’église de l’Immaculée Conception (12e) publia une première liste de noms des paroissiens morts pour la France dans le bulletin paroissial de janvier 1916.
Dans le 20e arrondissement, l’église Notre-Dame de la Croix possède un monument aux morts situé dans la première chapelle du bas-côté droit. Il est composé d’une simple sculpture représentant une Pietà, c’est-à-dire, la Vierge Marie éplorée tenant le Christ dans ses bras, un ange est représenté priant à sa droite. Sur le piédestal de la sculpture ont été apposées 3 plaques de marbre blanc recensant les 244 morts de la paroisse. L’épitaphe précise : « À ses enfants morts pour la France ». La représentation de la Vierge pleurant son fils mort renvoie naturellement à l’image de la mère, de la veuve, pleurant qui son fils, qui son époux.

Monument aux morts de l’église Notre-Dame de la Croix. © DHMMA / Mairie de Paris
Il faut signaler dans la crypte de Notre-Dame-de-la-Croix, 2 ex-voto en mémoire à des prêtres de la paroisse. Le premier en hommage à l’abbé Maurice Foucher, mort au champ d’honneur le 20 août 1916, le second à l’abbé Robert Détry, décédé le 20 août 1918. Ce n’est pas un cas unique, et l’école située au 166 de la rue Pelleport, possède (?) un ex-voto à la mémoire de 2 instituteurs décédés durant le conflit.
Des problèmes de financement
Le financement de ces monuments fut assez complexe. En général, ils étaient financés par souscription, mais dans certains quartiers, les sommes réunies furent très insuffisantes. À Saint-Germain l’Auxerrois (1er), le monument inauguré en 1919 fut payé en grande partie par le clergé lui-même ! Pour Notre-Dame-de-la-Croix, l’utilisation d’une sculpture de fabrication industrielle illustre bien cette difficulté première. Dans d’autres paroisses, Sainte-Marguerite (11e) par exemple, le monument a été financé par une association : le Souvenir français.
D’autres modes de financement existaient. Le Patronage Saint-Pierre de Ménilmontant était situé au 276 de la rue des Pyrénées, il est situé depuis 1929 au 15, rue du Retrait, dans l’école que les Salésiens gèrent encore aujourd’hui et où se trouve le théâtre de Ménilmontant et au-dessus de lui, une chapelle consacrée à saint Jean Bosco.
Le Patronage commanda une plaque en marbre en hommage aux 33 membres du Patronage morts durant le conflit. Elle est connue par deux cartes postales, l’une du monument lui-même, l’autre, sur laquelle figure les photographies des victimes. Ces cartes postales servirent sans doute à financer ce monument aujourd’hui non localisé : peut-être se trouve-t-il dans la chapelle ?
Un monument pour tous les Parisiens
Installée à l’horizontale sur le mur d’enceinte du cimetière du Père Lachaise, le long du boulevard de Ménilmontant, une longue frise de 270 mètres de long et 1,3 mètres de haut, liste, par année et par ordre alphabétique, les prénoms et noms des presque 95 000 Parisiens, soldats ou infirmières, morts pour la France durant la Première Guerre mondiale.
Contrairement à la majorité des communes françaises, Paris ne disposait pas de monument récapitulant les noms de ses morts. La Maire de Paris a souhaité corriger ce manque et le monument a été inauguré le 11 novembre 2018.

Monument de la Grande Guerre de la Ville de Paris. © DICOM / Mairie de Paris
Il a aussi été conçu comme un complément physique au Mémorial 14-18, monument en ligne qui existe depuis plusieurs années [1]. Le monument en ligne permet d’accéder à des informations complémentaires au monument du Père Lachaise : lieu et date de décès, fiches militaires des soldats, inventaire des monuments aux morts, article sur les conséquences du conflit à Paris même.
Ces quelques exemples de monuments aux morts recensés dans le 20e arrondissement témoignent des commémorations qui eurent lieu à Paris après la Première Guerre mondiale.
↑[1] Il est en ligne sur le site : http://memorial14-18.paris.fr/memorial/#
Mars 2019
Nos articles populaires
Catégories
- Actualités réservées aux adhérents (20)
- Audios réservés aux adhérents (31)
- Belleville/Ménilmontant (70)
- Bulletins (8)
- Charonne (51)
- Conférences (38)
- La Commune et 1870/1871 (46)
- Le 20e, autres actualités (80)
- Le Père Lachaise (67)
- Nos événements (67)
- Tous les articles (311)
- Visites (26)

AHAV PARIS (ASSOCIATION D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DU XXème ARRONDISSEMENT)