Le « 33 rue des Vignoles », siège de la CNT
Le « 33 rue des Vignoles », siège de la CNT
Quel est le lien entre la Première Internationale, la Retirada, la Nueve, un chat noir hérissé et le 33 rue des Vignoles ?
Réponse : La CNT, Confederación Nacional del Trabajo, en espagnol, Confédération Nationale du Travail, en français.
Le centre du 33 rue des Vignoles, cette impasse peinte en rouge sang donnant sur la rue des Vignoles, entre le restaurant Ighouraf et l’impasse des Souhaits, a fermé ses portes début 2025 jusqu’à la fin des travaux de restauration prévue en septembre 2026.
Ce projet architectural, auquel a été associée la CNT, comprendra, entre autres, un Centre de Mémoire anti-fasciste et libertaire, couvrant la période de 1931 à 1975, du point de vue de l’exil, comprenant la période Républicaine en Espagne, la période révolutionnaire 1936-1939, la deuxième guerre mondiale, la Résistance, Mauthausen, et l’exil long. L’association 24 août 1944 en parle ici.
L’histoire du lieu
L’impasse est apparue au cadastre dans le dernier quart du XIXe siècle. Elle s’est insérée dans le réseau de rues et de passages « en peigne » hérité des terres maraichères et des vignobles de ce quartier de Charonne.
Dans les années 1970, l’impasse est faite de palissades en bois, les locaux sont assez sommaires, les ouvriers espagnols construisent donc les locaux « en dur ». La CNT raconte l’histoire du 33 rue des Vignoles.
Le CNT française, elle, arrive dans les locaux dans les années 80 ainsi que l’ORA – Organisation Révolutionnaire Anarchiste. De 1970 à 1994, le 33 rue des Vignoles est installé et la CNT cohabite avec de nombreux artisans.
Ainsi, au fil du temps, se sont succédé les métiers les plus divers : un atelier de traitement et revêtement des métaux, un atelier de fabrication de chandails, pull-overs, polos, gilets, bonneterie et même un bijoutier joaillier.

À gauche : en 1970, à l’arrivée dans les lieux de la CNT, photographie CNT — À droite : avec les balcons construits par les personnes de la CNT, présents jusqu’en 2025, photographie Thierry Mercier – DR
En 1994, dans le contexte des projets de ré-urbanisation du quartier de la Réunion, – que d’autres nommeront « bétonisation de l’Est Parisien », comme les ZAC des Amandiers, de Saint Blaise, ou de la place des Fêtes, la Ville de Paris achète la moitié de la rue des Vignoles entre le coin de la rue Buzenval (restaurant Ighouraf) et la rue Planchat. Le permis de démolir est attribué. Mme Dawint, propriétaire des lieux, est expropriée, et conséquemment sommée de faire partir la CNT.
Une bataille juridique s’engage. En septembre 1996, un cortège de 2000 personnes du quartier « en lutte » va jusqu’au siège de la cité administrative de la Préfecture de Paris, boulevard Morland. Le maire Jean Tiberi écoute. Jacques Chirac, sympathisant des résistants espagnols, soutient le maintien de la CNT en ses locaux et la non-destruction de l’îlot. Le projet de destruction du 33 rue des Vignoles ainsi que tout l’îlot Planchat – Vignoles est abandonné.
Une période de négociation commence. Et un bail est proposé en 2000, qui restera non signé. Pendant 6 ou 7 ans, il y a statu quo. La CNT entreprend à nouveau de nombreux travaux.
Le lieu, outre la CNT, abrite d’autres locataires, et a de nombreuses activités comme de la boxe, du flamenco, une AMAP « le Temps des Légumes », des conférences, des bals populaires, des fêtes irlandaises, des expositions, et participe à l’opération portes ouvertes des Ateliers du Père-Lachaise Associés, projections… Outre, bien sûr, les permanences syndicales, et même des rassemblements internationaux organisés par la CNT.
À partir de 2015, la CNT propose de réhabiliter elle-même le « 33 », mais cela s’avère impossible financièrement.
Cette même année, le jardin situé entre l’hôtel de ville de Paris et la Seine est renommé « jardin des Combattants de La Nueve ». La CNT adresse donc un courrier à la maire de Paris nouvellement élue, Anne Hidalgo, pour évoquer l’avenir du 33 rue des Vignoles. L’argumentaire porte ses fruits.
Ce lieu historique et patrimonial est enfin considéré comme tel, il va être rénové. L’histoire personnelle de Mme Hidalgo, liée à l’Espagne républicaine, a vraisemblablement permis à ce projet d’aboutir. Un bail est enfin signé en 2020 jusqu’en 2032, le bail civil de 12 ans étant le bail maximum pour les associations.
L’histoire de la CNT
C’est une organisation anarcho-syndicaliste issue des noyaux ouvriers anarchistes militants de la Première Internationale, fondée en 1864, avec une section à Barcelone créée en décembre 1868. L’histoire complète est dans un article long accessible dans l’espace adhérent.
La CNT, créée en 1910 en Espagne, se reconstitue en septembre 1944, comme toutes les organisations politiques et syndicales, avec 45 000 adhérents.

Solidaridad Obrera n°19 du 24 septembre 1944, article relatant la Libération de Paris
https://www.24-aout-1944.org/avec-les-espagnols-de-la-division/ – DR
La Confédération nationale du travail a alors plusieurs implantations : d’abord, à Toulouse, rue Belfort, puis à Paris, où elle occupe divers locaux successifs dans les 10e, 11e puis 20e arrondissements. Ces locaux parisiens sont des lieux de sociabilité importants, où on accueille les nouveaux réfugiés, où on se réunit, où on discute, où on élabore les luttes, où on éduque, et où on fait les journaux.
Les anarchistes espagnols viennent rue de la Douane de 1944 à 1948, près de la place de la République, dans d’anciens locaux de la CGT avant-guerre, investis par les allemands pendant la Guerre. Vu les relations avec la CGT après-guerre, ils doivent partir en 1948. Ils font un court passage rue de la Fontaine-au-Roi. Puis, de 1948 à 1970, ils prennent un local rue Sainte Marthe, qui devient inadapté, à cause de son accès par un escalier très raide, en particulier. C’est alors qu’en 1970, un camarade de la CNT, tourneur-fraiseur travaillant rue des Haies, apprend l’existence d’un « local » rue des Vignoles. L’affaire est faite, la CNT s’installe durablement au 33 rue des Vignoles.
Nous attendons la fin de l’année 2026 avec enthousiasme pour voir le chat noir à nouveau élire domicile au 33 rue des Vignoles, dans une impasse apaisée où la CNT continuera d’écrire son histoire.

Siège parisien de la Confédération nationale du travail, 33 rue des Vignoles, en 2014 – wikimedia Ben Siesta DR
Le « 33 rue des Vignoles », siège de la CNT


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